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拍品 11La Collection du Révérend John Thomas
John Thomas (1797-1881)
La collection de massues des îles Tonga du missionnaire méthodiste John Thomas (1797-1881), héritée par ses descendants indirects, n'était accompagnée que de peu d'informations, puisqu'elle avait été séparée de ses journaux. Cette étude s'appuie directement sur les manuscrits privés et officiels de John Thomas.
Le Révérend John Thomas était un personnage d'une importance primordiale quant à la transformation politique et religieuse de l'archipel des Tonga, territoire sur lequel les occidentaux ont commencé à empiter dès le début du XIXème siècle. Ce forgeron ayant peu d'éducation mais étant animé par ses profondes convictions, est arrivé en compagnie de son épouse Sarah, dans les les Tonga en 1826 et y restèrent sans interruption durant 25 ans. Thomas oeuvra pour faire des îles Tonga ce qu'elles sont aujourd'hui :il baptisa le chef Taufa'ahau Tupou, devenant ainsi George Tupou Ier, et appuya sa reconnaissance par les puissances européennes comme étant le premier roi de tout l'archipel, jetant ainsi les bases d'un avenir au cours duquel les Tonga seront influencés par les puissances coloniales, mais les seuls parmi les autres nations insulaires de la région à ne pas être territorialement colonisés, conservant ainsi jusqu'aujourd'hui la même monarchie constitutionnelle indépendante.
John et Sarah Thomas rentrèrent en Angleterre en 1851. Sans surprise, il leur fut difficile de s'y réinstaller. Le couple décida finalement de retourner aux Tonga entre 1856 et 1859. A son retour en Angleterre, Thomas travailla en tant que ministre surnuméraire à Stourbridge où il resta jusqu'à sa mort en 1881.
Au cours de son long séjour dans le Pacifique Sud, Thomas découvre les massues tongiennes. Il apprécie tout particulièrement leurs qualités esthétiques et note soigneusement certaines de leurs fonctions religieuses. Il commence alors à les collecter de façon régulière et rassemble une importante collection dont certain exemplaire lui ont été donné par George Tupou lui-même.
"Aujourd'hui, le Roi m'a rendu visite et m'a donné une magnifique massue sculptée, appelée Hikuleo. Il me dit que ce dernier était le dieu vénéré à Uiha, l'une des îles principales de Haabai d'où cette massue lui était parvenue." John Thomas, 1843.
Le nombre important de massues de typologie fidjienne dans cet ensemble s'explique par ce que Mills (2009) appelle la "fidjianisation" des Tonga, ou fakafisi'i. Bien que les échanges entre les deux archipels étaient fréquents, ce phénomène, initié dans les années 1770 jusqu'au début du XIXème siècle, marque une appropriation par les Tongiens des techniques militaires fidjiennes, tant dans le choix des armes que dans les techniques de combat. Face à la fragmentation politique, l'archipel subissait un grand nombre de conflits internes. Cette situation politique étant particulièrement courante aux îles Fijdi, la population était renommée pour ses faits de guerre. Les grandes pirogues de guerre tongiennes étaient même, à défaut de trouver des arbres suffisamment grands, fabriquées par des tongiens aux Fidji, sous la direction de maîtres d'oeuvre fidjiens.
Comment expliquer le nombre relativement restreint de massues rapportées par Thomas, compte tenu de sa présence durant la première moitié du XIXème siècle, de son activité de missionnaire et de sa proximité avec George Tupou Ier? En comparant avec la vaste collection que von Hügel rassemble bien plus tard à la fin du XIXème siècle, la question mérite d'être posée. Soit le Révérend Thomas, en bon missionnaire, se devait de faire disparaitre les reliques d'une culture animiste qu'il devait convertir, soit les massues collectées ne sont pas juste des artefacts ou objets de curiosités mais plutôt des trophées; objets de prestige offerts par de puissants chefs ou objets de vénération emplis de mana ayant permis de remporter des batailles et de vaincre l'ennemi; autrement dit des hala. Son manuscrit précise d'ailleurs à plusieurs reprises que des hala lui furent offerts: "[Le prêtre a alors demandé à ce qu'on lui apporte sa massue appelée hala qui veut dire 'route' ou 'chemin', et il me l'a donné, témoignant alors sa servitude envers Dieu. Car la massue qu'il m'a donnée était ce qu'il utilisait pour appeler le divin, c'était la route, le chemin pour l'esprit." Voir Neich (Tongan figures: From goddesses to missionary trophies to masterpieces, pp.256-259).
Tonga : Histoire, témoignages et la collection du Révérend John Thomas
En 1872, cinq ans après la mort de sa femme Sarah, John Thomas pris pour épouse Esther Matthews, sa gouvernante. Il eut alors un second fils, John William Thomas. Son premier fils, aussi appelé John, mourut à Tonga ds l'âge de 8 ans. Le testament de John Thomas avait pour priorité de supporter financièrement sa toute nouvelle famille, je le cite : "je souhaite donner à ma chère femme Esther Thomas tous mes biens, incluant mon linge de maison, porcelaine, manuscrits, journaux intimes, et curiosités demeurant à ma maison de Stourbridge".
En 1891, dix ans après la mort de John Thomas, et après la mort à neuf ans de John William Thomas des suites d'une pneumonie en novembre 1884, Esther Thomas se remaria. Il semble que cette dernière n'ait laissé aucun testament mais nous savons que les manuscrits et journaux cités précédemment ont été transmis à la Methodist Missionary Society puis à la School of Oriental and African Studies de l'Université de Londres où ils se situent actuellement. Parmi les "curiosités" dont Esther a héritées, on trouve un ensemble d'objets tongiens qu'elle a décidé de restituer à la famille de John Thomas. Mme Edith Thomas les reçus ensuite de son frère Alfred Thomas à la mort de ce dernier en 1935. Ces objets étaient alors accrochés au mur de la maison de sa fille jusqu'à la fin des années 1960 puis ensuite mis en réserve. On ne connaissait que peu de choses sur ces objets hormis le fait que c'était "les massues du Révérend John Thomas" et que certaines d'entre elles lui avaient été données par le premier roi de Tonga qu'il a lui-même baptisé, et qu'un livre a été écrit sur lui par G. Stringer Rowe, publié en 1885 et intitulé A Pioneer. C'est tout ce qu'on savait sur lui. Cette étude cherche alors à rassembler toutes les recherches que j'ai pu faire sur ces massues, recherches mises en relations avec les informations contenues dans les propres écrits de John Thomas.
Sources
Il n'y a, malheureusement, aucun lieu où sont rassemblés les écrits de John Thomas et il est donc difficile de les référencer et comparer. D'ailleurs, on retrouve dans ses écrits plusieurs versions différentes du même événement qu'il soit décrit dans ses lettres, ses rapports officiels, son journal intime et ses notes. Certains de ces écrits ont été publiés dans les recueils de missionnaires de l'époque, souvent avec quelques remaniements. Quelques-uns ont été numérisés et certains extraits peuvent être retrouvés sur internet. Les journaux authentiques sont, quant à eux, seulement accessibles au public sur microfiche et peuvent être consultés la bibliothèque de la School of Oriental and African Studies de l'Universit de Londres. Il faut noter que cette méthode de recherche nécessite un temps considérable puisqu'il s'agit de lire une écriture parfois indéchiffrable et que l'encre a eu tendance se déposer sur plusieurs pages rendant alors la lisibilité impossible. Il existe une quantité considérable d'écrits pris à la main qui recouvrent plusieurs années de travail. Les journaux détaillant les périodes de 1825-1841 ont été partiellement transcrits et ces transcriptions sont conservées par la State Library of New South Wales(1). Ces dernières nous intéressent plus particulirement puisqu'elles décrivent la période de transition entre l'hégémonie de l'ancien et du nouvel ordre politique tongien.
