Un chef-d'œuvre unique de l'impressionnisme : le portrait lumineux de la muse favorite de Renoir

Issu de la collection de Lorinda Payson de Roulet, membre de la famille Whitney Payson, La femme aux lilas (Portrait de Nini Lopez), est l'un des plus beaux tableaux de l'artiste jamais vendus aux enchères ces 100 dernières années.

Detail of Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), La femme aux lilas (Portrait de Nini Lopez), 1876-1877. Oil on canvas. 28 x 23 in (71.1 x 58.4 cm). Sold for $28,235,000 in the 20th Century Evening Sale on 18 May 2026 at Christie’s in New York

Pour Pierre-Auguste Renoir, aucun sujet n'était plus adapté à la peinture que le corps féminin. « Jusqu'à la fin de sa vie, c'est au regard de ses toiles de femmes qu'il voulait qu'on le juge. Elles lui offraient la source d'inspiration la plus puissante et occupaient une place centrale dans l'univers idyllique et harmonieux qu'il a représenté durant sa longue carrière », écrivait la conservatrice et spécialiste Ann Dumas dans le catalogue que l'exposition de 2005 Renoir’s Women au Columbus Museum of Art. Des bourgeoises à la dernière mode des villes aux nymphes nues des campagnes, les femmes de Renoir sont restées éternellement jeunes. « Les sujets les plus simples sont éternels », a-t-il déclaré. « Une femme nue qui sort de la mer ou de son lit, qu'elle s'appelle Venus ou Nini, impossible d'imaginer quelque chose de mieux. »

Aucune femme n'est plus emblématique dans l'œuvre de Renoir que Nini Lopez, une jeune actrice de Montmartre qui était l'un des modèles préférés de l'artiste entre les années 1874 et 1879, le sommet de la période impressionniste de Renoir. Nini est représentée dans plus de 20 toiles et sous différentes identités, y compris le légendaire tableau La Loge (1874), (The Courtauld Institute, Londres). En mai, Christie's proposera La femme aux lilas (1876-1877) de Renoir, la plus grande toile représentant Nini seule, encore en mains privées et la plus belle œuvre de l'artiste mise aux enchères depuis la vente record du Moulin de la Galette (1876), renommé Bal du Moulin de la Galette, il y a 36 ans.

... qu'elle s'appelle Venus ou Nini, impossible d'imaginer quelque chose de mieux.
— Pierre-Auguste Renoir

Issue de la prestigieuse collection de Lorinda Payson de Roulet, La femme aux lilas marque un temps fort de la vente nocturne d'art du 20e siècle de Christie's, le 18 mai à New York et constitue la peinture impressionniste la plus importante de la saison. « Le cadeau de Renoir à l'histoire de l'art a été le portrait impressionniste, et La femme aux lilas est incontestablement un de ses chefs-d'œuvre », explique Max Carter, qui préside le département Art des 20e et 21e siècles de Christie's. « Joan Whitney Payson et Charles Payson l'ont acquis alors qu'ils commençaient à bâtir leur légendaire collection, en décembre 1929 pour la somme impressionnante de 100 000 USD, et il est resté dans la famille depuis lors. Il se mesure aux plus grands portraits peints par Renoir dans les années 1870, aux icônes impressionnistes et post-impressionnistes de la collection Whitney Payson et aux plus beaux tableaux de Renoir jamais vendus. »

La collection compte des œuvres d'autres artistes, tels que Marc Chagall, Edgar Degas, Winslow Homer, Alfred Sisley et Andrew Wyeth, qui seront également proposés lors de l'emblématique semaine de vente printanière de Christie's.

L'article ci-dessous vous en apprendra davantage sur la muse bien aimée de Renoir ainsi que sur la provenance exceptionnelle de ce chef-d'œuvre légendaire.

Lorinda Payson de Roulet a perpétué le remarquable héritage familial

Mme de Roulet est issue d'une lignée de formidables collectionneurs d'art et new-yorkais de renom : elle fait partie de la famille Whitney Payson et est la petite-nièce (par alliance) de l'inimitable Gertrude Vanderbilt Whitney, fondatrice du Whitney Museum of American Art à New York. Ses parents, Joan Whitney Payson et Charles Shipman Payson, étaient de fantastiques collectionneurs à l'œil avisé, qui ont acquis le Renoir en 1929 alors qu'ils démarraient leur collection. Le tableau peut s'enorgueillir d'une formidable provenance, puisqu'il figure dans la même collection prestigieuse depuis 97 ans. Pendant plus d'un siècle la famille de Lorinda Payson de Roulet a modelé la culture américaine par le nombre incalculable de ses contributions philanthropiques et son mécénat continu dans le monde de l'art et au-delà.

Lorinda ‘Linda’ Payson de Roulet. Courtesy of the family

Gertrude Vanderbilt Whitney aboard the SS Paris, circa 1920. Photo by FPG/Getty Images

Durant quatre décennies, la mère de Lorinda, Joan Whitney Payson, une femme d'affaires phénoménale qui a cofondé l'équipe des New York Mets en 1962, devenant la première femme à posséder et diriger sa propre grande équipe de sport en Amérique, ainsi que son père, Charles Shipman Payson, ont constitué l'une des plus belles collections du 20e siècle, en se concentrant sur les travaux de Renoir, Cézanne, Vincent van Gogh, Gauguin et Picasso, mais en incluant également des peintures d'exception de maîtres anciens tels que Rembrandt, Holbein et Le Greco, ainsi que des peintres américains allant de Homer à Wyeth. Elle a légué une sélection de ces œuvres au Metropolitan Museum of Art et plusieurs galeries ont été nommées en son honneur.

