拍品专文
L’ambiance délicate de cette œuvre incarne les plaisirs d'une promenade ombragée au cœur des jardins du XVIIIe siècle. Sur des chemins aménagés de part et d'autre d'un canal, des personnages flânent, goûtant avec légèreté une nature domestiquée et accueillante, que la composition étire dans une perspective profonde. L'allée, d'un vert tendre et bleuté, suggère la douceur de l'air, que viennent ponctuer les percées de lumière à gauche et au sommet des arbres. Dans cette église de la Nature souffle une mélancolie douce et sans risque, à l'image d'une promenade en barque ou d'une conversation printanière au bord de l'eau.
Le savant mélange opéré par le peintre, célèbre pour son art de composer jardins et architectures, réunit ici deux idées distinctes : nature et culture. Conquises par les lectures annonçant le romantisme telles que La Nouvelle Héloïse (1761) de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) ou Paul et Virginie (1788) de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814), les élites européennes du XVIIIe siècle s'éprennent de jardins paysagers, mimant un abandon artificiel, une luxuriance faussement désordonnée. D'inspiration anglaise, ces paysages tranchent avec la symétrie et la perfection technique française du siècle précédent, laissant s'épanouir un goût de la surprise, de la contemplation et de la ruine. La promenade ainsi théâtralisée devient un divertissement, un temps de réflexion, mais aussi d'exploration du monde tangible et avec lui, du ‘sentiment de la nature’.
René-Louis de Girardin (1735-1808) évoquait le ‘pouvoir des paysages sur nos sens, et par contrecoup, sur notre âme’ (R.-L. de Girardin, De la composition des paysages […], 1777, p. 121). Quiconque aura arpenté son parc d'Ermenonville, conçu par Hubert Robert (1733-1808) et investi par Rousseau, retrouvera dans La Nef de verdure ce même sentiment de communion dans le paysage. La nature toujours renaissante supplante les édifices et les ouvrages de l’Homme, lui rappelant sa finitude. Ainsi que s'exclame Diderot (1713-1784) lors de sa visite du Salon de 1767 : ‘Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes. Tout s'anéantit, tout périt, tout passe. Il n'y a que le monde qui reste. Il n'y a que le temps qui dure. Qu'il est vieux ce monde ! Je marche entre deux éternités’ (F. Génin, D. Diderot, Œuvres choisies de Diderot, précédées de sa vie, Paris, 1847, II, p. 170).
Si Robert fut surnommé ‘Robert des Ruines’ pour son goût des paysages antiques, il puise d’abord dans l’architecture une matière poétique. Les projets élaborés par l’artiste pour la Grande Galerie du Louvre (musée du Louvre, Paris, inv. RF 1975 10 – voir fig. 1) permettent de saisir la qualité de sa projection dans l’espace et la force avec laquelle il en prend possession. Les formes verticales s’allongent, se démultiplient, courent vers un point de fuite toujours repoussé. Dans La Nef de verdure, cette sensibilité architecturale se transpose dans le végétal : les troncs élancés des arbres, serrés en rangées régulières comme les piliers d'une nef d'église, forment une longue cathédrale de verdure dont la voûte de feuillages laisse filtrer la lumière à la manière d’un oculus.
Galerie minérale et galerie végétale, le Projet pour la Transformation de la Grande Galerie et la Nef de verdure apparaissent complémentaires, réunis par l’expression d’une élévation, d’un plaisir admiratif. Le lieu où l’on enrichit son âme est en miroir de celui où l’on nourrit son esprit. L’architecture réelle ou feinte permet à cette édification de prendre forme ; et avec elle, l’idée d’un apprentissage culturel et naturel du monde alentour, de sa beauté et de sa variété.
La Nef de verdure se fait ici l'image d'un monde pensif, romantique, charmé ; des qualités qui n'ont pu échapper à des collectionneurs de renom, amoureux du XVIIIe siècle, tels que Camille Groult (1837-1908). Industriel français, amateur avisé, il est à l’origine d’un don considérable de tableaux britanniques au musée du Louvre. Son affection pour Watteau (1684-1721), Raeburn (1756-1823) ou Turner (1775-1851) éclaire la présence de la Nef de verdure parmi les œuvres de sa collection comme un goût particulier pour les paysages habiles et songeurs. Des caractéristiques qui ont également su séduire l’exigence de Doña Graziella Patiño de Ortiz Linares (1900-1980), pour orner les murs de son hôtel particulier du 34, avenue Foch – une ascendance prestigieuse pour cette œuvre, rendant hommage au plaisir, à la grâce et à la sensibilité d’une époque et de ses amateurs.