Il existe d'autres publications faisant référence aux journaux originaux de John Thomas qui recensent de manière plus spécifique l'acquisition de massues. Parmi ces documents figure l'ouvrage Tongan Figures : from goddesses to missionary trophies to masterpieces de Roger Neich (Auckland Museum). Celui-ci fait plusieurs fois référence au Révérend John Thomas et dans une section intitulée "Clubs as vehicles for the gods", on peut lire la tendance de ce dernier à collecter des massues utilisées lors de rites religieux aux Tonga afin certainement de donner plus d'importance à la nouvelle religion sur l'ancienne en faisant disparaitre les éléments de l'ancienne religion.
Témoignages anciens
Avant d'en savoir plus sur les informations fournies sur ces massues, il semble important de décrire plus précisément l'environnement dans lequel John Thomas vivait. Pour ce faire, il n'ait pas de meilleure source que l'ouvrage intitulé An account of the natives of the Tonga islands in the South Pacific Ocean. Ce livre nous expose les aventures de William Mariner, habitant de Tonga entre 1806 et 1810. Mariner était un employé de 15 ans sur le navire Port-au-Prince à la fois en tant que baleinier et corsaire. Il détenait une lettre de marque de la part du gouvernement britannique qui l'autorisait à agir contre les ennemis de l'Angleterre (surtout les français et les espagnols), et à capturer leurs navires au passage. Si le Port-au-Prince ne parvenait pas à capturer de navire, il se livrait à la pêche à la baleine.
En 1806, après plusieurs mois tumultueux de lutte contre les espagnols en Amérique du Sud et suite à la mort de son capitaine, le Port-au-Prince, destiné à la pêche à la baleine, fut alors commandé par M. Brown. Le navire avait pour objectif d'aller jusqu'à Tahiti mais alla trop à l'ouest coulant dangereusement, et vira donc vers Tonga pour accoster à Lifuka, île appartenant à l'archipel Ha'apai, c'est-à-dire au même endroit où le Capitaine Cook arriva et où John Thomas allait arriver en 1829.
Certainement leurré par le nom que le capitaine Cook avait donné à ces îles (les "Friendly islands"(2)) et par le fait que les tongiens l'aient accueilli de manière très amicale, aucune espèce de vigilance ne fut mise en uvre par le capitaine(3). Malgré les avertissements de quelques hawaiiens à bord qui avaient pris conscience de l'hostilité des intentions des habitants, plusieurs tongiens purent monter à bord et, de surcroit, armés. La situation fût aggravée par le manque complet de discipline de l'équipage, empêchant M. Brown d'éviter aux hommes d'aller à terre sans aucune protection. Sous ces circonstances, le bateau fut une cible facile et 300 tongiens abordèrent et tuèrent 26 marins. Les 34 survivants n'ont été préservés que dans le but de pouvoir faire fonctionner les canons du navire, objets de l'attaque.
Le chef qui organisa l'assaut du Port au Prince, Finau 'Ulukalala, se lia d'amitié avec Mariner jusqu'à ce qu'il l'adopte comme son propre fils, lui donnant alors le nom de Tokiukamea autrement dit 'Axe-de-fer'. Mariner vécu à Tonga pendant les quatre années qui suivirent au sein d'une classe sociale très privilégiée avant de s'chapper. A son retour en Angleterre, il rencontra John Martin, un médecin, qui nota dans un livre toutes leurs conversations. Ce document reste encore la première source d'information sur l'archipel des Tonga préchrétienne.
John Thomas avait lu ce document sur les expériences de Mariner, certainement pour en savoir plus sur la vie à Tonga et sur la grammaire de la langue parlée sur l'île. Il rencontra aussi plusieurs protagonistes selon les notes de son journal datées du 7 février 1827(4), 1er septembre 1831(5), et 1er octobre 1831(6).
Tout d'abord, le volume 2 du livre de Mariner nous donne une description succincte des prêtres tongiens :
"Les prêtres ou Fahe-Gehe. Le terme fahe-gehe veut dire rompre, séparer, distinct de, et est utilisé pour définir un prêtre ou un homme ayant une âme ou un esprit différent des autres, et ayant les capacités de disposer des dieux pour l'inspirer. Ces inspirations, sur lesquelles un compte rendu a été donné dans le volume 1 p.105, se passent souvent de telle manière que le prêtre reçoit la même déférence et le même respect que s'il était le dieu lui-même. Si le roi est présent à ce moment-là, il se retire jusqu'à une certaine distance et s'assoit parmi le public. C'était le cas par exemple de Veachi(7) ou encore du chef divin Tooitonga. Car en effet, à ce moment précis, le dieu est considéré comme incarné dans le corps du prêtre, et parle à travers sa bouche. Mais à d'autres moments, un prêtre n'a d'autres avantages que ceux du rang social dans lequel il est né. Généralement, ces prêtres appartiennent au rang des chefs, ou au Matabooles(8) (hommes d'un rang proche de celui des chefs), même si parfois les grands chefs sont aussi visités par les dieux. Le roi lui-même, par exemple, a été incarné par Tali-y-toobo, le chef des dieux".
Regardons maintenant le volume 1 p.105 où on peut lire une description plus précise de ce rituel :
"La nuit précédant la consultation de l'Oracle, le chef ordonne à ses cuisiniers de tuer et préparer un cochon, remplir un panier d'ignames et récolter deux régimes de plantains mûrs. Le lendemain matin, une fois que tout est prêt, les aliments sont transportés vers le prêtre, qui est parfois informé des événements, parfois non. Le chef et les Matabooles s'entourent alors de nattes. Si le prêtre se trouve dans une maison, ce dernier se place alors de manière à ce que tout le monde le voit, s'il est loin et sur une parcelle de terre appropriée alors les Matabooles forment un cercle, ou plutôt un ellipse, laissant alors un espace considérable entre eux et le prêtre. Au sein de ce cercle est assis l'homme qui prépare le kava, racine ayant été précédemment mâchée par les cuisiniers et par d'autres assis derrière lui. Derrière eux encore se trouve le chef mélangé au reste de la population de manière afficher sa modestie face aux dieux.
Une fois que tout le monde est prêt, le prêtre est alors considéré comme incarné par le dieu. Il reste silencieux, les mains jointes, les yeux baissés et reste immobile pendant un certain temps. Pendant ce temps-là, les victuailles sont partagées, le kava continue à être préparé et les Matabooles commencent à le consulter. Parfois, le prêtre leur répond et parfois non. Quoi qu'il arrive, il reste dans la même position. Généralement, ce dernier ne prononce rien avant que le repas et le kava ne soit finis. Quand il se met à parler, il commence très doucement et d'une voix chancelante puis sa voix s'élève pour atteindre un son normal et même souvent plus fort. Tout ce qu'il dit est compris comme étant la parole du Dieu et il parle à la première personne comme s'il était le Dieu lui-même. Tout ce rituel se passe dans le calme et sans agitation apparente mais parfois il arrive que son visage devienne féroce et enflammé, et que tout son corps s'agite de sentiments intérieurs profonds. Il est alors pris d'un tremblement, et commence à transpirer, ses lèvres noires se convulsent. Au bout d'un certain temps, on voit des larmes couler sur son visage, son torse se soulève avec grande émotion et son énonciation en est altérée. Ces symptômes se calment alors au fur et à mesure. Avant que cet état second n'atteigne son paroxysme et juste après qu'il soit passé, le prêtre mange souvent autant que quatre hommes affamés. Le prêtre reste alors calme et prend une massue placée devant lui, la retourne et la regarde attentivement. Il lève ensuite son regard très sérieusement, et le pose à droite puis à gauche plusieurs fois. Au bout d'un certain temps, le prêtre soulève la massue et, après un moment d'arrêt, frappe avec beaucoup de force le sol ou la maison. Immédiatement, le Dieu quitte son corps, le prêtre se lève et se mélange au reste de la population".
Concernant ce rituel se finissant par la frappe de la massue, voici ce que le Révérend Walter Lawry(9) écrit:
"J'ai en ma possession, parmi les reliques de Mua, une massue qui appartenait aux prêtres depuis plusieurs générations, son nom est halah autrement dit 'chemin'. Quand les chefs venaient consulter le prêtre, cette massue sacrée était sortie, le prêtre était incarné par la divinité et délivrait son message, parfois de façon enragée ou au contraire, calme. On frappe alors la massue sur la poutre de la maison puis le fahe gehe se retire comme il l'entend. Cette massue est donc un fahe gehe sacré, ou "dieu" de Tonga. J'ai d'autres objets avec moi mais ceux-ci ne valent aucune description, car leur qualités sont les mêmes que celles déjà citées avec quelques variations".
