Fernand Léger (1881-1955)
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Provenant d’une importante collection privée, EuropeAncienne Collection Albert Skira
Fernand Léger (1881-1955)

Composition murale

Details
Fernand Léger (1881-1955)
Composition murale
signé et daté 'F. LÉGER. 29' (en bas à droite)
huile sur toile
126 x 189.7 cm.
Peint en 1929

signed and dated 'F. LÉGER. 29' (lower right)
oil on canvas
49 5⁄8 x 74 5⁄8 in.
Painted in 1929
Provenance
Albert Skira, Genève (acquis auprès de l'artiste).
Galerie Librairie Achille Weber, Paris (probablement acquis auprès du précédent et jusqu'au moins 1996).
Acquis par les propriétaires actuels vers 2000.
Literature
G. Bauquier, Fernand Léger, catalogue raisonné de l'œuvre peint, 1929-1931, Paris, 1995, p. 128, no. 679 (illustré en couleurs).

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Lot Essay

À la fin des années 1920, Fernand Léger élargit sa réflexion sur la peinture en s’intéressant de plus en plus à son rapport à l’espace architectural. Après avoir fait de la ville, de la machine et des objets manufacturés les emblèmes de la modernité dans les années 1910 et au début des années 1920, il développe des compositions où les formes géométriques, les aplats de couleur et la construction de l’espace deviennent les éléments essentiels du tableau. Cette évolution est nourrie par ses échanges avec les architectes de l’avant-garde, au premier rang desquels Le Corbusier, et par son intérêt pour le mouvement De Stijl et le néoplasticisme.

La peinture murale occupe une place centrale dans cette recherche. Dès 1924, Léger réalise des compositions abstraites destinées à être pensées en relation avec les grandes surfaces de l’architecture moderne. Présentées en 1925 au Pavillon de l’Esprit Nouveau conçu par Le Corbusier lors de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, ces œuvres traduisent sa conviction que la peinture pouvait dépasser les limites du chevalet pour participer directement à l'organisation de l'espace. Les formes orthogonales et les bandes de couleurs de ces peintures étaient conçues pour trouver leur prolongement naturel sur les grandes surfaces de l'architecture moderne.

Peinte en 1929, Composition murale appartient à cette réflexion désormais pleinement affirmée. Sur une vaste toile horizontale, Léger organise une succession de rectangles, de bandes et de plans qui s'imbriquent sans jamais se confondre. Les couleurs franches - jaune, vert, rose, bleu et blanc - structurent la surface. La composition repose sur les rapports de formes, de couleurs et de directions qui produisent le mouvement et donnent à la peinture son rythme. Les lignes pointillées qui traversent la surface semblent prolonger certains axes au-delà des formes qu'elles traversent, comme si la composition pouvait se poursuivre au-delà des limites mêmes de la toile.

Cette conception rejoint l'idée, développée par Léger dès les années 1920, d'une peinture capable de construire un espace autonome par la couleur et le rythme. La monumentalité tient tant aux dimensions de l'œuvre qu’à la manière dont celle-ci organise le regard et affirme sa présence dans l'espace. À la différence de la peinture de chevalet traditionnelle, Composition murale est pensée comme une surface architecturale dans laquelle les formes construisent l’espace plus qu’elles ne le représentent. Le grand format horizontal de l’œuvre renforce cette ambition et fait directement écho aux recherches menées par Léger sur la peinture murale.

La même année, Léger réalise plusieurs compositions qui témoignent de cette synthèse entre abstraction, couleur et construction plastique. Composition, conservée au Centre Pompidou, développe ainsi une autre facette de ses recherches de 1929, fondée sur l'autonomie des formes et la valeur plastique de la couleur. Dans Composition murale, cette réflexion atteint une dimension plus monumentale, en faisant du tableau un véritable espace architectural, plutôt qu’en cherchant simplement à en ordonner la surface.

Issue de l'ancienne collection Albert Skira, Composition murale possède par ailleurs une provenance particulièrement évocatrice. Fondateur en 1928 de la maison d'édition qui allait devenir l'une des grandes maisons internationales consacrées au livre d'art, Skira fut un acteur majeur de la diffusion de l'art moderne dans l'entre-deux-guerres. Un an seulement sépare ainsi la création de la présente œuvre de la fondation de sa maison d'édition, inscrivant ce tableau dans le milieu artistique et intellectuel auquel Skira contribua activement.


At the end of the 1920s, Fernand Léger broadened his thinking about painting by becoming increasingly interested in its relationship to architectural space. After making the city, the machine, and manufactured objects emblems of modernity in the 1910s and early 1920s, he developed compositions in which geometric forms, areas of flat colour, and the construction of space became the essential elements of the painting. This evolution was shaped by his exchanges with avant-garde architects, foremost among them Le Corbusier, as well as by his interest in the De Stijl movement and Neoplasticism.

Mural painting occupies a central place in this investigation. As early as 1924, Léger produced abstract compositions intended to be considered in relation to the large surfaces of modern architecture. Presented in 1925 at the Pavillon de l’Esprit Nouveau, designed by Le Corbusier for the International Exhibition of Modern Decorative and Industrial Arts, these works expressed his conviction that painting could transcend the limits of the easel and participate directly in the organization of space. The orthogonal forms and bands of colour in these paintings were conceived to find their natural continuation across the large surfaces of modern architecture.

Painted in 1929, Composition murale belongs to this now fully developed line of inquiry. On a large horizontal canvas, Léger arranges a succession of rectangles, bands, and planes that interlock without ever merging. Vivid colours—yellow, green, pink, blue, and white—structure the surface. The composition is based on relationships between forms, colours, and directions that generate movement and give the painting its rhythm. The dotted lines that cross the surface seem to extend certain axes beyond the forms they pass through, as though the composition could continue beyond the very limits of the canvas.

This approach reflects the idea, developed by Léger from the 1920s onward, of a painting capable of constructing an autonomous space through colour and rhythm. The work’s monumentality derives both from its dimensions and from the way it organizes the viewer’s gaze and asserts its presence within space. Unlike traditional easel painting, Composition murale is conceived as an architectural surface in which forms construct space rather than simply representing it. The work’s large horizontal format reinforces this ambition and directly echoes Léger’s investigations into mural painting.

In the same year, Léger produced several compositions that demonstrate this synthesis of abstraction, colour, and plastic construction. Composition, held by the Centre Pompidou, develops another aspect of his 1929 investigations, based on the autonomy of forms and the formal value of colour. In Composition murale, this line of thought reaches a more monumental dimension, transforming the painting into a genuine architectural space rather than merely seeking to organize its surface.

Coming from the former collection of Albert Skira, Composition murale also has a particularly evocative provenance. In 1928, Skira founded the publishing house that would become one of the leading international publishers devoted to art books, and he was a major figure in the dissemination of modern art during the interwar period. Thus, only one year separates the creation of the present work from the founding of his publishing house, placing the painting within the artistic and intellectual milieu to which Skira made an active contribution.

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