STATUE NKISI N’KONDI KONGO
STATUE NKISI N’KONDI KONGO
STATUE NKISI N’KONDI KONGO
2 More
STATUE NKISI N’KONDI KONGO
5 More
STATUE NKISI N’KONDI KONGO

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Details
STATUE NKISI N’KONDI KONGO
RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
Hauteur : 87 cm. (34 1⁄4 in.)
Provenance
Collection privée, Belgique
Henri Kamer (1927-1992), Paris, acquis avant 1974
Collection Michèle et Jean (1927-2009) Yoyotte, Paris, acquis en 1974
Transmis par descendance
Literature
Lehuard, R., Arts dAfrique Noire, n° 11, Arnouville, automne 1974, p. 17
Bourgoin, P., « Collection Michèle Yoyotte » in Primitifs, n° 1, Paris, novembre-décembre 1990, pp. 35 et 39
Post lot text
KONGO N’KISI N’KONDI FIGURE, DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO

Brought to you by

Alexis Maggiar
Alexis Maggiar International Head, Arts of Africa, Oceania & the Americas

Lot Essay

AVATARS DANS L’ART DU N’KONDI

De l’œuvre de Basquiat jusqu’à celle de Günther Uecker ou celle des jeunes artistes contemporains comme Julien Vignikin ou Alexis Peskine, l’utilisation du clou est devenu un acte symbolique traduisant la volonté et l’engagement artistique. Les multiples avatars du nkondi prennent forme dans des œuvres émouvantes et différentes telles que Grillo de Basquiat (1984), les Nagelbilder de Uecker ou encore Le Dîner des fantômes de Vignikin.

Néanmoins, il y a dans l’œuvre de Jean-Michel Basquiat un aspect singulier qui distingue et lie son travail artistique à celui des « maîtres anciens » Kongo. Cette relation se caractérise par son utilisation, par couches superposées, de techniques mixtes et souvent de matériaux hétérogènes afin d’aboutir à la réalisation d’un seul « collage visuel ». Cet usage cumulatif rappelle les pratiques divinatoires ou magico-religieuses du nkisi, et permet à Basquiat d'insuffler à ses œuvres un maximum de vitalité et de complexité. En ce sens, son travail est directement lié à celui de ces anciens artistes Kongo, dont la création artistique se distingue comme l’une des plus emblématiques et des plus formidables de l'art ancien africain grâce aux imposantes nkisi nkondi, les figures de pouvoir à clous.

C'est dans ces œuvres remarquables et ambivalentes, - dont le souci d’illustrer une esthétique puissante est doublé par le besoin de répondre également aux préoccupations des plus pragmatiques d’ordre médical, social ou politique -, que l’on retrouve un aspect essentiel, caractéristique du travail de Jean-Michel Basquiat. L’intérêt spécifique que ce dernier manifeste pour la médecine et en particulier l’anatomie n’est autre que l’expression d’une quête plus générale, celle d’une thérapie esthétique visant à guérir les maux majeurs dont souffrait la société de son temps, comme l’inégalité sociale et la discrimination raciale. A l’instar des nkisi nkondi, ses œuvres ont également pour fonction principale celle de la « guérison » et du « combat » touchant le spectateur et le monde dans son ensemble.

Au sens large, les minkisi (pl.) étaient « des expressions abstraites de relations, des références composites à des forces invisibles et à leurs effets. »1 Ils incarnent la relation ambivalente d’une force vengeresse et sa cible, du guérisseur/vengeur et du bénéficiaire/coupable. Ces œuvres sont essentiellement un « processus en action », de la même manière que l'art de Basquiat est un « acte » qui transfigure simultanément le sujet et l'observateur dans un processus curatif. Le nganga active son nkisi nkondi au service d’un individu ou de la communauté entière par l’accumulation constante et ahurissante de clous et de charges magiques sur une surface sculptée ; ainsi il identifie et guérit les différents maux. De la même manière, Basquiat nous confronte, en transposant sur toile des problèmes de nature raciale, sociale, historique, politique ou économique, afin de guérir le spectateur par une juxtaposition hypnotique de couleurs, de représentations anatomiques « disséquées » (crâne, membres ou corps humain entier), de mots, et parfois... de clous.

Une vision transfigurée et saisissante du nkisi nkondi apparaît de manière évidente dans le tableau Grillo exécuté par Basquiat en 1984. Ici, les ongles, la couronne et la vision intérieure anatomique des figures représentées traduisent vigoureusement les fonctions et les pouvoirs du nkisi nkondi. Les clous enfoncés en sont une référence directe. Grillo est emblématique de l'aspect nkisi de l'œuvre de Basquiat. En recourant à la force inhérente aux matériaux qui le définissent, le nkisi fait écho au souci de Basquiat de récupérer de telles formes de vitalité qui finiront par transfigurer et guérir dans la perspective la plus large.