Le journal officiel de John Thomas à la date du 2 mai 1833 nous expose la banalité de ce rituel:
"A notre retour, nous avons rendu visite à Fae, mais comme ils étaient en pleine réunion spirituelle nous avons pensé plus juste d'attendre que celle-ci soit finie. L'un d'entre nous s'approcha de la réunion pour en savoir plus et nous a informés que Takai, le frère aîné de Fae, était allé voir ce dernier quand il était inspiré. L'esprit leur a fait comprendre que c'était sous son influence que la vie de Fae était si longue. Un des Matabules l'a remercié de sa venue. Ils ont alors préparés du kava et l'homme l'a incité à épargner la vie du chef car il pouvait leur servir. L'esprit a répondu que ce n'était pas de son ressort mais de celui du eiki tahi, probablement Taufa tahi(10). Juste après, ils ont bu du kava et l'esprit les a laissés. Un grand coup nous assura que l'esprit était parti et nous nous sommes rapprochés. Fae et sa femme m'ont alors reçu, je me suis assis et j'ai parlé...".
A propos des massues acquises par John Thomas
Maintenant, voyons ce qu'écrit John Thomas à propos de l'acquisition de ces massues:
1.Cette note est datée du samedi 26 décembre 1830 et elle est citée dans le "Missionary Herald", volume 28, page 340:
"A huit heure, nous nous sommes rassemblés pour vénérer Dieu ; la maison ne pouvant contenir tout le monde, plusieurs personnes s'étaient assises dehors. J'étais heureux de voir autant d'hommes aux cheveux blancs devenir sages, l'un d'eux était un Matabule respecté ; le chef et moi-même lui avaient rendu visite la veille au village appelé Ahau. Nous lui avons parlé dans l'objectif qu'il se tourne vers Jehovah. Le vieil homme a accepté ce que nous lui disions ; il a alors demandé ce qu'on lui apporte sa massue appelée hala qui veut dire 'route' ou 'chemin', et il me l'a donné, témoignant alors sa servitude envers Dieu. Car la massue qu'il m'a donnée était ce qu'il utilisait pour appeler le divin, c'était la route, le chemin pour l'esprit. Le pauvre vieil homme était présent à la chapelle aujourd'hui et a publiquement renoncé à sa profession de prêtre pour le diable et s'est soumis à Dieu notre Seigneur. Beaucoup d'autres personnes ont fait de même et nous espérons convertir l'ensemble du village ainsi que toutes les les mais c'est Dieu lui-même qui choisit ou non d'accélérer cette conversion. Dans l'après-midi, le chef Mataili était encore présent ainsi que plusieurs de ses hommes; Gloire à Dieu pour ce que l'on peut voir ici, c'est une récompense à toutes nos souffrances. Ici, un village entier se tourne de Satan vers Dieu, nous avons convertis le prêtre et ses amis, le reste suivra. Puisque nous avons pris leurs dieux, ils ne pourront se détacher, car qu'ont-ils d'autre ?".
Le journal de Thomas donne aussi une autre version de cet événement :
"J'ai accompagné le chef hier au village appelé Ahau, village peuplé que je connais déjà, et il y prêcha pour notre Seigneur, en disant qu'il avait attendu de long mois sans qu'ils ne se convertissent. Après quelques temps, la personne en charge demanda à ce que l'on apporte du kava ainsi qu'une sorte de massue qu'ils appellent hala pour être placés aux pieds du chef et ensuite, on me les donna. Je rendis alors le kava et il fût bu. Le chef leur parla très agréablement et ils avaient l'air d'obéir. Aujourd'hui était la preuve que ce qu'il a été dit a été compris puisque Mataili et plusieurs autres habitants étaient présents pour se donner pour la première fois Jehovah, Dieu unique. Mataili était le représentant du dieu Fakailaloatonga(11) et la massue qu'il m'a donnée appelée hala (qu'on peut traduire par 'la route' ou le 'chemin') était utilisée par Mataili quand l'esprit venait à lui. Il [frappa](12)) la partie Nord de la maison et dans la même manière que lorsqu'il prit son départ, l'homme armé et puissant est alors lié, et ses dieux dépérissent".
2.En septembre 1831:
"Le dieu Havea(13) adoré par la famille de Fakauulolo était reprsenté par une très belle massue en bois de fer, plus connue comme étant sous la propriété du chef qui était lui-même devenu croyant de Jehovah grâce au travail des missionnaires. Lazarus Vea, un des chefs et un membre de mon rang et parent du chef cité plus haut, et qui était lui croyant du dieu Havea, a supplié son dieu avant qu'il ne parte en disant qu'il voulait le donner aux missionnaires apportant la connaissance du vrai Seigneur. Ce dieu fut donc alors rapidement abandonné et amené à moi. Je le reçu et je l'ai gardé tel un trophe gagné justement de la main des ennemis (14)".
Les notes du journal officiel de Thomas du 9 septembre 1831 nous décrivent ce qui suit:
"Lasalosi m'a amené une massue appelée Hala ou plutôt 'chemin', et celle-ci selon lui, était adorée par lui et sa tribu comme étant le dieu. Il est allé trouver le chef Fakatalola au moment de sa visite Vavow et lui a demandé où était le dieu qu'il vénérait autrefois pour qu'il puisse me le donner, et Fakatalola lui amena rapidement. Je reçu la massue volontiers et promis d'en prendre soin. C'est une massue faite en une sorte de bois appelé toa, habilement sculptée et visiblement crée il y a longtemps. Le nom du dieu que la massue représente est Havea, dieu qui a été adoré des centaines de fois et traité comme leur dieu tout puissant. On lui offrait régulièrement de la nourriture, du kava, des nattes etc. etc. Personne n'avait le droit de l'approcher et devait faire une grande révérence face à lui. Il était recherché par tous les membres de la tribu quelle que soit l'occasion, mais surtout quand quelqu'un était malade, des doigts devaient être coupés et donnés au Dieu".
3.Un mois plus tard, sur l'île de Taunga au sein du groupe Vava'u, Thomas écrit:
"J'ai demandé à propos du dieu sur cette île, étant une île assez connue par les voyageurs. La vieille dame m'a expliqué que le Dieu avait été emmené à Tonga, mais elle mentait à ce propos puisque le Dieu était toujours dans la maison tout près et j'appris que cette dame était la prêtresse, et qu'elle avait évidemment peur que je fasse n'importe quoi avec ce pauvre dieu, surtout tant donné que le roi s'était converti. J'étais donc parti voir cette maison du Dieu et je vis que le Dieu s'y trouvait, une très belle massue sculptée en bois de fer. A partir de là, la dame fit tout ce qu'elle put sans jamais m'insulter pour m'empêcher de voir l'intérieur du bâtiment mais j'ai prétendu être son ami et personne ne sait que j'ai posé mes mains sur ce qui n'était pas mien - mais le Seigneur avait jugé les dieux Vavau - et il n'y avait aucune place pour eux(16)".
Après cela, Roger Neich cite Thomas: "Tout le monde pensait que les dieux de cet endroit serait bientôt des objets vendables, et Mafi fut autorisé à acquérir l'idole dès que Kaho serait d'accord pour s'en séparer pour ensuite me la faire parvenir".
La partie date du 11 octobre 1831 du journal officiel de Thomas comporte:
"Tanga est une le plutôt jolie qui était considérée comme très sacrée car elle était le lieu supposé de résidence du grand dieu que tout le monde vénérait. J'ai ordonné à Mafi de me procurer le dieu dès que la vieille dame s'en lassait. C'est une massue sculptée très soigneusement. Je suis certain que notre visite à Tanga ne sera pas vaine".
Pour ce qui est du 20 octobre on peut lire: "J'ai fait allusion à Vinau que le diable se trouve à Tanga et qu'il ferait bien de la mettre de côté et s'il n'a pas d'objections, de me laisser le dieu ou 'hala' comme il est appelé".
