Lot Essay
Très important dans l'œuvre de Gabriel de Saint-Aubin, ce dessin dont la trace était perdue depuis son passage dans la vente du marquis de Biron en 1914 à Paris, est à mettre en relation avec le tableau du Triomphe de l’Amour sur tous les dieux de l’ancienne collection Henri et Suzanne Baderou, qui léguèrent leur ensemble, dont ce tableau, au musée des Beaux-Arts de Rouen en 1975 (fig. 1 ; inv. 975.4.154).
L'artiste rêve d’être peintre d’histoire à l’Académie Royale de Peinture. Après des cours de dessins d’après nature à l’Académie et quelques médailles de dessins remportées, il concourt pour le Grand Prix, trois ans d’affilée, à partir de 1752 sans succès. La peinture d’histoire, qui requiert invention et imagination, retient peu son attention. Il aime dessiner ce qu’il voit, promeneur parisien infatigable et célèbre arpenteur des expositions de Salons et des salles de ventes aux enchères, toujours un carnet de croquis à la main, associant habilement annotations, légende ou encore inscriptions, et dessins : ‘il sut combiner le mot et le trait afin de créer une image forte’ (Rosenberg, op. cit., 2008, p. 14). Pourtant, ici, c’est bien à son imagination que fait appel Saint-Aubin, avec ce sujet allégorique.
L’esquisse peinte de l’ancienne collection Baderou, préparée par le présent dessin et projet d’un grand tableau non réalisé, est exposée au Salon de l’Académie Saint-Luc (n° 54) en 1774 puis elle est prêtée par son propriétaire, Augustin de Saint-Aubin (1736-1807), le frère de Gabriel, au Salon de la correspondance en 1783 (n° 97). Lorsqu’elle figure dans sa collection, l’esquisse peinte est copiée par Augustin alors qu’il n’a que dix-huit ans, dans le Livre des Saint Aubin, aujourd’hui conservé au musée du Louvre (fig. 2 ; inv. RF 52319). Il s’agit du célèbre recueil de dessins richement annotés, réalisés par le père de cette dynastie d’artiste, Gabriel-Germain de Saint-Aubin (1696-1756) et ses enfants, les deux plus célèbres étant sans doute Gabriel et Augustin. C’est un document unique du XVIIIe siècle, notamment grâce au génie de Gabriel, chroniqueur boulimique de son temps qui occupe une large place dans cet ensemble.
Le dessin d’Augustin copié d’après le présent dessin, au lavis brun et gris, est parfaitement fidèle à l’original peint et dessiné, une composition allégorique comme Gabriel en dessina tant, une de ces allégories que Gabriel aimait tant dessiner' (P. Rosenberg, op. cit., 2002, p. 120). Cette copie confirme l’attachement qu’Augustin devait avoir pour le dessin de son frère et son importance dans l’œuvre de Gabriel.
Mais il serait réducteur de dire du présent dessin qu’il est uniquement préparatoire au tableau du musée des Beaux-Arts de Rouen car Gabriel de Saint-Aubin est avant tout un dessinateur et l’œuvre fonctionne aussi de manière autonome. Daté 1752, cette étude de plafond est encore empreinte du style rococo ornemental et décoratif du père de l’artiste, Gabriel-Germain, et de son frère ainé, Charles-Germain, dessinateur du roi (S. Folds Mc Cullagh, in Gabriel de Saint Aubin, cat. exp., 2008, p. 50). Il doit sans doute également beaucoup à son maître François Boucher avec cette élégante allégorie. Ici, l’Amour triomphe. Sur un trône de lumière, l'Amour reçoit les trophées des dieux qu'il a soumis : foudre de Jupiter, char de Vénus, thyrse de Bacchus, lyre d'Apollon, carquois de Diane, toison d'Hercule, caducée de Mercure ou encore épée de Mars. Un feston d'angelots tournoie dans le ciel, rehaussé d’aquarelle bleue et de lavis translucide gris et brun, en apportant une grande dynamique à l'ensemble de la composition. Les balustrades et autres éléments architecturaux qui encadrent la composition rappelle ici la fonction première de l’œuvre : une étude de plafond.
Tout le génie de Gabriel est réuni dans cette feuille, d’un format plutôt conséquent par rapport aux nombreux petits croquis du reste de son œuvre : la liberté de l’écriture, la virtuosité du crayon, la spontanéité et la justesse d’observation. Une sorte de ‘cuisine graphique’ qui a tant plu aux frères Goncourt qui décrivent longuement et précisément l’œuvre comme ‘un plafond rectangulaire aux angles arrondis et chantournés, où les rinceaux de la rocaille sont interrompus par une guirlande de fleurs, apparaissent ça et là et venant mourir entre les mains de deux amours qui soulèvent le bout, pour en enchaîner des tigres. Au centre du plafond, un petit amour vainqueur, le pied sur des couronnes, tenant une flèche comme un bâton de commandement, et autour duquel se silhouettent des corps de femmes nues, au milieu d’envolées de colombes. Et, sur le champ du plafond épandus, une trentaine d’amours dans tous les renversements, les raccourcis, les mouvements de grâce de corps enfantins, et apportant aux pieds du petit dieu vainqueur les attributs des autres divinités’ (E. et J. de Goncourt, L’art du XVIIIe siècle, Paris, 1880, I. pp. 431-432).
Comme une devise et un conseil au spectateur, Saint-Aubin empreinte une citation à Virgile en écrivant en bas de la feuille, tel un cartouche : ‘Omnia Vincit Amor’ (‘L’Amour triomphe de tout’, Virgile, Les Bucoliques ou Églogues, X, vers 69).
