Details
Francis Picabia (1879-1953)
Sans titre
signé 'Francis Picabia' (en bas à droite)
huile sur carton
75.2 x 52.5 cm.
Peint vers 1942-43

signed 'Francis Picabia' (lower right)
oil on board
29 5⁄8 x 20 5⁄8 in.
Painted circa 1942-43
Provenance
Collection particulière, France (avant 2008).
Acquis auprès de celle-ci par le propriétaire actuel vers 2010.
Literature
M. L. Borràs, Picabia, Paris, 1985, p. 531, no. 763 (illustré, p. 438, fig. 950; titré 'Titre Inconnu (Femme à la plage)').
S. Cochran, Le nu dans la peinture de Francis Picabia, 1939-1944, thèse de doctorat, Université de Paris, Sorbonne Paris IV, Paris, 1995, p. 78 (illustré, fig. 57).
W. A. Camfield, B. Calté, C. Clements et A. Pierre, Francis Picabia, Catalogue raisonné, 1940-1953, Bruxelles, 2022, vol. IV, p. 273, no. 1804 (illustré en couleurs).

Brought to you by

Lou Clinton-Celini
Lou Clinton-Celini Junior Specialist, Acting Head of Day Sale

Lot Essay

Francis Picabia est l'un des artistes les plus insaisissables du XXe siècle, par son refus de se laisser enfermer dans un style. Impressionniste à ses débuts, il passe par le cubisme et l'orphisme (Udnie, 1913), devient une figure majeure de Dada (revue 391), puis explore dans les années 1920 les Monstres et les Transparences. Installé sur la Côte d'Azur à partir des années 1930, il revient à la figuration. Pendant l'Occupation, à l'écart des milieux d'avant-garde, il peint des nus et des portraits d'après des photographies de magazines, jouant volontairement avec le kitsch et l'académisme. Longtemps jugées embarrassantes, ces œuvres ont été réévaluées à partir des années 1970-1980 comme une critique du bon goût et de la notion même de style.
Notre tableau appartient à cette veine. Il reprend le thème de la baigneuse, hérité de Cézanne, Renoir ou Matisse, mais l'éloigne des images lisses de la presse illustrée par une matière épaisse et une atmosphère plus sombre, plus proche du portrait que du glamour.
La jeune femme est assise au bord de la mer, elle occupe presque toute la hauteur de la toile, comme si le cadre peinait à la contenir. Derrière elle, l'horizon sépare deux mondes : une bande de mer d'un bleu dense, presque électrique et un ciel vert-de-gris brumeux, où la brosse a laissé des voiles de lumière pâle.
Son visage saisi de profil perdu, s'enfonce dans l'ombre. Les paupières mi-closes referment le regard sur une rêverie dont le spectateur est exclu. Les cheveux noirs, en carré ondulé, tombent en lourdes mèches bleu nuit striées de vert. La peau quant à elle se pare d'un brun orangé ombré de reflets tristes. Elle semble taillée dans une matière chaude et minérale. Seule la bouche, d'un rouge net, allume le visage comme une braise. Le maillot blanc est le foyer lumineux de la composition. Picabia l'a construit en pâte épaisse, par couches crémeuses où affleurent des reflets bleus, gris et rosés. Le tissu devient presque sculpture et se transforme à la fois étoffe, écume et plâtre.
Tout, dans ce tableau, joue sur le contraste : la chaleur des chairs contre la froideur du fond, l'éclat du blanc contre la densité des noirs. Picabia emprunte à la culture populaire de la plage un motif de loisir, puis le charge d'une mélancolie silencieuse, que l'on peut aussi lire à la lumière des années sombres de l'Occupation. L'œuvre rappelle ainsi que, dans ses années de « réalisme » provocateur, Picabia peint moins pour séduire que pour troubler, en refusant à la fois l'académisme et l'avant-garde.


Francis Picabia was one of the most elusive artists of the twentieth century, constantly refusing to be confined to any single style. Beginning as an Impressionist, he moved through Cubism and Orphism (Udnie, 1913), became a leading figure of Dada through his journal 391, and later explored the enigmatic worlds of the Monsters and the Transparencies in the 1920s. After settling on the French Riviera in the 1930s, he returned to figurative painting. During the years of the German Occupation, distancing himself from avant-garde circles, he produced nudes and portraits derived from magazine photographs, deliberately embracing kitsch and academic convention. Long regarded as awkward or problematic, these works were reassessed from the 1970s onward as a challenge to notions of good taste and even to the very idea of artistic style itself.
Our painting belongs to this period. It revisits the traditional motif of the bather, inherited from masters like Cézanne, Renoir, and Matisse, yet moves away from the polished imagery of illustrated magazines through its dense, tactile surface and its darker, introspective mood, closer to portraiture than to glamour.
A young woman sits by the sea, filling almost the entire height of the canvas, as though the frame itself were struggling to contain her. Behind her, the horizon divides two distinct realms: a strip of deep, almost electric blue water and a mist-laden greenish-grey sky, where the brush has left delicate veils of pale light.
Seen in a near-lost profile, her face recedes into shadow. Half-closed eyelids withdraw her gaze into a private reverie from which the viewer remains excluded. Her dark bobbed hair falls in heavy waves of midnight blue streaked with touches of green. Her skin, meanwhile, glows with warm orange-brown tones softened by melancholy reflections, as if carved from some heated mineral substance. Only the mouth, a vivid red, ignites the face like an ember.
The white swimsuit forms the luminous centre of the composition. Picabia built it up with thick, creamy layers of paint shot through with blue, grey, and pink highlights. The fabric becomes almost sculptural, hovering between cloth, sea foam, and plaster.
Everything in the painting is shaped by contrasts: the warmth of flesh against the cool expanse behind it, the brilliance of white against the depth of black. Borrowing a popular seaside motif associated with leisure and pleasure, Picabia imbues it with a quiet melancholy, one that may also be read in light of the dark years of the Occupation. The work reminds us that, in his provocatively "realist" period, Picabia painted not to seduce but to unsettle, rejecting both academic orthodoxy and the certainties of the avant-garde.

More from Art Moderne - Vente du Jour, including Works from the Durand-Ruel Collection and Works from the Marlene and Spencer Hays Collection

View All
View All