STATUE ULI, AIRE MANDAK
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STATUE ULI, AIRE MANDAK

NOUVELLE-IRLANDE

Details
STATUE ULI, AIRE MANDAK
NOUVELLE-IRLANDE
Haut. 145 cm (57 in.)
Provenance
Collection Albert Hahl (1868-1945), Gern, acquis avant 1908
Museum für Völkerkunde München, Munich, acquis en 1910, inv n° 10.514
Ludwig Bretschneider (1909-1987), Munich, acquis par échange en 1951
Julius H. Carlebach (1909-1964), New York
Sotheby & Co., Londres, 14 juillet 1970, lot 86
Collection Benjamin (Ben) Heller (1925-2019), New York
Jacques Kerchache (1942-2001), Paris
Lance et Roberta Entwistle, Londres
Collection Michel Périnet (1930-2020), Paris, acquis en 1993
Literature
Wichmann, S., Weltkulturen und moderne Kunst, Munich, 1972, p. 551, n° 2085
Exhibited
Munich, Haus der Kunst, Weltkulturen und moderne Kunst, 16 juin - 30 septembre 1972
Post lot text
ULI FIGURE, MANDAK AREA, NEW IRELAND

Brought to you by

Alexis Maggiar
Alexis Maggiar International Head, Arts of Africa, Oceania & the Americas

Lot Essay

« POUR SÛR, TU ES UN GRAND DIEU »
par Jean-Philippe Beaulieu

Cette rare statue uli commandait de longs et complexes rituels funéraires Malagan au centre de l’îe de Nouvelle-Irlande au XIXe siècle. Sculpture monoxyle de grande taille, elle incarne par son allure et ses attributs, la puissance absolue, la force mais aussi la fécondité. Le uli a une large tête barbue, surmontée d'une crête, un visage convexe et blanc avec une large bouche aux dents serrées. Il affiche un large sourire carnassier et une attitude de défiance, sûr de sa puissance. Les orbites sont composées de coquillages Cypraea tigris pour donner le blanc des yeux, l’iris étant réalisé à l’aide d’opercule de Turbo Petholatus. Les oreilles et le nez épais sont percés. Sous la couche de chaux, on devine que le contour du visage était rehaussé de peintures de guerre noires, courant des yeux, le long des tempes puis de la mâchoire. C’est une caractéristique commune à la quasi-totalité des ulis. Il a été acquis avec un visage blanc, mais durant sa vie rituelle, cet uli avait ses peintures de guerre noires dont on devine les traces. La mâchoire est projetée en avant, une caractéristique que l’on trouve sur les ulis anciens du corpus et sur les crânes surmodelés qui étaient préparés lors des cérémonies. Le uli a les épaules larges, il est trapu, campé sur de courtes jambes. Ses deux mains sont levées, il darde sa poitrine et un sexe épais. Le torse d’une autre figure plus petite est accroché sous la cage thoracique.

Une des particularités des ulis est qu’ils étaient soigneusement préservés dans les poutres de la maison des hommes entre deux cérémonies. C’est ainsi qu’ils pouvaient acquérir une patine noire due à l’exposition à la fumée. Ils étaient alors repeints pour une nouvelle cérémonie. Il est évident, en examinant le dos de cet uli, qu’il a été exposé lui aussi à cette fumée entre différentes cérémonies. Les grands ulis étaient souvent présentés dans des huttes individuelles dans l’enclos funéraire, non loin des tombes. Ils restaient alors parfois plusieurs mois, avant de rejoindre la maison des hommes en attente des cérémonies à venir.

Augustin Krämer consacra plusieurs mois d’enquêtes de terrain à l’étude des ulis. Avec ses informateurs Mandak, il en identifia et répertoria douze types. Le grand uli de Michel Périnet est du type lembankakat lavatlas. Le 9 mars 1909, Augustin Krämer et son épouse arrivèrent dans le village de Lambu, sur la côte ouest de la Nouvelle-Irlande. Augustin Krämer acquit alors un uli de ce type et le mythe fondateur qui lui est associé : "Le parapluie de corail s'ouvre sous la poitrine. En dessous, la partie supérieure d’un corps humain est visible, son abdomen ayant été dévoré par un requin. Longa du [village de] Lambu a été appelé sur la plage par un esprit, et il a eu cette vision. Longa a alors sculpté ce Malagan."

Au sein du corpus de deux-cent-vingt-six ulis connus et identifiés visuellement, nous avons dix-huit de type lembankakat lavatlas avec des informations d’acquisition pour neuf d’entre eux, dont cet uli. Ils sont presque tous originaires du Nord du pays Mandak. Cet uli est l’un des deux acquis a Panakondo, une péninsule s’étendant aux pieds des collines où sont cachés les villages d’origine de la tradition uli, Konombin et Tegerot. Deux ulis ont été acquis a Konombin et deux autres avec la provenance Panakondo/Katendan. Un uli a été trouvé dans chaque village de Konos, Lambu et Mesi. A l’exception de celui Mesi qui provient du sud du pays Mandak, ils proviennent d’un rayon de moins de dix kilomètres. Boluminski en a acquis quatre, Komine Isokichi et Kornmajer, deux, tandis qu’Augustin Krämer, Edgar Walden et Hahl, un chacun.

