JEAN DECOURT (PARIS ? VERS 1525-1584 PARIS)
JEAN DECOURT (PARIS ? VERS 1525-1584 PARIS)
JEAN DECOURT (PARIS ? VERS 1525-1584 PARIS)
2 More
JEAN DECOURT (PARIS ? VERS 1525-1584 PARIS)

Catherine de Médicis entourée de ses fils Charles IX, Henry III et de ses belles-filles Elisabeth d'Autriche et Louise de Vaudémont

Details
JEAN DECOURT (PARIS ? VERS 1525-1584 PARIS)
Catherine de Médicis entourée de ses fils Charles IX, Henry III et de ses belles-filles Elisabeth d'Autriche et Louise de Vaudémont
Gouache rehaussé d’or sur vélin
14 x 9,1 cm. (5 ½ x 3 5⁄8 in.)
Provenance
Baron Alphonse de Rothschild (1827-1905), Paris; son inventaire après décès, 16 octobre 1905, probablement p. 99 (‘Catherine de Médicis XVIe siècle – anonyme – estimé six mille francs’).
Baron Édouard de Rothschild (1868-1949), Paris.
Spolié sous la direction du Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg sous l’Occupation de la France, après mai
1940, et transféré au Jeu de Paume (ERR no R 80 - comme ‘Kreis des François Clouet’).
Récupéré par l’unité Monuments Fine Arts and Archives aux mines de sel d’Altaussee, Autriche, et transféré au Munich Central Collecting Point le 25 juin 1945 (MCCP no 761⁄16).
Renvoyé en France le 19 septembre 1946 pour être enfin restitué à la famille Rothschild le 22 octobre 1947.
Resté depuis par descendance dans la famille.
Further details
JEAN DECOURT, CATHEDRINE DE’ MEDICI SURROUNDED BY HER FAMILY, BODYCOLOUR, HEIGHTENED WITH GOLD, ON VELLUM

Brought to you by

Lionel Gosset
Lionel Gosset Vice President, Auctioneer and Head of Department

Lot Essay

Certainement sans aucun lien de parenté avec les émailleurs de Limoges et Parisien, Jean Decourt prend la succession de François Clouet comme peintre officiel des Valois dès la mort du célèbre portraitiste en 1572. Il n’est pas un inconnu à la cour car il sert la famille royale depuis déjà plus de vingt ans, d’abord dans la maison du prince de La Roche-sur-Yon, puis en tant que valet de chambre et peintre de Marie Stuart et de Charles IX. Très vraisemblablement élève de François Clouet, son aîné d’un peu plus de dix ans, et surtout son proche collaborateur, il appartient à la génération qui précède celle des frères Dumonstier, de Benjamin Foulon et de François Quesnel. Sa manière doit beaucoup à Clouet dont il semble avoir parfois parachevé des tableaux, chargé notamment des vêtements et des bijoux. Son faire est plus minutieux et précis que celui de son maître et cette particularité est plus flagrante encore dans ses dessins toujours parfaitement terminés. L’artiste a été très tôt chargé par Catherine de Médicis de portraiturer ses plus jeunes enfants, Marguerite et François, mais aussi de répéter les iconographies créées par Clouet pour la reine mère, le roi Charles et son frère Henri. Devenu portraitiste officiel de Charles IX, Decourt poursuit la tradition initiée par les Clouet d’une continuité absolue des images royales qui ne changent guère malgré les années qui passent. En 1573, il se contente ainsi de vieillir les traits du souverain, d’allonger sa moustache et d’épaissir sa barbe. Il reprend aussi le portrait de la reine Élisabeth d’Autriche tel qu’il était imaginé par Clouet. La mort prématurée de Charles IX porte sur le trône Henri de France sous le nom de Henri III. À la demande expresse du nouveau monarque sacré début 1575, le portraitiste modifie légèrement son image pour rendre son effigie plus forte : le regard de Henri est désormais tourné vers le spectateur, ses traits sont plus incisifs et un très léger sourire anime ses lèvres. Decourt peint aussi le portrait de Louise de Lorraine que le roi épouse en février 1575.

Réalisée par Decourt vers 1575-1576, la grande miniature est ainsi une réunion de famille factice qui est autant une réunion de portraits assez différents, comparable à celle de la galerie de Catherine de Médicis dans son hôtel parisien : ses enfants y étaient représentés en pied, chacun aux côtés de son époux. L’image de la reine mère, au centre, remonte au portrait réalisé par Clouet en 1559. Son visage est presque le même et seuls quelques détails de son habit de veuve (attifet et collerette) sont mis au goût du jour. Le portrait le plus proche est la miniature conservée à Vienne (Kunsthistorisches Museum, Kunstkammer, inv. 1601 ; traditionnellement attribuée à Clouet, elle date d’après 1572 et revient en réalité à Decourt). Sur la robe entièrement noire de Catherine tombe le long voile. À son habitude, elle ne porte aucun bijou exception faite de quelques bagues. Elle tient un éventail plié dans sa main droite.

Derrière la reine mère se tiennent Charles IX et Élisabeth d’Autriche. L’effigie du roi est très exactement celle de 1573, seulement son corps est tourné vers la droite pour les besoins de la composition. Plutôt que la robe fermée des derniers portraits avant son veuvage, Decourt préfère revenir à la somptueuse tenue peinte par Clouet en 1572. À la droite de Catherine se tient Henri III vêtu de pourpoint, haut-de-chausse, chausses et souliers verts émeraude, collet de maroquin orné de longues taillades et cape noire doublée de soie verte. Une haute fraise encadre son visage. Sa tête est coiffée d’une petite toque noire à la nouvelle mode et ornée d’un plumet, mais sans l’aigrette en diamant qui l’ornera dès 1576. Le collier de l’ordre s’est effacé avec le temps, mais ses nombreuses perles se devinent encore. On retrouve en revanche la double boucle d’oreille visible aussi sur le portrait en miniature du roi par Decourt daté de 1576 récemment découvert (Museum of Fine Arts, Houston, inv. 2021.29). Enfin, à la gauche de la reine mère, on retrouve Louise de Lorraine vêtue de sa robe de sacre à double collerette copieusement garnie de joyaux et parfaitement identique à celle que la reine porte dans le crayon de l’atelier de Decourt (copie de l’original non localisé) conservé à la Bibliothèque nationale de France (Est. RESERVE NA-22 (16)-BOITE ECU, ESTNUM-36197).

