Lot Essay
« J’aime les grands espaces homogènes, sans chemins ni limites, comme la mer, les cimes enneigées, les déserts et les steppes ; j’aspire à des peintures qui m’en procurent l’équivalent. »
— Jean Dubuffet
La physique du sol (Texturologie XXIII) de Jean Dubuffet s'inscrit dans les recherches menées par l'artiste au sein de sa série Texturologies. Délaissant la figuration au profit d'une surface brute et organique, il érige la matière picturale en véritable sujet de l'œuvre, remettant en question la hiérarchie traditionnelle entre le sujet et la matière dans l’art. Dans un espace homogène et sans limites apparentes, la surface s'affranchit de la représentation pour laisser s'exprimer la matière.
Cette démarche rejoint la conviction de Dubuffet selon laquelle l'art doit exprimer un état naturel de l'homme. Son attention portée aux éléments les plus humbles traduit sa volonté de retrouver, par la peinture, une forme de simplicité et de paix.
La série Texturologies, réalisée par Jean Dubuffet entre 1957 et 1958, marque une étape importante dans son parcours artistique. Initiée à la fin de l'année 1957, alors que l'artiste s'installe à Vence avec son épouse, cette série donne d'abord naissance à dix œuvres, numérotées de I à X, réalisées entre septembre et décembre 1957. De retour à Paris en mars 1958, Dubuffet poursuit cette recherche et développe progressivement ce nouveau langage pictural. Si certaines Texturologies furent détruites par l'artiste, leur numérotation d'origine a été conservée, faisant de La physique du sol (Texturologie XXIII) un précieux témoignage de cette période de création.
« (…) Mais je décidai alors de conserver la plupart de ces peintures intactes, au lieu de les découper pour mes assemblages, et je leur donnai le nom de Texturologies. »
— J. Dubuffet, cité dans R. Alley, Catalogue of the Tate Gallery's Collection of Modern Art other than Works by British Artists, Londres, 1981, pp. 182–183.
Dans La physique du sol (Texturologie XXIII), Dubuffet propose une véritable expérience du regard. Si l'œuvre évoque d'abord la terre, la pierre, l'écorce ou le sol, ces textures semblent, à mesure que le spectateur s'en éloigne, se métamorphoser en une galaxie scintillante ou une nébuleuse infinie. Oscillant entre l'infiniment petit et l'infiniment grand, elle efface les repères d'échelle et de perspective, faisant de la texture, traditionnellement reléguée à l'arrière-plan, le véritable sujet de l'œuvre de Dubuffet.
Dubuffet documente avec précision le processus de création des Texturologies dans ses carnets d'atelier, où il consigne ses procédés sous la forme de véritables « recettes » picturales. Il y décrit une technique fondée sur la superposition de nuances de brun, d'ocre, de jaune et de blanc, obtenues par l'application successive de couches de peinture, de grattages et de projections de fines gouttelettes. Par l'accumulation de ces gestes, l'artiste construit des surfaces dont chaque œuvre constitue une variation singulière, où « le hasard y règne en souverain ». Cette méthode prolonge sa conception de l'Art Brut : loin de célébrer la virtuosité ou le raffinement, elle accorde une place essentielle à la matière, à l'accident et aux éléments les plus ordinaires.
L'importance de cette série est aujourd'hui illustrée par la présence des Texturologies dans les collections de grandes institutions internationales, parmi lesquelles le Centre Pompidou, la Tate, la National Gallery of Art de Washington et le Saint Louis Art Museum.
“I love the great broad homogeneous worlds without trails or limits like the sea, the snowy heights, the deserts, and steppes; I aspire to paintings which procure for me the equivalent.”
— Jean Dubuffet
La physique du sol (Texturologie XXIII) by Jean Dubuffet belongs to the artist's Texturologies series. Abandoning figuration in favour of a raw, organic surface, he makes pictorial matter the true subject of the work, challenging the traditional hierarchy between subject and matter in art. Within a homogeneous space with no apparent boundaries, the surface frees itself from representation, allowing matter to express itself.
