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Fra Bartolomeo et l’art du paysage à la Renaissance (lots 33 & 34)
En parallèle de son activité de peintre et fresquiste principalement à Florence, Fra Bartolomeo est également un dessinateur prolifique à l’aube de la Renaissance italienne dont les feuilles ont été très bien conservées dans son atelier. Dessinés finement à la plume et à l’encre brune, d’une grande délicatesse et très poétique, les paysages de l’artiste sont rarement préparatoires pour des tableaux et semblent plutôt avoir été utilisés pour enseigner à ses élèves, certains ayant également été ‘croqués pour le plaisir’ (C. Fischer, Fra Bartolomeo et son atelier. Dessins et peintures des collections françaises, cat. exp., Paris, musée du Louvre, 1994-1995, p. 48).
En provenance de l’atelier de l’artiste
Ces deux dessins font partie d’un album de quarante et un dessins de paysages de Fra Bartolomeo ayant appartenu au collectionneur et historien de l’art le chevalier Nicolò Gabburri (1676-1742) qui fut mis en vente aux enchères en 1957 (voir provenance). Comme le montre le frontispice de l’album dessiné par Rinaldo Botti (1648-1740) (Paris, Fondation Custodia ; Fischer, op. cit., 1990, p. 375), ce dernier avait attribué les dessins de paysages à Andrea del Sarto (1486-1530).
À la mort de Fra Bartolomeo, ses dessins furent légués à son confrère dominicain et élève favori, Fra Paolino da Pistoia (1488-1547), qui les transmit à l’artiste et religieuse Suor Plautilla Nelli (1524-1588). Celle-ci les laissa au couvent Santa Caterina à Florence, où Gabburri les acquit parmi de très nombreuses autres feuilles : deux albums sont d’ailleurs aujourd’hui conservés au musée Boymans-van Beuningen de Rotterdam.
À la mort de Gabburri en 1742, l’ensemble de sa collection, comprenant tous les dessins de Fra Bartolomeo, fut acquis par le marchand anglais William Kent.
L’art du paysage
Chris Fischer identifie plusieurs catégories de paysages, dont les arbres (lot 34) et les ‘paysages avec bâtiments et fermes’ (lot 33). Contrairement à ses études de figures, qui étaient très souvent préparatoires à des compositions peintes, seuls trois de ses paysages peuvent être directement mis en relation avec ses tableaux (Fra Bartolommeo. The Divine Renaissance, cat. exp., Rotterdam, Museum Boijmans Van Beuningen, 2016, pp. 120-121). Ici, la nature cohabite souvent avec l’homme et les dessins ‘donnent l’impression d’avoir été dessinés en plein air, ou du moins d’être des adaptations de dessins faits in situ’. Comme l’a souligné Chris Fischer, ces dessins de paysages furent ‘apparemment exécutés pour le plaisir et nous offrent un aperçu de la créativité artistique de Fra Bartolomeo lorsqu’il travaillait, non par devoir, mais par amour’, la beauté des paysages étant pour les hommes d’église, comme le reflet de l’amour de Dieu pour sa création (Ficher, op. cit., 1994-1995, p. 48). Toujours selon Fischer, les dessins de paysages peuvent être datés entre 1495 et 1509, période durant laquelle Fra Bartolomeo utilise principalement la plume et l’encre brune, avant son voyage à Venise en 1509.
Certains motifs récurrents apportent poésie et délicatesse à ses compositions d’ensemble toujours très harmonieuses: les oiseaux qui tournoient dans le ciel, les personnages qui animent le village et quelques traces de végétation entre les monuments de pierre comme dans Maisons paysannes au bas d’une colline et dominées par un château fort du musée du Louvre (inv. 18645 ; Ficher, op. cit., 1994-1995, n° 28), Paysage italien au Cleveland Museum of Art (inv. 57.498), Vue du couvent de Santa Maria del Sasso à Bibiena à l’Albertina Museum de Vienne (inv. 17.578; Fischer, op. cit., 1990, n° 108) ou encore Bâtiments de ferme et meule de foin de la collection Jean Bonna à Genève (N. Strasser, Dessins Italiens de la Renaissance au siècle des Lumières, Genève, 2010, p. 34, ill. 8), comparable à la présente étude double face (lot 33).
