Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
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Provenant d'une collection particulière distinguée
Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)

Le Cap d'Antibes

Details
Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
Le Cap d'Antibes
avec le cachet 'Renoir' (en bas à droite; Lugt 2137b)
huile sur toile
39 x 55.1 cm.
Peint en 1916

stamped 'Renoir' (lower right; Lugt 2137b)
oil on canvas
15 3⁄8 x 21 ¾ in.
Painted in 1916
Provenance
Atelier de l'artiste.
Matthiesen Gallery, Berlin.
Jakob Goldschmidt, Berlin.
Saisi auprès de ce dernier par le Finanzamt Berlin Moabit-West le 18 février 1941.
Vente, H. W. Lange, Berlin, 25 septembre 1941, lot 46.
Dr Wilhelm Bitter, Stuttgart et Blonay-sur-Vevey (acquis lors de cette vente).
Collection particulière, Hergiswil.
Collection particulière, Hergiswil (par descendance en 1976).
Puis par descendance au propriétaire actuel.

La présente œuvre est offerte à la vente conformément à un accord intervenu entre le vendeur et les héritiers de Jakob Goldschmidt. Cet accord met fin à tout litige portant sur la propriété de l’œuvre, et l’acquéreur en recevra un titre de propriété libre de toute contestation.

The present work is being offered for sale pursuant to an agreement between the consignor and the Heirs of Jakob Goldschmidt. This resolves any dispute over ownership of the work and title will pass to the buyer.
Literature
A. André, Renoir, Paris, 1919, pl. 30 (illustré).
G. Besson, Auguste Renoir, Paris, 1929, no. 27 (illustré).
Bernheim-Jeune, éd., L'Atelier de Renoir, Paris, 1931, vol. II, p. 243, no. 575 (illustré avant son découpage en fragment, pl. 181).
G.-P. et M. Dauberville, Renoir, Catalogue raisonné des tableaux, pastels, dessins et aquarelles, 1911-1919 & Premier supplément, Paris, 2014, vol. V, p. 168, no. 3914 (illustré).
Further details
Cette œuvre sera incluse au catalogue raisonné en ligne de l'œuvre de Pierre-Auguste Renoir actuellement en préparation par le Wildenstein Plattner Institute.