Avant son acquisition par Joan Whitney Payson et Charles Shipman Payson, La femme aux lilas faisait partie de la célèbre collection de chefs-d'œuvre de l'impressionnisme et du post-impressionnisme construite par Alexandre Berthier, 4e Prince de Wagram, principalement entre 1905 et 1908. À 26 ans, Joan Whitney Payson a acheté La femme aux lilas pour la somme de 100 000 dollars, en décembre 1929, un an après avoir acquis un autre tableau de l'artiste, La Confidence (1874), offert au Portland Museum of Art par son fils, John Whitney Payson, en 1991.

Pierre-Auguste Renoir, 1885. Photographer unknown. Photo: © Archives Charmet / Bridgeman Images. 

Le tableau a été transmis à Mme de Roulet, qui a aussi hérité de la ténacité, de l'amour de l'art et du profond sens du devoir de sa mère. Tout en poursuivant l'association de sa famille avec les Mets (elle a succédé à sa mère au poste de présidente), elle a géré la collection d'art familiale dans une logique philanthropique. Son engagement citoyen s'élargissait à mesure que sa notoriété grandissait. Instinctivement attirée vers les institutions et les activités au service de la communauté – hôpitaux, écoles et musées, mais aussi dans le monde du baseball – Mme de Roulet a occupé des fonctions dirigeantes au North Shore University Hospital et fondé la fondation Patrina, une organisation qui fournit aux femmes et aux filles des ressources dans les domaines de l'éducation et des services sociaux.

Les portraits historiques de Renoir et la jeune femme qui a contribué à asseoir sa notoriété

Les portraits peints par Renoir au milieu des années 1870 comptent parmi les icônes les plus reconnues et les plus célébrées de l'histoire de l'art. Durant cette décennie clé, il a étudié le corps féminin dans différents contextes, à la fois dans des scènes de vie modernes, mais aussi, et de plus en plus vers la fin de cette période, pour des commandes de portrait provenant de riches membres des classes supérieures parisiennes. Pour ses modèles impressionnistes, Renoir se tournait vers des personnes vivant près de lui, à Montmartre. Il a représenté des lavandières, des couturières, des modistes et des modèles d'artistes issues, comme lui, des classes populaires. Sur ses toiles, il transformait ces femmes en Parisiennes : il les habillait à la dernière mode et les installait dans des cafés, des salles de danse, sur les récents boulevards et dans les rues, ainsi que dans des intérieurs ou des jardins tranquilles.

Pierre-Auguste Renoir, (1841- 1919) La Loge, 1874, oil on canvas, The Courtauld, London (Samuel Courtauld Trust) © The Courtauld

La femme aux lilas , un portrait intime, montre comment l'artiste a transformé l'art du portrait et donné une forme moderne à ce genre chargé d'histoire à la fin du 19e siècle. Nini, son sujet, est représentée dans un moment d'introspection calme, tenant un volumineux bouquet de lilas en fleurs dont la luminosité fait écho à la beauté et à la jeunesse de cette femme. La posture et le décor intérieur sont rendus avec les mêmes coups de pinceau délicats et rapides. permettant à Renoir de réaliser une synthèse magistrale de la lumière et des harmonies de couleurs sur toute la surface de la toile.

Cette femme aux cheveux clairs est apparue pour la première fois dans l'œuvre de Renoir en 1874. Elle posait alors avec son frère pour l'un de ses plus importants tableaux, La Loge (The Courtauld Institute, Londres). L'année suivante, Renoir s'est installé dans un nouvel atelier rue Cortot, à Montmartre. Il se trouvait juste à côté d'un grand jardin qui allait devenir le décor de son Bal du Moulin de la Galette en 1876. C'est là que Nini a commencé à poser régulièrement pour lui. Son apparence correspondait parfaitement à la conception de l'idéal féminin selon l'artiste.

Pierre-Auguste Renoir, Portrait de Nini Lopez, 1876. Musée d’art moderne André Malraux, Le Havre

Pierre-Auguste Renoir, La Pensée, 1876-1877. Barber Institute of Fine Arts, Birmingham

Dans d'autres portraits, on peut voir Nini sortant d'un concert dans La sortie du Conservatoire de 1877 (The Barnes Foundation, Philadelphie), au cœur de la tumultueuse vie parisienne dans Au café (Kröller-Muller Museum, Otterlo) et, à l'inverse, en lavandière débraillée aux joues rouges dans La Blanchisseuse (Laveuse) (The Art Institute of Chicago). Elle est l'image de la maternité dans Le premier pas (collection privée), mais pose également pour La Pensée (Barber Institute of Fine Arts, Birmingham), un tableau empreint d'une certaine sensualité, et dans le jardin de l'atelier pour une série de travaux baignés de soleil qui comprend Nini au Jardin, visible au Metropolitan Museum of Art.

Avec ces toiles singulières, Renoir brouillait les frontières entre le portrait et la scène de genre et faisait poser des amis, des membres de sa famille et des connaissances pour composer des récits modernes et des scènes de la vie quotidienne. Le portrait n'était plus nécessairement celui « de » quelqu'un, mais pouvait simplement montrer un type de personne et servait souvent de vecteur pour des explorations stylistiques. En libérant ce nouveau sens de la créativité, Renoir proposait des œuvres qui allaient changer pour toujours le cours de l'histoire de l'art.

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