COFFRET ROYAL D'ÉPOQUE LOUIS XIV
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PROVENANT D'UNE IMPORTANTE COLLECTION PRIVÉE
COFFRET ROYAL D'ÉPOQUE LOUIS XIV

ATTRIBUÉ À ALEXANDRE-JEAN OPPENORDT, PROBABLEMENT D'APRÈS UN MODÈLE DE JEAN BÉRAIN, VERS 1690, TRÈS PROBABLEMENT LIVRÉ AU GRAND DAUPHIN

Details
COFFRET ROYAL D'ÉPOQUE LOUIS XIV
ATTRIBUÉ À ALEXANDRE-JEAN OPPENORDT, PROBABLEMENT D'APRÈS UN MODÈLE DE JEAN BÉRAIN, VERS 1690, TRÈS PROBABLEMENT LIVRÉ AU GRAND DAUPHIN
En marqueterie d'écaille de tortue brune et rouge, corne teintée bleue, nacre et laiton, bois noirci et ornementation de bronze ciselé et doré, de forme rectangulaire, marquetée sur toutes les faces, le couvercle légèrement bombé orné en son centre des armoiries couronnées du Dauphin de France dans un cartouche à enroulements géométriques décoré de branches de laurier, feuilles d'acanthe et de dauphins flanqué de fleurs de lys ; les angles à décor en écoinçons du chiffre aux double "L" entrelacées dans un cartouche à décor de dauphins affrontés sommé d'une couronne fermée fleurdelysée, les faces avant et arrière ornées aux armes du Dauphin flanquées de deux dauphins, les côtés à décor de deux dauphins affrontés munis d'une anses en forme de dauphins, le dessous plaqué de noyer centré d'un cartouche encadrant le chiffre 'XV' sommé d'une fleur de lys, reposant sur des petits pieds de dauphins entrelacés, l’intérieur muni d'un emboîtage en cuir bleu nuit ; petites restaurations
H. 19 cm. (7 ½ in.) ; L. 47 cm. (18 ½ in.) ; P. 32 cm. (12 ½ in.)
Provenance
Très probablement livré au Grand Dauphin, fils aîné du roi Louis XIV, vers 1690 ;
Vente Christie's, Londres, 9 juillet 2015, lot 134;
Ancienne collection Hôtel Lambert, vente Sotheby's, Paris, 11 octobre 2022, lot 14.
Literature
Bibliographie comparative :
J.R. Ronfort, « Le mobilier royal à l’époque de Louis XIV », L’Estampille, avril 1986, p. 44–50.
A. Pradère, Les Ébénistes Français, Paris, 1989, p. 62–65.
T. Lunsingh Scheurleer, Pierre Gole, Ébéniste de Louis XIV, Dijon, 2005, p. 202–217.
J.R. Ronfort (dir.), André Charles Boulle 1642-1732, Un nouveau style pour l'Europe, Paris, 2009, p. 89.
Further Details
A ROYAL LOUIS XIV ORMOLU-MOUNTED, ENGRAVED BRASS AND POLYCHROME HORN-INLAID TORTOISESHELL CASKET, ATTRIBUTED TO ALEXANDRE-JEAN OPPENORDT, PROBABLY AFTER A DESIGN BY JEAN BERAIN, CIRCA 1690, ALMOST PROBABLY DELIVERED FOR THE GRAND DAUPHIN

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Hippolyte de la Féronnière
Hippolyte de la Féronnière Head of European Furniture Department

Lot Essay

Ce précieux coffret fut certainement réalisé vers 1690 par Alexandre-Jean Oppenordt (1639-1715) pour le Grand Dauphin, fils aîné et héritier du roi Louis XIV.

OPPENORD ET BOULLE
Cette technique de marqueterie complexe et onéreuse, combinant écaille de tortue, métaux et bois variés, fut perfectionnée à partir de 1675 à Paris par un petit groupe d’ébénistes installés principalement dans les ateliers royaux des galeries du Louvre. Elle devint indissociable du nom d’André-Charles Boulle (1642–1732), ébéniste du Roi, qui en développa les formes les plus sophistiquées. Néanmoins, Boulle ne fut pas le premier à intégrer le métal dans ses marqueteries. Dès 1663, Jean Talon (mort après 1695) fut nommé ébéniste du Roi pour ses « ouvrages en métal mêlé d'autres matières » (J.R. Ronfort, op. cit., 2009, p. 89).