C’est un uli de belle taille, massif, dégageant une grande puissance. Il est l’archétype des ulis de type lembankakat lavatlas et a certainement été sculpté au XIXe siecle. Stylistiquement, nous pouvons identifier des points communs avec différents ulis du corpus. Tout d’abord, la forme de la tête, la crête, les oreilles percées, le design de la paume des mains, la forme des pieds sont très proches des ulis de Hambourg (inv. n° 502i, acquis à Panakondo), et de celui qui était dans la collection Walter Bondy (acquis à Konos). Il partage aussi forme de tête, oreilles, pieds avec le uli André Breton, un de ceux de Joyce Mansour, le grand uli de la collection Ziff et le uli Vanderstraete. Ils viennent probablement d’un même groupe de sculpteurs officiant dans la région de Konos/Panakondo et ses collines au milieu du XIXe siecle.

“FOR SURE, YOU ARE A GREAT GOD”
by Jean-Philippe Beaulieu

This rare uli statue commanded long, complex Malagan funeral rituals in central New Ireland during the 19th century. Through its appearance and characteristics, this large-scale monoxyl embodies absolute power, strength and fertility. The uli has a large bearded head topped by a mohawk. Its face is white and convex, and its wide mouth reveals tight rows of teeth. It shows a broad, predatory grin and a defiant attitude, assured of its force. The whites of the eyes are made of Cypraea tigris shells, while the iris is crafted using the operculum of Turbo Petholatus. The ears and thick nose are pierced. Under the layer of lime, it appears that the outline of the face was enhanced with black paint – a symbol of war –, running from the eyes along the temples to the jaw. This is a characteristic shared by almost all ulis. When it was purchased, its face was already white, but during its ritual life, this uli was painted with black paint, of which the traces are still slightly visible. The jaw is projected forward, a commun characteristic to the ancient ulis of the corpus and the over modelled skulls which were prepared for ceremonies. The uli has broad shoulders, and its thick-set body squats on short legs. Both hands are raised, and it thrusts forward its chest and a thick phallus. The torso of another, smaller figure is attached under the chest.

One distinctive feature of the uli figures is that each one was carefully protected within the beams of the men’s house when not being used in ceremonies. They thus took on a black patina through exposition to smoke, and they were repainted for new ceremonies. In examining this uli, it becomes clear that it, too, was exposed to smoke between various ceremonies. The great ulis were often present in individual huts near tombs within the funerary enclosure. They would remain there several months before being brought back to the men’s house to await future ceremonies.

Augustin Krämer spent several months investigating ulis in the field. With his Mandak informants, he identified and listed twelve types. Michel Périnet’s large uli belongs to the type called lembankakat lavatlas. On 9 March 1909, Augustin Krämer and his spouse arrived in the village of Lambu on the west coast of New Ireland. That was when Augustin Krämer purchased an uli of this type, learning the founding myth associated with it: "The coral umbrella opens under its chest. Below that, the upper portion of a human body is visible, but the abdomen has been devoured by a shark. Longa from the [village of ] Lambu was called to the beach by a spirit, and he had this vision. So Longa sculpted this Malagan."

Within the corpus of 226 known ulis which have been visually identified, there are 18 of the lembankakat lavatlas type, including nine of which the purchase information is known, and this uli is one of those. Almost all of them originated in the north of Mandak country. This uli is one of two that were purchased in Panakondo, a peninsula stretching to the foot of the hills where Konombin and Tegerot - the villages that gave rise to the uli tradition - are nestled. Two ulis were purchased in Konombin, and two others come from Panakondo/Katendan. An uli was found in each of the villages of Konos, Lambu and Mesi. With the exception of the Mesi example, which comes from the south of Mandak country, they all come from within a six-mile radius. Boluminski purchased four; Komine Isokichi and Kornmajer bought two; and Augustin Krämer, Edgar Walden and Hahl each acquired one.

This is a large, massive uli with a very powerful aura. It is archetypal of the ulis in the lembankakat lavatlas category, and it was certainly sculpted in the 19th century. Stylistically, we can identify points in common with different ulis from the corpus. First of all, the shape of the head, the mohawk, the pierced ears, the design of the palms of the hands, and the shape of the feet are all very similar to those of the ulis of Hamburg (inv. no. 502i, purchased in Panakondo) and of the one from the former Walter Bondy collection (purchased in Konos). Its head, ears and feet share the same shapes as those of the André Breton uli, of one belonging to Joyce Mansour, of the large uli of the Ziff collection, and of the Vanderstraete uli. They were probably crafted by a single group of sculptors in the Konos/Panakondo region and the surrounding hillsides in the mid-19th century.
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