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JEAN-HONORÉ FRAGONARD (GRASSE 1732-1806 PARIS)
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JEAN-HONORÉ FRAGONARD (GRASSE 1732-1806 PARIS)

L’Heureux ménage

Details
JEAN-HONORÉ FRAGONARD (GRASSE 1732-1806 PARIS)
L’Heureux ménage
huile sur toile, circulaire
Diam.: 34,2 cm. (12 ¾ in.)
Provenance
Probablement collection du peintre Antoine Vestier, en 1783.
Collection Marc-Antoine Didot ; puis offert en 1825 à Sir Thomas Lawrence (selon une inscription au verso).
Galerie Cailleux, Paris, en 1932.
Collections Peñard y Fernandez ; sa vente, Palais Galliera, Paris, 7 décembre 1960, lot 35 ; où acquis 160.000 Frs.
Literature
Les Nouvelles de la République des Lettres et des Arts, 26 novembre 1783, p. 313, no. 2 et 10 décembre 1783, pp. 327-328.
E. et J. de Goncourt, ‘Fragonard’, dans Gazette des Beaux-Arts, Paris, 1882, 3ème édition, p. 318.
L. Réau, Fragonard sa vie et son œuvre, Bruxelles, 1956, p. 168, ill. fig. 81.
J. Wilhelm, Fragonard, non publié, 1960, p. 177.
G. Wildenstein, The paintings of Fragonard, complete edition, New York, 1960, p. 313, no. 501, ill. fig. 209.
G. Mandel, L’Opera completa di Fragonard, Milan, 1972, p. 109, no. 523, ill.
P. Rosenberg, Fragonard, cat. expo., Paris, Grand-Palais et New York, Metropolitan Museum of Art, 1987-1988, cité p. 426.
J.-P. Cuzin, Fragonard Life and Work, New York, 1988, p. 327, no. 346.
P. Rosenberg, Tout l’œuvre peint de Fragonard, Paris, 1989, p. 109, no. 335, ill.
Exhibited
Probablement Paris, Salon de la Correspondance, 1783, no. 2.
Londres, Royal Academy of Arts, Exhibition of French Art 1200-1900, 1932, cat. expo., pp. 117-118, no. 235.
Peut-être Londres, Sir Philip Sassoon’s Residence, Three French Reigns, 1933, no. 11.
Paris, Galerie Cailleux, Esquisses, maquettes, projets et ébauches de l’école française du XVIIIème siècle, 12-24 mars 1934, cat. expo., pp. 32-33, no. 37.
Copenhague, Palais de Charlottenborg, L’art français au XVIIIème siècle, 25 août-6 octobre 1935, cat. expo., p. 23, no. 74.
Amsterdam, Rijksmuseum, Tentoonstelling Van Oude Kunst, juillet-septembre 1936, cat. expo., p. 13, no. 50.
Paris, Palais national des Arts, Chefs-d’œuvre de l’art français, 1937, guide topographique, p. 29, salle 19, no. 163.
Post Lot Text
J.-H. FRAGONARD, THE HAPPY HOUSEHOLD, OIL ON CANVAS, CIRCULAR

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Mathilde Bensard
Mathilde Bensard

