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KAZUO SHIRAGA (1924-2008)
COLLECTION RODOLPHE STADLER, PARIS
KAZUO SHIRAGA (1924-2008)

Chiretsusei Katsusemba

Details
KAZUO SHIRAGA (1924-2008)
Chiretsusei Katsusemba
signé en japonais et daté '1961' (en bas à droite); signé, titré en japonais et daté 'Kazuo Shiraga 1961' (au dos)
huile sur toile
130 x 161 cm. (51¼ x 63 3/8 in.)
Peint en 1961.
Literature
Kazuo Shiraga: Painting Born out of Fighting, catalogue d'exposition, Toyoshina, Azumino Municipal Museum of Modern Art; Amagazaki Cultural Center; Yokosuka Museum of Art, 2009, No. 125 (illustré en couleurs, non paginé).
Exhibited
Toulouse, Musée d'art moderne, Réfectoire des Jacobins, Kazuo Shiraga, juin-septembre 1993 (illustré au catalogue d'exposition p. 29).
Paris, Galerie Stadler, BUDD BULTMAN RAINER SAURA SHIRAGA TÀPIES, juin-octobre 1998.
Post Lot Text
'CHIRETSUSEI KATSUSEMBA'; SIGNED IN JAPANESE AND DATED LOWER RIGHT, SIGNED, TITLED IN JAPANESE AND DATED ON THE REVERSE; OIL ON CANVAS.

Brought to you by

Valentine Legris
Valentine Legris Administration

Lot Essay

Comme le souligne Alfred Pacquement, tout spectateur occidental d'une oeuvre de Shiraga doit commencer par faire aveu d'impuissance: l'historien occidental - à moins d'être expert en culture asiatique - ne peut que saisir très imparfaitement une démarche picturale fondée tout à la fois sur les acquis des avant-gardes européennes et américaines, mais aussi sur des modes de pensée ancestraux, imprégnés de spiritualité bouddhiste et de diverses traditions au coeur de la culture japonaise." (A. Pacquement, "Kazuo Shiraga: la peinture comme rituel", Kazuo Shiraga, Painting Born out of Fighting, catalogue d'exposition, Toyoshina, Azumino Municipal Museum of Modern Art; Amagazaki Cultural Center; Yokosuka Museum of Art, avril-décembre 2009).

C'est de cette tension entre référents orientaux emprunts de spiritualité et de vocabulaire formel entrant en correspondance avec les recherches menées parallèlement en Europe et aux États-Unis, que naît la fascination exercée par l'oeuvre de Shiraga sur les deux hommes ayant probablement le plus contribué à sa reconnaissance internationale: Michel Tapié, le critique et le découvreur, et Rodolphe Stadler, le galeriste et le compagnon de route. Deux ans après le voyage fondateur de Tapié à Osaka, Rodolphe Stadler montre des premières peintures de Shiraga dans l'exposition collective Métamorphisme en 1959, avant de consacrer à l'artiste sa première exposition individuelle en dehors du Japon, en 1962. Il l'accompagnera tout au long de sa carrière, lui consacrant des expositions jusque dans les années 1990, notamment celle de 1992 où sera exposé Kosho (lot 17).

Shiraga ne titrait pas ses oeuvres avant que Michel Tapié ne lui fasse des commandes pour alimenter les expositions hors du Japon. Afin de différencier les toiles entre elles, Shiraga décida de leur donner le nom de certains des héros de Au bord de l'eau, l'un des plus célèbres romans de la littérature chinoise classique. Les titres étaient attribués en fonction des impressions ressenties par l'artiste face à ses oeuvres. Chiretsusei Katsusemba est l'un de ces personnages dont le nom renvoie à la notion de vitesse, de lumière et de foudre. Et c'est en effet cette sensation d'extrême vivacité qui saisit le spectateur de l'oeuvre, où la lumière éclate de toutes parts, entremêlant les larges traces de rouges vif et sombre et les éclaboussures bleu ciel, conférant au tableau une présence à la fois animale et céleste.