Fig. 1 G. de Saint-Aubin, Triomphe de l’Amour sur tous les dieux, huile sur toile, Rouen, musée des Beaux-Arts
Fig. 2 A. de Saint-Aubin, Triomphe de l’Amour sur tous les dieux, plume et encre noire et brune, lavis, Paris, musée du Louvre
L'artiste rêve d’être peintre d’histoire à l’Académie Royale de Peinture. Après des cours de dessins d’après nature à l’Académie et quelques médailles de dessins remportées, il concourt pour le Grand Prix, trois ans d’affilée, à partir de 1752 sans succès. La peinture d’histoire, qui requiert invention et imagination, retient peu son attention. Il aime dessiner ce qu’il voit, promeneur parisien infatigable et célèbre arpenteur des expositions de Salons et des salles de ventes aux enchères, toujours un carnet de croquis à la main, associant habilement annotations, légende ou encore inscriptions, et dessins : ‘il sut combiner le mot et le trait afin de créer une image forte’ (Rosenberg, op. cit., 2008, p. 14). Pourtant, ici, c’est bien à son imagination que fait appel Saint-Aubin, avec ce sujet allégorique.
L’esquisse peinte de l’ancienne collection Baderou, préparée par le présent dessin et projet d’un grand tableau non réalisé, est exposée au Salon de l’Académie Saint-Luc (n° 54) en 1774 puis elle est prêtée par son propriétaire, Augustin de Saint-Aubin (1736-1807), le frère de Gabriel, au Salon de la correspondance en 1783 (n° 97). Lorsqu’elle figure dans sa collection, l’esquisse peinte est copiée par Augustin alors qu’il n’a que dix-huit ans, dans le Livre des Saint Aubin, aujourd’hui conservé au musée du Louvre (fig. 2 ; inv. RF 52319). Il s’agit du célèbre recueil de dessins richement annotés, réalisés par le père de cette dynastie d’artiste, Gabriel-Germain de Saint-Aubin (1696-1756) et ses enfants, les deux plus célèbres étant sans doute Gabriel et Augustin. C’est un document unique du XVIIIe siècle, notamment grâce au génie de Gabriel, chroniqueur boulimique de son temps qui occupe une large place dans cet ensemble.
Le dessin d’Augustin copié d’après le présent dessin, au lavis brun et gris, est parfaitement fidèle à l’original peint et dessiné, une composition allégorique comme Gabriel en dessina tant, une de ces allégories que Gabriel aimait tant dessiner' (P. Rosenberg, op. cit., 2002, p. 120). Cette copie confirme l’attachement qu’Augustin devait avoir pour le dessin de son frère et son importance dans l’œuvre de Gabriel.
Mais il serait réducteur de dire du présent dessin qu’il est uniquement préparatoire au tableau du musée des Beaux-Arts de Rouen car Gabriel de Saint-Aubin est avant tout un dessinateur et l’œuvre fonctionne aussi de manière autonome. Daté 1752, cette étude de plafond est encore empreinte du style rococo ornemental et décoratif du père de l’artiste, Gabriel-Germain, et de son frère ainé, Charles-Germain, dessinateur du roi (S. Folds Mc Cullagh, in Gabriel de Saint Aubin, cat. exp., 2008, p. 50). Il doit sans doute également beaucoup à son maître François Boucher avec cette élégante allégorie. Ici, l’Amour triomphe. Sur un trône de lumière, l'Amour reçoit les trophées des dieux qu'il a soumis : foudre de Jupiter, char de Vénus, thyrse de Bacchus, lyre d'Apollon, carquois de Diane, toison d'Hercule, caducée de Mercure ou encore épée de Mars. Un feston d'angelots tournoie dans le ciel, rehaussé d’aquarelle bleue et de lavis translucide gris et brun, en apportant une grande dynamique à l'ensemble de la composition. Les balustrades et autres éléments architecturaux qui encadrent la composition rappelle ici la fonction première de l’œuvre : une étude de plafond.
Tout le génie de Gabriel est réuni dans cette feuille, d’un format plutôt conséquent par rapport aux nombreux petits croquis du reste de son œuvre : la liberté de l’écriture, la virtuosité du crayon, la spontanéité et la justesse d’observation. Une sorte de ‘cuisine graphique’ qui a tant plu aux frères Goncourt qui décrivent longuement et précisément l’œuvre comme ‘un plafond rectangulaire aux angles arrondis et chantournés, où les rinceaux de la rocaille sont interrompus par une guirlande de fleurs, apparaissent ça et là et venant mourir entre les mains de deux amours qui soulèvent le bout, pour en enchaîner des tigres. Au centre du plafond, un petit amour vainqueur, le pied sur des couronnes, tenant une flèche comme un bâton de commandement, et autour duquel se silhouettent des corps de femmes nues, au milieu d’envolées de colombes. Et, sur le champ du plafond épandus, une trentaine d’amours dans tous les renversements, les raccourcis, les mouvements de grâce de corps enfantins, et apportant aux pieds du petit dieu vainqueur les attributs des autres divinités’ (E. et J. de Goncourt, L’art du XVIIIe siècle, Paris, 1880, I. pp. 431-432).
Comme une devise et un conseil au spectateur, Saint-Aubin empreinte une citation à Virgile en écrivant en bas de la feuille, tel un cartouche : ‘Omnia Vincit Amor’ (‘L’Amour triomphe de tout’, Virgile, Les Bucoliques ou Églogues, X, vers 69).
Fig. 1 G. de Saint-Aubin, Triomphe de l’Amour sur tous les dieux, huile sur toile, Rouen, musée des Beaux-Arts
Fig. 2 A. de Saint-Aubin, Triomphe de l’Amour sur tous les dieux, plume et encre noire et brune, lavis, Paris, musée du Louvre
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