Camille Pissarro (1830-1903)
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Camille Pissarro (1830-1903)

La Côte Sainte-Catherine à Rouen

Details
Camille Pissarro (1830-1903)
La Côte Sainte-Catherine à Rouen
signé et daté ‘C. Pissarro. 1883.’ (en bas à gauche)
huile sur toile
54 x 65.3 cm
Peint en 1883

signed and dated ‘C. Pissarro. 1883.’ (lower left)
oil on canvas
21 ¼ x 25 5⁄8 in.
Painted in 1883
Provenance
Galerie Durand-Ruel, Paris (acquis auprès de l’artiste le 22 décembre 1883).
Par descendance au propriétaire actuel.
Literature
L'Art français, 5 mars 1892, p. 5 (illustré).
J. Bailly-Herzberg, Correspondance de Camille Pissarro, 1865-1885, Paris, 1980, vol. I, p. 270, no. 205.
J. Bailly-Herzberg, Correspondance de Camille Pissarro, 1891-1894, Paris, 1988, vol. III, p. 210, no. 768.
L.-R. Pissarro et L. Venturi, C. Pissarro, son art, son œuvre, Paris, 1939, vol. I, p. 168, no. 612 (illustré, vol. II, pl. 127).
G. Jedlicka, Pissarro, Berne, 1950, no. 24 (illustré).
T. Natanson, Pissarro, Lausanne, 1950, p. 30, no. 24 (illustré).
C. Lloyd, Studies on Camille Pissarro, Londres et New York, 1986, p. 93, no. 59.
J. Pissarro et C. Durand-Ruel Snollaerts, Pissarro, Catalogue critique des peintures, Paris, 2005, vol. II, p. 490, no. 735 (illustré en couleurs).
C. Durand-Ruel Snollaerts, Camille Pissarro, Rouen, peindre la ville, Rouen, 2013 (illustré en couleurs en 4ème de couverture).
Exhibited
Paris, Galerie Durand-Ruel, Exposition Camille Pissarro, janvier-février 1892, p. 24, no. 24.
Paris, Galerie Durand-Ruel, Camille Pissarro, avril 1904, p. 16, no. 76.
Londres, Grafton Galleries, Pictures by Boudin, Cezanne, Degas, Manet, Monet, Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley, janvier-février 1905, no. 193.
Paris, Galerie Durand-Ruel, Tableaux, pastels et gouaches par Camille Pissarro, janvier-février 1921, no. 12.
Paris, Galerie Durand-Ruel, Paysages par Claude Monet, Camille Pissarro, Renoir et Sisley, janvier 1933, no. 15.
Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, L’impressionnisme, juin-septembre 1935, no. 55.
Paris, Galerie Durand-Ruel, Exposition Camille Pissarro, juin-septembre 1956, no. 55.
Berne, Kunstmuseum, Camille Pissarro, janvier-mars 1957, p. 15, no. 71.
Paris, Galerie Durand-Ruel, C. Pissarro, mai-septembre 1962, no. 25.
Paris, Galerie Durand-Ruel, Hommage à Paul Durand-Ruel, Cent ans d’impressionnisme, janvier-mars 1974, no. 42 (illustré en couleurs).
Rouen, Musées des Beaux-Arts, Une ville pour l’impressionnisme, Monet, Pissarro et Gauguin à Rouen, juin-septembre 2010, p. 222, no. 23 (illustré en couleurs, p. 223).
Le Havre, Musée d’Art moderne André Malraux, Pissarro dans les ports, Rouen, Dieppe, Le Havre, avril-septembre 2013, p. 53, no. 34 (illustré en couleurs, fig. 36).

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Antoine Lebouteiller
Antoine Lebouteiller International Specialist

