Maurice Denis (1870-1943)
Maurice Denis (1870-1943)
Maurice Denis (1870-1943)
1 More
Maurice Denis (1870-1943)
4 More
La Collection de Sam Josefowitz, une vie de découvertes et d’érudition
Maurice Denis (1870-1943)

Portrait de Marthe et Maurice

Details
Maurice Denis (1870-1943)
Portrait de Marthe et Maurice
avec le cachet du monogramme et daté '96' (en bas à droite)
huile sur toile
66 x 90.2 cm.
Peint en 1896

stamped with the monogram and dated '96' (lower right)
oil on canvas
26 x 35 ½ in.
Painted in 1896
Provenance
Atelier de l'artiste.
Noële Denis-Boulet, France (par descendance).
Jean-François Denis, Alençon (par descendance).
Sam Josefowitz, Pully (acquis auprès de celui-ci le 17 mars 1989).
Puis par descendance aux propriétaires actuels.
Literature
J.-M. Nectoux, Harmonie en bleu et or, Debussy, La Musique et les arts, Paris, 2005, p. 80 (illustré en couleurs).
Exhibited
Paris, Orangerie des Tuileries, Maurice Denis, juin-août 1970, p. 47, no. 102 (illustré).
Brême, Kunsthalle; Zurich, Kunsthaus et Copenhague, Statens Museum for Kunst, Maurice Denis, Gemälde, Handzeichnungen, Druckgraphik, Meisterwerke des Nachimpressionismus aus der Sammlung Maurice Denis, octobre 1971-mai 1972, p. 45, no. 64.
Paris, Musée Bourdelle, Les Barbus, juin-septembre 1978, no. 130 (illustré, pl. XVI).
Tokyo, National Museum of Western Art et Kyoto, The National Museum of Modern Art, Maurice Denis, septembre-décembre 1981, no. 40 (illustré).
Lyon, Musée des Beaux-Arts; Cologne, Wallraf-Richartz Museum; Liverpool, Walker Art Gallery et Amsterdam, Van Gogh Museum, Maurice Denis, septembre 1994-septembre 1995, p. 195, no. 66 (illustré en couleurs).
Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, De Vallotton à Dubuffet, Une collection en mouvement, acquisitions, dons, prêts, décembre 1996-février 1997 (hors catalogue).
Le Cannet, Musée Bonnard, Inspirantes inspiratrices, Inspiring Muses, juillet-novembre 2018, p. 68 et 185, no. 11 (illustré en couleurs, p. 73).
Cleveland, Museum of Art et Portland, Art Museum, Private Lives, Home and Family in the Art of the Nabis, Paris, 1889-1900, juillet 2021-janvier 2022, p. 122, no. 62 (illustré en couleurs).
Further details
Tout concourt dans ce tableau à donner, au premier regard, le sentiment d’une vue prise sur le vif, d’un moment capté par l’instantané d’un appareil photographique ; le peintre tenant dans sa main gauche sa palette, se détourne un moment de son travail pour se tourner vers sa bien aimée, lorsqu’il est surpris par la présence du spectateur, auquel il adresse un regard confiant. En réalité, comme chez Degas, - lui aussi grand admirateur d’Ingres et adepte des mises en scène complexes -, la composition est ici savamment ordonnée et la richesse de ce que l’artiste nous dit à travers elle fait de ce tableau un jalon essentiel dans l’évolution picturale et personnelle de l’artiste avant 1900.
L’année de sa réalisation est pour Denis d’une grande richesse créative ; il peint le Paravent aux colombes (1896, Paris, musée d’Orsay), Jésus chez Marthe et Marie (1896, Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage) et travaille au Portrait d’Yvonne Lerolle en trois aspects qu’il achèvera l’année suivante (1897, Paris, musée d’Orsay). D’ailleurs, le Journal de Maurice Denis se fait en 1896 le confident des recherches conjointes entreprises pour la réalisation du Portrait d’Yvonne Lerolle et de notre Portrait de Marthe et Maurice comme si leurs destins étaient liés ; Denis manifeste son désir de « Dessiner les mains de Marthe, revoir la pose de ma tête. – Le ciel pur. – Le portrait d’Y. » (M. Denis, Journal, Paris, 1957, vol. I, p. 114). Plusieurs esquisses préparatoires commencées dès 1895 attestent de changements dans la pose des deux protagonistes ; Denis qui s’était d’abord imaginé de face opte maintenant pour une pose de trois-quarts. Ces études trouvent leur conclusion dans une première version du tableau, aux tons fortement contrastés, commencée en 1896, abandonnée, reprise en 1898 et demeurée finalement inachevée.