Contemporain de Boulle et souvent considéré comme son plus sérieux rival, Alexandre-Jean Oppenordt s’illustra également par son mobilier en marqueterie précieuse. Installé au Louvre dès 1684, il y reçut le titre d’ébéniste ordinaire du Roi. Sa première commande royale porta sur douze cabinets à médailles en marqueterie, facturés 3 600 livres. Ces meubles furent presque certainement exécutés d’après des dessins de Jean Bérain (1637–1711), lui aussi actif au Louvre, avec qui Oppenordt collabora étroitement (A. Pradère, op. cit., p. 62–65).

En 1685, Oppenordt réalisa deux remarquables bureaux brisés en marqueterie d’écaille et de laiton pour le Petit Cabinet de Sa Majesté à Versailles. L’un d’eux est aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum of Art de New York (inv. 1986. 365.3 ; voir dans J.R. Ronfort, op. cit., 1986, p. 44–50). Décoré selon des dessins de Bérain, ce bureau présente le chiffre royal des L entrelacés sous couronne, accompagné de fleurs de lys dans les angles. Par son foisonnement de motifs géométriques en rinceaux couvrant toutes les surfaces, ce meuble démontre la maîtrise d’Oppenordt en tant que marqueteur virtuose.

Contrairement à Boulle, qui préférait les scènes figuratives et les formes mouvementées, Oppenordt développa un style personnel fondé sur des motifs géométriques finement gravés, enrichis de symboles royaux puissants. En dehors des bureaux exécutés pour Versailles, peu de meubles en marqueterie lui sont attribués avec certitude, que ce soit par documentation, ou par comparaison stylistique. Parmi eux figure une commode en sarcophage exécutée vers 1695 et conservée à la Wallace Collection (inv. F405), ainsi que le plancher en marqueterie du carrosse d’apparat suédois, œuvre spectaculaire réalisée en 1696 pour 600 livres, aujourd'hui au Palais royal de Stockholm (A. Pradère, op. cit., p. 64–65).


UN COFFRET POUR LE GRAND DAUPHIN (1661-1711)
Richement décoré de marqueterie d’écaille, de laiton et de corne bleue, portant les armoiries royales et les emblèmes spécifiques du Dauphin, ce coffret constitue une découverte majeure dans l’œuvre d’Oppenordt. Son couvercle bombé est centré des armoiries du Dauphin sous couronne royale, entourées d’un réseau complexe de rinceaux, de dauphins et de L entrelacés. À chaque angle, des cartouches plus petits présentent également les "L" entrelacés sous couronne. Sur la face avant figure une seconde version des armoiries, flanquée de cartouches représentant des dauphins enroulés autour de "L", motif que l’on retrouve sur les côtés, agrémentés de poignées en forme de dauphins finement ciselés. Le coffret repose sur des pieds en bronze doré représentant des dauphins entrelacés.

Œuvre précieuse au caractère intime, chaque surface du coffret est ornée de motifs évoquant le rang du Grand Dauphin et sa destinée royale. Sur le dessous, un chiffre “XV” placé au centre de "L" en forme de dauphins constitue un message privé, sans doute destiné à lui seul ou à son entourage proche — allusion directe à son destin supposé en tant que futur Louis XV.

Par comparaison avec les meubles documentés d’Oppenordt réalisés dans les deux dernières décennies du XVIIe siècle, ce coffret peut être daté avec certitude vers 1690. On y retrouve les cartouches à "L" entrelacés des bureaux de Versailles, tandis que les couronnes semblent gravées par la même main. Certains motifs de rinceaux sur le couvercle évoquent de près ceux du plancher du carrosse suédois, annonçant l’évolution stylistique d’Oppenordt vers des formes plus libres et plus fluides.

Oppenordt développa un langage décoratif personnel, en particulier dans ses meubles pour la Cour, à base de motifs géométriques denses, d’emblèmes royaux puissants, gravés avec une rare précision. Ce style le distingue nettement de Boulle, mais aussi de ses suiveurs comme Nicolas Sageot (1666–1731) ou Bernard I van Risenburgh (1660–1738). Certains dauphins figurant sur ce coffret sont d’ailleurs identiques à ceux des trois guéridons réalisés vers 1680 par Pierre Gole (1620–1685), ébéniste du Roi dès 1651, pour le Grand Dauphin (T. Lunsingh Scheurleer, op. cit., pp. 202–217). Intégrés discrètement dans une marqueterie dense, ces dauphins reposent sur des rinceaux plats, tandis qu’Oppenordt s’en inspire pour créer des cartouches “Dauphin” aux formes dynamiques.