4.Samedi 18 novembre 1843:
"Aujourd'hui le roi m'a rendu visite et m'a donné une très belle massue appelée Hikuleo. Celle-ci, selon-lui, était le dieu adoré à Uiha, une des principales îles de l'archipel Haabai. Hikuleo est le nom du diable(17)".
Pour citer une nouvelle fois Roger Neich : "A part cette seule référence une massue représentant Hikule'o(18), le rôle des massues en étant que véhicules de dieu est très bien documenté par Thomas dès ses premières années à Tonga. Comme il l'écrit : 'En outre la plupart des dieux avait ce qu'on appelait le hala, ou chemin, qui était une massue sculptée des plus sacrée, par laquelle le dieu était censé incarner le prêtre."
Conclusion
Un examen des journaux de John Thomas, et plus particulièrement des passages cités par Roger Neich, nous prouvent que Thomas avait un intérêt particulier à collecter des massues utilisées par les prêtres lors de rituels. Il reçut à deux reprises des massues des mains de Taufa'ahau, devenu plus tard le roi George Tupou 1er. La première massue, utilisée pour invoquer le dieu Fakailoatonga, fut reçue le 26 décembre 1830 ("ces objets furent mis aux pieds du chef qui me les donna"), et la seconde, utilisée pour invoquer le dieu Hikuleo, fut reçue le samedi 18 novembre 1843. Ceci coïncide avec la légende familiale, transmise par John Thomas à Esther Thomas, Alfred Thomas, Edith Thomas et jusqu'au propriétaire actuel, qui raconte que certaines de ces massues ont été données à John Thomas par le premier roi de Tonga. Malheureusement, ses descriptions des massues tant si brâves, il est impossible de faire correspondre les objets aux notes prises dans le journal. De plus, ces journaux d'après 1835 n'ont été examinés qu'en partie pour cette étude du fait des difficultés d'ordre pratique. Il est donc possible que d'autres informations pertinentes s'y trouvent. John Thomas a vécu Tonga entre 1826 et 1850 et aussi entre 1856 et 1859. Il est impossible de dater précisément l'acquisition de ces massues avec certitude.
N.A.
Repères bibliographiques
Niel Gunson, 'Thomas, John (1797-1881)', Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press. Biographie succinte de John Thomas.
Niech Roger, "Tongan Figures: from goddesses to missionary trophies to masterpieces".Une étude des usages religieux, des idoles et massues.
Dr Janet Louisa Luckcock, "Thomas of Tonga, 1797-1881: The unlikely pioneer", these doctorale, The Open University, 1990, ISBN 0 946550 85 9
Une étude accessible sur John Thomas, ses difficultés et ses réussites. Celle-ci prend clairement partie pour Thomas réfutant les accusations faites contre lui par ses ennemis. Ce livre n'est malheureusement plus édité. Il est conservé à la British Library sous la référence YK.1993.a.10196 et une permission est à obtenir de la part de la Methodist Publishing House pour en avoir une copie.
G. Stringer Rowe, "A Pioneer - Memoir of the Rev. John Thomas"
Ce livre n'est plus soumis aux droits d'auteurs et une version numérique est accessible sur internet.
H. G. Cummins, "Holy War: Peter Dillon and the 1837 Massacres in Tonga"
Source: The Journal of Pacific History, Vol. 12, No. 1 (1977), pp. 25-39
Un examen des événements entourant les accusations de bellicisme qui ont été faites contre les wesleyiens et Thomas en particulier, avec une explication sur les circonstances et les preuves des deux côtés.
Dr Nigel Statham, "A History of Tonga as Recorded by Rev. John Thomas".
Il s'agit de l'ensemble le plus vaste des écrits de John Thomas contenant plusieurs descriptions de traditions locales dont il a été témoin à Tonga, ainsi que des généalogies de personnes importantes, des mythologies, de la géographie et un compte rendu des dieux ainsi qu'une description du processus de christianisation à Tonga jusqu'en 1842. C'est est une source primaire majeure sur l'histoire de Tonga mais jusqu'ici elle a seulement été accessible dans les manuscrits originaux ou par microfilms à la bibliothèque.
(1)https://acms.sl.nsw.gov.au "John Thomas - journals, 1825-1841 and Sarah Thomas - journal, 1825-1834, transcribed by Dr Janet Luckcock". Référence MLMSS 6228. Après mai 1835, le journal official est résumé plutôt que transcript. La transcription de son journal privée s'acheva en décembre 1835. (2)Cook échappa de peu à la mort lors de sa visite, bien qu'il ne l'ait jamais su. Voir Mariner, Vol. II
(3)L'attaque des navires et de leur équipage était courante, la précaution était donc de mise. Voir "The State and the Church, the State of the Church in Tonga", Thèse de Heneli T. Niumeitolu, University of Edinburgh, 2007. Voir également (page 3) Fijian Weapons and Warfare par Fergus Clunie à propos des précautions prises par les navires marchands lors d'escales aux Fijdi à cette époque - précautions également valables pour un arrêt aux Tonga. (4)" Mafe Habe (?) nous rendit visite aujourd'hui, elle était l'une des femmes du défunt Finow, roi des Hapais, et la personne que Mariner considérait comme sa mère et qu'elle appelait son fils. Elle devait être jeune lorsque Mariner était ici, elle n'était absolument pas une vieille femme aujourd'hui, pas plus de trente-sept ou huit, c'est une belle femme. Elle nous apporta un morceau de Gnatoo et était accompagné par deux de ses enfants et l'une des femmes de Hohela. Depuis la mort de Finow son mari, elle s'est marié à nouveau avec Vuki, un homme qui l'appréciait beaucoup selon Mariner".
(5)"J'ai décidé d'aller visiter un petit village plus loin appelé Koula afin de voir les tombes des hommes du Port-au-Prince, tus cet endroit il y a environ 25 ans, mais j'ai été informé par le doyen que le Capitaine Brown et les autres hommes furent assassins et enterrés dans le sable de la plage".
(6)Ici, je rencontra William Brown, le britannique ayant appartenu à l'équipage de l'infortun Port-au-Prince. Il est un petit homme et semble être au déclin de sa vie, ayant attrapé certaines maladies des natifs."
(7)Un grand chef censé descendre directement de dieu, un rang seulement en dessous de Tooitonga et supérieur à tous les autres chefs.
(8)Les Matabooles (ou Matabules ou Matapules) ont un rang juste en dessous de celui du chef, ils agissent en tant que compagnons et conseillers. (9)Friendly and Feejee Islands: a missionary visit to various stations in the South Seas : in the year MDCCCXLVII par Walter Lawry, page 260.
(10)"Taufa of the Sea". Voir Journal of the Polynesian Society, "Notes on Tongan religion", Part II, par E. E. V. Collocott (11)Fakailoatonga est la personnification d'un célèbre chef difi. Voir Journal of the Polynesian Society, "Notes on Tongan religion", Part I, par E. E. V. Collocott.
(12)Un mot est manquant dans la transcription de Janet Luckcock, probablement parce qu'il était indéchiffrable. Il serait difficile d'utiliser ici un autre verbe que "frapper". Une visite à la SOAS permettrait de clarifier cette question. Il est intéressant de noter qu'il est indiqué que la massue frappe au début et à la fin du rituel.
(13)"Havea of the Underworld". Voir Journal of the Polynesian Society, "Notes on Tongan religion", Part I, par E. E. V. Collocott (14)"Tongan Figures: from goddesses to missionary trophies to masterpieces" par Roger Neich.
(15)Désignant l'île principale de Tongatapu.
(16)"Tongan Figures: from goddesses to missionary trophies to masterpieces" par Roger Neich.
(17)Ibid
(18)Dans la mythologie tongienne, Hikuleo est le dieu de l'au-del. Voir Journal of the Polynesian Society, "Notes on Tongan religion", Part I, par E. E. V. Collocott
John Thomas (1797-1881)
La collection de massues des îles Tonga du missionnaire méthodiste John Thomas (1797-1881), héritée par ses descendants indirects, n'était accompagnée que de peu d'informations, puisqu'elle avait été séparée de ses journaux. Cette étude s'appuie directement sur les manuscrits privés et officiels de John Thomas.