1896 est aussi une année de doutes personnels pour l’artiste après les épreuves subies à l’occasion de grossesses inabouties ; à Jean-Paul décédé en février 1895 après seulement quelques mois, succède un autre enfant qui meurt, avant même que de voir le jour. Le rêve des « Amours » de Marthe (dont Denis avait fait en 1891 un poème, puis une « Suite » de lithographies entre 1897 et 1899), tout comme le bonheur du voyage de noce de 1893 en Bretagne, se confrontent maintenant à la douloureuse réalité de l’existence quotidienne. Cette dualité est sans doute la clé de compréhension du Portrait de Marthe et Maurice et explique sa mise en scène que Denis rend porteuse de sens. Au dessus du couple l’artiste fait figurer la grande décoration L’Amour et la Vie d’une femme, peint d’après Schumann et exposée chez Siegfried Bing en 1895. L’on y reconnaît ici le panneau La Couronne dans lequel on découvre une jeune mariée parée de son voile (ici figurée à gauche de Marthe), glissant vers des jeunes filles dans un parc parsemé de lys. Cette épisode illustre les vers suivant du Lied de Schumann : « Tout, à cette heure, vibre et rayonne, / Jeunes compagnes, jetez des fleurs : / Mais trop heureuse, moi j’abandonne / Votre cercle, en versant des pleurs » (R. Schumann, L’amour et la vie d’une femme, Paris, p. 15).
Denis ponctue ses œuvres de 1896-97 de réminiscences de compositions antérieures pour, peut-être, comme un talisman, conjurer ses difficultés. Le canapé présenté ici, par exemple, est représenté dans plusieurs tableaux réalisés entre 1892 et 1895, dont Marthe au divan (1892). Bien que Denis ait adouci les volutes du dossier pour créer une harmonie dans la composition, le tissu gris-argent parsemé de fleurs est toujours reconnaissable.
Comme souvent dans la peinture de Denis, les motifs font échos les uns aux autres, parfois à des années de distance, enrichissant leur réapparition des narrations et des symboles passés. Les dispositifs scéniques ne sont pas le fruit du hasard, mais sont savamment ordonnés, de manière à être un des éléments de l’iconographie. Face aux doutes et aux inquiétudes de la vie, Denis met ici en scène le souvenirs des bonheurs passés (le canapé d’argent pâle), et l’anticipation de ceux à venir (l’histoire de la vie d’une femme). Quant à la décoration disposée dans le registre supérieur, elle synthétise la passion qu’il voue à son épouse et à la musique, éléments centraux de sa poétique personnelle, qu’incarne Marthe, pianiste et chanteuse accomplie.
Ornement spirituel de la vie quotidienne, la peinture est pour Denis, en ces moments de doute, le lieu d’une renaissance. S’il joue avec le motif de l’artiste à la palette (le peintre fait mine d’être surpris par un spectateur saisissant la scène comme par effraction alors que c’est lui qui en ordonne les détails), Denis n’en affirme par moins le rôle essentiel joué par la création artistique. C’est d’ailleurs précisément ce qu’il affirmait alors dans son Journal : « L’Art reste le refuge certain, l’espoir d’une raison dans la vie d’ici-bas et cette pensée consolante qu’un peu de beauté se manifeste ainsi dans notre vie, que nous continuons l’œuvre de la création, l’harmonieuse loi de la vie universelle. Dieu qui a donné tant de perfection à l’existence des bêtes, et qui nous laisse nous adapter à toutes les forces qu’il a lâchées dans la création ! Alors le travail d’Art est méritoire, inscrire dans la merveilleuse beauté des fleurs, de la lumière, dans la proportion des arbres et le dessin des vagues, et la perfection des visages, inscrire notre pauvre et lamentable vie de souffrance, d’espoir et de pensée »[1]. Cette année se conclura avec bonheur par une naissance, celle de sa fille Noële le 30 juin 1896. Elle est vécue par le couple comme un véritable renouveau, ce qu’incarnera l’année suivante Le dessert au jardin (1897), d’une tonalité toutefois nettement plus classique que le Portrait de Marthe et Maurice.
Par Gilles Genty.