Dessiner des deux côtés de la feuille est une pratique courante chez Fra Bartolomeo qui se retrouve notamment dans un autre paysage de la série conservé au Smith College Museum of Art de Northampton, avec la représentation au verso de l’Ospizio di Santa Maria Maddalena (inv. 1957:59 ; Fischer, ibid., p. 391, fig. 258). Sur les quarante et un dessins de l'album Gabburri, dix-sept étaient dessinés au recto et au verso (C. Bambach, Raphael to Renoir. Drawings from the Collection of Jean Bonna, cat. exp., New York, The Metropolitan Museum of Art, 2009, p. 8).
En comparaison avec le second dessin de Fra Bartolomeo présenté ici (lot 34), d’autres études d’arbres sont identifiées parmi le groupe des paysages, conservés par exemple au musée des Beaux-Arts d’Orléans (inv. 1531 ; Fischer, op. cit., 1994-1995, n° 26) et un autre au lavis brun passé en vente chez Christie’s, Londres, 7 juillet 2010, lot 308. L’arbre est représenté au moment précis où les bourgeons éclatent et où les feuilles commencent à se déployer, avant que le feuillage ne vienne en masquer la structure.
Ces deux rares paysages, conservés dans la collection des descendants de Jorge et Graziella Patiño de Ortiz Linares depuis plus d’un demi-siècle, sont considérés comme les premiers paysages de l’art occidental à l’aube du XVIe siècle, dessinés très probablement sur le vif d’après nature, par l’un des plus importants maître florentin de la Renaissance. Les deux œuvres se complètent à merveille, la vie qui émane du paysage toscan, entre nature et architecture avec les villageois au premier plan et les oiseaux dans le ciel contrastent avec le silence qui se dégage de l’étude d’arbre en plan resserré.
Le dessin sera inclus par C. Fischer dans son catalogue raisonné des dessins de Fra Bartolomeo en cours de préparation (n° 32.13).
En parallèle de son activité de peintre et fresquiste principalement à Florence, Fra Bartolomeo est également un dessinateur prolifique à l’aube de la Renaissance italienne dont les feuilles ont été très bien conservées dans son atelier. Dessinés finement à la plume et à l’encre brune, d’une grande délicatesse et très poétique, les paysages de l’artiste sont rarement préparatoires pour des tableaux et semblent plutôt avoir été utilisés pour enseigner à ses élèves, certains ayant également été ‘croqués pour le plaisir’ (C. Fischer, Fra Bartolomeo et son atelier. Dessins et peintures des collections françaises, cat. exp., Paris, musée du Louvre, 1994-1995, p. 48).
En provenance de l’atelier de l’artiste
Ces deux dessins font partie d’un album de quarante et un dessins de paysages de Fra Bartolomeo ayant appartenu au collectionneur et historien de l’art le chevalier Nicolò Gabburri (1676-1742) qui fut mis en vente aux enchères en 1957 (voir provenance). Comme le montre le frontispice de l’album dessiné par Rinaldo Botti (1648-1740) (Paris, Fondation Custodia ; Fischer, op. cit., 1990, p. 375), ce dernier avait attribué les dessins de paysages à Andrea del Sarto (1486-1530).
À la mort de Fra Bartolomeo, ses dessins furent légués à son confrère dominicain et élève favori, Fra Paolino da Pistoia (1488-1547), qui les transmit à l’artiste et religieuse Suor Plautilla Nelli (1524-1588). Celle-ci les laissa au couvent Santa Caterina à Florence, où Gabburri les acquit parmi de très nombreuses autres feuilles : deux albums sont d’ailleurs aujourd’hui conservés au musée Boymans-van Beuningen de Rotterdam.
À la mort de Gabburri en 1742, l’ensemble de sa collection, comprenant tous les dessins de Fra Bartolomeo, fut acquis par le marchand anglais William Kent.