Le Révérend John Thomas était un personnage d'une importance primordiale quant à la transformation politique et religieuse de l'archipel des Tonga, territoire sur lequel les occidentaux ont commencé à empiter dès le début du XIXème siècle. Ce forgeron ayant peu d'éducation mais étant animé par ses profondes convictions, est arrivé en compagnie de son épouse Sarah, dans les les Tonga en 1826 et y restèrent sans interruption durant 25 ans. Thomas oeuvra pour faire des îles Tonga ce qu'elles sont aujourd'hui :il baptisa le chef Taufa'ahau Tupou, devenant ainsi George Tupou Ier, et appuya sa reconnaissance par les puissances européennes comme étant le premier roi de tout l'archipel, jetant ainsi les bases d'un avenir au cours duquel les Tonga seront influencés par les puissances coloniales, mais les seuls parmi les autres nations insulaires de la région à ne pas être territorialement colonisés, conservant ainsi jusqu'aujourd'hui la même monarchie constitutionnelle indépendante.
John et Sarah Thomas rentrèrent en Angleterre en 1851. Sans surprise, il leur fut difficile de s'y réinstaller. Le couple décida finalement de retourner aux Tonga entre 1856 et 1859. A son retour en Angleterre, Thomas travailla en tant que ministre surnuméraire à Stourbridge où il resta jusqu'à sa mort en 1881.
Au cours de son long séjour dans le Pacifique Sud, Thomas découvre les massues tongiennes. Il apprécie tout particulièrement leurs qualités esthétiques et note soigneusement certaines de leurs fonctions religieuses. Il commence alors à les collecter de façon régulière et rassemble une importante collection dont certain exemplaire lui ont été donné par George Tupou lui-même.
"Aujourd'hui, le Roi m'a rendu visite et m'a donné une magnifique massue sculptée, appelée Hikuleo. Il me dit que ce dernier était le dieu vénéré à Uiha, l'une des îles principales de Haabai d'où cette massue lui était parvenue." John Thomas, 1843.
Le nombre important de massues de typologie fidjienne dans cet ensemble s'explique par ce que Mills (2009) appelle la "fidjianisation" des Tonga, ou fakafisi'i. Bien que les échanges entre les deux archipels étaient fréquents, ce phénomène, initié dans les années 1770 jusqu'au début du XIXème siècle, marque une appropriation par les Tongiens des techniques militaires fidjiennes, tant dans le choix des armes que dans les techniques de combat. Face à la fragmentation politique, l'archipel subissait un grand nombre de conflits internes. Cette situation politique étant particulièrement courante aux îles Fijdi, la population était renommée pour ses faits de guerre. Les grandes pirogues de guerre tongiennes étaient même, à défaut de trouver des arbres suffisamment grands, fabriquées par des tongiens aux Fidji, sous la direction de maîtres d'oeuvre fidjiens.
Comment expliquer le nombre relativement restreint de massues rapportées par Thomas, compte tenu de sa présence durant la première moitié du XIXème siècle, de son activité de missionnaire et de sa proximité avec George Tupou Ier? En comparant avec la vaste collection que von Hügel rassemble bien plus tard à la fin du XIXème siècle, la question mérite d'être posée. Soit le Révérend Thomas, en bon missionnaire, se devait de faire disparaitre les reliques d'une culture animiste qu'il devait convertir, soit les massues collectées ne sont pas juste des artefacts ou objets de curiosités mais plutôt des trophées; objets de prestige offerts par de puissants chefs ou objets de vénération emplis de mana ayant permis de remporter des batailles et de vaincre l'ennemi; autrement dit des hala. Son manuscrit précise d'ailleurs à plusieurs reprises que des hala lui furent offerts: "[Le prêtre a alors demandé à ce qu'on lui apporte sa massue appelée hala qui veut dire 'route' ou 'chemin', et il me l'a donné, témoignant alors sa servitude envers Dieu. Car la massue qu'il m'a donnée était ce qu'il utilisait pour appeler le divin, c'était la route, le chemin pour l'esprit." Voir Neich (Tongan figures: From goddesses to missionary trophies to masterpieces, pp.256-259).
Tonga : Histoire, témoignages et la collection du Révérend John Thomas
En 1872, cinq ans après la mort de sa femme Sarah, John Thomas pris pour épouse Esther Matthews, sa gouvernante. Il eut alors un second fils, John William Thomas. Son premier fils, aussi appelé John, mourut à Tonga ds l'âge de 8 ans. Le testament de John Thomas avait pour priorité de supporter financièrement sa toute nouvelle famille, je le cite : "je souhaite donner à ma chère femme Esther Thomas tous mes biens, incluant mon linge de maison, porcelaine, manuscrits, journaux intimes, et curiosités demeurant à ma maison de Stourbridge".
En 1891, dix ans après la mort de John Thomas, et après la mort à neuf ans de John William Thomas des suites d'une pneumonie en novembre 1884, Esther Thomas se remaria. Il semble que cette dernière n'ait laissé aucun testament mais nous savons que les manuscrits et journaux cités précédemment ont été transmis à la Methodist Missionary Society puis à la School of Oriental and African Studies de l'Université de Londres où ils se situent actuellement. Parmi les "curiosités" dont Esther a héritées, on trouve un ensemble d'objets tongiens qu'elle a décidé de restituer à la famille de John Thomas. Mme Edith Thomas les reçus ensuite de son frère Alfred Thomas à la mort de ce dernier en 1935. Ces objets étaient alors accrochés au mur de la maison de sa fille jusqu'à la fin des années 1960 puis ensuite mis en réserve. On ne connaissait que peu de choses sur ces objets hormis le fait que c'était "les massues du Révérend John Thomas" et que certaines d'entre elles lui avaient été données par le premier roi de Tonga qu'il a lui-même baptisé, et qu'un livre a été écrit sur lui par G. Stringer Rowe, publié en 1885 et intitulé A Pioneer. C'est tout ce qu'on savait sur lui. Cette étude cherche alors à rassembler toutes les recherches que j'ai pu faire sur ces massues, recherches mises en relations avec les informations contenues dans les propres écrits de John Thomas.
Sources
Il n'y a, malheureusement, aucun lieu où sont rassemblés les écrits de John Thomas et il est donc difficile de les référencer et comparer. D'ailleurs, on retrouve dans ses écrits plusieurs versions différentes du même événement qu'il soit décrit dans ses lettres, ses rapports officiels, son journal intime et ses notes. Certains de ces écrits ont été publiés dans les recueils de missionnaires de l'époque, souvent avec quelques remaniements. Quelques-uns ont été numérisés et certains extraits peuvent être retrouvés sur internet. Les journaux authentiques sont, quant à eux, seulement accessibles au public sur microfiche et peuvent être consultés la bibliothèque de la School of Oriental and African Studies de l'Universit de Londres. Il faut noter que cette méthode de recherche nécessite un temps considérable puisqu'il s'agit de lire une écriture parfois indéchiffrable et que l'encre a eu tendance se déposer sur plusieurs pages rendant alors la lisibilité impossible. Il existe une quantité considérable d'écrits pris à la main qui recouvrent plusieurs années de travail. Les journaux détaillant les périodes de 1825-1841 ont été partiellement transcrits et ces transcriptions sont conservées par la State Library of New South Wales(1). Ces dernières nous intéressent plus particulirement puisqu'elles décrivent la période de transition entre l'hégémonie de l'ancien et du nouvel ordre politique tongien.
Il existe d'autres publications faisant référence aux journaux originaux de John Thomas qui recensent de manière plus spécifique l'acquisition de massues. Parmi ces documents figure l'ouvrage Tongan Figures : from goddesses to missionary trophies to masterpieces de Roger Neich (Auckland Museum). Celui-ci fait plusieurs fois référence au Révérend John Thomas et dans une section intitulée "Clubs as vehicles for the gods", on peut lire la tendance de ce dernier à collecter des massues utilisées lors de rites religieux aux Tonga afin certainement de donner plus d'importance à la nouvelle religion sur l'ancienne en faisant disparaitre les éléments de l'ancienne religion.