Le savant mélange opéré par le peintre, célèbre pour son art de composer jardins et architectures, réunit ici deux idées distinctes : nature et culture. Conquises par les lectures annonçant le romantisme telles que La Nouvelle Héloïse (1761) de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) ou Paul et Virginie (1788) de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814), les élites européennes du XVIIIe siècle s'éprennent de jardins paysagers, mimant un abandon artificiel, une luxuriance faussement désordonnée. D'inspiration anglaise, ces paysages tranchent avec la symétrie et la perfection technique française du siècle précédent, laissant s'épanouir un goût de la surprise, de la contemplation et de la ruine. La promenade ainsi théâtralisée devient un divertissement, un temps de réflexion, mais aussi d'exploration du monde tangible et avec lui, du ‘sentiment de la nature’.
René-Louis de Girardin (1735-1808) évoquait le ‘pouvoir des paysages sur nos sens, et par contrecoup, sur notre âme’ (R.-L. de Girardin, De la composition des paysages […], 1777, p. 121). Quiconque aura arpenté son parc d'Ermenonville, conçu par Hubert Robert (1733-1808) et investi par Rousseau, retrouvera dans La Nef de verdure ce même sentiment de communion dans le paysage. La nature toujours renaissante supplante les édifices et les ouvrages de l’Homme, lui rappelant sa finitude. Ainsi que s'exclame Diderot (1713-1784) lors de sa visite du Salon de 1767 : ‘Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes. Tout s'anéantit, tout périt, tout passe. Il n'y a que le monde qui reste. Il n'y a que le temps qui dure. Qu'il est vieux ce monde ! Je marche entre deux éternités’ (F. Génin, D. Diderot, Œuvres choisies de Diderot, précédées de sa vie, Paris, 1847, II, p. 170).
Si Robert fut surnommé ‘Robert des Ruines’ pour son goût des paysages antiques, il puise d’abord dans l’architecture une matière poétique. Les projets élaborés par l’artiste pour la Grande Galerie du Louvre (musée du Louvre, Paris, inv. RF 1975 10 – voir fig. 1) permettent de saisir la qualité de sa projection dans l’espace et la force avec laquelle il en prend possession. Les formes verticales s’allongent, se démultiplient, courent vers un point de fuite toujours repoussé. Dans La Nef de verdure, cette sensibilité architecturale se transpose dans le végétal : les troncs élancés des arbres, serrés en rangées régulières comme les piliers d'une nef d'église, forment une longue cathédrale de verdure dont la voûte de feuillages laisse filtrer la lumière à la manière d’un oculus.
Galerie minérale et galerie végétale, le Projet pour la Transformation de la Grande Galerie et la Nef de verdure apparaissent complémentaires, réunis par l’expression d’une élévation, d’un plaisir admiratif. Le lieu où l’on enrichit son âme est en miroir de celui où l’on nourrit son esprit. L’architecture réelle ou feinte permet à cette édification de prendre forme ; et avec elle, l’idée d’un apprentissage culturel et naturel du monde alentour, de sa beauté et de sa variété.
La Nef de verdure se fait ici l'image d'un monde pensif, romantique, charmé ; des qualités qui n'ont pu échapper à des collectionneurs de renom, amoureux du XVIIIe siècle, tels que Camille Groult (1837-1908). Industriel français, amateur avisé, il est à l’origine d’un don considérable de tableaux britanniques au musée du Louvre. Son affection pour Watteau (1684-1721), Raeburn (1756-1823) ou Turner (1775-1851) éclaire la présence de la Nef de verdure parmi les œuvres de sa collection comme un goût particulier pour les paysages habiles et songeurs. Des caractéristiques qui ont également su séduire l’exigence de Doña Graziella Patiño de Ortiz Linares (1900-1980), pour orner les murs de son hôtel particulier du 34, avenue Foch – une ascendance prestigieuse pour cette œuvre, rendant hommage au plaisir, à la grâce et à la sensibilité d’une époque et de ses amateurs.
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
