Odilon Redon (1840-1916)
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The Property of a European Private Collection
Odilon Redon (1840-1916)

La Coupe de mystère (ou Sybille)

Details
Odilon Redon (1840-1916)
La Coupe de mystère (ou Sybille)
signé 'ODILON REDON' (en bas à droite)
huile sur papier marouflé sur toile
58.2 x 36.6 cm.
Peint vers 1890

signed 'ODILON REDON' (lower right)
oil on paper laid down on canvas
22 7⁄8 x 14 ½ in.
Painted circa 1890
Provenance
René Philipon, Paris (en 1896).
Odilon Redon, Paris (acquis auprès de celui-ci).
Jos Hessel, Paris.
Alexander M. Bing, New York (acquis auprès de celui-ci en 1921).
The Walker Art Center, Minneapolis (don de celui-ci en 1953).
Collection particulière, États-Unis (acquis auprès de celui-ci en 2002); vente, Christie's, New York, 9 mai 2013, lot 264.
Acquis au cours de cette vente par la famille du propriétaire actuel.
Literature
A. Wildenstein, Odilon Redon, Catalogue raisonné de l'œuvre peint et dessiné, Portraits et figures, Paris, 1992, vol. I, p. 165, no. 411 (illustré, p. 164).
Exhibited
(probablement) Paris, Galeries Durand-Ruel, Société de peintres-graveurs français, Troisième Exposition, avril 1891, no. 263.
(probablement) La Haye, Eerste Internationale Tentoonstelling, mai-juin 1901, no. 178.
Kunstmuseum Winterthur, Ausstellung Odilon Redon, juin-juillet 1919, no. 228 (titré 'L'offrande').
Minneapolis, The Walker Art Center, Reality and Fantasy 1900-1954, mai-juillet 1954.
Miami, Lowe Gallery et Palm Beach, The Society of the Four Arts, Odilon Redon, février-avril 1955, no. 17.
Houston, Contemporary Arts Museum, The Magical World of Redon, Klee, Baziotes, janvier-février 1957, p. 13.
Melbourne, National Gallery of Victoria et Auckland City Art Gallery, The Enchanted Stone, The Graphic Works of Odilon Redon, juillet-décembre 1990, no. 48 (illustré, p. 106 et illustré en couleurs, p. 91).
Chicago, The Art Institute; Amsterdam, Van Gogh Museum et Londres, The Royal Academy of Arts, Odilon Redon, Prince of Dreams, juillet 1994-mai 1995, p. 205 et 443, no. 103 (illustré en couleurs, p. 204, fig. 11).
Takasaki, Gunma Prefectural Museum of Modern Art; Yamagata Museum of Art; Tokyo, Odakyu Museum et Hiroshima Museum of Art, Odilon Redon, février-août 2001.
Matsue, Shimane Art Museum, Odilon Redon, Le souci de l'absolu, août-septembre 2002.
Le Cannet, Musée Bonnard, L'œil d'un collectionneur, Les Peintres graveurs, Bonnard, Vuillard et les Nabis, mars-juin 2014,vol. II, p. 24 (illustré en couleurs, p. 25; illustré en couleurs en couverture).
Bilbao, Fundación del Guggenheim et Columbus, Columbus Museum of Art, Fin de Siècle, mai 2017-janvier 2018, p. 113.
Otterlo, Kröller-Müller Museum et Copenhague, NY Carlsberg Glyptotek, Odilon Redon, La Littérature et la Musique, juin 2018-janvier 2019, no. 9 (illustré, p. 24; illustré en couverture).
Montréal, Musée des Beaux-Arts, Paris au Temps du Postimpressionnisme, Signac et les Indépendants, mars-septembre 2020, p. 272, no. 443 (illustré en couleurs, p. 273).