Très prisés et parfois profondément symboliques, divers coffrets similaires sont répertoriés dans plusieurs inventaires de la fin du XVIIe siècle et sont représentés par les artistes les plus éminents de l'époque. Un coffret similaire apparaît dans La Résurrection peinte par Charles Le Brun (1674-1676), où un coffret est rempli de pièces de monnaie et de bijoux (inv. A 203, musée des Beaux-Arts de Lyon). Dans L'Inventaire du mobilier de la Couronne sous Louis XIV publié par J. Guiffrey en 1886, on trouve la mention d'un objet dont la description ressemble à celle de ce coffret : « Cassette de marqueterie avec son pieds [sic] enrichie de Dauphins et autres ornements de cuivre gravez et dorés », avec la mention supplémentaire « deschargé », signifiant qu'il a quitté la collection royale à un moment donné.

LE GRAND DAUPHIN ET SES COLLECTIONS
Le Grand Dauphin (1661–1711), connu à la cour sous le nom de Monseigneur, était le fils de Louis XIV et de la reine Marie-Thérèse de France. Il épousa Anne-Marie-Christine de Bavière et eut trois fils, mais il mourut avant son père, à l’âge de cinquante ans, sans avoir jamais régné. Fréquent visiteur des hauts lieux culturels parisiens, le Grand Dauphin était un fervent amateur d’opéra et un mécène notoire. Collectionneur passionné d’œuvres d’art précieuses et de mobilier raffiné, il montra un goût tout particulier pour la marqueterie en écaille de tortue. Ses premiers achats dans cette technique, vers 1680, furent presque certainement les célèbres guéridons de Pierre Gole.

En 1682, André-Charles Boulle entreprit l’aménagement de l’appartement du Grand Dauphin à Versailles, la plus importante commande de toute sa carrière. Ces pièces, destinées aux usages cérémoniels et à l’exposition de ses collections, firent l’objet d’un aménagement complet par Boulle, bien au-delà du simple mobilier. Dans le Cabinet des Glaces du Grand Dauphin, cabinet aujourd'hui disparu, Boulle fournit lambris, miroirs et même plafonds, richement décorés de bronze doré et de marqueterie, conçus pour encadrer dignement les trésors du Dauphin: gemmes, cristal de roche, agate, sardoine, lapis-lazuli, tous montés en bronze doré, vermeil, argent ou or, et réfléchis à l’infini par les surfaces miroitantes (J.R. Ronfort, op. cit., p. 69).

Parfaitement adapté à être exposé parmi ces trésors du Cabinet des Glaces, le présent coffret constitue une découverte majeure dans le corpus du mobilier royal d’Oppenordt, livré presque certainement vers 1690 au Grand Dauphin.


This precious casket was most likely created around 1690 by Alexandre-Jean Oppenordt (1639–1715) for the Grand Dauphin, eldest son and heir of King Louis XIV.

OPPENORDT AND BOULLE
His complex and costly marquetry technique, combining tortoiseshell, metals, and various woods, was perfected in Paris after 1675 by a small group of cabinetmakers working mainly in the royal workshops of the Louvre galleries. It became inseparable from the name of André-Charles Boulle (1642–1732), ébéniste du Roi, who developed its most sophisticated forms. Nevertheless, Boulle was not the first to integrate metal into marquetry. As early as 1663, Jean Talon (died after 1695) was appointed ébéniste du Roi for his “works in metal mixed with other materials” (J.R. Ronfort, op. cit., 2009, p. 89).

A contemporary of Boulle and often regarded as his most serious rival, Alexandre-Jean Oppenordt also distinguished himself through his furniture in precious marquetry. Established in the Louvre by 1684, he received there the title of ébéniste ordinaire du Roi. His first royal commission concerned twelve cabinets à médailles in marquetry, invoiced at 3,600 livres. These pieces were almost certainly executed after designs by Jean Bérain (1637–1711), also active at the Louvre, with whom Oppenordt collaborated closely (A. Pradère, op. cit., pp. 62–65).

In 1685, Oppenordt produced two remarkable bureaux brisés in tortoiseshell and brass marquetry for the Petit Cabinet de Sa Majesté at Versailles. One of them is now preserved at the Metropolitan Museum of Art, New York (inv. 1986.365.3; see J.R. Ronfort, op. cit., 1986, pp. 44-50). Decorated after designs by Bérain, this desk bears the royal cipher of interlaced L beneath a crown, accompanied by fleurs-de-lys at the corners. Through its profusion of scrolling geometric motifs covering all surfaces, this piece demonstrates Oppenordt’s mastery as a virtuoso marqueteur.

Unlike Boulle, who preferred figurative scenes and animated forms, Oppenordt developed a personal style based on finely engraved geometric motifs enriched with powerful royal symbols. Apart from the desks executed for Versailles, few marquetry pieces can be attributed to him with certainty, whether by documentation or stylistic comparison. Among them are a sarcophagus-shaped commode made around 1695, preserved in the Wallace Collection (inv. F405), and the marquetry floor of the Swedish state coach, an extraordinary work executed in 1696 for 600 livres, now in the Royal Palace of Stockholm (A. Pradère, op. cit., pp. 64–65).