Témoignages anciens
Avant d'en savoir plus sur les informations fournies sur ces massues, il semble important de décrire plus précisément l'environnement dans lequel John Thomas vivait. Pour ce faire, il n'ait pas de meilleure source que l'ouvrage intitulé An account of the natives of the Tonga islands in the South Pacific Ocean. Ce livre nous expose les aventures de William Mariner, habitant de Tonga entre 1806 et 1810. Mariner était un employé de 15 ans sur le navire Port-au-Prince à la fois en tant que baleinier et corsaire. Il détenait une lettre de marque de la part du gouvernement britannique qui l'autorisait à agir contre les ennemis de l'Angleterre (surtout les français et les espagnols), et à capturer leurs navires au passage. Si le Port-au-Prince ne parvenait pas à capturer de navire, il se livrait à la pêche à la baleine.
En 1806, après plusieurs mois tumultueux de lutte contre les espagnols en Amérique du Sud et suite à la mort de son capitaine, le Port-au-Prince, destiné à la pêche à la baleine, fut alors commandé par M. Brown. Le navire avait pour objectif d'aller jusqu'à Tahiti mais alla trop à l'ouest coulant dangereusement, et vira donc vers Tonga pour accoster à Lifuka, île appartenant à l'archipel Ha'apai, c'est-à-dire au même endroit où le Capitaine Cook arriva et où John Thomas allait arriver en 1829.
Certainement leurré par le nom que le capitaine Cook avait donné à ces îles (les "Friendly islands"(2)) et par le fait que les tongiens l'aient accueilli de manière très amicale, aucune espèce de vigilance ne fut mise en uvre par le capitaine(3). Malgré les avertissements de quelques hawaiiens à bord qui avaient pris conscience de l'hostilité des intentions des habitants, plusieurs tongiens purent monter à bord et, de surcroit, armés. La situation fût aggravée par le manque complet de discipline de l'équipage, empêchant M. Brown d'éviter aux hommes d'aller à terre sans aucune protection. Sous ces circonstances, le bateau fut une cible facile et 300 tongiens abordèrent et tuèrent 26 marins. Les 34 survivants n'ont été préservés que dans le but de pouvoir faire fonctionner les canons du navire, objets de l'attaque.
Le chef qui organisa l'assaut du Port au Prince, Finau 'Ulukalala, se lia d'amitié avec Mariner jusqu'à ce qu'il l'adopte comme son propre fils, lui donnant alors le nom de Tokiukamea autrement dit 'Axe-de-fer'. Mariner vécu à Tonga pendant les quatre années qui suivirent au sein d'une classe sociale très privilégiée avant de s'chapper. A son retour en Angleterre, il rencontra John Martin, un médecin, qui nota dans un livre toutes leurs conversations. Ce document reste encore la première source d'information sur l'archipel des Tonga préchrétienne.
John Thomas avait lu ce document sur les expériences de Mariner, certainement pour en savoir plus sur la vie à Tonga et sur la grammaire de la langue parlée sur l'île. Il rencontra aussi plusieurs protagonistes selon les notes de son journal datées du 7 février 1827(4), 1er septembre 1831(5), et 1er octobre 1831(6).
Tout d'abord, le volume 2 du livre de Mariner nous donne une description succincte des prêtres tongiens :
"Les prêtres ou Fahe-Gehe. Le terme fahe-gehe veut dire rompre, séparer, distinct de, et est utilisé pour définir un prêtre ou un homme ayant une âme ou un esprit différent des autres, et ayant les capacités de disposer des dieux pour l'inspirer. Ces inspirations, sur lesquelles un compte rendu a été donné dans le volume 1 p.105, se passent souvent de telle manière que le prêtre reçoit la même déférence et le même respect que s'il était le dieu lui-même. Si le roi est présent à ce moment-là, il se retire jusqu'à une certaine distance et s'assoit parmi le public. C'était le cas par exemple de Veachi(7) ou encore du chef divin Tooitonga. Car en effet, à ce moment précis, le dieu est considéré comme incarné dans le corps du prêtre, et parle à travers sa bouche. Mais à d'autres moments, un prêtre n'a d'autres avantages que ceux du rang social dans lequel il est né. Généralement, ces prêtres appartiennent au rang des chefs, ou au Matabooles(8) (hommes d'un rang proche de celui des chefs), même si parfois les grands chefs sont aussi visités par les dieux. Le roi lui-même, par exemple, a été incarné par Tali-y-toobo, le chef des dieux".
Regardons maintenant le volume 1 p.105 où on peut lire une description plus précise de ce rituel :
"La nuit précédant la consultation de l'Oracle, le chef ordonne à ses cuisiniers de tuer et préparer un cochon, remplir un panier d'ignames et récolter deux régimes de plantains mûrs. Le lendemain matin, une fois que tout est prêt, les aliments sont transportés vers le prêtre, qui est parfois informé des événements, parfois non. Le chef et les Matabooles s'entourent alors de nattes. Si le prêtre se trouve dans une maison, ce dernier se place alors de manière à ce que tout le monde le voit, s'il est loin et sur une parcelle de terre appropriée alors les Matabooles forment un cercle, ou plutôt un ellipse, laissant alors un espace considérable entre eux et le prêtre. Au sein de ce cercle est assis l'homme qui prépare le kava, racine ayant été précédemment mâchée par les cuisiniers et par d'autres assis derrière lui. Derrière eux encore se trouve le chef mélangé au reste de la population de manière afficher sa modestie face aux dieux.
Une fois que tout le monde est prêt, le prêtre est alors considéré comme incarné par le dieu. Il reste silencieux, les mains jointes, les yeux baissés et reste immobile pendant un certain temps. Pendant ce temps-là, les victuailles sont partagées, le kava continue à être préparé et les Matabooles commencent à le consulter. Parfois, le prêtre leur répond et parfois non. Quoi qu'il arrive, il reste dans la même position. Généralement, ce dernier ne prononce rien avant que le repas et le kava ne soit finis. Quand il se met à parler, il commence très doucement et d'une voix chancelante puis sa voix s'élève pour atteindre un son normal et même souvent plus fort. Tout ce qu'il dit est compris comme étant la parole du Dieu et il parle à la première personne comme s'il était le Dieu lui-même. Tout ce rituel se passe dans le calme et sans agitation apparente mais parfois il arrive que son visage devienne féroce et enflammé, et que tout son corps s'agite de sentiments intérieurs profonds. Il est alors pris d'un tremblement, et commence à transpirer, ses lèvres noires se convulsent. Au bout d'un certain temps, on voit des larmes couler sur son visage, son torse se soulève avec grande émotion et son énonciation en est altérée. Ces symptômes se calment alors au fur et à mesure. Avant que cet état second n'atteigne son paroxysme et juste après qu'il soit passé, le prêtre mange souvent autant que quatre hommes affamés. Le prêtre reste alors calme et prend une massue placée devant lui, la retourne et la regarde attentivement. Il lève ensuite son regard très sérieusement, et le pose à droite puis à gauche plusieurs fois. Au bout d'un certain temps, le prêtre soulève la massue et, après un moment d'arrêt, frappe avec beaucoup de force le sol ou la maison. Immédiatement, le Dieu quitte son corps, le prêtre se lève et se mélange au reste de la population".
Concernant ce rituel se finissant par la frappe de la massue, voici ce que le Révérend Walter Lawry(9) écrit:
"J'ai en ma possession, parmi les reliques de Mua, une massue qui appartenait aux prêtres depuis plusieurs générations, son nom est halah autrement dit 'chemin'. Quand les chefs venaient consulter le prêtre, cette massue sacrée était sortie, le prêtre était incarné par la divinité et délivrait son message, parfois de façon enragée ou au contraire, calme. On frappe alors la massue sur la poutre de la maison puis le fahe gehe se retire comme il l'entend. Cette massue est donc un fahe gehe sacré, ou "dieu" de Tonga. J'ai d'autres objets avec moi mais ceux-ci ne valent aucune description, car leur qualités sont les mêmes que celles déjà citées avec quelques variations".