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Lot Essay

À partir du milieu des années 1880, Redon tint des livres de comptes dans lesquels il consignait chaque œuvre quittant son atelier. En 1921, Mme Redon remit ces registres à André Mellerio, ami de l’artiste et son premier biographe ; ils sont aujourd’hui conservés à la Ryerson and Burnham Libraries de l’Art Institute of Chicago. Dans l’entrée consacrée au présent tableau, Redon décrit le sujet comme une « sorte de femme sphynx de face tenant un vase au contour indéterminé ; un segment de cercle dans le haut du ciel » (cité dans le catalogue de l’exposition de l’Art Institute of Chicago, op. cit., p. 443). Le tableau reçut le titre évocateur de La coupe de mystère lors de l’exposition organisée chez Durand-Ruel en 1891 ; il fut ensuite présenté sous les titres alternatifs de L’Offrande (Winterthur, 1919) et Sybille (Wildenstein, 1994 et 1998).
La description laissée par l’artiste montre clairement qu’il ne cherchait pas à rattacher cette figure féminine à une source précise issue de la fable ou de la mythologie antique, comme il le fait ailleurs dans son œuvre. Cette indétermination contribue précisément à son caractère énigmatique. N’étant pas un être hybride mêlant l’humain et l’animal, elle n’est pas un sphinx au sens égyptien ou grec du terme, bien qu’elle soit, à juste titre, dépositaire d’une énigme sous la forme du calice qu’elle tient entre ses mains. Elle n’est pas davantage une Sibylle au sens historique et rituel du culte romain, même si ses pouvoirs prophétiques semblent s’accorder avec son aspect solennel et mystérieux.
Une interprétation fondée exclusivement sur la mythologie païenne ne saurait toutefois rendre compte du symbolisme chrétien évident du calice. Au cours des années 1890, Redon commença à recourir de plus en plus fréquemment à l’imagerie chrétienne. C’est également à cette époque qu’il aurait probablement assisté à une représentation du Parsifal de Richard Wagner. Créé à Bayreuth en 1882, l’opéra était devenu en quelques années le seul des grands drames musicaux de la maturité de Wagner à rencontrer un véritable succès en France, où le public était sensible à sa musique cérémonielle et austère ainsi qu’à ses thèmes chrétiens d’ascèse et de rédemption. En 1891, Redon réalisa deux lithographies représentant Parsifal tenant une lance (Mellerio, no 116) ; par son costume et son expression, ce personnage masculin et chevaleresque constitue en quelque sorte le pendant de La coupe de mystère.
Wagner tira son livret du roman épique Parsifal, écrit par Wolfram von Eschenbach au début du XIIIe siècle, dans lequel le héros cherche à contempler le Saint Graal, le vase dans lequel le Christ aurait mangé lors de la Cène. Investi d’une grâce divine infinie, le Graal fut ensuite emporté par Joseph d’Arimathie en Bretagne arthurienne, où il fut confié aux Rois Pêcheurs. Dans le dernier chapitre de son récit, Wolfram décrit le château du Graal et la jeune fille chargée de porter le vase sacré : Repanse de Schoye, dont la pureté intérieure se reflète dans la lumière de son apparence.
La coupe de mystère semble ainsi très probablement faire référence à la légende du Graal, la jeune femme assumant le rôle de la gardienne ou porteuse du vase sacré. Le monde du roman arthurien médiéval constitue une synthèse complexe de traditions chrétiennes et païennes, puisant dans les mythologies celtiques, germaniques et méditerranéennes, ainsi que dans des traditions plus lointaines. De manière comparable, Redon puise dans une multiplicité de sources pour élaborer sa propre mythologie personnelle. Dans cette figure à l’allure de sphinx, il fusionne plusieurs traditions et registres symboliques, créant une image qui se prête à des interprétations multiples et dont la richesse réside précisément dans cette indétermination.
Œuvre particulièrement révélatrice de l’évolution de Redon autour de 1890, La coupe de mystère se situe à un moment charnière de sa carrière. L’imaginaire visionnaire et fantastique de ses célèbres Noirs commence alors à évoluer vers une iconographie plus spirituelle, mystique et progressivement plus colorée, qui caractérisera son œuvre de maturité. La figure féminine énigmatique et le calice sacré incarnent pleinement cette transition, annonçant l’intérêt croissant de Redon pour les thèmes chrétiens, mystiques et symbolistes au cours des années 1890.

Beginning in the mid-1880s, Redon kept account books in which he recorded each work as it left his studio. In 1921 Mme Redon gave these books to André Mellerio, the artist's friend and biographer, and they have since entered the collection of Ryerson and Burnham Libraries at the Art Institute of Chicago. In the entry for the present painting the artist wrote: "Sorte de femme sphynx de face tenant un vase au contour indeterminé; un segment de cercle dans le haut du ciel" (quoted in The Art Institute of Chicago, exh. cat,
op. cit., p. 443). The painting was given the title La coupe de mystère for the 1891 Durand-Ruel exhibition, and subsequent alternative titles have been L'offrande (Winterthur, 1919) and Sybille (Wildenstein, 1994 and 1998). It is clear from the account book description that the artist did not intend to confine the interpretation of this female figure to a particular source from ancient fable, as he does elsewhere in his oeuvre. Indeed, his vagueness on this count contributes to her air of mystery.
In that she is not a combination of human and beast, the female figure is not a sphinx in the usual Egyptian or Greek sense, although she is appropriately in possession of an enigma in the shape of the chalice. Nor is she a Sibyl according to history and practice of the cult in Roman times, although the attribution of prophetic powers to her seems compatible with her portentous aspect. Interpretations based solely on pagan mythology fail to address the obvious Christian symbolism of the chalice. Redon began to employ Christian imagery with increasing frequency during the 1890s. Around this time Redon probably attended a performance of Richard Wagner's Parsifal. Having premiered in Bayreuth in 1882, the year before the composer's death, this opera within a few years become the only one of Wagner's mature music dramas to win favor in France, where listeners were drawn to its austere ceremonial music and the Christian themes of asceticism and redemption. In 1891 Redon executed two lithographs depicting Parsifal holding a lance (Mellerio, no. 116), which in its use of costume and facial expression represents a male and knightly counterpart to La coupe de mystère.
Wagner derived his libretto from the epic romance
Parsifal, written by Wolfram von Eschenbach in the early years of the 13th century, in which the hero seeks to behold the Holy Grail, the vessel from which Christ ate during the Last Supper. Imbued with boundless divine grace, the Grail was later taken by Joseph of Arimathea to Arthurian Britain and placed in the care of the Fisher-Kings. In the final chapter of his book Wolfram describes the grail-castle:
The maidens do not keep us waiting--for they come in due order everywhere, to the number of five and twenty. The faces of all those maidens were without exception sweet, charming, winsome. Following them all came the fair Repanse de Schoye, a maiden most rare. By her alone, no other, I am told, did the Grail let itself be carried. Great purity dwelt in her heart. The flesh without was a blossoming of all brightness" (A.T. Hatto,
trans., London, 1980, p. 401).
La coupe de mystère very likely refers to the grail legend, and the young woman is shown here in the role of the grail-maiden. The world of medieval Arthurian romance is, as Joseph Campbell and other commentators have demonstrated, a complex synthesis of Christian and pagan mythologies from the world of the Celts, the Gothic tribes of Germany, the cultures of the ancient Mediterranean and from as far away as India. In this sphinx-like icon Redon likewise draws upon many sources and traditions to forge his own personal mythology, creating imagery that may be engaged from several vantage points and that offers up multiple layers of meaning.

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