Lot Essay
Jean-Michel Moreau le Jeune et les Menus-Plaisirs : une commande d’estampes prestigieuses au siècle des Lumières
Sous le règne de Louis XV (1710-1774), l’administration des Menus-Plaisirs est chargée d’organiser des fêtes, des spectacles et les cérémonies de la Cour afin de promouvoir la grandeur royale. Pour diffuser les images de ces évènements très festifs, des gravures, ‘qui figurent parmi les plus belles estampes du Siècle des Lumières’ ont été réalisées, dans un premier temps d’après les dessins de Charles-Nicolas Cochin (1715-1790), puis à partir des années 1780 par Jean-Michel Moreau le Jeune, tous deux nommés successivement ‘dessinateur des Menus-Plaisirs’ (C. Le Bitouzé, ‘Les estampes des Menus-Plaisirs', in Graver pour le Roi. Collections historiques de la chalcographie du Louvre, cat. exp., Paris, musée du Louvre, 2019, p. 97).
Reçu à l’Académie Royale de Peinture, Moreau présente au Salon de 1781 un dessin du Serment du sacre de Louis XVI à Reims qui sera ensuite gravé et considéré comme l’une des planches les plus impressionnantes des Menus-Plaisirs. Fort de ce succès, la ville de Paris s’adresse tout naturellement à lui pour immortaliser les fêtes qu’elle organise, en 1782, en l’honneur de la naissance du Dauphin Louis-Joseph (1781-1789), le fils de Louis XVI (1754-1793) et Marie-Antoinette (1755-1793).
Les quatre dessins présentés ici en paire (lots 22 et 23) sont préparatoires aux estampes correspondantes, gravées au burin et l’eau forte par Moreau lui-même (figs. 1-4) et marque la fin de la grande entreprise des Menus-Plaisirs, les estampes ayant été commandées par la Ville de Paris.
Les fêtes en l’honneur de la naissance du Dauphin : un programme ambitieux
Suite à la naissance du Dauphin, le 21 octobre 1781, le roi ordonna à la Ville de Paris d’organiser des festivités les 21 et 22 janvier 1782 : un festin et un feu d’artifice le premier soir et le lendemain un bal paré. Les évènements furent organisés par l’architecte Louis Pierre Moreau-Desproux (1727-1794), à l’époque, maître général des Bâtiments de la Ville de Paris de 1763 à 1787. Les archives mentionnent un paiement de 45,000 livres à Moreau le Jeune pour la création des quatre gravures, deux grandes et deux petites qui ne furent livrées qu’en mars 1789 (J.-G. Castex, op. cit., cat. exp., Paris, musée du Louvre, 2019, p. 128).
Sous le lot 22 sont représentés l’Arrivée de Marie-Antoinette à l’Hôtel de Ville de Paris puis le Feu d’artifice. Le carrosse de la reine est suivi d’un immense cortège et la place de Grève est noire de monde. Moreau le Jeune, non sans une pointe d’humour, s’est représenté en artiste assis, au pied d’une des deux colonnes sur la gauche de la composition, en train de dessiner la scène. Quant à la scène représentant le feu d’artifice, le décor, d’inspiration néo-palladienne, est décrit par l’architecte Moreau-Desproux dans un document conservé aux Archives nationales. Et un dessin aquarellé, montrant l’architecture éphémère placée à droite de la composition du présent dessin, est conservé au musée Carnavalet à Paris (fig. 5 ; inv. IED 6155 ; X. Salmon, Marie-Antoinette, cat. exp., Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 2008, n°86). ‘Un temple de l’Hymen accueillait un autel où les offrandes de tous les Français brûlaient du feu le plus vif pour la prospérité de la famille royale et celle du Dauphin. Deux colonnes colossales d’ordre dorique étaient surmontés d’un groupe de dauphins portant un globe aux armes de France sommé d’une couronne’ (X. Salmon, 2008, ibid.). La façade de l’Hôtel de ville se parent de mille lumières et les feux d’artifice éclairent le ciel étincelant devant une foule admirative.
