MASQUE DE L’EMBOUCHURE DU SEPIK
MASK, COURSE OF SEPIK RIVER
MASQUE DE L’EMBOUCHURE DU SEPIK MASK, COURSE OF SEPIK RIVER

VILLAGE WATAM, PAPOUASIE NOUVELLE-GUINÉE

Details
MASQUE DE L’EMBOUCHURE DU SEPIK
MASK, COURSE OF SEPIK RIVER
VILLAGE WATAM, PAPOUASIE NOUVELLE-GUINÉE
Bois, cauris
Hauteur : 63 cm. (24 ¾ in.)
Provenance
Collection André Lefèvre, Paris
Hôtel Drouot, Paris, 13 December 1965, lot 137
Collection privée, Paris, acquis auprès de ce dernier.

Lot Essay

Ce grand masque correspond stylistiquement à ce que Heinz Kelm (H.Kelm, Kunst vom Sepik, Berlin, 1966, vol. III, p. 15) appelait le « Schnabelstil » pour désigner le « style du nez en bec », typique des régions du bas Sepik, des lacs Murik, du fleuve Ramu et de certaines régions côtières limitrophes à l’embouchure du Sepik. Deux masques récoltés en 1900 par un employé de la Neu Guinea Compagnie au village Watam à 5 km sud de l’embouchure du Sepik, et actuellement dans la collection du Ethnologisches Museum Berlin permettent toutefois l’attribution à ce même village d’environ six masques au nez en bec très semblables entre eux. Sans aucun doute, le masque ex-Lefèvre rejoint ce corpus très rare. Tout en étant de quelques pouces plus grand, il reste très similaire au masque de la collection Jolika, ex-Tristan Tzara (voir New Guinea Art. Masterpieces from the Jollika Collection of Marcia and John Friede, San Francisco, 2005, p. 82, fig. 56). et à celui de Berlin n° inv. VI 21428 (voir Peltier, Schindlbeck et al., Sepik. Arts de Papouasie-Nouvelle-Guinée, Paris, 2015, p. 229, cat. 111). Un autre masque similaire, récolté par Friedrich Fülleborn pendant la Hamburger-Südsee-Expedition 1912-14 , et publié ensuite par Otto Reche dans ses Ergebnisse der Südsee-Expedition 1908-1910, 1913, p.408/409, est conservé désormais au Museum für Völkerkunde Hamburg (n°inv. 1820 I). Un air de famille unit ces quatre masques : la forme ovale, les scarifications sommaires sur le front, les tempes et aux coins de la bouche, la patine crouteuse et rougeâtre. On y retrouve aussi la même expression d’agressivité qui se dégage d’une composition sculpturale abrupte au front fortement bombé, au nez recroquevillé et au relief prononcé marquant le contour des yeux.
Le village Kopar voisin, le village Watam et la région côtière au sud de l’embouchure du Sepik, furent souvent le point de départ ou de retour de nombreuses expéditions scientifiques avant la Grande Guerre, voir par exemple la Berliner Sepik-Expedition 1912-13. Malgré cela, ces régions resteront longtemps négligées par les anthropologues. Les seuls à s’y intéresser furent les missionnaires catholiques de la Societas Verbi Divini, établis à Alexishafen en 1910 (voir R. Poech, Reisen an der Nordküste von Kaiser-Wilhelms-Land, dans : Globus 1908, p. 140 sur Watam ; et Joseph Schebesta, Parak-Institution im Bogia-Distrikt unter den Sepa, dans Anthropos XVI/XVII, 1921/1922, sur les régions de l’intérieur). Ce ne fut qu’au cours de la Neu Guinea Expedition entre 1936-1939 et grâce à Georg Höltker que cette région côtière et son Hinterland furent plus rigoureusement explorées (G. Höltker, Vorbericht über meine ethnographischen und anthropologischen Forschungen im Bogia-Distrikt (Neuguinea), Anthropos, vol. 32, 5-6, 1937, pp. 963-967). Nous savons depuis que les Watam font partie avec les Kayan, Gamei et Awar voisins du même chainon de langues papoues de la famille des langues du Bas-Ramu (W. Foley, Grammatical Relations, Information Structure, and Constituency in Watam, Oceanic Linguistics, vol. 38, no. 1, juin 1999, pp. 115-138), et qu’ils s’inscrivent, comme les Kopar voisinant au nord, dans la même aire culturelle des lacs Murik et du bas-Sepik (voir Robert L. Welsch et al., Language and Culture on the North Coast of New Guinea, American Anthropologist, New Series, vol. 94, no. 3, sept. 1992, pp. 568-600). Avec cette région ils partagent en effet de nombreux éléments, dont les principaux sont la maison des hommes (voir J. Schebesta, Ethnographische Miszellen von einer Dienstreise in der Mission von Alexishafen in Neuguinea, Anthropos, vol.37/40, 4-6, juillet-déc. 1942/1945, pp. 881 - 886), la sculpture et l’utilisation des grands masques. Aucun récit ne nous a éclairé sur l’emploi cérémoniel des grands masques au village Watam. Toutefois, nous disposons aujourd’hui d’assez d’informations sur leurs voisins et la culture qu’ils partagent avec eux pour en déduire leur fonction. Communément connus comme brag sebug dans la région des lacs Murik, les grands masques représentaient des esprits d’ancêtres, et étaient conservés précieusement dans la maison des hommes. Ils n’étaient ensuite utilisés que lors des grandes festivités, ou pour accomplir des transactions importantes. Chez les Kayan (voir A.T. von Poser, dans Peltier et al. : 2015, p.30-37), apparentés aux Watam, ces masques sont appelés murup en vertu de leur grande taille, et considérés comme personnification d’un esprit plus ou moins spécifique. On les distinguait des masques de petite taille utilisés pour la plupart comme des talismans. Notamment, les grands masques étaient investis d’une profonde dimension rituelle et sacrée tout à fait exceptionnelle.
André Amédée Nicolas Lefèvre (Paris, 1883–Paris, 1963) fut pendant la période d’entre les deux guerres l’un des principaux collectionneurs du cubisme, d’objets d’Afrique et du Pacifique. Conseillé par André Level, propriétaire de la Galerie Percier, il fut un acheteur avide de Fernand Léger, Pablo Picasso mais collectionna également Georges Braque et Juan Gris. Sa collection fut dispersée entre 1964 et 1967 au Palais Galleire et l’Hôtel Drouot.

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