1MacGaffey, W., « Minkisi on the Loango Coast » in Minkisi. Skulpturen vom unteren Kongo, Berlin, 2012, p. 31.

AVATARS IN THE N'KONDI ART

From Basquiat's work to that of Günther Uecker, or that of young contemporary artists such as Julien Vignikin or Alexis Peskine, the use of the nail has become a symbolic act expressing artistic will and commitment. The multiple avatars of n'kondi take shape in touching and varied works such as Basquiat's Grillo (1984), the Nagelbilder of Uecker, or Vignikin's Le Dîner des fantômes.

Nevertheless, there is a singular aspect to Jean-Michel Basquiat's work that distinguishes and links his artistic venture to that of the Kongo “old masters.” This relationship is characterized by his layered use of mixed media and often heterogeneous materials to create a single “visual collage.” This cumulative use is reminiscent of the divinatory or magico-religious practices of the nkisi, allowing Basquiat to infuse his works with maximum vitality and complexity. In this sense, his work is directly linked to that of the ancient Kongo artists, whose artistic creation stands out as one of the most emblematic and formidable of ancient African art thanks to the imposing nkisi n'kondi - power figures with nails.

It is in these remarkable and ambivalent works, whose concern to illustrate a powerful aesthetic is coupled with the need to respond to the most pragmatic medical, social or political concerns, that we find an essential aspect, characteristic of Jean-Michel Basquiat's work. Basquiat's specific interest in medicine, and particularly in anatomy, is nothing other than the expression of a more general quest for an aesthetic therapy aimed at curing the major societal illnesses of his time, such as social inequality and racial discrimination. Like the nkisi n'kondi, his works also have a primary function of “healing” and “struggle” affecting the viewer and the world at large.

In the broadest sense, the minkisi (pl.) are “abstract expressions of relationships, composite references to invisible forces and their effects.”1 They embody the ambivalent relationship of an avenging force and its target, of the healer/avenger and the beneficiary/offender. These works are essentially a “process in action,” in the same way that Basquiat's art is an “act” that simultaneously transfigures the subject and the observer through a healing process. The nganga activates his nkisi n'kondi at the service of an individual or the entire community through the constant and bewildering accumulation of nails and magical charges on a sculpted surface; in this way he identifies and cures various ailments. In the same way, Basquiat confronts us, by transposing racial, social, historical, political or economic problems onto canvas, in order to heal the viewer through a hypnotic juxtaposition of colours, “dissected” anatomical representations (skulls, limbs or the entire human body), words, and sometimes... nails.

A transfigured and striking vision of nkisi n'kondi is evident in Basquiat's 1984 painting Grillo. Here, the nails, the crown and the anatomical inner vision of the figures depicted strongly convey the functions and powers of nkisi n'kondi. The driven nails are a direct reference. Grillo is emblematic of the nkisi aspect in Basquiat's work. By employing the inherent strength of the materials that define it, nkisi echoes Basquiat's concern to reclaim such forms of vitality that will ultimately transfigure and heal in the broadest perspective.

1MacGaffey, W., « Minkisi on the Loango Coast » in Minkisi. Skulpturen vom unteren Kongo, Berlin, 2012, p. 31.

34 rue de Seine, Paris, le jeudi 6 juin 1974 à la Galerie Kamer & Cie.

C’est en automne de la même année, dans Arts d’Afrique Noire n° 11, pour faire la promotion de ladite galerie, que la première photographie de ce chef-d’œuvre de l’art Kongo est publiée : campé sur ses deux pieds, on aperçoit, sur ce cliché en noir et blanc, un Priape assené d’éléments métalliques, au port altier dont la charge sphérique ombilicale semble s’égrapper. Première manifestation au grand public, et dernière à notre connaissance, cette merveille, qui constitue une redécouverte majeure de l’art Kongo, restera jusqu’à aujourd’hui précieusement conservée en mains privées.

Nkisi NKondi, - esprit chasseur. Objet de magie et de rituel, et de par sa dimension, appartenant certainement à la communauté voire à un lignage ou à un clan, ce dernier était craint. Lié au nganga, la seule personne habilitée à le manipuler lors des consultations, ce binôme - fétiche/nganga - permettait d’exaucer les vœux, de protéger et de conjurer les sorts à la demande des consultants. La pléthore d’objets métalliques implantés dans le fétiche demeure une signature physique et concrète de l’utilisation répétée et prolongée qu’il eut au sein d’une communauté Kongo. La cavité ventrale, obturée d’un large agrégat croûteux, nommée charge magique, marque l’importance et la force avec lesquelles le nganga et l’esprit se sont engagés dans le monde terrestre. « Véritable puissance transcendée, dans un insaisissable souffle vital qui lui est inhérent », le fétiche devient ainsi omnipotent.