This approach reflects Dubuffet's conviction that art should express man's natural state. His attention to the humblest elements reflects his desire to recover, through painting, a sense of simplicity and peace.
The Texturologies series, produced by Jean Dubuffet between 1957 and 1958, marks an important stage in his artistic career. Begun at the end of 1957, after the artist moved to Vence with his wife, the series initially comprised ten works, numbered I to X, executed between September and December 1957. Upon returning to Paris in March 1958, Dubuffet continued this investigation and gradually developed this new pictorial language. Although some Texturologies were destroyed by the artist, their original numbering was retained, making La physique du sol (Texturologie XXIII) a valuable testament to this period of creation.
“(…) But I then decided to keep most of these paintings intact, instead of cutting them up for my assemblages, and gave them the name Texturologies.”
— J. Dubuffet, in R. Alley, Catalogue of the Tate Gallery's Collection of Modern Art other than Works by British Artists, London, 1981, pp. 182–183.
In La physique du sol (Texturologie XXIII), Dubuffet offers a true visual experience. While the work initially evokes earth, stone, bark, or soil, these textures seem, as the viewer steps back, to transform into a shimmering galaxy or an infinite nebula. Oscillating between the infinitely small and the infinitely vast, the work erases all sense of scale and perspective, making texture, traditionally relegated to the background, the true subject of Dubuffet's work.
Dubuffet documented the creation process of the Texturologies in detail in his studio notebooks, where he recorded his methods in the form of genuine pictorial "recipes". There, he describes a technique based on the layering of shades of brown, ochre, yellow, and white, achieved through the successive application of paint, scraping, and the projection of fine droplets. Through the accumulation of these gestures, the artist created surfaces in which each work constitutes a distinct variation, where "chance reigns supreme". This method extends his conception of Art Brut: far from celebrating virtuosity or refinement, it gives a central place to matter, chance, and the most ordinary elements.
The significance of this series is reflected today by the presence of the Texturologies, in the collections of major international institutions, including the Centre Pompidou, Tate, the National Gallery of Art in Washington, and the Saint Louis Art Museum.
— Jean Dubuffet
La physique du sol (Texturologie XXIII) de Jean Dubuffet s'inscrit dans les recherches menées par l'artiste au sein de sa série Texturologies. Délaissant la figuration au profit d'une surface brute et organique, il érige la matière picturale en véritable sujet de l'œuvre, remettant en question la hiérarchie traditionnelle entre le sujet et la matière dans l’art. Dans un espace homogène et sans limites apparentes, la surface s'affranchit de la représentation pour laisser s'exprimer la matière.
Cette démarche rejoint la conviction de Dubuffet selon laquelle l'art doit exprimer un état naturel de l'homme. Son attention portée aux éléments les plus humbles traduit sa volonté de retrouver, par la peinture, une forme de simplicité et de paix.
La série Texturologies, réalisée par Jean Dubuffet entre 1957 et 1958, marque une étape importante dans son parcours artistique. Initiée à la fin de l'année 1957, alors que l'artiste s'installe à Vence avec son épouse, cette série donne d'abord naissance à dix œuvres, numérotées de I à X, réalisées entre septembre et décembre 1957. De retour à Paris en mars 1958, Dubuffet poursuit cette recherche et développe progressivement ce nouveau langage pictural. Si certaines Texturologies furent détruites par l'artiste, leur numérotation d'origine a été conservée, faisant de La physique du sol (Texturologie XXIII) un précieux témoignage de cette période de création.
« (…) Mais je décidai alors de conserver la plupart de ces peintures intactes, au lieu de les découper pour mes assemblages, et je leur donnai le nom de Texturologies. »
— J. Dubuffet, cité dans R. Alley, Catalogue of the Tate Gallery's Collection of Modern Art other than Works by British Artists, Londres, 1981, pp. 182–183.
