Lot Essay
Ces singuliers paysages anthropomorphes constituent un merveilleux exemple d'un genre pictural apparu dans les Pays-Bas et en Allemagne au tournant du XVIIe siècle. Sa diffusion résulte de la convergence de deux phénomènes. D’abord, par l'émergence du paysage comme genre de peinture de chevalet à part entière en Flandre et aux Pays-Bas, porté par des artistes comme Joachim Patinir (vers 1480-1524) et par le développement du Weltlandschaft qui fut davantage développé par Pieter Bruegel l'Ancien (vers 1525⁄1530-1569). A la diffusion de ces genres picturaux, vient s'ajouter, dans les cours des Habsbourg à Vienne et à Prague, l'invention par Giuseppe Arcimboldo (1527-1593) des teste composte – têtes ingénieusement construites à partir de fleurs, de fruits, de racines et d'écorce - peut-être les expressions allégoriques les plus audacieuses de la fin de la Renaissance (fig.1).
Le Portrait d'homme, dont les cheveux et la barbe sont constitués d’escarpements boisés, d’un village fortifié créant le nez et les lèvres, et d’une oreille constituée d'une enceinte murée, est à mettre en relation avec des gravures produites par Matthäus Merian (1593-1650) (Wüthrich 576 II ; Hollstein 405), et Wenceslaus Hollar (1607-1677) (fig. 2, voir Pennington, P1241, où il est suggéré que Hollar travaillait d'après le modèle de Merian). On peut également mentionner celle qui figure dans l'ouvrage d'Athanasius Kircher (1601⁄1602-1680) Ars magna lucis et umbrae, « Le Grand Art de la Lumière et de l'Ombre » publié en 1645. Sous forme peinte, on trouve deux versions de ce paysage anthropomorphe attribuées à Merian. L'une d’elle porte d’ailleurs l’inscription « Meriani » (Doyle, New York, 28 janvier 2026, lot 9). Toutes deux montrent une tête très similaire à notre composition, mais assez éloignées des gravures dont elles s’inspirent. Une version presque identique au Portrait d'homme se trouve aux musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles (inv. 10827). L’œuvre y est référencée comme étant des Pays-Bas méridionaux, de la fin du XVIe siècle.
Il n’est pas aisé d’établir les liens entre versions gravées et peintes de ces compositions. Leur grande similitude invite à penser qu’il existait une source originale dont toutes découlent. Cependant, aucune chronologie précise n'a permis d’identifier l’œuvre originelle. Remarquons que les versions peintes apparaissent toutes dans le sens de notre Portrait d'homme, quand les gravures sont toutes dans le sens opposé. Cela pourrait indiquer que les gravures se réfèrent à une source peinte.
Il est intéressant de relever que si l’on connaît de nombreuses gravures et versions du Portrait d'homme, rien n'indique qu'il n’existe un modèle gravé en lien avec le Portrait de femme. Le musée de Bruxelles conserve également une version peinte de notre paysage féminin (inv. 10828), mais hors mis cette dernière, aucune autre œuvre similaire ne semble connue à ce jour. Cette paire de paysages anthropomorphes conservée aux musées Royaux des Beaux-Arts serait-elle du même artiste que nos peintures ? Ces deux versions féminines de notre paysage pourraient-elles être l’invention d’un seul et même artiste ?
Des touches fantaisistes, telles que le collier de perles composé de moutons, et la femme chassant son mari avec un balai dans la maison qui forme son oreille, témoignent d'un artiste sûr, doté d'un grand esprit, s'amusant avec une composition pouvant laisser libre court à son imagination.
Sur le plan stylistique, les deux paires différent sensiblement des estampes et des œuvres attribuées à Merian. Elles étendent le côté anthropomorphe des compositions aux extrémités de la toile, pour y inclure notamment la poitrine du personnage. Cette manière la rapproche plus d'Arcimboldo et ses teste composte, dans lesquelles l'illusion est de mise à la différence de l'estampe de Hollar qui dispose un arbre à droite de la composition comme un pur élément paysager et qui ne joue aucun rôle anthropomorphe.
