MICHEL GARNIER (SAINT-CLOUD 1753-1829 VERSAILLES)
MICHEL GARNIER (SAINT-CLOUD 1753-1829 VERSAILLES)

La jeune musicienne

Details
MICHEL GARNIER (SAINT-CLOUD 1753-1829 VERSAILLES)
La jeune musicienne
signé et daté 'Mchel Garnier/1788.' (au centre à droite)
huile sur toile, non rentoilée
46 x 38 cm.
Provenance
Vente anonyme, Hambourg, 17-18 février 1796, lot 102 (acheté 70 marks par François-Didier Bertheau).
Collection privée française depuis le XIXème siècle.
Post lot text
THE YOUNG MUSICIAN, OIL ON CANVAS, SIGNED AND DATED 1788, BY MICHEL GARNIER

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Sarah de Maistre
Sarah de Maistre

Lot Essay

Vêtue d'une capeline de linon agrémentée d'une haute plume blanche et d'une robe de soie rose serrée à la taille par un ruban rayé, une gracieuse jeune femme feuillette les pages d'une partition musicale. Son bras gauche est appuyé sur une harpe. Une "bergère", chapeau de paille remis à la mode sous Marie-Antoinette, est tout juste déballée du carton. Un guéridon de style Louis XVI et un fauteuil de velours bleu placent la scène dans un élégant intérieur. Le visage si délicat du personnage aux yeux immenses et au nez pointu se retrouve dans nombre des tableaux de Garnier. Il interdit de voir ici un possible portrait, alors que certains artistes contemporains, tels que Louis-Roland Trinquesse ou Marguerite Gérard, peignent des personnages similaires, en pied et jouant de la musique, mais aux visages individualisés. Michel Garnier avait en effet commencé sa carrière, vers 1774, comme portraitiste, mais dès le début des années 1780, il se spécialise dans la scène de genre: même une oeuvre comme Le départ de Monsieur de Saint-Marc pour la bataille de Fontenoy, datée également de 1788 (vente Christie's Paris, 26 juin 2002, lot 55, aujourd'hui en collection privée) montre des personnages types, dans lesquels on aurait peine à reconnaître les commanditaires du tableau. La jeune musicienne n'est pas non plus une scène galante ou à portée moralisatrice, que viendrait expliciter un titre évocateur ou un pendant. Garnier, dans ce tableau, comme dans ceux qu'il exécutera tout au long de sa vie, ne délivre aucun autre message que celui, évident, de la beauté et de la joie de vivre.
Le tableau fut repris avec variantes par l'artiste, la même année, mais cette fois sur panneau et dans un format plus modeste. Celui-ci était accompagné d'un "faux" pendant, daté de 1789, Le Jeu de cache-cache, lorsqu'il figura en 1931 dans une première vente à Paris (16-17 mars 1931, lots 37 et 38) puis le 30 mai 1956 à la vente de la baronne Cassel van Doorn, galerie Charpentier (lots 35 et 36). L'existence d'une toile de dimensions proches des nôtres, Une indiscrète écoutant la conversation entre deux amoureux, daté lui aussi de 1789 (vente Sotheby's Londres, 5 avril 1995, lot 189), permet de supposer que les deux paires furent exécutées parallèlement.

Attaché dans les années 1770 au duc de Chartres, futur Philippe-Egalité, Michel Garnier bénéficia sans doute de l'enseignement de Charles Lepeintre, le portraitiste officiel de Louis-Philippe, duc d'Orléans. Mais il sut, par le dynamisme de ses compositions et la perfection de sa technique largement empruntée aux fijnschilders -"peintres fins" de l'école hollandaise tels Gérard Ter Borch ou Gabriel Metsu- du siècle précédent, s'attirer une clientèle plus vaste pour ses nombreuses scènes de genre. Celle-ci était sans doute plus aristocratique que bourgeoise. Plusieurs tableaux de Garnier furent exportés pendant les années révolutionnaires, probablement par des émigrés et vendus à des prix élevés : leur succès, au moment même où triomphait David à Paris et où Boilly se voyait quant à lui reprocher la légèreté de ses sujets et accusé de "corruption de moeurs" n'empêcha pas Garnier de se renouveler, tant par une technique plus rapide, moins porcelainée, que par de nouveaux thèmes. Le coup de vent sur le Pont royal (Dallas, Museum of Arts), la Traversée du ruisseau (vente M. G. Mühlbacher, galerie Georges Petit, 15 mai 1899, lot 28, loc. inc.), peints dans les années 1790, semblent transposer sur un mode plus "bourgeois" les scènes de genre peintes sous l'Ancien Régime et constituent de délicieux témoignages de la vie parisienne. Mais le peintre ne se départit jamais de l'élégance de ses compositions ou de la délicatesse des personnages, figures mutines au visage triangulaire. Possédant toutes les qualités attendues d'une oeuvre de Michel Garnier, La jeune musicienne est dans un état de conservation remarquable, qui dévoile ses glacis virtuoses et ses couleurs vives.

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