Dans La physique du sol (Texturologie XXIII), Dubuffet propose une véritable expérience du regard. Si l'œuvre évoque d'abord la terre, la pierre, l'écorce ou le sol, ces textures semblent, à mesure que le spectateur s'en éloigne, se métamorphoser en une galaxie scintillante ou une nébuleuse infinie. Oscillant entre l'infiniment petit et l'infiniment grand, elle efface les repères d'échelle et de perspective, faisant de la texture, traditionnellement reléguée à l'arrière-plan, le véritable sujet de l'œuvre de Dubuffet.
Dubuffet documente avec précision le processus de création des Texturologies dans ses carnets d'atelier, où il consigne ses procédés sous la forme de véritables « recettes » picturales. Il y décrit une technique fondée sur la superposition de nuances de brun, d'ocre, de jaune et de blanc, obtenues par l'application successive de couches de peinture, de grattages et de projections de fines gouttelettes. Par l'accumulation de ces gestes, l'artiste construit des surfaces dont chaque œuvre constitue une variation singulière, où « le hasard y règne en souverain ». Cette méthode prolonge sa conception de l'Art Brut : loin de célébrer la virtuosité ou le raffinement, elle accorde une place essentielle à la matière, à l'accident et aux éléments les plus ordinaires.
L'importance de cette série est aujourd'hui illustrée par la présence des Texturologies dans les collections de grandes institutions internationales, parmi lesquelles le Centre Pompidou, la Tate, la National Gallery of Art de Washington et le Saint Louis Art Museum.
“I love the great broad homogeneous worlds without trails or limits like the sea, the snowy heights, the deserts, and steppes; I aspire to paintings which procure for me the equivalent.”
— Jean Dubuffet
La physique du sol (Texturologie XXIII) by Jean Dubuffet belongs to the artist's Texturologies series. Abandoning figuration in favour of a raw, organic surface, he makes pictorial matter the true subject of the work, challenging the traditional hierarchy between subject and matter in art. Within a homogeneous space with no apparent boundaries, the surface frees itself from representation, allowing matter to express itself.
This approach reflects Dubuffet's conviction that art should express man's natural state. His attention to the humblest elements reflects his desire to recover, through painting, a sense of simplicity and peace.
The Texturologies series, produced by Jean Dubuffet between 1957 and 1958, marks an important stage in his artistic career. Begun at the end of 1957, after the artist moved to Vence with his wife, the series initially comprised ten works, numbered I to X, executed between September and December 1957. Upon returning to Paris in March 1958, Dubuffet continued this investigation and gradually developed this new pictorial language. Although some Texturologies were destroyed by the artist, their original numbering was retained, making La physique du sol (Texturologie XXIII) a valuable testament to this period of creation.
“(…) But I then decided to keep most of these paintings intact, instead of cutting them up for my assemblages, and gave them the name Texturologies.”
— J. Dubuffet, in R. Alley, Catalogue of the Tate Gallery's Collection of Modern Art other than Works by British Artists, London, 1981, pp. 182–183.
In La physique du sol (Texturologie XXIII), Dubuffet offers a true visual experience. While the work initially evokes earth, stone, bark, or soil, these textures seem, as the viewer steps back, to transform into a shimmering galaxy or an infinite nebula. Oscillating between the infinitely small and the infinitely vast, the work erases all sense of scale and perspective, making texture, traditionally relegated to the background, the true subject of Dubuffet's work.
Dubuffet documented the creation process of the Texturologies in detail in his studio notebooks, where he recorded his methods in the form of genuine pictorial "recipes". There, he describes a technique based on the layering of shades of brown, ochre, yellow, and white, achieved through the successive application of paint, scraping, and the projection of fine droplets. Through the accumulation of these gestures, the artist created surfaces in which each work constitutes a distinct variation, where "chance reigns supreme". This method extends his conception of Art Brut: far from celebrating virtuosity or refinement, it gives a central place to matter, chance, and the most ordinary elements.
The significance of this series is reflected today by the presence of the Texturologies, in the collections of major international institutions, including the Centre Pompidou, Tate, the National Gallery of Art in Washington, and the Saint Louis Art Museum.
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