Sous le lot 23 sont représentés le Festin Royal du 21 janvier 1782 suivi deux jours plus tard, le 23 janvier, du Bal masqué. Une grande salle avait été élevée provisoirement par l’architecte Moreau-Desproux, perpendiculairement à l’Hôtel de Ville, place de Grève et ainsi décrite dans les archives : ‘elle est décorée par trente colonnes peintes en marbre de Sicile […], une galerie en tribune fournit des loges dans tout le pourtour. Dans les deux extrémités seront placés des Musiciens qui, pendant le dîner, exécuteront des symphonies & morceaux choisis & agréables. […] La Table de Leurs Majestés […] sera de soixante-dix-huit couverts, chargé d’un dormant aussi magnifique’. Puis la salle sera débarrassée et réaménagée pour le bal ainsi que toutes les pièces de l’Hôtel de Ville ‘ornées, éclairées, […] on trouvera des Buffets abondamment servis, des rafraîchissements’ (X. Salmon, 2008, op. cit., p. 131).
Il existe deux esquisses de Moreau le Jeune, à la plume et encre noire, de plus petit format (28 x 43 cm), signé et daté 1782 et beaucoup moins détaillées, qui précèdent probablement les présentes compositions de l'Arrivée de la Reine et du Feu d'artifice. De l’ancienne collection Penard y Fernandez, elles figuraient dans leur vente au Palais Galliéra le mercredi 7 décembre 1960, lots 12 et 13.
En provenance de l’atelier de l’artiste
Les quatre dessins restèrent dans l’atelier de l’artiste. Sa fille qui les reçoit en héritage, épousera Carle Vernet (1758-1836). Les œuvres passèrent ensuite par descendance à Horace Vernet (1789-1863) puis à sa fille Louise Vernet-Delaroche (1814-1845) et restèrent dans la famille Vernet-Delaroche, probablement jusqu’au moment où Arthur Veil-Picard les acquit.
Reflet exact des descriptions de l’architecte qui imagina ces fêtes somptueuses, ce rare ensemble de quatre dessins de Moreau Le Jeune, d’un large format, fourmillent de détails et témoignent de l’importance de ses fêtes publiques qui participèrent à créer des liens entre le roi et son peuple tout au long du XVIIIe siècle.
Sous le règne de Louis XV (1710-1774), l’administration des Menus-Plaisirs est chargée d’organiser des fêtes, des spectacles et les cérémonies de la Cour afin de promouvoir la grandeur royale. Pour diffuser les images de ces évènements très festifs, des gravures, ‘qui figurent parmi les plus belles estampes du Siècle des Lumières’ ont été réalisées, dans un premier temps d’après les dessins de Charles-Nicolas Cochin (1715-1790), puis à partir des années 1780 par Jean-Michel Moreau le Jeune, tous deux nommés successivement ‘dessinateur des Menus-Plaisirs’ (C. Le Bitouzé, ‘Les estampes des Menus-Plaisirs', in Graver pour le Roi. Collections historiques de la chalcographie du Louvre, cat. exp., Paris, musée du Louvre, 2019, p. 97).
Reçu à l’Académie Royale de Peinture, Moreau présente au Salon de 1781 un dessin du Serment du sacre de Louis XVI à Reims qui sera ensuite gravé et considéré comme l’une des planches les plus impressionnantes des Menus-Plaisirs. Fort de ce succès, la ville de Paris s’adresse tout naturellement à lui pour immortaliser les fêtes qu’elle organise, en 1782, en l’honneur de la naissance du Dauphin Louis-Joseph (1781-1789), le fils de Louis XVI (1754-1793) et Marie-Antoinette (1755-1793).
Les quatre dessins présentés ici en paire (lots 22 et 23) sont préparatoires aux estampes correspondantes, gravées au burin et l’eau forte par Moreau lui-même (figs. 1-4) et marque la fin de la grande entreprise des Menus-Plaisirs, les estampes ayant été commandées par la Ville de Paris.