Cette remarquable représentation du fétiche à clous traduit à merveille l’autorité et le pouvoir qu’il put avoir par le passé. Redoutable, sa posture formalise son rôle d’arbitre suprême : les bras fichés à l'abdomen font écho à la vigueur établie par les deux jambes aux larges pieds, comme prêtes à s’élancer. Le torse et les épaules, bardés de clous, d’éléments métalliques, de cordes et d’amulettes sont autant de témoins de requêtes investies au fétiche. La charge magique abdominale et celle anciennement contenue dans la calotte crânienne attestent également des invocations itératives. La splendeur du traitement attribué au visage est manifeste : les lèvres lippues, ourlées et sensuelles, le menton surélevé, le nez épaté naturaliste et les yeux clos par des fragments de miroir au tain oxydé, lui confèrent une aura saisissante, empreinte d’humanisme et de souveraineté. La patine croûteuse résultant d’aspersions de matières, réalisées lors des rituels, inondent le visage, attestant sa grande ancienneté.

Monument parmi le large corpus, cet exemplaire est à rapprocher stylistiquement et par le traitement réservé au visage, à celui acquis avant 1940 et conservé au AfricaMuseum (inv. n° EO.1949.9.1), publié dans Adjaye, D., Geo-Graphics: a map of art practices in Africa, past and present, Milan, 2010, p. 260.

Véritable chef-d’œuvre, conservé pendant des décennies en mains privées, cette statue est sans aucun doute l’un des témoins les plus importants, les plus aboutis et l’un des plus représentatifs de la virtuosité des artistes en pays Kongo.

34, Rue de Seine, Paris, on Thursday 6 June 1974 at the Galerie Kamer & Cie.

It was in the autumn of the same year, in Arts d'Afrique Noire No. 11, to promote the said gallery, that the first photograph of this masterpiece of Kongo art was published: standing on its two feet, we can see, on this black and white photograph, a Priapus clad in metallic elements, with a regal bearing whose umbilical spherical charge seems to be destalking. The first to be shown to the general public, and the last to our knowledge, this marvel, which constitutes a major rediscovery of Kongo art, remained preciously preserved in private hands until today.

Nkisi N'Kondi - hunting spirit. An object of magic and ritual, and due to its size, certainly belonging to the community or even to a lineage or clan, it was intended to be feared. Linked to the nganga, the only one authorized to handle it during consultations, this pairing made it possible to grant wishes, protect and conjure up spells at the request of the consultants. The serendipity of metal objects implanted in the fetish remains a physical and concrete signature of the repeated and prolonged use it had within a Kongo community. The ventral cavity, sealed with a large crusty aggregate, called the magic charge, indicates the importance and strength with which the nganga and the spirit engaged in the earthly world. The fetish becomes omnipotent in this way, as a true transcendent power, in an elusive vital breath that is actually ingrained.

This remarkable representation of the nail fetish wonderfully transposes the authority and power it most probably had in the past. His formidable posture formalizes his role as supreme arbiter: the arms fixed to the abdomen echo the vigor established by the two wide-footed legs, as if ready to launch themselves. The torso and shoulders, studded with nails, metal elements, ropes and amulets, are all witnesses to the requests made to the fetish. The magical abdominal charge and the one formerly contained in the skull cap also attest to the iterative invocations. The splendour of the treatment attributed to the face is evident: the pulpous, hemmed and sensual lips, the raised chin, the naturalistic blunt nose and the eyes closed by fragments of mirror with an oxidized tint, convey a striking aura, imbued with humanism and sovereignty. The crusty patina resulting from the sprinkling of materials taking place during rituals floods the face, attesting to its great antiquity.

A monument among the large corpus, this example can be compared stylistically and in terms of the treatment reserved for the face to the one acquired before 1940 and kept in Tervuren at the AfricaMuseum (inv. n° EO.1949.9.1), published in Adjaye, D., Geo-Graphics: a map of art practices in Africa, past and present, Milan, 2010, p. 260.

A true masterpiece, preserved for decades in private hands, this remarkable statue is undoubtedly one of the most important, most accomplished and most representative witnesses to the virtuosity of artists in Kongo country.
;

Related Articles

View all
‘This could be one major priva auction at Christies
‘Like Gauguin in reverse’: how auction at Christies
Rapper’s delight: the record c auction at Christies

More from African and Oceanic Art

View All
View All