Lot Essay
Redécouverte importante dans l’œuvre graphite d’Annibal Carrache, cette figure d’un amour tenant une palme est préparatoire à l’une des figures du plafond de la galerie des Carrache du Palais Farnèse à Rome, peint à fresque autour des années 1597-1600.
Après Bologne, Annibale Carrache quitte sa région natale et s’installe à Rome en 1594 avec son frère Agostino sur invitation du cardinal Odoardo Farnese qui a l’intention d’entreprendre les travaux de décoration du Palais Farnèse.
Un ambitieux programme iconographique
Les deux frères Annibale et Agostino Carrache œuvrent de concert pour réaliser cette voûte : l’aîné se charge des compositions historiées : les Amours des Dieux tandis qu’Agostino s’occupe des compartiments, et des ornements : sculptures en trompe l’œil imitant le marbre, médaillons de bronze, les quatre groupes de putti dans les écoinçons et les ignudi.
Le présent putto prépare l’un des quatre écoinçons : la Réconciliation d’Éros et Antéros, situé à gauche de Polyphème et Acis (fig.1), tandis que les putti situés à droite de la scène principale représentent leur Combat . L’ange aura une position légèrement différente dans la version finale : le bras gauche tenant une palme sera finalement adapté pour créer une accolade de réconciliation avec l’ange en face de lui. La position du corps et aussi du visage nous rappellent ici qu’il s’agit d’une étude pour un plafond et donc d’une vue da sotto in su. Très comparables, deux dessins conservés au musée du Louvre à la pierre noire, rehaussée de blanc sur papier bleu, reprennent le couple des deux anges (inv. 7305 ; 7395 (fig. 2) ; C. Loisel, Ludovico, Agostino, Annibale Carracci. Inventaire général des dessins italiens. Musée du Louvre, Paris, 2004, n° 533 ; 534 ; et Hundsbuckler, op. cit.). Le premier est une version intermédiaire par rapport au plafond peint, tout comme la présente feuille, alors que le second montre les putti dans leur position finale, exactement comme sur la fresque.
Le dessin tient un rôle fondamental dans le processus créatif de ce décor ambitieux comme l’explique Catherine Loisel (op. cit., 2004, p. 63). La liberté du peintre étant limitée dans le travail à fresque à cause de la rapidité de séchage du mur, la préparation est primordiale. Ainsi, l’artiste prépare ses figures avec des études académiques d’après le modèle nu.
La majeure partie des dessins préparatoires à cet ensemble est conservée en collection publique : le musée du Louvre et les collections royales anglaises (Windsor Castle) comme l’exposition très récente du musée du Louvre l’illustre parfaitement (Dessins des Carrache. La fabrique de la Galerie Farnèse, cat. exp., Paris, musée du Louvre, 2025-2026).
Une provenance prestigieuse depuis le XVIIe siècle
Le présent putto est très probablement passé entre les mains de Francesco Angeloni, antiquaire érudit, ami d’Annibale et détenteur, dans son musée privé, du plus grand nombre de feuilles préparatoires pour la galerie Farnèse, dès les années 1642-1644 (Hundsbuckler, op. cit., p. 66). Il entre ensuite dans la collection du peintre Pierre Mignard, Premier peintre du roi, en séjour à Rome de 1635 à 1657. Et au XVIIIe, la feuille passe entre les mains de deux des plus grands collectionneurs de dessins du siècle des Lumières : Pierre Crozat et Pierre-Jean Mariette (Rosenberg, op. cit., p. 286). Enfin au XIXe siècle, ce putto sera conservé chez Benjamin Fillon, juge à la Roche-sur-Yon en Vendée, nommé préfet du département en 1870. Historien de l’art, ayant collaboré à la Société de l’histoire de l’art français, il possédait une importante collection de curiosités poitevines du XIXe siècle et quelques dessins importants, dont une sanguine de Primatice préparatoire au plafond de la Porte Dorée du Château de Fontainebleau et passée en vente chez Christie’s le 25 mars 2024, lot 4A.
Ce lot est inscrit aux Monuments Historiques depuis le 5 avril 2012 par arrêté. Ce lot pourra quitter le territoire français et sera vendu avec son certificat de bien culturel. L’identité et les coordonnées de l’acquéreur devront juste être communiquées aux autorités administratives françaises compétentes.
Fig. 1 A. Carracci, Éros et Antéros, fresque, Rome, Palais Farnèse.