Lot Essay

L'année 1883 marque une étape importante dans la carrière de Camille Pissarro. Au mois de mai, Paul Durand-Ruel lui consacre, dans sa nouvelle galerie du 9, boulevard de la Madeleine, sa première exposition personnelle, réunissant soixante-dix œuvres et confirmant le rôle croissant du marchand dans la diffusion de son art. Le collectionneur Théodore Duret le lui écrivait déjà dix ans plus tôt : « la meilleure des expositions pour vous c'est d'être chez Durand-Ruel ».
Quelques mois après cette exposition, sur les conseils de Claude Monet, Pissarro se rend pour la première fois à Rouen. À cinquante-trois ans, après plus d'une décennie passée à peindre Pontoise et ses environs, il ne cherche pas à répéter les paysages qui ont fait sa réputation. Ce séjour témoigne au contraire de la curiosité qui caractérisera toute la seconde partie de sa carrière, celle d'un artiste constamment à la recherche de nouveaux motifs. Rouen lui offre un terrain d'une grande richesse : il y réalise dix-sept toiles, dont sept sont acquises par Durand-Ruel et deux par Léon Monet, frère de Claude. La Côte Sainte-Catherine à Rouen est elle-même acquise par Durand-Ruel dès décembre 1883.
Peintre de la vie rurale, Pissarro est aussi, et de plus en plus, un peintre de la ville. À Rouen, plutôt que les monuments célèbres, il privilégie les quais, les ponts, les embarcations et les cheminées. La Côte Sainte-Catherine en offre un exemple représentatif : malgré son titre traditionnel, la vue est prise depuis l'extrémité orientale de l'île Lacroix. L'artiste choisit ainsi une partie relativement peu construite de l'île, où les signes de l'activité moderne apparaissent sans dominer entièrement le paysage.
La composition reflète cet équilibre. À gauche, les maisons et la berge maçonnée occupent une partie importante de la toile, tandis qu'une jetée de bois traverse le premier plan en diagonale. Quelques pilotis et embarcations ponctuent le centre de la composition avant que le regard ne rejoigne le pont et les cheminées de l'autre rive. Le ciel et la Seine occupent cependant la majeure partie de l'espace : les infrastructures portuaires et ferroviaires sont intégrées au paysage plutôt que traitées comme un sujet indépendant. Animés de touches de vert, de bleu, de rose et de blanc, l'eau et le ciel réunissent l'ensemble dans une même atmosphère. La modernité devient composante du paysage.
L'intérêt que Pissarro porte à cette composition se confirme deux ans plus tard lorsqu'il la reprend dans l'estampe Paysage à Rouen (Côte Sainte-Catherine). Surtout, ce premier séjour inaugure une recherche que l'artiste poursuivra pendant vingt ans, entre Rouen, Paris, Dieppe et Le Havre, où il entreprend en 1903, quelques mois avant sa mort, une dernière série de vues portuaires. Peinte vingt ans plus tôt, La Côte Sainte-Catherine à Rouen apparaît ainsi comme l'un des premiers jalons de cette recherche continue de nouveaux motifs, qui mène Pissarro du paysage rural aux grandes vues urbaines de sa maturité.

The year 1883 marked an important turning point in Camille Pissarro’s career. In May, at his new gallery at 9 boulevard de la Madeleine, Paul Durand-Ruel presented Pissarro’s first solo exhibition, bringing together seventy works and confirming the dealer’s growing role in promoting his art. The collector Théodore Duret had already written as much to him ten years earlier: ‘The best exhibition for you is to be at Durand-Ruel’s.’
A few months after the exhibition, on Claude Monet’s advice, Pissarro travelled to Rouen for the first time. At fifty-three, after more than a decade painting Pontoise and its surroundings, he did not seek to repeat the landscapes that had established his reputation. The visit instead reveals the curiosity that would characterise the entire second half of his career: that of an artist in constant search of new motifs. Rouen offered him a very rich field of enquiry. He produced seventeen canvases there, seven of which were acquired by Durand-Ruel and two by Léon Monet, Claude’s brother. La Côte Sainte-Catherine à Rouen itself was acquired by Durand-Ruel as early as December 1883.
A painter of rural life, Pissarro was also, increasingly, a painter of the city. In Rouen, rather than famous monuments, he favoured quays, bridges, boats and chimneys. La Côte Sainte-Catherine is a characteristic example: despite its traditional title, the view was taken from the eastern end of Île Lacroix. The artist thus selected a relatively undeveloped part of the island, where signs of modern activity appear without entirely dominating the landscape.
The composition reflects this balance. On the left, houses and the stone-built riverbank occupy a substantial portion of the canvas, while a wooden jetty crosses the foreground diagonally. A few piles and boats punctuate the centre of the composition before the eye reaches the bridge and the chimneys on the opposite bank. Yet the sky and the Seine occupy most of the pictorial space: port and railway infrastructure are absorbed into the landscape rather than treated as subjects in their own right. Animated by touches of green, blue, pink and white, water and sky unite the whole within a single atmosphere. Modernity becomes part of the landscape.
Pissarro’s interest in this composition was confirmed two years later, when he revisited it in the print Paysage à Rouen (Côte Sainte-Catherine). More importantly, this first visit initiated an investigation that the artist would pursue for twenty years, between Rouen, Paris, Dieppe and Le Havre, where in 1903, only months before his death, he embarked on a final series of harbour views. Painted twenty years earlier, La Côte Sainte-Catherine à Rouen thus appears as one of the first milestones in this sustained search for new motifs, which led Pissarro from rural landscape to the great urban views of his maturity.

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