A CASKET FOR THE GRAND DAUPHIN (1661–1711)
Richly decorated with tortoiseshell, brass, and blue horn marquetry, bearing the royal arms and the specific emblems of the Dauphin, this casket constitutes a major discovery within Oppenordt’s oeuvre. Its domed lid centers on the Dauphin’s armorials beneath a royal crown, surrounded by a complex network of scrolls, dolphins, and interlaced Ls. At each corner, smaller cartouches also display the crowned interlaced Ls. On the front appears a second version of the arms, flanked by cartouches depicting dolphins entwined around an L—a motif repeated on the sides, adorned with finely chased dolphin-shaped handles. The casket rests on gilt-bronze feet representing intertwined dolphins.

A precious work of intimate character, every surface of the casket is ornamented with motifs evoking the rank and royal destiny of the Grand Dauphin. On the underside, a cipher “XV” placed at the center of Ls formed by dolphins constitutes a private message, likely intended only for him or his close circle, a direct allusion to his supposed destiny as the future Louis XV.

By comparison with Oppenordt’s documented furniture from the last two decades of the seventeenth century, this casket can be confidently dated to around 1690. The cartouches with interlaced Ls recall those of the Versailles desks, while the crowns appear to have been engraved by the same hand. Certain scrolling motifs on the lid closely resemble those of the Swedish coach floor, foreshadowing Oppenordt’s stylistic evolution toward freer, more fluid forms.

Oppenordt developed a personal decorative language, especially in his furniture for the Court, based on dense geometric motifs and powerful royal emblems, engraved with exceptional precision. This style distinguishes him clearly from Boulle, but also from his followers such as Nicolas Sageot (1666-1731) and Bernard I van Risenburgh (1660-1738). Some of the dolphins on this casket are identical to those on the three guéridons made around 1680 by Pierre Gole (1620–1685), ébéniste du Roi since 1651, for the Grand Dauphin (T. Lunsingh Scheurleer, op. cit., pp. 202–217). Discreetly integrated into a dense marquetry, these dolphins rest on flat scrolls, while Oppenordt took inspiration from them to create dynamic “Dauphin” cartouches.

Highly prized and often deeply symbolic, several similar caskets are recorded in late seventeenth-century inventories and depicted by the most eminent artists of the time. A comparable example appears in La Résurrection, painted by Charles Le Brun (1674–1676), showing a casket filled with coins and jewels (inv. A 203, Musée des Beaux-Arts de Lyon). In L’Inventaire du mobilier de la Couronne sous Louis XIV published by J. Guiffrey in 1886, there is mention of an object whose description closely resembles that of this casket: Cassette de marqueterie avec son pieds [sic] enrichie de Dauphins et autres ornements de cuivre gravez et dorés with the additional note “deschargé,” meaning that it had at some point left the royal collection.

THE GRAND DAUPHIN AND HIS COLLECTIONS
The Grand Dauphin (1661–1711), known at court as Monseigneur, was the son of Louis XIV and Queen Marie-Thérèse of France. He married Anne-Marie-Christine of Bavaria and had three sons, but died before his father at the age of fifty, never having reigned. A frequent visitor to Paris’s major cultural venues, the Grand Dauphin was a devoted opera lover and a noted patron of the arts. A passionate collector of precious artworks and refined furniture, he showed a particular taste for tortoiseshell marquetry. His first acquisitions in this technique, around 1680, were almost certainly the celebrated guéridons by Pierre Gole.
In 1682, André-Charles Boulle undertook the furnishing of the Grand Dauphin’s apartment at Versailles, the most important commission of his entire career. These rooms, intended for ceremonial use and the display of his collections, were fitted out by Boulle far beyond mere furniture. In the Cabinet des Glaces of the Grand Dauphin, a room now lost, Boulle provided paneling, mirrors, and even ceilings richly decorated with gilt bronze and marquetry, designed to frame worthily the Dauphin’s treasures: gems, rock crystal, agate, sardonyx, lapis lazuli, all mounted in gilt bronze, vermeil, silver, or gold, endlessly reflected in the mirrored surfaces (J.R. Ronfort, op. cit., p. 69).

Perfectly suited to be displayed among the treasures of the Cabinet des Glaces, the present casket constitutes a major discovery within the corpus of Oppenordt’s royal furniture, almost certainly delivered around 1690 to the Grand Dauphin.

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