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PAIRE D'APPLIQUES D'EPOQUE LOUIS XVI
PAIRE D'APPLIQUES D'EPOQUE LOUIS XVI

PAR PHILIPPE CAFFIERI

Details
PAIRE D'APPLIQUES D'EPOQUE LOUIS XVI PAR PHILIPPE CAFFIERI En bronze ciselé, doré et bruni, à trois lumières, le fût sommé d'un pot à anses flammé orné de draperies, reposant sur un piédouche d'où s'échappent les bras de lumières ornés de feuilles d'acanthe et laurier grainé, les bobèches à godrons et les binets à entrelacs, surmontant un pilastre à cannelures rudentées orné de guirlandes de laurier grainé retenues par un noeud de rubans, le culot terminé par une agrafe d'acanthe et une graine, une des bobèches marquée INVENTE.ET.ESCESCUTE.PAR.P.CAFFIERY.LAINE.1759, percée pour l'électricité Hauteur: 63,5 cm. (25 in.), Largeur: 38,5 cm. (15¼ in.) et 39,5 cm. (15½ in) A PAIR OF LOUIS XVI ORMOLU THREE-BRANCH WALL-LIGHTS SIGNED BY PHILIPPE CAFFIERI AND DATED 1759 (2)
Provenance
Abel François Poisson, marquis de Marigny, de Menars, Directeur général des bâtiments du Roi.

Lot Essay

En 1752, Louis XV donna au frère de sa favorite, le marquis de Marigny, un hôtel, rue Saint-Thomas, situé entre le Louvre et les Tuileries. Cet hôtel servit à Marigny de résidence de fonction tant qu'il fut Directeur Général des Bâtiments de sa Majesté.

L'architecte Soufflot était déjà en relation étroite avec le Marquis dès avant 1759 et ce fut lui qui modifia l'hôtel puis l'agrandit à partir de 1764. Soufflot intervint surtout en qualité de décorateur interprétant les désirs du Marquis et le guidant vers le renouveau classique.

Philippe Caffieri venait d'achever pour le collectionneur Lalive de Jully les bronzes du fameux bureau néoclassique conservé au château de Chantilly. De par sa fonction de sculpteur-ciseleur ordinaire du Roi, il fut naturellement chargé d'exécuter les bronzes du salon de l'hôtel.

Nous avons là les trois protagonistes : le commanditaire, le maître d'oeuvre et l'artisan de génie.

Le 9 avril 1759, Marigny paya 1500 livres à Caffieri pour la fourniture d'un feu.
Le 21 juillet suivant il fut payé au Sr Caffiery sculpteur et ciseleur la somme de 2400 livres acompte de ses fournitures pour le service de M. le Marquis de Marigny.
Le 6 septembre de la même année, le règlement définitif intervint payé au Sr Caffiery ciseleur doreur pour solde du prix des bras à trois branches dans le sallon à Paris à raison de 1500 livres la paire la somme de six cents livres suivant sa quittance rapportée.

Vingt ans plus tard, dans le salon de l'hôtel du marquis de Marigny à Paris, le tapissier Poussin remit à neuf les deux fortes paires de bras à trois branches dorée d'or moulu 40 livres.

Il semblerait que le marquis affectionna ce type de bras. Ainsi en 1779 le tapissier Poussin restaurait-il dans la chambre du marquis les deux fortes paires de bras a trois branches avec forte guirlande doré d'or moulu, les vases et le linge [lire draperie] mis en couleur 72 livres. Dans le salon doré, le tapissier restaura la forte paire de bras à trois branches à doubles guirlandes avec vase et linge en mordore.

Les bras livrés en 1759 furent envoyés au château de Ménars. La seconde vente après décès du Marquis eut lieu le 4 mai 1785 au château de Bercy. Sous les numéros 16 et 17 étaient décrits : 16. Une paire de Bras à trois branches, exécuté fur le dessin d'un habile Artifte, en forme de gaine, rinceau à feuilles furmonté d'un vafe cannelé à anfes à jour, & à guirlandes à feuilles de laurier. Ces bras font très meublans, & portent 24 pouces.
17. Une autre paire de Bras pareille à la précédente, auffi à trois branches.

Au château de Bercy, différents effets, meubles ou objets d'art avaient été regroupés provenant tous de la succession du marquis. Et l'essentiel des lots venait du château de Ménars.

Le château de Ménars échut à Marigny au décès de sa soeur, la marquise de Pompadour. Il y entreprit des travaux d'agrandissement. Soufflot fut là encore son architecte.

Au décès du marquis en 1781, les quatre paires de bras mentionnées dans la vente se retrouvent dans la salle à manger d'hiver, le salon d'été et le salon d'hiver sans qu'il nous soit possible de déterminer avec plus de précision leur emplacement.
En janvier 1785, les bras ainsi que les plus beaux meubles du château furent emballés puis expédiés par voie d'eau à Bercy pour y être vendus.

Sous les numéros 18 et 19 figuraient deux autres paires de bras, certainement de Caffieri, mais d'un modèle légèrement différent (à guirlandes de feuilles de chêne).