Brought to you by

Lou Clinton-Celini
Lou Clinton-Celini Junior Specialist, Acting Head of Day Sale

Lot Essay

À la suite de son voyage en Italie en 1881, Pierre-Auguste Renoir éprouva le besoin croissant de renouer avec la grande tradition classique du paysage. La découverte des maîtres anciens et de l’Antiquité l’amena à reconsidérer certains principes de l’impressionnisme, cherchant désormais à concilier la célébration de la lumière et de la couleur avec une conception plus durable de l’harmonie, de la forme et de la beauté. À la différence de nombreux artistes de sa génération, il se tourna vers une vision presque arcadienne du paysage français, privilégiant des sites préservés, épargnés par les marques de l’industrie et les transformations du monde moderne.
Cet idéal trouva son expression la plus accomplie après son installation à Cagnes-sur-Mer en 1907, lorsqu’il acquit la propriété des Collettes, une demeure de charme où il devait passer le reste de sa vie. Nichée au milieu des oliviers et des agrumes, ouverte sur la Méditerranée et les reliefs de l’arrière-pays, cette propriété constitua une source d’inspiration inépuisable durant ses dernières années. Son climat doux était également réputé soulager les douleurs du peintre, dont la polyarthrite rhumatoïde, de plus en plus invalidante, limitait fortement les déplacements. Aux Collettes, le paysage de la Côte d’Azur devint ainsi le théâtre d’une œuvre tardive où Renoir sut unir sa quête constante d’harmonie classique à l’éclat intense de la lumière méditerranéenne.
Peint en 1915, Le Cap d’Antibes compte parmi les exemples les plus séduisants de cette synthèse. La mer apparaît comme dévoilée à travers l’écran luxuriant des arbres du premier plan, dont les troncs courbes dessinent un cadre naturel autour de l’azur lumineux de la Méditerranée. Plutôt que de livrer une représentation fidèle et descriptive du site, Renoir transcende le motif pour créer un univers intemporel, empreint de sérénité, où la nature semble intacte, généreuse et éternelle.
La construction classique de la composition s’accompagne toutefois d’une touche résolument impressionniste. La palette, d’une éclatante luminosité, associe les bleus profonds, les verts saturés et les tons chauds de la terre à des accents de rose, d’or et d’ocre. Les larges coups de pinceau, souples et fluides, suggèrent davantage le feuillage qu’ils ne le définissent, laissant à la couleur elle-même le soin de traduire le volume, le mouvement et la lumière. La toile rayonne ainsi d’une vitalité remarquable, où l’immédiateté de la sensation visuelle se conjugue à une organisation rigoureuse de l’espace pictural.
Renoir lui-même soulignait le rôle essentiel du paysage dans son œuvre : « Le paysage est très utile au peintre de figures. En plein air, on se sent encouragé à poser sur la toile des tonalités qu’on n’aurait jamais imaginées dans la lumière feutrée de l’atelier. » L’intensité chromatique exceptionnelle du Cap d’Antibes illustre parfaitement cette conviction. La lumière méditerranéenne permit au peintre de pousser la couleur vers des degrés inédits de luminosité tout en conservant la liberté d’exécution et la spontanéité qui caractérisent ses œuvres impressionnistes.
La vigueur de cette production tardive ne passa pas inaperçue auprès de la génération suivante. Lorsqu’Henri Matisse rendit visite à Renoir aux Collettes en 1918, il écrivit à son épouse : « Je reviens de chez Renoir où j’ai vu des tableaux merveilleux. » Cet enthousiasme témoigne de l’importance durable de l’œuvre de Renoir, même à la toute fin de sa carrière.
Le Cap d’Antibes résume ainsi avec éloquence l’accomplissement artistique des dernières années du peintre. Plus de trente ans après le voyage fondateur qui l’avait conduit en Italie, Renoir était parvenu à une synthèse profondément personnelle entre l’ordre classique et la sensibilité impressionniste. La palette rayonnante et la touche vibrante demeurent immédiatement reconnaissables, tandis que l’équilibre savamment construit de la composition et la vision idéalisée de la nature révèlent l’influence persistante de la tradition classique. Dans les paysages lumineux de la Côte d’Azur, ces aspirations trouvèrent sans doute leur expression la plus accomplie.
L’importance du présent tableau est encore accrue par son exceptionnelle provenance historique. Jakob Goldschmidt (1882-1955) fut l’une des grandes figures du monde financier et économique de l’Allemagne de Weimar. Conseiller influent auprès des pouvoirs publics comme des milieux industriels, il bâtit lui-même sa réussite tout en demeurant très attaché à sa famille, avec laquelle il entretint des liens étroits tout au long de son existence. Résidant entre le Tiergarten berlinois et Neubabelsberg, près de Potsdam, il constitua une collection d’art aussi ambitieuse qu’éclectique. Parmi ses ensembles les plus remarquables figurait un important groupe d’œuvres de Renoir, dont le présent Cap d’Antibes, proposé aujourd’hui dans le cadre d’un accord conclu avec ses héritiers. On y trouvait également Vue de la mer depuis Haut-Cagnes, restitué à sa famille en 2023 par l’Osthaus Museum avant d’être racheté et à nouveau présenté dans les collections du musée. Plusieurs chefs-d’œuvre issus de sa collection seront par ailleurs réunis dans l’exposition The Impressionists: Monet, Morisot, Renoir, and Their Network, organisée par le Museum Barberini du 7 novembre 2026 au 21 février 2027.
En raison de ses origines juives, Goldschmidt fut très tôt pris pour cible par les nationaux-socialistes et leur propagande. Après l’effondrement de la Danatbank en 1931 dans le contexte de la crise économique mondiale, il fut injustement désigné comme l’un des responsables de cette débâcle. L’arrivée d’Hitler au pouvoir ne fit qu’exacerber cette hostilité, contraignant Goldschmidt à quitter l’Allemagne pour la Suisse en 1933, avant de s’exiler aux États-Unis en 1936. Ses biens et ses collections d’art se retrouvèrent alors pris dans l’engrenage des mesures de persécution économique, des spoliations et des confiscations imposées par le régime nazi.
Le présent Renoir figure parmi les œuvres saisies et dispersées sur ordre des autorités du Reich. Il fut vendu en septembre 1941 lors d’une vacation organisée par la maison H. W. Lange à Berlin. Malgré les efforts entrepris par Jakob Goldschmidt pour retrouver ce tableau après-guerre, ses démarches demeurèrent vaines. La recherche des œuvres dispersées de sa collection est depuis devenue une part importante de l’héritage transmis à ses descendants.
De plus amples informations sur Jakob Goldschmidt et sa collection sont disponibles sur Christie’s Lost Berlin: Retracing the Weimar-era Art World.


