Pourquoi l’avenir de Christie’s à Bruxelles s’annonce prometteur : « L’acquisition d’œuvres d’art est inscrite dans l’ADN belge »
Pays de naissance de Van Rysselberghe et Magritte, la Belgique est le pays du monde qui compte le plus grand nombre de collectionneurs d'art par habitant. Les spécialistes Astrid Centner et Peter van der Graaf expliquent pourquoi ils estiment que notre nouveau siège bruxellois est voué à devenir un « pôle culturel » pour les collectionneurs

Le musée Magritte à Bruxelles, coiffé d'une pomme monumentale, l'un des motifs récurrents de René Magritte, à l'occasion de sa réouverture en octobre 2023 après d'importants travaux de rénovation (à côté de la tour de l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg). Crédit photo : Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles
Bruxelles, en plus d'être la capitale du Royaume de Belgique et, de fait, celle de l'Union européenne, est aussi de longue date un pôle pour les arts visuels. Elle peut s'enorgueillir de disposer de l'une des plus anciennes et prestigieuses foires d'art, la BRAFA, qui remonte à 1956 et qui célèbrera sa 69e édition à la fin du mois de janvier, ainsi que le salon Art Brussels, qui fête ses 40 ans. Il ne faut pas non plus oublier les nombreuses et dynamiques galeries de la ville, ainsi que, parmi de nombreux lieux de visite, le WIELS, un centre installé en 2007 dans une ancienne brasserie près de la gare de Bruxelles Midi/Zuid et qui consacre ses cinq étages à l'art contemporain ; et le musée Magritte , fondé en 2009, où se trouve le plus grand nombre d'œuvres du grand artiste surréaliste, dont de nombreux prêts de collections privées.
À la fin de l'année prochaine, le KANAL-Centre Pompidou — une succursale du centre Pompidou parisien — ouvrira ses portes dans la ville. Dédié à l'art moderne et contemporain, il devrait constituer la plus grande institution culturelle de Bruxelles.

Paul Delvaux (1897-1994), La ville lunaire, 1944, exposé par la Boon Gallery lors de la BRAFA 2024. © Foundation Paul Delvaux, Belgium / SABAM, 2023-2024
« La Belgique est aussi connue pour ses collectionneurs », ajoute Astrid Centner, directrice de Christie's Belgique. « L’acquisition d’œuvres d’art est inscrite dans l’ADN belge. Nous sommes connus comme le pays qui compte le plus grand nombre de collectionneurs d'art par habitant au monde. Et ils s'intéressent à des périodes variées allant des grands maîtres à l'art contemporain. » N'oublions pas non plus les autres domaines d'expertise de Christie's, comme les biens de luxe, le design et les livres rares.
Cet intérêt s'explique notamment par la relative jeunesse de la nation belge (le pays étant né en 1830) et par le statut fédéral de l'État divisé en trois régions très distinctes : les Flandres néerlandophones au nord ; la Wallonie principalement francophone au sud (où l'on trouve également une petite région germanophone à l'est) ; et Bruxelles, la polyglotte, plus ou moins entre les deux. « Il n'y a pas de réelle tradition d'œuvres d'art détenues par l'État en Belgique », déplore Centner, « une culture d'achat par des personnes privées s'est donc développée ».
« Bruxelles est un carrefour entre Paris, Amsterdam, Londres, Berlin et Bâle. Indubitablement, cela donne à la ville un caractère et un dynamisme certains. »
Ces dernières années, des collectionneurs belges ont choisi d'ouvrir des espaces où exposer leur collection pour le grand public. Parmi eux figurent Walter Vanhaerents et ses enfants avec la Vanhaerents Art Collection à Bruxelles ; Anton et Annick Herbert avec la Herbert Foundation à Gand; et Fernand Huts avec la Phoebus Foundation, qui s'installera à Anvers au cours de cette décennie.
« Pour parler de la réussite de la scène artistique en Belgique, et notamment à Bruxelles, il faut aussi tenir compte de notre position », explique Peter van der Graaf, spécialiste senior en art d'après-guerre et contemporain chez Christie’s. « Sur le plan géographique, nous nous trouvons au carrefour entre Paris, Amsterdam, Londres, Berlin et Bâle... autant de grandes cités culturelles. Et Bruxelles est pile au milieu. Indubitablement, cela donne à la ville un caractère et un dynamisme certains. »
Astrid Centner, directrice de Christie’s Belgique. Crédit photo : Alison Anselot
Les nouveaux bureaux de Christie's à Bruxelles : « Nous voulons que nos clients se sentent bien accueillis dans une atmosphère chaleureuse quand ils viennent ici. » Crédit photo : Vincent Everarts de Velp
Christie's est présent à Bruxelles depuis 1976. La maison y a ouvert son premier bureau de représentation dix ans plus tard, sur le boulevard Waterloo, en centre-ville. Elle s'est récemment installée dans de nouveaux bureaux : un espace plus grand sur l'élégante avenue Louise, l'une des artères les plus emblématiques du pays. Nommée en l'honneur d'une princesse belge de la fin du 19e et du début du 20e siècle, et parfois surnommée « Les Champs Élysées bruxellois », cette avenue compte plusieurs ambassades et parcourt le sud-est du centre-ville sur environ 3 kilomètres.
