LE FÈVRE DE LA BODERIE, Guy (1541-1598)
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LE FÈVRE DE LA BODERIE, Guy (1541-1598)
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"On me permettra de souligner immodestement au passage l'intérêt de cet exemplaire d'un livre écrit sur l'ordre du roi et relié pour être offert au roi. Le lecteur aura noté que j'ai banni depuis belle lurette les exclamations qu'un libraire se doit de multiplier pour survivre : 'merveilleux exemplaire', 'somptueuse reliure'. Je contreviens ici à la règle que je m'étais fixée au sortir de l'adolescence (après 1973)." - Jean Paul Barbier-Mueller
LE FÈVRE DE LA BODERIE, Guy (1541-1598)

La Galliade ou de la Révolution des Arts et Sciences… Paris : Guillaume Chaudière, 1582.

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LE FÈVRE DE LA BODERIE, Guy (1541-1598)
La Galliade ou de la Révolution des Arts et Sciences… Paris : Guillaume Chaudière, 1582.

Précieux exemplaire de dédicace offert au roi Henri III, probablement relié pour son usage personnel par les ateliers royaux.
L'appareil emblématique qui orne la reliure est particulièrement spectaculaire : un semis de fleurs de lys recouvre l'ensemble du plat, avec, au centre, les armes accolées de France et de Pologne, chacune ceinte d'une couronne, et une troisième, plus grande, recouvrant les deux royaumes avec l'éloquente devise latine MANET ULTIMA CAELO ("la dernière [couronne] se trouve au Ciel"), et, dans les angles, le monogramme du roi. Plusieurs lectures et interprétations ont été faites de ce monogramme : certains y virent les lettres "A H O T" pour Alexandre Henri Orléans Tertius ; d'autres des caractères grecs.
L'usage des blocs armoriaux officiels "marque la part active du mécénat royal dans le domaine de la reliure. Leur présence implique en effet que ces commandes émanent du souverain lui-même" (F. Le Bars, p. 233), directement auprès du relieur royal, vraisemblablement Clovis Eve à l'époque de la parution de cette édition.

Le choix du vélin souple suggère que l'exemplaire était destiné à un usage personnel du roi, plutôt qu'à rejoindre les rayonnages officiels de la bibliothèque royale. Le souverain avait manifestement lu et apprécié le texte lors de la parution de l'édition originale, en 1578, tant et si bien que lorsqu'il rencontre La Boderie à Blois, en mai 1581, il l'enjoint de "revoir, enrichir, amender [son ouvrage] et le remettre au jour". Quelques mois plus tard, la seconde édition sort des presses de Guillaume Chaudière, placée sous le patronage du roi à qui elle est dédiée, ainsi qu'une épître liminaire. Il faut cependant nuancer la nouveauté de cette édition : seuls les cahiers comprenant des parties inédites ont effectivement été imprimés en 1582. Outre le nouveau titre et l'épître liminaire au roi Henri III, "La véritable 'révision et augmentation' se situe au cercle II. L'éditeur a utilisé les cahiers restants [de l'édition originale] jusqu'à H4 et recomposé les cahiers I, K et L [...] Treize passages d'ajouts augmentent le cercle de 1004 vers (de 508 à 1512). Toutes les notes marginales ont été supprimées, ce qui simplifie la composition, et, partant, en diminue les frais" (F. Roudaut, Le Fèvre de la Boderie, La Galliade, 1582, Paris, 1994, p. 105). Ce réemploi d'un stock d'exemplaires invendus prouve ainsi que l'édition originale n'avait pas rencontré un franc succès, malgré les louanges du roi. Cela est peut-être dû au contenu de l'ouvrage, une grande fresque versifiée contant l'Histoire de l'humanité. Le titre de Galliade, selon les dires de l'auteur, n'aurait pas tant été choisi pour "imiter Iliades, Eneides, ny autres tels poemes & inventions empruntées des fables moisies des Grecs ou des vieux Romains, mais parce que je me suis essayé d'y traiter de la Revolution des Arts & Sciences" – le mot Galliade étant alors emprunté à l'hébreu 'Galal', signifiant 'reployer et retourner'". "L'Histoire, envisagée comme le lent engrenage des étapes d'un plan divin, accomplit un ample mouvement circulaire pour revenir à la pureté originelle, terme de la révolution et accomplissement des temps. L'itinéraire proposé, fortement inspiré de Dante, donne lieu à une étonnante manifestation d'érudition, s'accompagnant d'un hermétisme qui, malgré une abondante glose marginale, a nui à la popularité de l'œuvre" (N. Ducimetière, Mignonne..., p. 282).
En outre, nous ignorons si le prestige de la commande royale, et le cadeau de cet exemplaire, valurent à La Boderie quelque faveur – tout au plus les sources nous confirment-elles que le poète, "sa vie durant, se plaignit d'être fort impécunieux" (J. P. Barbier-Mueller, Dictionnaire..., L, p. 394).

La bibliothèque Barbier-Mueller comprenait aussi un exemplaire de l'édition originale (vente I, Christie's Paris, 23 mars 2021, lot n°51), mais cette seconde édition semble, comme l'indiquait Roudaut dans son édition critique, bien plus rare : nous ne retrouvons pas d'exemplaire dans les bases de données de ventes publiques, et USTC (n°29147) ne liste que 5 exemplaires institutionnels, dont 3 en France et un seul aux Etats-Unis, le cinquième étant en Belgique.

Brunet, III, col. 931 ; J. P. Barbier-Mueller, MBP, IV-2, n°65 ; Diane Barbier-Mueller, Inventaire..., 469 ; Fabienne Le Bars, "Les reliures de Henri III : essai de typologie", in Henri III mécène, Paris, 2006, p. 227-247 ; N. Ducimetière, Mignonne..., n°76.

In-4 (220 x 160 mm). 18 ff. non ch, signés *4 a4 e4 i6, et 150 ff. ch. A-H4 I-K12 L6 M-Z4 Aa-Kk4, Kk4 étant blanc. Exemplaire réglé. Devise de l'imprimeur au titre, bandeaux et lettrines.
Reliure de l'époque : vélin souple, plats richement dorés et ornés d'un semis de lys, armes du roi Henri III au centre des plats (OHR, pl. 2491, fer n°3), monogramme royal dans les angles (OHR, pl. 2491, fer n°9), dos lisse à semis de fleurs de lys, tranches dorées, traces de lacets (traces de mouillures, majoritairement marginales, en tout début et toute fin de volume, ainsi qu'aux cahiers A, K, L, T, Y, Z, Ee, Gg, quelques piqûres, taches et légères brunissures, petit manque de papier en marge inférieure des ff. F2 et V4 ; restaurations au plat inférieur, dont une importante en partie inférieure droite ; le riche décor doré y est tout de même préservé). Emboîtage de maroquin ébène aux armes dorées du collectionneur.
Provenance : exemplaire de dédicace, offert à Henri III (1551-1589) -- annotations marginales anciennes (par exemple aux ff. 44r et 115r).

Exquisite presentation copy bound in contemporary gilt vellum with the arms and cipher of King Henri III. The King commissioned this second edition.

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Roxane Ricros
Roxane Ricros Junior Specialist

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