Descrizione dettagliata lotto
Caractéristique des feuilles d’études d’Antoine Watteau, ce dessin représente trois silhouettes masculines, toutes saisies dans un mouvement suspendu, rapidement tracées à la sanguine. La figure de gauche a été utilisée dans L’Assemblée dans un parc, de l’ancienne collection Louis La Caze (fig. 1 ; Paris, Musée du Louvre, inv. MI 1124) et celle de droite dans Les Amusements champêtres (fig. 2 ; New York, collection particulière), deux toiles tardives dans la brève carrière de Watteau, datées vers 1717-1718. Les trois études présentent ainsi le traitement caractéristique des dessins de maturité de Watteau. La sanguine est utilisée avec une grande rapidité, l’anatomie est esquissée, tout comme les visages, et — comme le précise le catalogue de la vente de la collection Pierre Decourcelle : ‘les mains légendaires de Watteau’.
Fait assez rare dans l’œuvre graphique de Watteau, deux feuilles ont été réunies. Certains cas de dessins pour lesquels la feuille a été rallongée par Watteau sont connus (c’est le cas du guitariste de la collection Veil-Picard vendu chez Christie’s à Paris le 25 mars 2026, lot 6 ; Rosenberg, Prat, op. cit., n° 401), ou de feuilles initialement continues, découpées par la suite (ibid., n° 57 et 58 récemment redécouverts et exposés ; A. Moulinier, B. Roelly, Les Mondes de Watteau, cat. exp., Chantilly, musée Condé, 2025, n° 28 et 29), il est plus rare de trouver deux feuilles accolées dans le but d’en créer une plus grande. Il est difficile de savoir si cet assemblage revient à Watteau. Notons que le thème et la datation des dessins sont suffisamment cohérents pour suggérer que l’artiste ait pu lui-même pratiquer cet assemblage.
Un autre élément le laisse supposer. Un verso inédit de cette grande feuille composite est visible en rétro-éclairage : il présente un visage masculin tourné vers la gauche, ainsi que des jambes dessinées à partir des mollets, qui appartiennent vraisemblablement au même corps. L’accès indirect (les deux feuilles jointes étant collées sur une même feuille) permet de constater une grande différence stylistique entre le recto et le verso. Watteau a souvent réutilisé les papiers présents dans son atelier, et notamment les parties laissées vierges, revenant plusieurs années plus tard sur une de ses feuilles dont un vide n’avait pas été rempli. Il a aussi dessiné sur les feuilles d’autres artistes, et notamment de Charles de La Fosse (Paris, musée du Louvre, inv. 33375, recto ; Rosenberg, Prat, op. cit., n° 377).
Il est possible de comparer ce personnage allongé avec un autre visible sur une feuille de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris (fig. 3 ; inv. 1609 ; Rosenberg, Prat, op. cit., n° EBA184), sur laquelle des similarités se retrouvent dans le traitement du profil des personnages, dans le galbe des mollets et le dessin des chaussures. Cette feuille a été datée vers 1712-1713 en rapport avec l’un des deux seuls tableaux de mode connus de Watteau : La Conversation (Toledo Museum of Art, Ohio, inv. 1971.152).
Cette feuille témoigne de l’opiniâtreté de Watteau face à ces dessins. La manière dont il travaille à son œuvre graphique indique qu’il consulte, compulse, reconsidère des feuilles dessinées plusieurs années auparavant. L’utilisation d’une feuille abandonnée de l’atelier est une pratique courante. Elle laisse supposer que le dessin, initialement dessiné sur le recto devenu verso, avait été considéré comme dénué d’intérêt par son auteur. Environ cinq ans après avoir tracé la silhouette d’homme allongé, Watteau réutilise le verso pour dessiner les figures signatures de son art : trois hommes en buste, d’un trait rapide, bref, parfois allusif. La comparaison des deux faces de la présente feuille permet de mesurer les variations et les évolutions stylistiques du génie de Watteau dessinateur.
Dr. Axel Moulinier.
Fig. 1 A. Watteau, Assemblée dans un parc, huile sur bois, Paris, musée du Louvre.
Fig. 2 A. Watteau, Les Amusements champêtres, huile sur toile, Collection particulière.
Fait assez rare dans l’œuvre graphique de Watteau, deux feuilles ont été réunies. Certains cas de dessins pour lesquels la feuille a été rallongée par Watteau sont connus (c’est le cas du guitariste de la collection Veil-Picard vendu chez Christie’s à Paris le 25 mars 2026, lot 6 ; Rosenberg, Prat, op. cit., n° 401), ou de feuilles initialement continues, découpées par la suite (ibid., n° 57 et 58 récemment redécouverts et exposés ; A. Moulinier, B. Roelly, Les Mondes de Watteau, cat. exp., Chantilly, musée Condé, 2025, n° 28 et 29), il est plus rare de trouver deux feuilles accolées dans le but d’en créer une plus grande. Il est difficile de savoir si cet assemblage revient à Watteau. Notons que le thème et la datation des dessins sont suffisamment cohérents pour suggérer que l’artiste ait pu lui-même pratiquer cet assemblage.
Un autre élément le laisse supposer. Un verso inédit de cette grande feuille composite est visible en rétro-éclairage : il présente un visage masculin tourné vers la gauche, ainsi que des jambes dessinées à partir des mollets, qui appartiennent vraisemblablement au même corps. L’accès indirect (les deux feuilles jointes étant collées sur une même feuille) permet de constater une grande différence stylistique entre le recto et le verso. Watteau a souvent réutilisé les papiers présents dans son atelier, et notamment les parties laissées vierges, revenant plusieurs années plus tard sur une de ses feuilles dont un vide n’avait pas été rempli. Il a aussi dessiné sur les feuilles d’autres artistes, et notamment de Charles de La Fosse (Paris, musée du Louvre, inv. 33375, recto ; Rosenberg, Prat, op. cit., n° 377).
Il est possible de comparer ce personnage allongé avec un autre visible sur une feuille de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris (fig. 3 ; inv. 1609 ; Rosenberg, Prat, op. cit., n° EBA184), sur laquelle des similarités se retrouvent dans le traitement du profil des personnages, dans le galbe des mollets et le dessin des chaussures. Cette feuille a été datée vers 1712-1713 en rapport avec l’un des deux seuls tableaux de mode connus de Watteau : La Conversation (Toledo Museum of Art, Ohio, inv. 1971.152).
Cette feuille témoigne de l’opiniâtreté de Watteau face à ces dessins. La manière dont il travaille à son œuvre graphique indique qu’il consulte, compulse, reconsidère des feuilles dessinées plusieurs années auparavant. L’utilisation d’une feuille abandonnée de l’atelier est une pratique courante. Elle laisse supposer que le dessin, initialement dessiné sur le recto devenu verso, avait été considéré comme dénué d’intérêt par son auteur. Environ cinq ans après avoir tracé la silhouette d’homme allongé, Watteau réutilise le verso pour dessiner les figures signatures de son art : trois hommes en buste, d’un trait rapide, bref, parfois allusif. La comparaison des deux faces de la présente feuille permet de mesurer les variations et les évolutions stylistiques du génie de Watteau dessinateur.
Dr. Axel Moulinier.
Fig. 1 A. Watteau, Assemblée dans un parc, huile sur bois, Paris, musée du Louvre.
Fig. 2 A. Watteau, Les Amusements champêtres, huile sur toile, Collection particulière.
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