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PAIRE DE VASES IMPERIAUX FORMANT GIRANDOLES D'EPOQUE LOUIS XVI
PAIRE DE VASES IMPERIAUX FORMANT GIRANDOLES D'EPOQUE LOUIS XVI

1782, LA PORCELAINE, PAR LES DOREURS NICOLAS SCHRADE ET JEAN-JACQUES DIEU, LA MONTURE PAR DUPLESSIS FILS

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PAIRE DE VASES IMPERIAUX FORMANT GIRANDOLES D'EPOQUE LOUIS XVI
1782, LA PORCELAINE, PAR LES DOREURS NICOLAS SCHRADE ET JEAN-JACQUES DIEU, LA MONTURE PAR DUPLESSIS FILS
En porcelaine de pâte dure, Sèvres, XVIIIe siècle, la monture en bronze ciselé et doré, à décor lapis-lazuli, de forme balustre appliqué d'un bandeau émaillé blanc d'une frise de rinceaux d'où émerge un couple de putti, flanqué de part et d'autre d'un bras de lumière cannelé noué, la base à section carrée ornée aux écoinçons de feuilles d'acanthe, le premier vase inscrit à l'encre noire sur la base ... 6894 M ... (?) et portant au revers le numéro à la peinture blanc 679., les lettres-date or DD, une étiquette imprimée du palais de Pavlosk inscrite au tampon 1908 et à l'encre brune 679 / 678. / 40.96. 40..., le second vase avec la même inscription à l'encre noire illisible sur la base, au revers le numéro à la peinture blanche 679 et les lettres-date or DD
H.: 47 cm. (18 in.) ; L.: 31,5 cm. (12 ½ in.)
Provenance
Acquise à la manufacture de Sèvres par le comte (tsarévitch et futur empereur de Russie Paul Ier) et la comtesse du Nord en juillet 1782 ;
Collections impériales russes, palais de Pavlosk ;
Vendue par les autorités russes en 1934 ;
Collection Jules Levé ;
Galerie Le Passé Ltd, New York, 1942 ;
Galerie Dragesco-Cramoisan, Paris, 1993.

Post lot text
A PAIR OF IMPERIAL LOUIS XVI ORMOLU-MOUNTED PORCELAIN TWIN-LIGHT VASES, THE PORCELAIN, THE GILDERS NICOLAS SCHRADE AND JEAN-JACQUES DIEU, THE MOUNTS BY DUPLESSIS SON, 1782

Lot Essay

Cette sublime paire de vases créée à la Manufacture royale de Sèvres par Duplessis en 1781 rejoignit quelques mois plus tard les collections du tsarévitch et futur empereur de Russie Paul Ier. Réalisation d’une grande finesse dans le plus pur goût néoclassique, cette paire de vases à l’histoire hors du commun occupe une place à part dans l’histoire des arts décoratifs. Après être resté des générations durant dans l’un des plus beaux palais de Saint-Pétersbourg, les porcelaines sont vendues en 1934 par le gouvernement soviétique pour financer leurs plans quinquennaux. Convoités par de grands collectionneurs, ils traversent deux fois l’Atlantique et retrouvent Paris, plus de deux cent ans après en être partis, pour nous parvenir aujourd’hui.

