Stanislas Lépine (1835-1892)
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La Seine à l'Estacade

Details
Stanislas Lépine (1835-1892)
La Seine à l'Estacade
signé 'S. Lépine.' (en bas à gauche)
huile sur toile
124.3 x 170.8 cm.
Peint en 1882

signed 'S. Lépine.' (lower left)
oil on canvas
49 x 67 ¼ in.
Painted in 1882
Provenance
Galerie Durand-Ruel, Paris (acquis auprès de l'artiste le 10 octobre 1890).
Par descendance au propriétaire actuel.
Literature
R. and M. Schmit, Stanislas Lépine, 1835-1892. Catalogue raisonné de l'oeuvre peint, Paris, 1993, p. 21, no. 46 (illustré et illustré en couleurs, p. 19).
Exhibited
Paris, Salons des Artistes Français, 1885, p. XXXVI, no. 1561.
Paris, Exposition Universelle Internationale de 1889, 1889, p. 35, no. 905.
Paris, Galerie d’art Braun & Cie., Impressionnisme et quelques précurseurs, janvier-février 1932, p. 16, no. 16.
Paris, Société Nationale du Grand Palais, 1935.
Paris, Exposition Internationale, 1937.
Paris, Musée Carnavalet, Paris vu par les Maîtres de Corot à Utrillo, mars-mai 1961, p. 25, no. 60.
Paris, Galerie Schmit, Lépine, juin-juillet 1968, p. 86, no. 77 (illustré en couleurs).
Hambourg, Kunstveiren, Französische Impressionisten / Hommage à Durand-Ruel, novembre 1970- janvier 1971, no. 17 (illustré).
Paris, Galeries nationales du Grand Palais, Centenaire de l’impressionnisme, septembre-novembre 1974, no. 4.

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Antoine Lebouteiller
Antoine Lebouteiller International Specialist

Lot Essay

Parmi les évocations les plus sensibles de la Seine par Stanislas Lépine, Le Pont de l’Estacade offre une vision rare et en panorama du Paris du XIXe siècle. Peinte en 1880 et remarquable par ses dimensions exceptionnelles, la présente œuvre appartient à la célèbre série de vues de la Seine et de ses ponts à laquelle l’artiste consacra une part importante de sa carrière. Loin de se borner à restituer la topographie de la capitale, Lépine transforme ces sites familiers en méditations silencieuses et atmosphériques sur la lumière, l’eau et l’apparence sans cesse changeante de la ville.
Passerelle piétonne reliant la rive droite de la Seine à l’île Saint-Louis, le pont de l’Estacade comptait parmi les motifs récurrents de Lépine. L’artiste représenta le site à de nombreuses reprises, en variant les points de vue et les conditions atmosphériques. Situé à proximité de l’actuel pont de Sully, l’ouvrage fut finalement détruit au XXe siècle, conférant aux peintures de Lépine la valeur particulièrement évocatrice de témoignages d’un Paris aujourd’hui disparu.

Dans la présente composition, la vaste étendue de la Seine constitue l’axe principal du tableau, tandis que l’élégante structure de l’Estacade se déploie au second plan. Au-delà, le dôme de l’église Saint-Louis-Saint-Paul s’élève parmi les bâtiments de l’île Saint-Louis et inscrit la composition dans le tissu historique de Paris. Quelques embarcations et de petites figures animent le fleuve et ses rives, tout en demeurant subordonnées à l’atmosphère enveloppante. La présence de la ville est manifeste, mais le véritable sujet de Lépine réside dans la poésie subtile de la Seine elle-même.

L’approche de Lépine à l’égard de Paris était profondément personnelle. Élève et proche ami de Jean-Baptiste-Camille Corot, il développa une manière très singulière, dans laquelle l’intimité de la tradition de Barbizon se conjuguait à une sensibilité de plus en plus moderne aux effets de l’atmosphère et de la lumière. Sa palette retenue, souvent construite autour de gris délicats, de bleus argentés, de bruns chaleureux et de verts sourds, lui permettait de saisir les variations les plus fugitives de la surface de l’eau et du ciel. Les témoignages contemporains consacrés à son œuvre soulignaient régulièrement cette subtilité dans le traitement de la lumière et sa capacité à créer des effets atmosphériques sans recourir à des contrastes dramatiques.

Les liens de Lépine avec Paul Durand-Ruel situent également la présente œuvre dans l’histoire des débuts de l’impressionnisme. Durand-Ruel s’intéressa à son travail dès 1870 et devint l’un de ses principaux soutiens. Bien que Lépine occupât une position quelque peu indépendante au sein du milieu impressionniste, ses paysages atmosphériques et ses vues de Paris rejoignaient étroitement les préoccupations de la nouvelle génération pour l’observation directe, la vie moderne et les effets de la lumière. Durand-Ruel exposa ses œuvres aux côtés de celles des impressionnistes, à Paris comme à l’étranger, contribuant ainsi à inscrire Lépine dans l’histoire plus large de la peinture de paysage française moderne.

Among Stanislas Lépine’s most evocative depictions of the Seine, Le Pont de l’Estacade offers a rare and expansive vision of nineteenth-century Paris. Painted in 1880, and distinguished by its exceptional large format, the present work belongs to the artist’s celebrated series of views of the Seine and its bridges, subjects to which he returned throughout his career. Far from simply recording the topography of the capital, Lépine transformed these familiar sites into quiet, atmospheric meditations on light, water and the ever-changing appearance of the city.
The Pont de l’Estacade, a pedestrian bridge connecting the right bank of the Seine with the Île Saint-Louis, was one of Lépine’s recurrent motifs. The artist painted the site on numerous occasions, exploring different viewpoints and atmospheric conditions. The bridge was situated near the present Pont de Sully and was eventually destroyed in the twentieth century, making Lépine’s paintings particularly evocative records of a vanished Paris.

In the present composition, the broad expanse of the Seine provides the principal axis of the painting, while the elegant structure of the Estacade extends across the middle distance. Beyond it, the dome of the church of Saint-Louis-Saint-Paul rises among the buildings of the Île Saint-Louis, anchoring the composition within the historic fabric of Paris. Boats and small figures animate the river and its banks, yet remain subordinate to the enveloping atmosphere. The city is unmistakably present, but Lépine's true subject is the subtle poetry of the Seine itself.
Lépine’s approach to Paris was deeply personal. A pupil and close friend of Jean-Baptiste-Camille Corot, he developed a highly distinctive manner in which the intimacy of the Barbizon tradition was combined with an increasingly modern sensitivity to atmosphere and light. His restrained palette, often built around delicate greys, silvery blues, warm browns and muted greens, allowed him to capture the most fleeting variations in the surface of the water and the sky. Contemporary accounts of his work repeatedly emphasised this subtle handling of light and his ability to create atmospheric effects without resorting to dramatic contrasts.

Lépine’s relationship with Paul Durand-Ruel further situates the present painting within the history of early Impressionism. Durand-Ruel began to take an interest in Lépine’s work as early as 1870 and became one of his principal supporters. Although Lépine occupied a somewhat independent position within the Impressionist milieu, his atmospheric landscapes and views of Paris were closely aligned with the new generation’s interest in direct observation, modern life and the effects of light. Durand-Ruel exhibited his work alongside that of the Impressionists in Paris and abroad, helping to establish Lépine within the broader history of modern French landscape painting.

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