Le modèle de bras fut très prisé et lors de l'inventaire après décès de l'épouse du ciseleur en 1770 figurait dans le magasin une paire de bras a trois branches dans le goût antique avec une noble guirlande de lauriers noués d'un noeud de rubands attaché d'un cloud sur la plaque, entièrement finit prêt a dorer 250 livres.

Le modèle original de ces bras était alors estimé 150 livres.

Cette description, le fait qu'il soit mentionné au catalogue que les bras furent exécutés par un habile artiste, la dimension quasiment identique, ainsi que la mention dans l'inventaire de Madame Caffieri en 1770, font reconnaître dans les bras de la collection Lagerfeld, datés 1759, ceux exécutés par Caffieri pour le salon de l'hôtel du marquis de Marigny à Paris en 1759.

LE MARQUIS DE MARIGNY
Abel-François Poisson, marquis de Vandières, de Marigny, et de Ménars, naquit à Paris le 18 février 1727. Issu d'un milieu bourgeois, frère cadet de Madame de Pompadour, il reçut dès 1746, en survivance, la charge de Directeur Général des Bâtiments, Arts Académies et Manufactures Royales, charge qu'exerçait alors l'oncle de la favorite Lenormant de Tournehem.

Titré marquis de Vandières par Louis XV, le jeune homme partit parfaire son éducation en Italie, assisté de trois mentors. Ces chaperons, tous passionnés par l'Antique, étaient l'abbé Leblanc, le dessinateur C.N. Cochin et l'architecte Soufflot.

Après le décès de Lenormant de Tournehem survenu en 1751, le marquis, à peine âgé de vingt-quatre ans, remplit sa charge de Ministre de la Culture pendant plus de trente ans. Intime du souverain, le marquis de Marigny eut sur les arts une influence prépondérante. Ayant conservé sa charge et l'estime du roi après la mort de sa soeur, il se retira en 1773 et s'éteignit perclus de goutte en 1781 dans son hôtel de la place des Victoires.

MARIGNY ET LE GOÛT GREC

Au XVIIIème siècle l'art de cour est rarement novateur et fait souvent preuve de formalisme.

Les artisans parisiens travaillant pour la cour traduisent avec retard les changements survenus dans l'élite de la bougeoisie intellectuelle de la capitale. Le jeune Marigny se devait de par sa charge de se conformer au goût du roi.

Bourgeois par nature, il fréquenta le salon d'une grande bourgeoise Madame Geoffrin fit toutes les avances pour l'introduire dans sa société. C'est là qu'il acquit un jugement sûr. Le salon tenu par Madame Geoffrin fut le creuset du retour à l'antique et dès 1757 cette intellectuelle commandait la première pendule néoclassique.

Dès 1768, Guillaumot écrivait il a, le premier, [Marigny] eu le courage d'introduire dans sa maison des meubles de bon goût et de les décorer d'ornements sages. Depuis ce temps la feuille d'acanthe a été subsituée dans un grand nombre de maisons à celle de chicorée tant à la mode ci-devant.

Cochin, son chaperon de 1749 avec lequel il entretint des relations amicales sa vie durant, disait de son ami Marigny : il ne porte jamais de décision sans avoir consulté plusieurs artistes à qui il avait accordé sa confiance et particulièrement ses compagnons de voyage qu'il appelle ses yeux.

Soufflot, architecte lyonnais (1713-1780), fut désigné dès 1775 comme architecte du futur Panthéon. Il achevait en 1759, l'année de la livraison des bras, le dégagement de la colonnade du Louvre, après avoir été nommé par son ami Marigny en 1756 directeur des manufactures royales des Gobelins et de la Savonnerie. La correspondance journalière échangée entre Marigny et Soufflot nous renseigne abondamment sur les talents de décorateur de l'architecte. Quant à la décoration, je m'en rapporte entièrement à vous lui écrivait-il en 1768. Dès 1760 l'architecte intervenait dans l'élaboration des premiers cadres de tableaux néoclassiques.

PHILIPPE CAFFIERI
Philippe Caffieri naquit à Paris en 1714. Fils de Jacques Caffieri, fondeur-ciseleur des bâtiments du Roi, le jeune artisan fut reu maître fondeur-ciseleur le 20 février 1743, puis sculpteur de l'académie de Saint-Luc et sculpteur-ciseleur ordinaire du roi en décembre 1755.

Connu sous le nom de Caffieri l'aîné, il épousa en 1751 la fille du premier valet de chambre du prince de Condé et vécut rue des Cannettes près de son frère le sculpteur Jean-Jacques Caffieri.

Caffieri utilisa les talents des fondeurs L.B. Hervieu, G.A. Moreau et P.F. Boitard ainsi que du doreur Pierre-Franois Carpentier à qui il devait 14580 livres en 1774.

Le stock du ciseleur fut inventorié en 1755. Il est encore entièrement de goût rocaille. Les premiers bronzes néoclassiques furent exécutés pour le collectionneur Lalive de Jully aux environs de 1756-1757 sur des dessins de Le Lorrain.

Etape décisive du renouveau classique, ces bras constituent avec le bureau Lalive de Jully une des jalons essentiels du renouveau classique en France.

Philippe Caffieri exécuta la même année une paire de vases (Musée du Louvre, OA 11381-11382). Il les signa INVENTE ET ESCESCUTE PAR P CAFFIERY LAINE EN 1759.

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