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Maurice-Quentin de LA TOUR (Saint-Quentin 1704-1788)
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Maurice-Quentin de LA TOUR (Saint-Quentin 1704-1788)

Portrait de la princesse de Rohan

Details
Maurice-Quentin de LA TOUR (Saint-Quentin 1704-1788)
Portrait de la princesse de Rohan
pastel, sur deux feuilles de papier
582 x 478 mm.
Literature
A. Besnard et G. Wildenstein, La Tour, 1928, no. 432, p. 163.
N. Jeffares, Dictionary of pastellists before 1800, Londres, 2006, p. 303.
Exhibited
Paris, Galerie Charpentier, François Boucher (1705-1770), 1932, no. 104.

Lot Essay

'La nature a fait tant de dépense au modèle, que l'Art n'aura eu d'embarras que de ne rien lui dérober dans la copie' (Anonyme, lettre M. de Poiresson-Chamarande [...] à propos d'un portrait de la princesse exposé au Salon de 1741).
Ce pastel, demeuré jusqu'à présent inédit, est une importante redécouverte dans l'oeuvre de Maurice-Quentin de la Tour. Il représente la princesse de Rohan à demi-tournée vers le spectateur, comme surprise dans sa lecture musicale.
Symboles de délicatesse, les bleuets dont la princesse est coiffée font écho au subtil drapé de sa cape bleue et permettent au " prince des pastellistes" de démontrer toute l'étendue de sa virtuosité. Les nuances de gris de la chevelure, la fourrure du col et des manches ont gardé toute leur fraîcheur. L'oeuvre peut être daté autour de 1740 (N. Jeffares, Dictionnary of Pastellists, version en ligne : http://www.pastellists.com/Essays/LaTour_Rohan.pdf) et appartient aux débuts de la carrière de l'artiste. La renommée de de La Tour est alors grandissante suite au succès en 1736 de son Portrait de Voltaire (X. Salmon, Le voleur d'âmes. Maurice Quentin de La Tour, cat. expo., Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles, 2004, p. 44). L'artiste est agrée en 1737 l'Académie, ce qui l'autorise à exposer au Salon et lui permet d'étendre considérablement sa clientèle, notamment parmi la Cour et les cercles de l'aristocratie intellectuelle et artistique. Il expose ainsi au Salon de 1738 le Portrait de Mme Rouillé de l'Etang (fig. a), qui montre le modèle dans une pose très similaire au présent pastel (C. Debrie et X. Salmon, Maurice-Quentin de la Tour, Prince des pastellistes, Paris, 2000, p. 171, ill. 87).
Marie-Sophie de Courcillon, princesse de Rohan (1713-1756), petite-fille du marquis de Dangeau, devint à 19 ans duchesse de Rohan-Rohan et princesse de Soubise en épousant en secondes noces, Hercule-Mériadec de Rohan (1669-1749). Elle fut une personnalité brillante la cour de Louis XV et occupa une place centrale dans la vie artistique et culturelle parisienne.
L'hôtel de Soubise, où elle tint Salon, fut redécoré en guise de cadeau de mariage par son second époux, sexagénaire. Le projet fut confié l'architecte Germain Boffrand qui en fit un triomphe du style rocaille, remodelant l'ordonnancement des pièces et faisant appel à des artistes tels que François Boucher, Carle van Loo, ou Pierre-Charles Trémolières. C'est particulièrement l'intervention de Charles-Joseph Natoire que l'on retient. Il y peint une grande partie des décors, en particulier, dans le salon ovale des appartements de la princesse, une Histoire de Psyché (S. Caviglia-Brunel, Charles-Joseph Natoire, Paris, 2012, p. 278, nos. P.92-99). Le thème de ce cycle peut être interprété à la fois comme une métaphore de l'ambition politique du prince de Rohan, mais peut également avoir évoqué auprès du public de l'époque la princesse elle-même, et la femme comme objet de désir.
Le décor des appartements de la jeune princesse célèbre sa beauté, déjà soulignée par plusieurs chroniqueurs de l'époque, comme par Margaret Josepha O'Brien, qui la surnomme dans une de ses lettres 'La Belle' afin de la distinguer de l'autre princesse de Rohan (Marie-Louise-Henriette-Jeanne de la Tour d'Auvergne), épouse du prince de Rohan-Guéméné (Jeffares, op. cit.).
Ce pastel n'était jusqu'à présent connu que grâce à une copie commanditée par le comte et la comtesse Carl Gustav Tessin. Des liens d'amitiés forts s'étaient noués entre la princesse et Ulrika Lovisa, épouse de l'ambassadeur de Suède à Paris entre 1739 et 1742. Les époux commandèrent à leur protégé, leur compatriote Gustav Lundberg (1695-1786) un 'Portrait de la princesse de Rohan, au Pastel, copié d'après La Tour' (P. Lespinasse, 'Catalogue général de tous les objets qui ont été expédiés Stockholm', Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, 1911, p. 320) aujourd'hui conservé dans une collection privée suédoise.
D'autres portraits de Marie-Sophie de Courcillon sont connus, notamment celui sculpté par Jean-Baptiste Lemoyne pour l'hôtel de Soubise (aujourd'hui perdu) ou encore celui peint par Jean-Marc Nattier en 1741 (Toledo, Museum of Art ; Jean-Marc Nattier : 1685-1766, cat. expo., Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Paris, 1999, p. 137, no. 30). Ce dernier la représente tenant un ouvrage (Histoire Universelle) et non pas une partition comme ici.
Maurice-Quentin de La Tour est fils de musicien et a représenté d'autres modèles avec une partition, à l'image du Portrait de Mme de Mondonville (Debrie et Salmon, op.cit., no. 104), de celui de Marie-Josèphe de Saxe (A. Besnard et G. Wildenstein, op.cit., p. 155, no. 319) ou de La Marquise de Pompadour (Debrie et Salmon, op.cit., no. 46). Dans le présent dessin, la partition n'a pu être identifiée avec précision ; pourrait-il s'agir d'une composition de la Tour lui-même? On peut imaginer un air léger, une galanterie, à l'image du Portrait de Marie Fel, représentée avec une partition intitulée 'Les Yeux de l'Amour' (Debrie et Salmon, op.cit., p. 199, ill. 113). Il est à noter que, dans le portrait de la princesse de Rohan, les paroles qui étaient sous la portée ont été effacées. Elles ne peuvent être connues par la version de Lundberg, ce dernier ayant modifié la partition.
Ce dessin fut acquis par Maurice Fenaille avant 1908, date à laquelle il fut présenté, hors catalogue et sans attribution ni identification du modèle, pour l'exposition parisienne Cent pastels du XVIIIème siècle à la galerie Georges Petit. Il fut ensuite attribué François Boucher (François Boucher (1705-1770), cat. expo., op. cit.), et ce n'est que tout récemment qu'il a été correctement identifié.
Nous remercions monsieur Neil Jeffares pour l'identification de ce pastel après examen de visu et pour son aide apportée à la rédaction de cette notice.

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