Les fêtes en l’honneur de la naissance du Dauphin : un programme ambitieux
Suite à la naissance du Dauphin, le 21 octobre 1781, le roi ordonna à la Ville de Paris d’organiser des festivités les 21 et 22 janvier 1782 : un festin et un feu d’artifice le premier soir et le lendemain un bal paré. Les évènements furent organisés par l’architecte Louis Pierre Moreau-Desproux (1727-1794), à l’époque, maître général des Bâtiments de la Ville de Paris de 1763 à 1787. Les archives mentionnent un paiement de 45,000 livres à Moreau le Jeune pour la création des quatre gravures, deux grandes et deux petites qui ne furent livrées qu’en mars 1789 (J.-G. Castex, op. cit., cat. exp., Paris, musée du Louvre, 2019, p. 128).
Sous le lot 22 sont représentés l’Arrivée de Marie-Antoinette à l’Hôtel de Ville de Paris puis le Feu d’artifice. Le carrosse de la reine est suivi d’un immense cortège et la place de Grève est noire de monde. Moreau le Jeune, non sans une pointe d’humour, s’est représenté en artiste assis, au pied d’une des deux colonnes sur la gauche de la composition, en train de dessiner la scène. Quant à la scène représentant le feu d’artifice, le décor, d’inspiration néo-palladienne, est décrit par l’architecte Moreau-Desproux dans un document conservé aux Archives nationales. Et un dessin aquarellé, montrant l’architecture éphémère placée à droite de la composition du présent dessin, est conservé au musée Carnavalet à Paris (fig. 5 ; inv. IED 6155 ; X. Salmon, Marie-Antoinette, cat. exp., Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 2008, n°86). ‘Un temple de l’Hymen accueillait un autel où les offrandes de tous les Français brûlaient du feu le plus vif pour la prospérité de la famille royale et celle du Dauphin. Deux colonnes colossales d’ordre dorique étaient surmontés d’un groupe de dauphins portant un globe aux armes de France sommé d’une couronne’ (X. Salmon, 2008, ibid.). La façade de l’Hôtel de ville se parent de mille lumières et les feux d’artifice éclairent le ciel étincelant devant une foule admirative.
Sous le lot 23 sont représentés le Festin Royal du 21 janvier 1782 suivi deux jours plus tard, le 23 janvier, du Bal masqué. Une grande salle avait été élevée provisoirement par l’architecte Moreau-Desproux, perpendiculairement à l’Hôtel de Ville, place de Grève et ainsi décrite dans les archives : ‘elle est décorée par trente colonnes peintes en marbre de Sicile […], une galerie en tribune fournit des loges dans tout le pourtour. Dans les deux extrémités seront placés des Musiciens qui, pendant le dîner, exécuteront des symphonies & morceaux choisis & agréables. […] La Table de Leurs Majestés […] sera de soixante-dix-huit couverts, chargé d’un dormant aussi magnifique’. Puis la salle sera débarrassée et réaménagée pour le bal ainsi que toutes les pièces de l’Hôtel de Ville ‘ornées, éclairées, […] on trouvera des Buffets abondamment servis, des rafraîchissements’ (X. Salmon, 2008, op. cit., p. 131).
Il existe deux esquisses de Moreau le Jeune, à la plume et encre noire, de plus petit format (28 x 43 cm), signé et daté 1782 et beaucoup moins détaillées, qui précèdent probablement les présentes compositions de l'Arrivée de la Reine et du Feu d'artifice. De l’ancienne collection Penard y Fernandez, elles figuraient dans leur vente au Palais Galliéra le mercredi 7 décembre 1960, lots 12 et 13.
En provenance de l’atelier de l’artiste
Les quatre dessins restèrent dans l’atelier de l’artiste. Sa fille qui les reçoit en héritage, épousera Carle Vernet (1758-1836). Les œuvres passèrent ensuite par descendance à Horace Vernet (1789-1863) puis à sa fille Louise Vernet-Delaroche (1814-1845) et restèrent dans la famille Vernet-Delaroche, probablement jusqu’au moment où Arthur Veil-Picard les acquit.
Reflet exact des descriptions de l’architecte qui imagina ces fêtes somptueuses, ce rare ensemble de quatre dessins de Moreau Le Jeune, d’un large format, fourmillent de détails et témoignent de l’importance de ses fêtes publiques qui participèrent à créer des liens entre le roi et son peuple tout au long du XVIIIe siècle.
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