UN ACHAT DE PAUL I ET MARIA FEODOROVNA A SEVRES EN 1782

Paul Ier (1754-1801) est le fils de l’impératrice Catherine II et fut à sa suite tsar de toutes les Russies, du 17 novembre 1796 au 23 mars 1801, date de son assassinat. Après avoir épousé la tsarine Maria Feodorovna en 1776 il entreprend avec elle, de septembre 1781 à novembre 1782, un long voyage à travers l’Europe. Encouragés par Catherine-la-Grande, ils voyagent sous le pseudonyme de comte et comtesse du Nord, échappant ainsi au protocole et à la lourde étiquette des cours qu’ils visitent. Après avoir parcouru l'Autriche puis l'Italie, les futurs souverains gagnent la France. La partie française de ce Grand Tour est particulièrement bien documentée grâce aux mémoires de la baronne d'Oberkirch (1754-1803). Cette dernière, amie d'enfance de Maria Feodorovna, l'accompagne tout au long de ce séjour qu’elle décrit en détail. Après un passage à Lyon où ils achètent des soieries pour Pavlovsk, ils arrivent à Paris le 18 mai 1782 pour un séjour d’un mois.
Lors de ce séjour, les futurs souverains voient les portes des plus beaux intérieurs s'ouvrir devant eux. Ils ont ainsi l'occasion de découvrir les collections du duc de Penthièvre à Sceaux, du Prince de Condé à Chantilly, du marquis de Marigny à Ménars, du fermier général Laurent Grimod de La Reynière… La baronne d'Oberkirch narre une de ces journées : "Madame la comtesse du Nord [Maria Feodorovna] me conduisit avec elle visiter plusieurs maisons fameuses par la beauté et la richesse de leurs ameublements. Nous passâmes plusieurs heures à examiner ces belles choses ; j'en avais mal à la tête, et je n'ai pu me les rappeler toutes" (Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789, Paris, 1989, p. 286). Nul doute que leur goût pour les objets d'art français ait été encouragé et accentué par ces nombreuses visites. Soulignons d'ailleurs que les futurs souverains maniaient le français avec aisance.
Le tsarévitch et son épouse reçoivent des objets d'art somptueux et font également des achats considérables. Découvrant les manufactures, ils visitent d'abord celle des Gobelins. Peu de temps après, ils se rendent à la Manufacture royale de Sèvres. Les archives de la manufacture conservent la liste des très nombreuses pièces achetées et accusent la réception d’un paiement de 29.308 livres le 11 juillet 1782 pour un fabuleux ensemble comprenant entre autres nos « 2 vases Girandoles en Bronze, Lapis » (Vy. 8 f. 181). En tête de cette liste figure « 1 Garniture de cinq vases œufs Lapis montés en Bronze » dont trois figurent encore aujourd’hui aux inventaires du Musée du Palais de Pavlovsk (inv. YX. 5197/98/99-I ; ill. M. Brunet et T. Préaud, Sèvres des origines à nos jours, Paris, 1978, n°247). L’en-tête de cette liste nous apprend que le prince Ivan Sergeievitch Bariantinsky a choisi pour le couple impérial les plus belles pièces. Ambassadeur de Russie à Paris entre 1773 et 1785, il acquiert une sérieuse connaissance artistique, et fera portraituré ses enfants par Elisabeth-Louise Vigée-Lebrun.
A cette liste des achats vient s’en ajouter une seconde : celle qui énumère le « Présent fait par le Roi au Comte et à la Comtesse du Nord, le 13 juin 1782 » (Vy. 8 f. 215) et qui comprend notamment deux vases à bandeau montés par Thomas Duplessis. L’un de ces deux vases se trouve encore au Musée du Palais de Pavlovsk (inv. YX 5539/40-41). La baronne Oberkirch fait état dans ses mémoires de ces cadeaux royaux et mentionne notamment « une toilette d’une grande beauté […] tout en porcelaine bleue lapis » offerte par Marie-Antoinette à Maria Feodorovna.
Paul Ier et son épouse visitent non seulement les ateliers des plus grands artistes, parmi lesquels nous pouvons citer Jean-Baptiste Greuze, Hubert Robert, Jean-Antoine Houdon ou encore Claude Joseph Vernet, mais, plus pittoresque encore, les geôles de la capitale : « Le même jour où elle vit les porcelaines, elle [Maria Feodorovna] visita les prisons. Elle et son auguste époux descendirent dans les cellules ; ils voulaient voir comment les prisonniers étaient traités, et leur distribuer eux-mêmes les aumônes qu’ils leur destinaient »
En outre, Maria Feodorovna et sa dame de compagnie madame de Beckendorf visitent tout ce que la capitale compte de boutiques. La baronne d'Oberkirch décrit ainsi une journée : "Le 28 mai, madame de Beckendorf vient me prendre de bonne heure, et nous courûmes toute la matinée les marchands. Nous restâmes plusieurs heures au Petit Dunkerke. En sortant de la comédie, nous retournâmes chez les ébénistes et les quincaillers. Nous y vîmes les plus belles choses du monde." (op. cit., p. 233-234). Ils rendent visite à Héricourt -qui est ébéniste et marchand- et achètent des meubles estampillés Martin Carlin, Adam Weisweiler ou encore Georges Jacob.
Les achats des futurs souverains sont tous exposés sur les deux étages de l'ambassade de Russie qu’occupent le couple princier. Les objets y sont même visibles avec mention de leur prix, afin que l'on puisse mesurer la magnificence de ces acquisitions. On sait qu'une partie au moins des achats d'objets d'art du tsarévitch et de sa femme sont expédiés à Rouen afin d'être embarqués sur le navire La Bonne Union en direction de Saint-Pétersbourg (A. N. Guzanov, The Grand Tour of the Comte and Comtesse du Nord, in Pavlovsk. The Palace and the Park, Paris, 1993, p. 33.) Notre paire de vases rejoint donc Pavlovsk, le palais que Catherine II avait offert à son fils Paul Ier à l’occasion de la naissance de son premier enfant.

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