L’art du paysage
Chris Fischer identifie plusieurs catégories de paysages, dont les arbres (lot 34) et les ‘paysages avec bâtiments et fermes’ (lot 33). Contrairement à ses études de figures, qui étaient très souvent préparatoires à des compositions peintes, seuls trois de ses paysages peuvent être directement mis en relation avec ses tableaux (Fra Bartolommeo. The Divine Renaissance, cat. exp., Rotterdam, Museum Boijmans Van Beuningen, 2016, pp. 120-121). Ici, la nature cohabite souvent avec l’homme et les dessins ‘donnent l’impression d’avoir été dessinés en plein air, ou du moins d’être des adaptations de dessins faits in situ’. Comme l’a souligné Chris Fischer, ces dessins de paysages furent ‘apparemment exécutés pour le plaisir et nous offrent un aperçu de la créativité artistique de Fra Bartolomeo lorsqu’il travaillait, non par devoir, mais par amour’, la beauté des paysages étant pour les hommes d’église, comme le reflet de l’amour de Dieu pour sa création (Ficher, op. cit., 1994-1995, p. 48). Toujours selon Fischer, les dessins de paysages peuvent être datés entre 1495 et 1509, période durant laquelle Fra Bartolomeo utilise principalement la plume et l’encre brune, avant son voyage à Venise en 1509.
Certains motifs récurrents apportent poésie et délicatesse à ses compositions d’ensemble toujours très harmonieuses: les oiseaux qui tournoient dans le ciel, les personnages qui animent le village et quelques traces de végétation entre les monuments de pierre comme dans Maisons paysannes au bas d’une colline et dominées par un château fort du musée du Louvre (inv. 18645 ; Ficher, op. cit., 1994-1995, n° 28), Paysage italien au Cleveland Museum of Art (inv. 57.498), Vue du couvent de Santa Maria del Sasso à Bibiena à l’Albertina Museum de Vienne (inv. 17.578; Fischer, op. cit., 1990, n° 108) ou encore Bâtiments de ferme et meule de foin de la collection Jean Bonna à Genève (N. Strasser, Dessins Italiens de la Renaissance au siècle des Lumières, Genève, 2010, p. 34, ill. 8), comparable à la présente étude double face (lot 33).
Dessiner des deux côtés de la feuille est une pratique courante chez Fra Bartolomeo qui se retrouve notamment dans un autre paysage de la série conservé au Smith College Museum of Art de Northampton, avec la représentation au verso de l’Ospizio di Santa Maria Maddalena (inv. 1957:59 ; Fischer, ibid., p. 391, fig. 258). Sur les quarante et un dessins de l'album Gabburri, dix-sept étaient dessinés au recto et au verso (C. Bambach, Raphael to Renoir. Drawings from the Collection of Jean Bonna, cat. exp., New York, The Metropolitan Museum of Art, 2009, p. 8).
En comparaison avec le second dessin de Fra Bartolomeo présenté ici (lot 34), d’autres études d’arbres sont identifiées parmi le groupe des paysages, conservés par exemple au musée des Beaux-Arts d’Orléans (inv. 1531 ; Fischer, op. cit., 1994-1995, n° 26) et un autre au lavis brun passé en vente chez Christie’s, Londres, 7 juillet 2010, lot 308. L’arbre est représenté au moment précis où les bourgeons éclatent et où les feuilles commencent à se déployer, avant que le feuillage ne vienne en masquer la structure.
Ces deux rares paysages, conservés dans la collection des descendants de Jorge et Graziella Patiño de Ortiz Linares depuis plus d’un demi-siècle, sont considérés comme les premiers paysages de l’art occidental à l’aube du XVIe siècle, dessinés très probablement sur le vif d’après nature, par l’un des plus importants maître florentin de la Renaissance. Les deux œuvres se complètent à merveille, la vie qui émane du paysage toscan, entre nature et architecture avec les villageois au premier plan et les oiseaux dans le ciel contrastent avec le silence qui se dégage de l’étude d’arbre en plan resserré.
Le dessin sera inclus par C. Fischer dans son catalogue raisonné des dessins de Fra Bartolomeo en cours de préparation (n° 32.13).
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