Le journal officiel de John Thomas à la date du 2 mai 1833 nous expose la banalité de ce rituel:
"A notre retour, nous avons rendu visite à Fae, mais comme ils étaient en pleine réunion spirituelle nous avons pensé plus juste d'attendre que celle-ci soit finie. L'un d'entre nous s'approcha de la réunion pour en savoir plus et nous a informés que Takai, le frère aîné de Fae, était allé voir ce dernier quand il était inspiré. L'esprit leur a fait comprendre que c'était sous son influence que la vie de Fae était si longue. Un des Matabules l'a remercié de sa venue. Ils ont alors préparés du kava et l'homme l'a incité à épargner la vie du chef car il pouvait leur servir. L'esprit a répondu que ce n'était pas de son ressort mais de celui du eiki tahi, probablement Taufa tahi(10). Juste après, ils ont bu du kava et l'esprit les a laissés. Un grand coup nous assura que l'esprit était parti et nous nous sommes rapprochés. Fae et sa femme m'ont alors reçu, je me suis assis et j'ai parlé...".
A propos des massues acquises par John Thomas
Maintenant, voyons ce qu'écrit John Thomas à propos de l'acquisition de ces massues:
1.Cette note est datée du samedi 26 décembre 1830 et elle est citée dans le "Missionary Herald", volume 28, page 340:
"A huit heure, nous nous sommes rassemblés pour vénérer Dieu ; la maison ne pouvant contenir tout le monde, plusieurs personnes s'étaient assises dehors. J'étais heureux de voir autant d'hommes aux cheveux blancs devenir sages, l'un d'eux était un Matabule respecté ; le chef et moi-même lui avaient rendu visite la veille au village appelé Ahau. Nous lui avons parlé dans l'objectif qu'il se tourne vers Jehovah. Le vieil homme a accepté ce que nous lui disions ; il a alors demandé ce qu'on lui apporte sa massue appelée hala qui veut dire 'route' ou 'chemin', et il me l'a donné, témoignant alors sa servitude envers Dieu. Car la massue qu'il m'a donnée était ce qu'il utilisait pour appeler le divin, c'était la route, le chemin pour l'esprit. Le pauvre vieil homme était présent à la chapelle aujourd'hui et a publiquement renoncé à sa profession de prêtre pour le diable et s'est soumis à Dieu notre Seigneur. Beaucoup d'autres personnes ont fait de même et nous espérons convertir l'ensemble du village ainsi que toutes les les mais c'est Dieu lui-même qui choisit ou non d'accélérer cette conversion. Dans l'après-midi, le chef Mataili était encore présent ainsi que plusieurs de ses hommes; Gloire à Dieu pour ce que l'on peut voir ici, c'est une récompense à toutes nos souffrances. Ici, un village entier se tourne de Satan vers Dieu, nous avons convertis le prêtre et ses amis, le reste suivra. Puisque nous avons pris leurs dieux, ils ne pourront se détacher, car qu'ont-ils d'autre ?".
Le journal de Thomas donne aussi une autre version de cet événement :
"J'ai accompagné le chef hier au village appelé Ahau, village peuplé que je connais déjà, et il y prêcha pour notre Seigneur, en disant qu'il avait attendu de long mois sans qu'ils ne se convertissent. Après quelques temps, la personne en charge demanda à ce que l'on apporte du kava ainsi qu'une sorte de massue qu'ils appellent hala pour être placés aux pieds du chef et ensuite, on me les donna. Je rendis alors le kava et il fût bu. Le chef leur parla très agréablement et ils avaient l'air d'obéir. Aujourd'hui était la preuve que ce qu'il a été dit a été compris puisque Mataili et plusieurs autres habitants étaient présents pour se donner pour la première fois Jehovah, Dieu unique. Mataili était le représentant du dieu Fakailaloatonga(11) et la massue qu'il m'a donnée appelée hala (qu'on peut traduire par 'la route' ou le 'chemin') était utilisée par Mataili quand l'esprit venait à lui. Il [frappa](12)) la partie Nord de la maison et dans la même manière que lorsqu'il prit son départ, l'homme armé et puissant est alors lié, et ses dieux dépérissent".
2.En septembre 1831:
"Le dieu Havea(13) adoré par la famille de Fakauulolo était reprsenté par une très belle massue en bois de fer, plus connue comme étant sous la propriété du chef qui était lui-même devenu croyant de Jehovah grâce au travail des missionnaires. Lazarus Vea, un des chefs et un membre de mon rang et parent du chef cité plus haut, et qui était lui croyant du dieu Havea, a supplié son dieu avant qu'il ne parte en disant qu'il voulait le donner aux missionnaires apportant la connaissance du vrai Seigneur. Ce dieu fut donc alors rapidement abandonné et amené à moi. Je le reçu et je l'ai gardé tel un trophe gagné justement de la main des ennemis (14)".
Les notes du journal officiel de Thomas du 9 septembre 1831 nous décrivent ce qui suit:
"Lasalosi m'a amené une massue appelée Hala ou plutôt 'chemin', et celle-ci selon lui, était adorée par lui et sa tribu comme étant le dieu. Il est allé trouver le chef Fakatalola au moment de sa visite Vavow et lui a demandé où était le dieu qu'il vénérait autrefois pour qu'il puisse me le donner, et Fakatalola lui amena rapidement. Je reçu la massue volontiers et promis d'en prendre soin. C'est une massue faite en une sorte de bois appelé toa, habilement sculptée et visiblement crée il y a longtemps. Le nom du dieu que la massue représente est Havea, dieu qui a été adoré des centaines de fois et traité comme leur dieu tout puissant. On lui offrait régulièrement de la nourriture, du kava, des nattes etc. etc. Personne n'avait le droit de l'approcher et devait faire une grande révérence face à lui. Il était recherché par tous les membres de la tribu quelle que soit l'occasion, mais surtout quand quelqu'un était malade, des doigts devaient être coupés et donnés au Dieu".
3.Un mois plus tard, sur l'île de Taunga au sein du groupe Vava'u, Thomas écrit:
"J'ai demandé à propos du dieu sur cette île, étant une île assez connue par les voyageurs. La vieille dame m'a expliqué que le Dieu avait été emmené à Tonga, mais elle mentait à ce propos puisque le Dieu était toujours dans la maison tout près et j'appris que cette dame était la prêtresse, et qu'elle avait évidemment peur que je fasse n'importe quoi avec ce pauvre dieu, surtout tant donné que le roi s'était converti. J'étais donc parti voir cette maison du Dieu et je vis que le Dieu s'y trouvait, une très belle massue sculptée en bois de fer. A partir de là, la dame fit tout ce qu'elle put sans jamais m'insulter pour m'empêcher de voir l'intérieur du bâtiment mais j'ai prétendu être son ami et personne ne sait que j'ai posé mes mains sur ce qui n'était pas mien - mais le Seigneur avait jugé les dieux Vavau - et il n'y avait aucune place pour eux(16)".
Après cela, Roger Neich cite Thomas: "Tout le monde pensait que les dieux de cet endroit serait bientôt des objets vendables, et Mafi fut autorisé à acquérir l'idole dès que Kaho serait d'accord pour s'en séparer pour ensuite me la faire parvenir".
La partie date du 11 octobre 1831 du journal officiel de Thomas comporte:
"Tanga est une le plutôt jolie qui était considérée comme très sacrée car elle était le lieu supposé de résidence du grand dieu que tout le monde vénérait. J'ai ordonné à Mafi de me procurer le dieu dès que la vieille dame s'en lassait. C'est une massue sculptée très soigneusement. Je suis certain que notre visite à Tanga ne sera pas vaine".
Pour ce qui est du 20 octobre on peut lire: "J'ai fait allusion à Vinau que le diable se trouve à Tanga et qu'il ferait bien de la mettre de côté et s'il n'a pas d'objections, de me laisser le dieu ou 'hala' comme il est appelé".
4.Samedi 18 novembre 1843:
"Aujourd'hui le roi m'a rendu visite et m'a donné une très belle massue appelée Hikuleo. Celle-ci, selon-lui, était le dieu adoré à Uiha, une des principales îles de l'archipel Haabai. Hikuleo est le nom du diable(17)".
