Chaïm Soutine (1893-1943)
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Provenant d'une collection particulière
Chaïm Soutine (1893-1943)

La Folle

Details
Chaïm Soutine (1893-1943)
La Folle
signé 'Ch. Soutine' (en bas à droite)
huile sur toile
73.2 x 59.5 cm.
Peint vers 1918

signed 'Ch. Soutine' (lower right)
oil on canvas
28 7⁄8 x 23 3⁄8 in.
Painted circa 1918
Provenance
Léopold Zborowski, Paris.
Henri Bing, Paris.
Gaetane Hyordey-Bing, Cannes (par descendance en 1965).
Acquis auprès de celui-ci par le propriétaire actuel en 1980.
Literature
P. Courthion, Soutine: Peintre du déchirant, Paris, 1972, p. 31 (illustré; illustré à nouveau, p. 186, fig. A).
Further details
Cette œuvre sera incluse au troisième volume du catalogue raisonné de l'œuvre de Chaïm Soutine, actuellement en préparation par Esti Dunow et Maurice Tuchman.

Dans un espace peu profond, sur un fond bleu-vert sombre travaillé par un vigoureux jeu de brosses, une femme est assise, légèrement voûtée, les mains serrées, fixant intensément le spectateur. Ses cheveux noirs sont tirés en arrière, quelques mèches encadrant son visage ; ses sourcils épais accentuent la force de son regard concentré, son froncement, et ses lèvres sont pincées. Elle porte une sobre robe bleu marine à épaules dénudées, laissant apparaître des clavicules saillantes et un teint pâle, presque maladif. Représentée en gros plan, la tête atteignant le bord supérieur même de la toile et le corps coupé juste sous les hanches, elle affronte directement le spectateur par sa présence profondément singulière.
Peinte vers 1918, quelques années après l’arrivée de Soutine à Paris et vers la fin de la guerre, La Folle illustre parfaitement le style unique de portrait de l’artiste : des figures isolées, généralement assises, représentées à mi-corps ou aux trois quarts, montrées de près sur un fond nu et centrées dans le champ pictural. Leurs poses sont contenues en elles-mêmes, leurs mains reposant le plus souvent sur les genoux ou posées sur les hanches, et elles font face au spectateur, captant son attention tout en semblant indifférentes à la présence du peintre.
Dans l’œuvre présente, Soutine représente une patiente d’un hôpital psychiatrique, un sujet particulièrement approprié dans son œuvre, étant donné qu’il peignait souvent les boucs émissaires de la société ou des figures symboles de l’exploitation, femmes folles ou âgées, jeunes pages ou garçons paysans, faisant peut-être écho à sa jeunesse dans un shtetl lituanien, où certains sujets proscrits ne devaient pas être regardés. Maurice Tuchman et Esti Dunow ont écrit : « la puissance de l’art de Soutine repose sur cette nécessité impérieuse de voir la chose interdite et de la peindre » (Chaïm Soutine : Catalogue raisonné, Cologne, 1993, vol. I, p. 16).
Dans les années suivantes, Soutine en viendra à représenter des carcasses de vaches, de moutons et diverses volailles, poursuivant ainsi son exploration des représentations interdites. Pourtant, avant d’atteindre ces visions crues, l’artiste utilisait déjà ses portraits pour explorer ce qui allait devenir l’un de ses sujets favoris : la chair. « La chair, comme matière des choses, substance fondamentale de la vie, fascinait Soutine… Dans les mains et le visage, Soutine pouvait explorer toutes les complexités de la peinture et de la matière, et découvrir la particularité même de la personne représentée » (ibid., vol. II, p. 510).
Dans La Folle, Soutine applique des verts clairs, des bleus, des jaunes pâles et des touches de rouge afin de créer une carnation reflétant l’état mental de son sujet, maladif, apparemment mal à l’aise, mais affrontant pourtant sans détour son interlocuteur, laissant au spectateur un sentiment de stupeur devant le portrait brut et intime que l’artiste livre de cette femme folle inconnue.

In a shallow space against a vigorously brushed, dark blue-green background, a woman sits, slightly hunched over, clutching her hands, intently gazing at the viewer. Her black hair is pulled back, a few strands framing her face, her thick eyebrows deepen her focused stare, frowning, and her lips are pursed. She wears a somber off-the-shoulder navy dress, revealing prominent collarbones and a pale, almost sickly complexion. Depicted close-up, her head reaching to the very top edge of the canvas and her body cropped just under the hips, she confronts the viewer directly with her deeply individual presence.
Painted around 1918, a few years after Soutine’s arrival in Paris and towards the end of the war, La Folle exemplifies the artist’s unique portraiture style—single figures, usually seated, either half- or three-quarter-length, presented close-up against a bare background, centered within the pictorial field. Their poses are self-contained, their hands usually resting on their lap or placed on the hips, and they face forward, commanding the viewer's attention but seemingly indifferent to the presence of the artist.
In the present work, Soutine represents a patient from a mental hospital, a fitting subject within his oeuvre, considering he often depicted society’s scapegoats or symbols of exploitation—mad or old women, page or peasant boys—perhaps hinting back to his youth in a Lithuanian shtetl, where one was not to look at certain proscribed subjects. Maurice Tuchman and Esti Dunow have written, “the power of Soutine’s art rests upon this driving necessity to see the forbidden thing and to paint it” (Chaïm Soutine: Catalogue raisonné, Cologne, 1993, vol. I, p. 16).
In later years, Soutine would go on to depict carcasses of cows, sheep, and various poultry, continuing his exploration of forbidden depictions. Still, prior to reaching his crude representations, the artist used his portraits to explore what would become one of his favorite subjects: flesh. “Flesh as the material of things, the basic substance of life, fascinated Soutine…In the hands and face, Soutine was able to explore all the complexities of paint and matter and to discover the very particularity of the specific person” (ibid., vol. II, p. 510). In La Folle, Soutine has applied light greens, blues, pale yellows and strokes of reds to create a skin tone reflecting the mental state of his subject—sickly, seemingly uncomfortable, yet blatantly facing her interlocuter—leaving the viewer with a sense of awe at the artist’s raw and intimate portrayal of an unknown mad woman.

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