Le traitement délicat des éléments de paysage élaborant ces étonnantes compositions suggère que l'artiste de cette paire de peinture était probablement un peintre paysagiste de formation. On décèle l’influence de peintres comme Joos de Momper le Jeune (1564-1635). D’ailleurs, un ensemble de quatre têtes anthropomorphes, allégories des quatre saisons, passé sur le marché avait été attribué à de Momper, bien que Klaus Ertz ait depuis rejeté cette attribution dans son catalogue raisonné de l'artiste (fig. 3, voir K. Ertz, Josse de Momper der Jüngere (1564-1635) : Die Gemälde mit kritischem OEuvrekatalog, Freren, 1986, p. 654, n° A216)
Le Portrait d'homme, dont les cheveux et la barbe sont constitués d’escarpements boisés, d’un village fortifié créant le nez et les lèvres, et d’une oreille constituée d'une enceinte murée, est à mettre en relation avec des gravures produites par Matthäus Merian (1593-1650) (Wüthrich 576 II ; Hollstein 405), et Wenceslaus Hollar (1607-1677) (fig. 2, voir Pennington, P1241, où il est suggéré que Hollar travaillait d'après le modèle de Merian). On peut également mentionner celle qui figure dans l'ouvrage d'Athanasius Kircher (1601⁄1602-1680) Ars magna lucis et umbrae, « Le Grand Art de la Lumière et de l'Ombre » publié en 1645. Sous forme peinte, on trouve deux versions de ce paysage anthropomorphe attribuées à Merian. L'une d’elle porte d’ailleurs l’inscription « Meriani » (Doyle, New York, 28 janvier 2026, lot 9). Toutes deux montrent une tête très similaire à notre composition, mais assez éloignées des gravures dont elles s’inspirent. Une version presque identique au Portrait d'homme se trouve aux musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles (inv. 10827). L’œuvre y est référencée comme étant des Pays-Bas méridionaux, de la fin du XVIe siècle.
Il n’est pas aisé d’établir les liens entre versions gravées et peintes de ces compositions. Leur grande similitude invite à penser qu’il existait une source originale dont toutes découlent. Cependant, aucune chronologie précise n'a permis d’identifier l’œuvre originelle. Remarquons que les versions peintes apparaissent toutes dans le sens de notre Portrait d'homme, quand les gravures sont toutes dans le sens opposé. Cela pourrait indiquer que les gravures se réfèrent à une source peinte.
Il est intéressant de relever que si l’on connaît de nombreuses gravures et versions du Portrait d'homme, rien n'indique qu'il n’existe un modèle gravé en lien avec le Portrait de femme. Le musée de Bruxelles conserve également une version peinte de notre paysage féminin (inv. 10828), mais hors mis cette dernière, aucune autre œuvre similaire ne semble connue à ce jour. Cette paire de paysages anthropomorphes conservée aux musées Royaux des Beaux-Arts serait-elle du même artiste que nos peintures ? Ces deux versions féminines de notre paysage pourraient-elles être l’invention d’un seul et même artiste ?
Des touches fantaisistes, telles que le collier de perles composé de moutons, et la femme chassant son mari avec un balai dans la maison qui forme son oreille, témoignent d'un artiste sûr, doté d'un grand esprit, s'amusant avec une composition pouvant laisser libre court à son imagination.
Sur le plan stylistique, les deux paires différent sensiblement des estampes et des œuvres attribuées à Merian. Elles étendent le côté anthropomorphe des compositions aux extrémités de la toile, pour y inclure notamment la poitrine du personnage. Cette manière la rapproche plus d'Arcimboldo et ses teste composte, dans lesquelles l'illusion est de mise à la différence de l'estampe de Hollar qui dispose un arbre à droite de la composition comme un pur élément paysager et qui ne joue aucun rôle anthropomorphe.
Le traitement délicat des éléments de paysage élaborant ces étonnantes compositions suggère que l'artiste de cette paire de peinture était probablement un peintre paysagiste de formation. On décèle l’influence de peintres comme Joos de Momper le Jeune (1564-1635). D’ailleurs, un ensemble de quatre têtes anthropomorphes, allégories des quatre saisons, passé sur le marché avait été attribué à de Momper, bien que Klaus Ertz ait depuis rejeté cette attribution dans son catalogue raisonné de l'artiste (fig. 3, voir K. Ertz, Josse de Momper der Jüngere (1564-1635) : Die Gemälde mit kritischem OEuvrekatalog, Freren, 1986, p. 654, n° A216)
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