Maurice Denis’s self-portrait with his wife Marthe is a painting that evokes spontaneity. When confronted with the work, one has the feeling of a picture taken in a flash – an instant captured by a camera. The painter, holding his palette in his left hand, has momentarily turned away from his work toward his beloved when the presence of a spectator surprises him. In reality, Denis cleverly organized the composition. The richness of what the he tells us through this careful staging makes Portrait de Marthe et Maurice an essential milestone in the pictorial and personal evolution of the artist.
1896, the year Portrait de Marthe et Maurice was created, was one of great creative richness for Denis. He painted Le Paravent aux colombes (1896, Paris, Musée d'Orsay), Jésus chez Marthe et Marie (1896, Saint-Petersburg, Hermitage State Museum) and he began the Portrait d’Yvonne Lerolle en trois aspects which he completed the following year. As he noted in a journal entry written that year, the present work and Portrait d’Yvonne Lerolle were conceived simultaneously, and he expressed his desire to ‘draw Marthe’s hands, review her pose in my mind – pure sky – the portrait of Y’ (M. Denis, Journal, Paris, 1957, vol. I, p. 114).
The many preparatory sketches that Denis made reveal the various changes to the poses of the paintings' two protagonists, and these he began as early as 1895. The drawings show that the artist had first imagined himself facing forward but relatively quickly opted for a three-quarter pose. Such alterations are visible in the first version of the painting, Portrait de Marthe et Maurice, which he had begun in 1896 and then abandoned, only to resume in 1898 before finally leaving it unfinished.
1896 was also a year of suffering for Denis and his wife, who had lost their firstborn a few months earlier, only to suffer a subsequent miscarriage. The dream of Marthe's ‘Amours’ – which Denis wrote a poem about in 1891 followed by a suite of lithographs – as well as the happiness of their honeymoon in Brittany, were now at odds with the painful reality of their everyday lives. The tension is, without a doubt, the key to understanding
Portrait de Marthe et Maurice.
Above the couple, the artist painted the decorative frieze L’Amour et la vie d’une femme, inspired by the poetry of Robert Schumann and which was later exhibited at Siegfried Bing in 1895. One can recognize the panel, La Couronne which shows a young bride wearing a veil, depicted to the left of Marthe, in a park with scattered lilies. The scene illustrates the following lines from Schumann's Lied: ‘Everything, at this hour, vibrates and radiates, / Young companions, throw flowers: / But too happy, I give up / Your circle, shedding tears’ (R. Schumann, L’amour et la vie d’une femme, Paris, p. 15).
Denis punctuates his works from 1896-1897 with reminiscences of earlier compositions to, perhaps, like a talisman, ward off his difficulties. The sofa shown in the present work, for example, is depicted in several paintings created between 1892 and 1895, including
Marthe au divan (1892). Though Denis had softened the scrolls of the backrest to produce a harmony within the composition, the grey-silver fabric dotted with flowers is still recognisable.
Characteristic of Denis’ practice, motifs echo and refer to each other, at times years apart, and their reappearances are enriched by past narratives and imagery. Such scenic arrangements are not random but instead are cleverly ordered, morphing into iconography. Faced with the doubts and worries of life, Denis incorporated memories of happiness – the pale silver sofa, for example – into his paintings in anticipation of more to come. As for the imagery in the upper register, it melds the artist’s passion for both his wife and music, central elements of his personal poetics here embodied by Marthe, herself an accomplished pianist and singer.
For Denis, painting encompassed the spirituality of daily life; in moments of doubt, he made space for a renaissance. If he played with the motif of the artist-figure (feigning surprise at an intruder when in reality he arranged all the details of the work), Denis also rejected the essential role ascribed to artistic creation. He affirmed this in his
Journal, writing, ‘Art remains a certain refuge, the hope of a reason in the life of this world and this consoling thought that a little beauty is thus manifested in our life, that we continue the work of creation, the harmonious law of universal life. God who has given so much perfection to the existence of beasts, and who lets us adapt to all the forces he has released in creation! So the act of artistic creation is commendable, to inscribe in the wonderful beauty of flowers, light, in the proportion of trees…and the perfection of faces, to inscribe our poor and lamentable life of suffering, hope and thought’ (M. Denis, ibid., p. 111). Happily for Denis 1896 would see the birth of his and Marthe’s daughter Noële on June 30, 1896. The couple viewed the birth as a true renewal, which he expressed the following year in Le Dessert au jardin (1897, Musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye) – albeit in a more classicizing setting than that seen in Portrait de Marthe et Maurice.
By Gilles Genty.

Brought to you by

Léa Bloch
Léa Bloch Specialist, Head of Sale

Lot Essay

Cette œuvre sera incluse au catalogue raisonné de l'œuvre de Maurice Denis actuellement en préparation par Claire Denis et Fabienne Stahl.

More from Art Impressionniste & Moderne

View All
View All