« Nos nouveaux bureaux sont dans une zone plus calme et plus accessible que les précédents », se réjouit Centner. « Ils sont tout proches des principales galeries [dans le quartier d'Ixelles] telles que Xavier Hufkens et Almine Rech, mais surtout, à proximité des lieux de vie de nos clients. »
Le bâtiment proprement dit est un hôtel particulier, une vieille maison de ville, dont Christie’s occupe deux étages. Centner raconte qu'elle et son équipe ont « essayé de rendre l'intérieur accueillant et moderne, avec des meubles de design et une sensation d'espace. Nous voulons que les clients se sentent bien accueillis, dans une atmosphère chaleureuse quand ils viennent ici. Ils peuvent ainsi consulter nos catalogues ou nous poser des questions en toute décontraction. »
Martial Raysse (né en 1936), Bien sûr le petit bateau, 1963, vendu 693 000 GBP le 13 octobre 2022 chez Christie’s à Londres. Il s'agit de l'une des près de 400 œuvres proposées dans le cadre d'une série de ventes d'une collection belge, celle de Jacqueline et Mark Le Jeune et leurs descendants. Œuvre d'art : © Martial Reysse, DACS 2024
En plus de l'accueil des clients, les bureaux serviront à exposer des œuvres, à organiser des discussions, à accueillir des événements et, comme l'explique Centner, « nous espérons qu'ils deviendront un pôle culturel où, progressivement, nous coopérerons avec de jeunes artistes et designers et ferons émerger la nouvelle génération de collectionneurs ».
Centner est à la tête du bureau bruxellois depuis trois ans, après avoir dirigé le département des grands maîtres à Paris. Van der Graaf travaille chez Christie's depuis plus de deux décennies. Il a commencé au bureau d'Amsterdam, dans son pays natal, et il est basé à Bruxelles depuis sept ans.
« Le marché de l'art est peut-être mondial, mais nous sommes convaincus que la présence doit être locale », affirme-t-il. « Nous n'avons pas de salle des ventes en Belgique, mais les pièces que nous consignons pour des enchères à travers le monde n'en sont pas moins importantes pour autant. »
Les nouveaux locaux de Christie's à Bruxelles sont installés dans une maison de ville sur l'élégante avenue Louise. Crédit photo : Vincent Everarts de Velp
Peter van der Graaf, spécialiste senior en art d'après-guerre et contemporain. Crédit photo : Nathalie Gabay
Des œuvres provenant de collections belges sont régulièrement présentées lors des enchères annuelles sur l'art surréaliste à Londres (Christie’s détient actuellement 15 records d'enchères pour des artistes surréalistes). Van der Graaf évoque également Le Jeune, un héritage de collection, une série de ventes organisées à Londres, Amsterdam, Paris et Milan en 2022, au cours de laquelle plus de 400 œuvres de la collection d'art contemporain de Jacqueline et Mark Le Jeune et leurs descendants ont été proposées.
Centner a quant à elle récemment aidé à consigner l'une des scènes de marché très appréciées du maître flamand Joachim Beuckelaer. Peinte dans les années 1560, elle fera partie de la vente des grands maîtres à New York le 31 janvier 2024.
Joachim Beuckelaer (1533-1573), Un marché aux poissons avec le port d'Anvers et la Pêche miraculeuse au loin, 1568. 110,5 x 162,7 cm (43½ x 64⅛ po). Vendu 567 000 USD le 31 janvier 2024 chez Christie’s à New York
Et que dire de l'argument qui veut que, comme nous vivons dans un monde toujours plus numérique, dans lequel les ventes et les échanges avec les clients se font de plus en plus en ligne, un bureau physique n'est plus nécessaire ?
« Nous ne voyons pas les choses ainsi », explique Centner. « Nous pensons que les spécialistes doivent rencontrer les collectionneurs dans leur propre pays, leur parler dans leur propre langue, comprendre leurs intérêts et leurs besoins et leur prodiguer des conseils sur l'achat ou la vente d'art en s'appuyant sur un lien personnel qu'ils auront construit.
« Derrière chaque collection, il y a une histoire qu'un client ne racontera que s'il a confiance en vous et la confiance passe par le contact en face à face. »
Le magazine en ligne de Christie’s vous envoie chaque semaine dans votre boîte mail nos meilleurs articles, vidéos et actualités sur les ventes aux enchères
De nombreux artistes belges ont contribué à la culture occidentale au fil des siècles, de Brueghel l'Ancien et Rubens à James Ensor, Paul Delvaux et Magritte. Et aujourd'hui, Bruxelles regorge d'espaces gérés par des artistes, tels que Société et K.L.8.
« L'ouverture de nos nouveaux bureaux s'intègre parfaitement dans cet équilibre entre le passé et le présent », décrit Centner. « L'avenir nous passionne, mais nous conserverons toujours le même respect pour la tradition et le patrimoine. »
.jpg?mode=max)
.jpg?mode=max)