Fig. 2 A. Carracci, Éros et Antéros, pierre noire craie blanche, Paris, musée du Louvre
Après Bologne, Annibale Carrache quitte sa région natale et s’installe à Rome en 1594 avec son frère Agostino sur invitation du cardinal Odoardo Farnese qui a l’intention d’entreprendre les travaux de décoration du Palais Farnèse.
Un ambitieux programme iconographique
Les deux frères Annibale et Agostino Carrache œuvrent de concert pour réaliser cette voûte : l’aîné se charge des compositions historiées : les Amours des Dieux tandis qu’Agostino s’occupe des compartiments, et des ornements : sculptures en trompe l’œil imitant le marbre, médaillons de bronze, les quatre groupes de putti dans les écoinçons et les ignudi.
Le présent putto prépare l’un des quatre écoinçons : la Réconciliation d’Éros et Antéros, situé à gauche de Polyphème et Acis (fig.1), tandis que les putti situés à droite de la scène principale représentent leur Combat . L’ange aura une position légèrement différente dans la version finale : le bras gauche tenant une palme sera finalement adapté pour créer une accolade de réconciliation avec l’ange en face de lui. La position du corps et aussi du visage nous rappellent ici qu’il s’agit d’une étude pour un plafond et donc d’une vue da sotto in su. Très comparables, deux dessins conservés au musée du Louvre à la pierre noire, rehaussée de blanc sur papier bleu, reprennent le couple des deux anges (inv. 7305 ; 7395 (fig. 2) ; C. Loisel, Ludovico, Agostino, Annibale Carracci. Inventaire général des dessins italiens. Musée du Louvre, Paris, 2004, n° 533 ; 534 ; et Hundsbuckler, op. cit.). Le premier est une version intermédiaire par rapport au plafond peint, tout comme la présente feuille, alors que le second montre les putti dans leur position finale, exactement comme sur la fresque.
Le dessin tient un rôle fondamental dans le processus créatif de ce décor ambitieux comme l’explique Catherine Loisel (op. cit., 2004, p. 63). La liberté du peintre étant limitée dans le travail à fresque à cause de la rapidité de séchage du mur, la préparation est primordiale. Ainsi, l’artiste prépare ses figures avec des études académiques d’après le modèle nu.
La majeure partie des dessins préparatoires à cet ensemble est conservée en collection publique : le musée du Louvre et les collections royales anglaises (Windsor Castle) comme l’exposition très récente du musée du Louvre l’illustre parfaitement (Dessins des Carrache. La fabrique de la Galerie Farnèse, cat. exp., Paris, musée du Louvre, 2025-2026).
Une provenance prestigieuse depuis le XVIIe siècle
Le présent putto est très probablement passé entre les mains de Francesco Angeloni, antiquaire érudit, ami d’Annibale et détenteur, dans son musée privé, du plus grand nombre de feuilles préparatoires pour la galerie Farnèse, dès les années 1642-1644 (Hundsbuckler, op. cit., p. 66). Il entre ensuite dans la collection du peintre Pierre Mignard, Premier peintre du roi, en séjour à Rome de 1635 à 1657. Et au XVIIIe, la feuille passe entre les mains de deux des plus grands collectionneurs de dessins du siècle des Lumières : Pierre Crozat et Pierre-Jean Mariette (Rosenberg, op. cit., p. 286). Enfin au XIXe siècle, ce putto sera conservé chez Benjamin Fillon, juge à la Roche-sur-Yon en Vendée, nommé préfet du département en 1870. Historien de l’art, ayant collaboré à la Société de l’histoire de l’art français, il possédait une importante collection de curiosités poitevines du XIXe siècle et quelques dessins importants, dont une sanguine de Primatice préparatoire au plafond de la Porte Dorée du Château de Fontainebleau et passée en vente chez Christie’s le 25 mars 2024, lot 4A.
Ce lot est inscrit aux Monuments Historiques depuis le 5 avril 2012 par arrêté. Ce lot pourra quitter le territoire français et sera vendu avec son certificat de bien culturel. L’identité et les coordonnées de l’acquéreur devront juste être communiquées aux autorités administratives françaises compétentes.
Fig. 1 A. Carracci, Éros et Antéros, fresque, Rome, Palais Farnèse.
Fig. 2 A. Carracci, Éros et Antéros, pierre noire craie blanche, Paris, musée du Louvre
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