Pour citer une nouvelle fois Roger Neich : "A part cette seule référence une massue représentant Hikule'o(18), le rôle des massues en étant que véhicules de dieu est très bien documenté par Thomas dès ses premières années à Tonga. Comme il l'écrit : 'En outre la plupart des dieux avait ce qu'on appelait le hala, ou chemin, qui était une massue sculptée des plus sacrée, par laquelle le dieu était censé incarner le prêtre."
Conclusion
Un examen des journaux de John Thomas, et plus particulièrement des passages cités par Roger Neich, nous prouvent que Thomas avait un intérêt particulier à collecter des massues utilisées par les prêtres lors de rituels. Il reçut à deux reprises des massues des mains de Taufa'ahau, devenu plus tard le roi George Tupou 1er. La première massue, utilisée pour invoquer le dieu Fakailoatonga, fut reçue le 26 décembre 1830 ("ces objets furent mis aux pieds du chef qui me les donna"), et la seconde, utilisée pour invoquer le dieu Hikuleo, fut reçue le samedi 18 novembre 1843. Ceci coïncide avec la légende familiale, transmise par John Thomas à Esther Thomas, Alfred Thomas, Edith Thomas et jusqu'au propriétaire actuel, qui raconte que certaines de ces massues ont été données à John Thomas par le premier roi de Tonga. Malheureusement, ses descriptions des massues tant si brâves, il est impossible de faire correspondre les objets aux notes prises dans le journal. De plus, ces journaux d'après 1835 n'ont été examinés qu'en partie pour cette étude du fait des difficultés d'ordre pratique. Il est donc possible que d'autres informations pertinentes s'y trouvent. John Thomas a vécu Tonga entre 1826 et 1850 et aussi entre 1856 et 1859. Il est impossible de dater précisément l'acquisition de ces massues avec certitude.
N.A.
Repères bibliographiques
Niel Gunson, 'Thomas, John (1797-1881)', Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press. Biographie succinte de John Thomas.
Niech Roger, "Tongan Figures: from goddesses to missionary trophies to masterpieces".Une étude des usages religieux, des idoles et massues.
Dr Janet Louisa Luckcock, "Thomas of Tonga, 1797-1881: The unlikely pioneer", these doctorale, The Open University, 1990, ISBN 0 946550 85 9
Une étude accessible sur John Thomas, ses difficultés et ses réussites. Celle-ci prend clairement partie pour Thomas réfutant les accusations faites contre lui par ses ennemis. Ce livre n'est malheureusement plus édité. Il est conservé à la British Library sous la référence YK.1993.a.10196 et une permission est à obtenir de la part de la Methodist Publishing House pour en avoir une copie.
G. Stringer Rowe, "A Pioneer - Memoir of the Rev. John Thomas"
Ce livre n'est plus soumis aux droits d'auteurs et une version numérique est accessible sur internet.
H. G. Cummins, "Holy War: Peter Dillon and the 1837 Massacres in Tonga"
Source: The Journal of Pacific History, Vol. 12, No. 1 (1977), pp. 25-39
Un examen des événements entourant les accusations de bellicisme qui ont été faites contre les wesleyiens et Thomas en particulier, avec une explication sur les circonstances et les preuves des deux côtés.
Dr Nigel Statham, "A History of Tonga as Recorded by Rev. John Thomas".
Il s'agit de l'ensemble le plus vaste des écrits de John Thomas contenant plusieurs descriptions de traditions locales dont il a été témoin à Tonga, ainsi que des généalogies de personnes importantes, des mythologies, de la géographie et un compte rendu des dieux ainsi qu'une description du processus de christianisation à Tonga jusqu'en 1842. C'est est une source primaire majeure sur l'histoire de Tonga mais jusqu'ici elle a seulement été accessible dans les manuscrits originaux ou par microfilms à la bibliothèque.
(1)https://acms.sl.nsw.gov.au "John Thomas - journals, 1825-1841 and Sarah Thomas - journal, 1825-1834, transcribed by Dr Janet Luckcock". Référence MLMSS 6228. Après mai 1835, le journal official est résumé plutôt que transcript. La transcription de son journal privée s'acheva en décembre 1835. (2)Cook échappa de peu à la mort lors de sa visite, bien qu'il ne l'ait jamais su. Voir Mariner, Vol. II
(3)L'attaque des navires et de leur équipage était courante, la précaution était donc de mise. Voir "The State and the Church, the State of the Church in Tonga", Thèse de Heneli T. Niumeitolu, University of Edinburgh, 2007. Voir également (page 3) Fijian Weapons and Warfare par Fergus Clunie à propos des précautions prises par les navires marchands lors d'escales aux Fijdi à cette époque - précautions également valables pour un arrêt aux Tonga. (4)" Mafe Habe (?) nous rendit visite aujourd'hui, elle était l'une des femmes du défunt Finow, roi des Hapais, et la personne que Mariner considérait comme sa mère et qu'elle appelait son fils. Elle devait être jeune lorsque Mariner était ici, elle n'était absolument pas une vieille femme aujourd'hui, pas plus de trente-sept ou huit, c'est une belle femme. Elle nous apporta un morceau de Gnatoo et était accompagné par deux de ses enfants et l'une des femmes de Hohela. Depuis la mort de Finow son mari, elle s'est marié à nouveau avec Vuki, un homme qui l'appréciait beaucoup selon Mariner".
(5)"J'ai décidé d'aller visiter un petit village plus loin appelé Koula afin de voir les tombes des hommes du Port-au-Prince, tus cet endroit il y a environ 25 ans, mais j'ai été informé par le doyen que le Capitaine Brown et les autres hommes furent assassins et enterrés dans le sable de la plage".
(6)Ici, je rencontra William Brown, le britannique ayant appartenu à l'équipage de l'infortun Port-au-Prince. Il est un petit homme et semble être au déclin de sa vie, ayant attrapé certaines maladies des natifs."
(7)Un grand chef censé descendre directement de dieu, un rang seulement en dessous de Tooitonga et supérieur à tous les autres chefs.
(8)Les Matabooles (ou Matabules ou Matapules) ont un rang juste en dessous de celui du chef, ils agissent en tant que compagnons et conseillers. (9)Friendly and Feejee Islands: a missionary visit to various stations in the South Seas : in the year MDCCCXLVII par Walter Lawry, page 260.
(10)"Taufa of the Sea". Voir Journal of the Polynesian Society, "Notes on Tongan religion", Part II, par E. E. V. Collocott (11)Fakailoatonga est la personnification d'un célèbre chef difi. Voir Journal of the Polynesian Society, "Notes on Tongan religion", Part I, par E. E. V. Collocott.
(12)Un mot est manquant dans la transcription de Janet Luckcock, probablement parce qu'il était indéchiffrable. Il serait difficile d'utiliser ici un autre verbe que "frapper". Une visite à la SOAS permettrait de clarifier cette question. Il est intéressant de noter qu'il est indiqué que la massue frappe au début et à la fin du rituel.
(13)"Havea of the Underworld". Voir Journal of the Polynesian Society, "Notes on Tongan religion", Part I, par E. E. V. Collocott (14)"Tongan Figures: from goddesses to missionary trophies to masterpieces" par Roger Neich.
(15)Désignant l'île principale de Tongatapu.
(16)"Tongan Figures: from goddesses to missionary trophies to masterpieces" par Roger Neich.
(17)Ibid
(18)Dans la mythologie tongienne, Hikuleo est le dieu de l'au-del. Voir Journal of the Polynesian Society, "Notes on Tongan religion", Part I, par E. E. V. Collocott
Appuie-tête, Kali Kali Headrest
TONGA
已結束2013年12月10日
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專家說明
Le mana étant concentré dans la tête d'un homme, l'appui-tête était un objet particulièrement sacré. L'exemplaire de la collection Thomas se distingue par son élégance, sa patine intense et par son équilibre proche de la perfection. Voir Little (et.al, 2006, p.259) pour trois appuis-tête kali comparables collectés par Cook.