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RARE ET IMPORTANTE PAIRE D'URNES COUVERTES EN PORPHYRE D'EPOQUE LOUIS XIV
RARE ET IMPORTANTE PAIRE D'URNES COUVERTES EN PORPHYRE D'EPOQUE LOUIS XIV

TRAVAIL ROMAIN

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RARE ET IMPORTANTE PAIRE D'URNES COUVERTES EN PORPHYRE D'EPOQUE LOUIS XIV
TRAVAIL ROMAIN
Le couvercle et la double panse sculptés de canaux torses, le col cintré flanqué d'anses doubles en "pattes d'écrevisses", reposant par un piédouche sur des bases circulaires, l'une des deux bases remplacée vers la fin du XIXème ou le début du XXème siècle.
Portant respectivement les numéros d'inventaire 70 et 74 peints à l'intérieur, dans le fût et sur le couvercle
Hauteur: 56 cm. (22 1/8 in.), Largeur: 55 cm. (21¾ in.) (2)
Provenance
Collection Randon de Boisset, sa vente à Paris, le 27 février 1777, n° 439.
Collection du marchand Lerouge, sa vente à Paris en 1799.
Baron James de Rothschild (1792-1868), château de Ferrières.
Baron Alphonse de Rothschild (1827-1905), château de Ferrières.
Baron Edouard de Rothschild (1868-1948), château de Ferrières. Baron Guy de Rothschild, château de Ferrières.
Sa vente, Sotheby Parke Bernet, Monaco, 25-26 mai 1975, lot 222.
Acquis dans cette vente par le propriétaire actuel.
Literature
Cabinet de M. Randon de Boisset, vente le 27 février 1777.
Philippe Malgouyres, Porphyre, RMN, 2003.
Pauline Prevost-Marcilhacy, Les Rothschild, Bâtisseurs et Mécènes, Paris 1995.
Post Lot Text
A RARE AND IMPORTANT PAIR OF LOUIS XIV ROMAN PORPHYRY URNS AND COVERS

Lot Essay

Le Grand Goût

Ces urnes en porphyre d'Egypte impressionnent par leur taille rendue plus monumentale encore par l'opposition entre les parties épargnées par le décor - lisses et éclatantes - et celles sculptées de puissants canaux torses.
Elles ont été très vraisemblablement exécutées à Rome, dans la seconde moitié du XVIIème siècle et taillées dans des blocs de porphyre antique provenant - vu leur taille - d'une colonne.
Ces porphyres étaient issus de carrières exploitées du Ier siècle au début du Vème siècle après J.C. dans le massif du Gebel Dokhan dans le désert oriental égyptien. Ils ont été réutilisés au XVIIème siècle dans les ateliers romains pour créer des objets destinés à satisfaire le goût des grands amateurs européens pour cette "pierre pourpre".
Peu de matériaux ont en effet connu une fortune aussi étrange, son invincible dureté et sa couleur le liant à l'idée impériale. Il devint donc l'un des moyens de manifester tout à la fois la suprématie politique, la maîtrise technique, le grand goût et le prestige aristocratique.
Il n'est pas de collection princière au XVIIème siècle qui ne compte un certain nombre de vases et de bustes en porphyre.
Les collections royales françaises étaient de loin les plus riches. Les commandes massives de Louis XIV vinrent enrichir un ensemble significatif provenant de Richelieu et de Mazarin.
Ce goût trouve son déploiement maximal dans le décor de Versailles: le porphyre y est concentré dans l'enfilade triomphale de la Galerie des Glaces et des deux salons qui la flanquent, le Salon de la Guerre et le Salon de la Paix. Dans la galerie des Glaces, c'est une débauche de 36 vases en porphyre, la plupart en paires: cet espace superlativement royal était alors dominé par les objets en porphyre.
Ils étaient habituellement disposés en hauteur, posés sur des gaines ou des colonnes, ou à l'amortissement de buffet. Leur aspect spectaculaire était ainsi augmenté, l'oeil appréhendant, impressionné, toute la beauté et la rareté de ces objets à la moucheture si particulière.

Conservé dans les collections du Musée du Louvre, un vase ou urne, également appelé cassolette (Inv. OA 9218), très proche de notre paire, est décrit et reproduit page 127, n° 37 dans l'ouvrage de Philippe Malgouyres, Porphyre, Réunion des Musées Nationaux, février 2003.
Sa forme avec double panse, son décor de canaux tors et les anses en pattes d'écrevisses sont similaires à nos deux urnes. Provenant possiblement des Collections du Cardinal Mazarin, dont l'inventaire après décès décrit un vase correspondant, il est rapproché dans cet ouvrage de nos urnes: un (sic) vase presque semblable se trouvait dans la collection Alphonse de Rothschild, vente Monaco, les 25-26 mai 1975, n° 222.
Ces trois vases évoquent ceux dessinés par l'abbé Benedetti (vers 1610-1690). Agent romain du Cardinal Mazarin puis de Louis XIV, il avait pris l'habitude de dessiner des meubles, tissus et statues antiques proposés à l'achat pour permettre à ses employeurs de se décider. La Bibliothèque Nationale de France conserve un dessin de ce type (Fond Robert de Cotte de la B.N.F.) (cf. ill...).
Ces vases majestueux se devaient de figurer dans une des collections les plus prestigieuses du XVIIIème et du XIXème siècle.
Ainsi, on les reconnaît dans la vente du grand collectionneur Randon de Boisset, le 27 février 1777 (avec Julliot pour expert), n° 439:
"[porphyre] 439. Deux vases à anses, en forme de pattes d'écrevisses, prises dans la masse, leur corps, surmonté d'une gorge, s'élargit du haut & se termine du bas en cul-de-lampe, travaillés à côtes & cannelures torses comme leur couvercle. Ils sont placés sur socle carré à panneaux à entrelacs de rosaces & moulures à feuilles de laurier en bronze doré ; hauteur 20 pouces [54cm.], sur 21 de diamètre [56,7 cm.], y compris les anses ; socle 4 pouces de haut, sur 10 de long. ces deux vases de première qualité sont très importants ; feu M. Randon de Boisset les a acquis à Rome".