Following his trip to Italy in 1881, Pierre-Auguste Renoir became increasingly preoccupied with the classical tradition of landscape composition. His encounter with the Old Masters and the ancient world prompted him to reconsider the principles of Impressionism, and he increasingly sought to reconcile its emphasis on light and colour with a more enduring conception of harmony, form and beauty. Unlike many of his Impressionist contemporaries, he was drawn towards an Arcadian vision of the French landscape, depicting unspoiled views largely free from the signs of industry and modern life.
This ideal found its fullest expression after Renoir moved to Cagnes-sur-Mer in 1907, purchasing the picturesque farmhouse Les Collettes, where he would spend the remainder of his life. Set among olive and citrus groves, with views towards the Mediterranean and the mountains beyond, the property provided an inexhaustible source of inspiration during his final years. The warmer climate was also thought to be beneficial to the artist, whose increasingly severe rheumatoid arthritis greatly restricted his mobility. At Les Collettes, the landscape of the Côte d’Azur became the setting for a late body of work in which Renoir brought together his longstanding interest in classical harmony with the intense light and colour of the Mediterranean.
image.png Painted in 1915, Le Cap d’Antibes is a particularly evocative example of this synthesis. The view towards the Mediterranean is glimpsed through the luxuriant foliage of the foreground trees, whose curving trunks as create a natural frame for the luminous blue sea beyond. Rather than offering a topographical description, Renoir transforms the landscape into a timeless, harmonious world in which nature appears abundant and untouched. Yet the classical structure of the composition is balanced by a distinctly Impressionist handling of paint. Renoir’s palette remains characteristically radiant, with saturated blues, greens and warm earth tones animated by touches of pink, gold and ochre. His broad, fluid brushstrokes suggest rather than delineate the foliage, allowing colour itself to convey volume, movement and light. The result is a surface of extraordinary vitality, in which the immediacy of visual sensation is combined with a carefully considered compositional order.
The painter himself emphasised the importance of landscape to his practice: ‘Landscape is useful for a figure painter. In the open air, one feels encouraged to put on the canvas tones that one couldn’t imagine in the subdued light of the studio’ (quoted in M. Lucy and J. House,
Renoir in the Barnes Foundation, New Haven, 2012). The extraordinary chromatic intensity of Le Cap d’Antibes speaks directly to this belief. The Mediterranean light allowed Renoir to push colour to new levels of luminosity while retaining the instinctive, painterly freedom that characterises his earlier Impressionist work.
The vitality of Renoir’s late paintings was recognised by a younger generation of artists. Henri Matisse, who visited him at Les Collettes in 1918, wrote to his wife: ‘I have just come back from Renoir’s house where I have seen some marvellous paintings’ (H. Matisse, quoted in
Renoir au XXème siècle, exh. cat., Paris, 2009, p. 381). Matisse’s response reflects the continuing significance of Renoir’s work at this late stage of his career.
Le Cap d’Antibes therefore encapsulates the distinctive achievement of Renoir’s final period. More than three decades after his formative journey to Italy, he had arrived at a personal synthesis of classical order and Impressionist sensation. The radiant palette and vigorous brushwork remain unmistakably Renoir, while the carefully balanced composition and idealised vision of nature reveal the enduring influence of the classical tradition. In the landscape of the Côte d’Azur, these impulses found their most luminous expression.
The present lot is all the more important due to its historical provenance. Jakob Goldschmidt (1882–1955) was a legendary figure in the Weimar-era business and financial worlds, advising government and business across a range of industries. Self-made, he came from a close family, remaining close to his siblings throughout his life. Resident in Berlin’s Tiergarten
and Neubabelsberg in Potsdam, he was a keen and eclectic art collector, including a collection-within-a -collection of glimmering Renoirs, including this Cap d’Antibes, being offered here pursuant to a settlement agreement with his heirs, and View of the Sea from Haut Cagnes, restituted to his family in 2023 from the Osthaus Museum but repurchased and on view again at the museum. Many of his prized paintings will also feature in the Sammlung Barberini’s exhibition The Impressionists: Monet, Morisot, Renoir, and Their Network, 7 November 2026 – 21 February 2027.
Goldschmidt, who was Jewish, became an early target for the Nationalist Socialists and their propaganda, with blame laid at his door when the Danatbank collapsed in 1931 in the wake of the global economic crisis. When Hitler’s government came to power, this animosity redoubled, leading Jakob to flee to Switzerland in 1933 and then on to the United States in 1936. His property and art collections became enmeshed in complex agreements, the Nazi’s persecution-driven tax demands and seizures. The above Renoir was one of those artworks confiscated and sold on the Reich’s command at H. W. Lange auctioneers in Berlin in September 1941. Despite Jakob’s efforts to recover the Renoir, he was unsuccessful and his legacy to trace the collection has passed down the family.
Further information on Jakob Goldschmidt and his art collection can be found in Christie’s Lost Berlin: Retracing the Weimar-era Art World.

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