Cette miniature est-elle une œuvre isolée ou, ce qui paraît plus probable, s’agit-il d’une enluminure détachée d’un ouvrage ? La place centrale occupée par Catherine de Médicis laisse supposer que la commande revient probablement à la reine mère dont on sait l’affection particulière pour les portraits. Les retrouvailles improbables entre les deux frères rois et l’absence de leur cadets, François et Marguerite de France, mais également de François II et de Henri II, renforce la portée de l’image qui célèbre l’avènement de Henri III.

Nous remercions Alexandra Zvereva pour la rédaction de cette notice.

English translation:
Upon François Clouet’s death in 1572, the French artist Jean Decourt (1525-1584) succeeds the late portraitist as official painter to the House of Valois. Decourt was already well known to the French royal court, having served for more than twenty years first in the house of Charles of Bourbon (1490-1527) then as valet and painter for Mary Stuart (1542-1567). Having honed his craft under the tutelage of François Clouet (1510-1572), Decourt belongs to the generation of portraitists that precedes the Dumonstier brothers, Benjamin Foulon and François Quesnel. Decourt shares many stylistic similarities with Clouet as he often contributed to Clouet’s portraits, in particular painting the subjects’ garments and jewelry. However, Decourt’s style is more detailed and precise than his teacher’s as evidenced in his finely executed drawings.

Decourt was commissioned early on by Queen of France Catherine de’ Medici (1519-1589) to create portraits of herself and her children. As the official portraitist, Decourt maintains the iconographic depiction of the royal family begun by Clouet, creating portraits with a homogenous style that deviated only to gesture towards the passing of time. His 1573 portrait of Charles IX lengthens the sovereign’s moustache and fills in his beard as the king comes into adulthood. However, after Charles IX’s premature death, Henry III ascends to the throne in 1575 and requests that Decourt modify his portrait in order to communicate a stronger image. Decourt thus depicts Henry with more defined facial features, including a light smile animating his face, and turns the king slightly so that his gaze looks outward to the viewer.

This large miniature, created by Decourt around 1575, presents the Valois family members in an imagined gathering; Catherine stands in the middle with two of her sons, Charles IX and Henry III, flanking her right and their spouses on her left. This composition is comparable to one in Catherine de’ Medici’s own gallery in her Parisian residence in which her children are also represented alongside their spouses. Decourt’s depiction of the queen mother, in particular her face, resembles a portrait realized by Clouet in 1559. Only a few details in her widow’s clothing, notably the headdress known as an attifet and the ruff around her neck, have been updated to match contemporary styles of the late sixteenth century. A portrait conserved in Vienna shares even more similarities (KHM, Kunstkammer, 1601, although traditionally attributed to Clouet it was actually created after 1572 and thus belongs to Decourt). A long veil covers Catherine’s entirely black attire. In keeping with her style, she does not wear any jewelry except for a few rings and holds a folded fan in her right hand.

Behind the queen mother stands King Charles IX in a scarlet ensemble and his wife, Queen Elisabeth of Austria (1554-1592). The likeness of the king resembles a portrait from 1573, except for the slight turn of his body towards the right to accommodate the composition of Decourt’s miniature. As for Elisabeth, the subtle lack of similarity, visible especially in the nose and chin, is likely attributable to subsequent retouching campaigns. In comparison to the sombre dresses she wore after Charles IX’s death, here Elisabeth wears the sumptuous garments which were previously painted by Clouet in 1572.

To Catherine’s right stands King Henry III wearing a vibrant green doublet, breeches, mail chausses, emerald green shoes, a Morocco collar decorated with long tassels, and a black cape lined with green silk [ A high ruff frames his face. On his coiffed hair rests a small black brimless hat decorated with a feather in the contemporary style, but without the jeweled pin that ornaments it beginning in 1576. Such a change in style that can be traced to a specific year allows for more precise dating of this miniature. Although faded, the chain around his neck, discernible by a few pearls, signifies his belonging to a royal order. The double earring references the miniature portrait of the king painted by Decourt in 1576 and which is a recent discovery (Houston, Museum of Fine Arts, inv. 2021.29).

Finally, to Catherine’s left stands Henry’s wife, Queen Louise de Lorraine (1553-1601) in a ceremonial dress with a double collar generously ornamented with jewels. This attire is identical to the outfit the queen wears in a crayon drawing by the workshop of Decourt (a copy of the original which has not been located) and conserved at the Bibliothèque nationale de France (Est. RESERVE NA-22 (16)-BOITE ECU,  ESTNUM-36197).

Further research is necessary in order to determine whether this miniature is an isolated work or, more likely, an illumination detached from a larger manuscript. The central positioning of Catherine de’ Medici, as well as her love for portraits, suggests that this miniature was likely commissioned by the queen mother herself. The unlikely gathering of the two brothers who were each kings of France and the absence of their younger siblings Francis and Margaret, reinforces the significance of this miniature as celebrating the ascension of Henry III to the throne in 1575.


We are grateful to Alexandra Zvereva for his help with the note.

More from Derniers souvenirs de Ferrières

View All
View All