Par sa pratique, Shiraga contribua à redéfinir la nature-même du tableau, qui n'est plus seulement un écran, un simple support de lignes et de couleurs, mais un véritable champ de bataille, témoin d'une action inscrite dans l'espace et dans le temps. En ce sens, la technique de Shiraga n'est pas sans rappeler les chorégraphies de Pollock immortalisées par Hans Namuth ou, plus sensiblement encore, les séances de peinture d'Yves Klein, grand admirateur du Japon, adepte du judo et dont Shiraga était l'exact contemporain lorsqu'il exposait pour les premières fois en Europe et aux États-Unis. Si les deux artistes ne se sont pas fréquentés, tous deux développèrent un art conjuguant corps et esprit, et l'on retiendra ce commentaire de Klein, témoin de sa reconnaissance de l'oeuvre des artistes du groupe Gutaï et de Shiraga en particulier: "Je parlerai de ce groupe de peintres japonais qui, avec la plus extrême ardeur [...] se transformaient en pinceaux vivants. En se plongeant dans la couleur et en se roulant sur leurs toiles, ils devinrent les représentants de l'ultra-action-painting!" (Y. Klein, Le dépassement de la problématique de l'art et autres écrits, Paris, 2003)


Alfred Pacquement underlined that any Western viewer of Shiraga's work must first start by admitting his powerlessness: "the Western art historian - unless he is an expert in Asian culture - can only very imperfectly grasp an artistic approach, based both on the work of European and American avant-gardes, but also on ancestral modes of thought, steeped in Buddhist spirituality and the diverse traditions at the heart of Japanese culture." (A. Pacquement, "Kazuo Shiraga: la peinture comme rituel", Kazuo Shiraga, Painting Born out of Fighting, exhibition catalogue, Toyoshina, Azumino Municipal Museum of Modern Art; Amagazaki Cultural Center; Yokosuka Museum of Art, April-December 2009).

It is the tension between Eastern references, pervaded with spirituality and formal vocabulary, conversing with research made both in Europe and in the United States, that bred the fascination exerted by Shiraga's work on the two men who probably contributed the most to his international recognition: Michel Tapié, the critic and discoverer, and Rodolphe Stadler, the gallery owner and fellow-traveller. Two years after Tapié's seminal trip to Osaka, Rodolphe Stadler showed Shiraga's first paintings in Métamorphisme, a collective exhibition in 1959, before organizing the artist's first solo exhibition outside Japan, in 1962. He accompanied him all along his career, dedicating exhibitions to him until the 1990s, notably the 1992 one, where Kosho (lot number 17) was shown.

Shiraga did not give any titles to his paintings, until Michel Tapié commissioned works for exhibitions outside Japan. In order to differentiate his paintings, Shiraga decided to give them the names of some heroes of Water Margin, one of the most famous novels in classic Chinese literature. The titles were given according to the impressions felt by the artist, when looking at his works. Chiretsusei Katsusemba is one of those heroes; his name conjures the notion of speed, of light and lightning. It is indeed this feeling of extreme vitality which takes hold of the viewer of this painting, where light bursts everywhere, mingling large bright and dark red traces and sky blue splashes, giving the painting a presence, which is both animal and celestial.

In his practice, Shiraga contributed to redefining the nature of the picture itself, it is not a screen, the mere support of lines and colours, but a true battlefield, witness to an action rooted in space and time. In this aspect, Shiraga's technique recalls Pollock's choreographies, immortalized by Hans Namuth, or more perceptibly still, Yves Klein's painting sessions. Shiraga was his exact contemporary when he first exhibited in Europe and in the United States. Even if the two artists never associated with each other, both developed an art which joined body and mind, and Klein commented, as a testimony to his gratitude to the artists of the Gutaï group and to Shiraga in particular: "I would like to mention this group of Japanese artists, who most passionately [...] transformed themselves into living paintbrushes. By plunging into colour and rolling on their canvasses, they became representatives of ultra-action-painting!" (Y. Klein, Overcoming the problematics of art and other writings, Paris, 2003)
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