Lot Essay

Dans un intérieur aristocratique subtilement suggéré, une famille – la mère debout, le père assis un petit enfant grimpant prestement sur ses genoux – partage un moment d’intimité et de bonheur familial. Fragonard, dans cette œuvre au format circulaire séduisant et à la fraîcheur intacte, dépeint avec tout le talent et la verve qu’on lui connaît cet instant de tendresse.
L’œuvre semble préparer un autre tableau de même sujet et de même format circulaire (vente Christie’s New York, 13 avril 2016, lot 8 ; fig. 1), dans lequel le peintre a cependant choisi d’inverser la mise en page de sa composition, plaçant la mère de famille sur la gauche et variant quelques couleurs. Dans cette version finale, à la technique plus appliquée et plus proche de son style tardif à la touche satinée et précieuse, Fragonard a également multiplié les détails pittoresques (comme le perroquet sur la droite, qui remplace le chien paisiblement assis de la présente version). Plus statique plus conventionnelle dans sa composition, elle diffère de notre exemplaire dans lequel Fragonard se concentre, avec génie, sur l’essentiel : les attitudes naturelles des protagonistes, plus grands ici que dans l’œuvre finale, et la rapidité et l’efficacité de la touche.
L’Heureux ménage semble par ailleurs s’identifier avec l’esquisse qui fut exposée au Salon de la Correspondance en 1783, comme appartenant alors au peintre de portraits Antoine Vestier (1740-1824). Elle est ainsi mentionnée dans les Nouvelles de la République des lettres et des Arts le 26 novembre 1783 : « l’intérieur d’un ménage où l’on voit un père caresser son enfant en présence de la mère, esquisse » ; puis une nouvelle fois le 10 décembre : « Cette composition est remarquable par le mouvement de ses figures, et surtout par la grâce de l’enfant qui joue sur les genoux de son père. » Ayant appartenu à Vestier, elle sera par la suite – hasard heureux – la propriété d’un autre peintre de portraits, anglais cette-fois, le célèbre Thomas Lawrence, dont on peut se demander s’il ne fut pas influencé par le style enlevé et brillant de Fragonard.
A l’encontre de l’image si communément admise - et si partielle - du Fragonard essentiellement libertin, L’Heureux ménage offre une vision différente de l’artiste, moins sensuelle, plus personnelle peut-être. Sans doute exécutée en 1783 ou peu avant, l’œuvre est le reflet d’une période particulièrement joyeuse de la vie du peintre sur le plan familial. Il avait épousé en 1769 Marie-Anne Gérard (1745-1823) qui devait bientôt donner naissance à leur premier-né, leur fille Rosalie (1769-1788). De leur union naissait également, le 26 octobre 1780 un second enfant, le futur peintre Alexandre-Evariste Fragonard (1780-1850). Comment ne pas voir, en considérant la date d’exécution de L’Heureux ménage, le jeune fils du peintre lui-même dans ce bambin qui se hisse vers son père ?
Les décennies 1770 et 1780 furent ainsi pour Fragonard celles de l’accomplissement et du bonheur familial, bonheur qui ne devait être interrompu que par la mort de Rosalie en 1788. C’est donc avec une sensibilité toute particulière que l’artiste, durant ces années, s’est attaché à la représentation de la vie intime et familiale, dont L’Heureux ménage se fait le parfait écho. Avec son acuité et sa justesse d’observation coutumière, Fragonard saisit sur le vif la scène pleine de tendresse. Les gestes touchants de l’enfant qui, tendant ses deux bras, joue de ses menottes avec le visage de son père, le détail émouvant de la main de la jeune femme qui tient affectueusement celle de son mari, tout concourt ici à l’expression d’une parfaite félicité que le talent de Fragonard sait rendre avec un naturel frappant.
A cette justesse du regard correspond – comme toujours chez Fragonard – une égale justesse d’exécution. Le peintre maîtrise pleinement ses moyens et l’on ne se lasse pas d’admirer les touches grasses, spontanées et précises du virtuose, les jeux de glacis et de réserves, les accents posés avec sûreté et assurance, les visages à peine suggérés et pourtant animés d’une expressivité parfaite. La palette de Fragonard reprend les coloris subtils de roses et de jaunes qu’il est le seul à oser utiliser, et le seul à utiliser avec une maîtrise et un bonheur semblables. Intemporel par son sujet, le tableau, par ses qualités picturales, résume ainsi à la perfection l’essence de son art.
En guise de conclusion reprenons ces mots, que nous empruntons à Pierre Rosenberg dans le catalogue de la grande exposition monographique de 1987, et qui s’appliquent à merveille à L’Heureux ménage :
« Fragonard n’est ni le peintre de la mélancolie et de la nostalgie, ni celui du silence ou du geste à l’arrêt, ni celui des sentiments ambigus. Son monde est celui de la joie de vivre, de la gaieté, de la franchise, de la fraîcheur surtout. Il est l’observateur qui n’insiste jamais ni ne caricature. Il décrit juste, avec le sourire, avec ravissement, avec une merveilleuse sûreté du regard. »

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