Pierre-Louis Randon de Boisset (1708-1776)

Archétype du collectionneur du siècle des Lumières, Pierre-Louis Randon de Boisset était le plus célèbre d'entre eux. Issu d'une famille de banquiers, il fut avocat au Parlement de Paris avant de rentrer aux Affaires du roi. Il devint Fermier Général en 1757 et l'un des personnages les plus riches du royaume.

Il rassembla une magnifique collection de tableaux, meubles de Boulle et vases de marbre antique dans son hôtel de la rue neuve des Capucines. Les vases de porphyre, marbre vert antique, granit et jaspe ornaient la galerie du second étage, où ils étaient associés à une collection de peintures de l'école hollandaise. Cette salle, éclairée par des fenêtres situées en haut des parois, était entièrement tendue de satinade verte sur lesquels étaient accrochés de façon serrée les quarante cinq lots de tableaux hollandais. On trouvait là des oeuvres de Wouverman, Téniers, Potter, Karel Dujardin, Metsu, Ruysdael, Gerard Dou, Berghem, Van Ostade, Van der Heyden, Rubens, Rembrandt, Vandyck. Le long des murs alternaient colonnes, consoles et gaines. Quatre gaines à tablier de Boulle supportaient quatre grands vases de bronze. On trouvait encorre deux table dans le goût de Boulle, plaquées d'ébène, à plateaux de jaspe fleuri et pieds en gaines. Les nombreuses autres tables (dix-huit, en plus de quatre guéridons ronds) étaient en bois doré d'un style néoclassique appuyé. Leur piétement était sculpté de têtes de bélier, fruits et feuillages, têtes de satyre, ou encore "feuilles de persil" et griffes. Certaines avaient des pieds en gaine cannelés, d'autres à consoles cannelées et d'autres enfin, des piétements alternant pieds en gaine et en console. Leur plateau de marbre antique aux tons contrastés rivalisait en rareté et en préciosité avec les vases qui recouvraient ces tables: porphyre rouge ou vert, serpentine, marbre vert antique, granit rose, vert ou noir, marbre africain. La collection de vases révélait une prédilection pour les marbres antiques aux tons opposés: huit vases de porphyre rouge et trois de porphyre vert, six de marbre vert antique, deux de lumachelle, deux en marbre jaune antique et les deux derniers en prime verte. Plusieurs de ces vases avaient été faits à Rome et Randon avait pu les acquérir au cours de son voyage en Italie, en 1753. Dans l'avertissement du catalogue de vente qui précède le chapitre des marbres, Julliot indique:
"Feu M. Randon de Boisset était doué d'un goût particulier pour le vrai beau, qui le porta à parcourir, il y a plusieurs années, toute l'Italie & y acheta les marbres les plus précieux & les plus rares qui coopèrent au bel ensemble de son cabinet".

Ces vases étaient pour la plupart garnis de montures de bronze doré de goût néoclassique et c'était le cas des vases présentés ici. Toutefois, la monture dut déplaire à l'un des propriétaires ultérieurs, qui la fit disparaître. En effet, lorsque ces deux vases (qui avaient été payés la somme importante de 5 821 livres par le marchand Donjeu en 1777) réapparurent vingt ans plus tard dans la vente du marchand Lerouge en nivôse, an 7 (1799), ils avaient été débarrassés de leurs bases carrées de bronze doré:
"Deux très forts vases de porphyre rouge à anses, en forme de pattes d'écrevisses, prises dans la masse, leur corps surmonté d'une gorge, s'élargit du haut & se termine du bas en cul-de-lampe, travaillés à côtés et cannelures torses comme leurs couvercles. Ces deux morceaux d'un très grand volume et de la première qualité de porphyre rouge, seront toujours regardés comme des objets de la plus haute curiosité. Voyez le catalogue du cabinet de Boisset, n° 439, où ils furent payés 5 800F. Hauteur 54 cm ; diamètre 56 cm, y compris les anses."

Le baron James de Rothschild au château de Ferrières

Nos urnes réapparaissent au XIXème siècle dans les collections du baron James de Rotschild. Elles sont immortalisées dans l'aquarelle représentant le "salon des cuirs" du château de Ferrières par Eugène Lamy qui en fut également le décorateur (Pauline Prevost-Marcilhacy, Les Rothschild, Bâtisseurs et Mécènes, Paris, 1995, p. 131).
Le baron Jacob, dit James de Rothschild, fonda la branche française de cette famille. Arrivé à Paris en 1811, il entreprit de faire construire en 1853 le château de Ferrières, quintessence de l'architecture Napoléon III, par l'architecte Joseph Paxton dont ce sera l'unique réalisation en France. Les urnes passèrent ensuite par descendance dans les collections des barons Alphonse, Edouard puis Guy de Rothschild, avant d'être vendues aux enchères en 1975 et d'enrichir une autre grande collection parisienne dans laquelle elles ont été, jusqu'à ce jour, conservées.
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