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HERGÉ
LE PETIT VINGTIÈME, 1939
Illustration originale, couverture du Petit Vingtième n° 25
du 22 juin 1939. Signée. Encre de Chine et aquarelle sur papier
20,7 × 20,7 cm (8,15 × 8,15 in.)

Tintin sans frontières — Le Petit Vingtième, le supplément hebdomadaire pour les jeunes du quotidien catholique belge Le Vingtième Siècle, a été créé le 1er novembre 1928, mais ce n’est qu’à partir de janvier 1930 qu’il bénéficia systématiquement d’une illustration en pleine page sur sa couverture. Quelque 540 couvertures illustrées furent ainsi publiées, dont une majorité — quelque 447 — furent dues à Hergé lui-même. Parmi celles-ci, certaines furent naturellement consacrées à la promotion des épisodes des aventures de Tintin, des « exploits » de Quick et Flupke, des aventures de Jo, Zette et Jocko et de quelques autres publiées en pages intérieures. Si bon nombre de ces dessins ont été conservés par l’auteur, d’autres se sont perdus ou ont été offerts à des amis ou connaissances. Et parmi ces derniers, nec plus ultra, très rares sont ceux qu’il a pris la peine de mettre en couleur avant de les offrir. Exceptionnelle à plus d’un égard, cette composition sera restée dans la famille de son heureux bénéficiaire… durant prés de 77 ans. C’est donc un fleuron de l'œuvre d’Hergé qui ressurgit ici, presque par miracle.

Depuis qu’il a créé Tintin en janvier 1929, Hergé n’a cessé d’ancrer la fiction de ses récits dans l’actualité. Les gangsters de Chicago (Tintin en Amérique), les protagonistes du conflit sino-japonais (Le Lotus Bleu), ou encore ceux de la guerre du Gran Chaco (L’Oreille cassée) peuvent en attester. Le jeudi 22 juin 1939, le dessinateur publie en couverture du Petit Vingtième cette magnifique image où l’on reconnaît Tintin et son fidele Milou lors de leur brève incursion au-delà d’une frontière. Le royaume (imaginaire) de Syldavie où le jeune reporter s’est rendu, est alors menacé d’annexion par son redoutable voisin, la Bordurie. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on est dans l’air du temps : en 1939, l’Europe reste confrontée aux visées expansionnistes du régime hitlérien, et c’est de toute évidence l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie qu’Hergé entend refléter dans Le Sceptre d’Ottokar.

Habituellement, le dessinateur reprend et magnifie en couverture du supplément la case finale de la séquence publiée sur la double page centrale : celle qui tient le lecteur en haleine une semaine durant. Mais dans ce cas-ci il a voulu mieux faire, et c’est d’un véritable hors-texte qu’il s’agit, puisque cette image ne figure pas comme telle dans le récit. Affamé, victime d’un malaise alors qu’il venait de récupérer le sceptre royal avant que son voleur ne puisse se mettre en sécurité en Bordurie, Tintin n’a eu d’autre recours que de franchir la frontière pour tenter de trouver un peu de nourriture. À quelque chose malheur est bon : il aurait pu tomber mieux que sur ce poste frontière bordure investi par des militaires, mais le pain et le vin lui sont providentiellement tombés entre les mains, et c’est à grandes enjambées qu’il tente de fuir, muni de son butin inespéré. Hergé le montre ici juste avant que, dans le récit, une balle tirée par ses poursuivants ne pulvérise le goulot de la fiasque qu’il emportait. Ayant déjà produit sept albums des aventures de Tintin et trois tomes des « exploits » de Quick et Flupke, Hergé accède avec Le Sceptre d’Ottokar à sa pleine maturité graphique et narrative. La couleur dont il a paré ce dessin au moment de l’offrir n’est pas, elle non plus, le fruit du hasard. Depuis peu, l’éditeur Casterman lui a permis d’enrichir ses albums, jusqu’alors publiés en noir et blanc, de quatre hors-textes imprimés en quadrichromie. C’est sans doute pourquoi, au moment de faire cadeau de cette illustration à un ami fidèle, il a éprouvé le besoin de la mettre en couleur. À l’aquarelle, avec soin… et de ses propres mains, on peut en être sur, car à cette époque Hergé travaille encore seul. C’est donc de son crayon et de sa plume qu’est sorti ce dessin, et de son pinceau qu’est issue la mise en couleur exceptionnelle de cette composition. Une mise en couleur autrement plus riche et variée que la « couleur de soutien » dont les photograveurs du journal l’avaient paré lors de sa publication en couverture du Petit Vingtième. Hergé ignore encore qu’au début de l’année 1942, son éditeur lui fera un cadeau empoisonné, en lui proposant que tous ses albums paraissent (ou reparaissent) désormais tout en couleur, et dans une autre présentation. Cette fois-là, il considérera que c’est beaucoup trop pour un seul homme, et il envisagera de se doter d’un collaborateur.

Philippe Goddin
Biographe d’Hergé, auteur des 7 volumes de
Hergé – Chronologie d’une OEuvre (Éd. Moulinsart)

Brought to you by

Emilie Fabre
Emilie Fabre
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