拍品專文
Le 8 novembre 1784, ces deux étagères d'encoignure de Jean-Henri Riesener franchissent les portes du palais des Tuileries pour rejoindre les appartements de la Reine Marie-Antoinette.
La commande est précisément documentée dans les archives du Garde-Meuble royal. Bonnefoy Du Plan, intendant du Garde-Meuble de la Reine, passe le 21 octobre 1784 la commande suivante : « M. Riesener fera et livrera le 8 du mois de novembre six encoignures ouvertes avec les tablettes en marbre blanc et six gradins en encoignure suivant les mesures que je luy ai donné, le tout en bois d'acajou, pour les deux garderobbes des petits appartements de la Reine aux Thuileries. ».
Cette commande, parmi laquelle figurent nos deux "gradins en encoignures" est intégrée au Garde-Meuble privé de la Reine, mais est finalement réglée par le Garde-Meuble de la Couronne et figure ainsi dans son Livre-Journal, sous le numéro 653. Parmi les six autres encoignures, basses, ouvertes et munies de tablettes en marbre blanc, une paire est illustrée dans l'ouvrage de Pierre Verlet, Le mobilier royal français, vol. IV. Paris, 1990, p. 105, aujourd'hui conservée dans une collection privée. Une autre, inscrite du numéro 3365⁄6 a été vendue au sein de la collection de l'ambassadeur Raymond Guest chez Christie’s à Paris, le 22 avril 2013, lot 45. Une quatrième encoignure qui semble semble avoir été identifiée comme faisant partie des six a été vendue chez Christie's à Paris le 22 mai 2019, apportant un éclairage supplémentaire sur la dispersion de cet ensemble royal.
Le mémoire de Riesener, établi pour le second semestre de 1784, apporte des précisions particulièrement éclairantes sur la conception des six étagères d'encoignure :
"Riesener 2° semestre 1784. Appartement de la Reine au château des Thuilleries...
N° 653. (...)
Six encoignures a gradin de bois d'acajou de 3 pieds de haut sur 11 pouces d'équér composé de quatre tablettes de diférent grandeur pour recevoir des vazes de porcelaine, les côte découpé à jour, pour ce 96 l. chacun valent les six la somme de .........576 livres."
Ce mémoire met particulièrement en exergue leur décor, ces « côte découpé à jour », et leur fonction destinées expressément « pour recevoir des vazes de porcelaine ».
Ces deux étagères portent également la marque au feu couronnée au double G du Garde-Meuble royal de la Couronne. Si cette marque a longtemps souffert d'une mauvaise lecture, entre des identifications erronées au château de Compiègne, à l'hôtel de Coigny ou encore au palais des Tuileries, les travaux de Renaud Serrette, inspecteur des collections au Mobilier national, ont permis de démontrer qu'elle a en réalité été appliquée par le Garde-Meuble royal sur certains meubles livrés directement sur place par des artisans, sur des meubles en cours de transfert entre deux affectations, ou encore sur des meubles se trouvant dans ses magasins pour une durée plus longue (R. Serrette, « Le mystère des Doubles G couronnés enfin élucidé », Les études inédites de l'Objet d'art, octobre 2024, p. 70-75).
Ces deux étagères portent également l’inscription ‘3366.6’ à l’encre, correspondant au type de numéro généralement apposé sur les oeuvres lors de leur arrivée au Garde-Meuble, et reporté sur son livre-journal, qui mentionnait toutes les entrées et sorties d'objets de ces entrepôts. Minutieusement tenu depuis le milieu du XVIIe siècle, ce registre s’arrête brutalement en 1784 lorsque Thierry de la Ville d’Avray prend la direction du Garde-Meuble royal et transforme l’ensemble du système d’inventaire. Le dernier meuble d’ébénisterie répertorié de l’année 1784 dans ce journal semble être le numéro ‘3350’, ce qui indique que notre paire d’étagères a été livrée quelques mois plus tard. Il s’agit surtout d'une preuve supplémentaire de sa datation : si ses courbes et contre courbes pouvaient laisser penser à une oeuvre de la période Transition, voire presque du règne de Louis XV, l’emploi unique de l’acajou et l’absence de bronzes confirment une date de création vers 1784.
Cette commande permet de replacer les deux meubles dans le contexte de la production de Riesener à la fin de l'Ancien Régime. Reçu maître en 1768, Jean-Henri Riesener devient rapidement l'un des principaux fournisseurs de la Couronne et de la famille royale. Son exceptionnelle maîtrise de l'acajou, matériau particulièrement apprécié dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, lui permet de concevoir des meubles d'une grande élégance, dont la sobriété apparente repose sur une exécution particulièrement soignée. Ici, l'absence de bronzes dorés et le recours exclusif à l'acajou mettent en valeur la pureté de la silhouette et surtout la remarquable virtuosité des découpes ajourées. La destination de ces gradins est également révélatrice du goût de Marie-Antoinette pour les porcelaines : leurs quatre tablettes, de dimensions différentes, permettaient de présenter des vases de formats variés dans les garde-robes de ses appartements privés aux Tuileries.
La découverte de cette commande constitue ainsi un témoignage particulièrement précieux de la production de Jean-Henri Riesener pour la famille royale, de l'aménagement des appartements de Marie-Antoinette au palais des Tuileries, mais aussi de la vie intime de la Reine à la veille de la Révolution française.
La commande est précisément documentée dans les archives du Garde-Meuble royal. Bonnefoy Du Plan, intendant du Garde-Meuble de la Reine, passe le 21 octobre 1784 la commande suivante : « M. Riesener fera et livrera le 8 du mois de novembre six encoignures ouvertes avec les tablettes en marbre blanc et six gradins en encoignure suivant les mesures que je luy ai donné, le tout en bois d'acajou, pour les deux garderobbes des petits appartements de la Reine aux Thuileries. ».
Cette commande, parmi laquelle figurent nos deux "gradins en encoignures" est intégrée au Garde-Meuble privé de la Reine, mais est finalement réglée par le Garde-Meuble de la Couronne et figure ainsi dans son Livre-Journal, sous le numéro 653. Parmi les six autres encoignures, basses, ouvertes et munies de tablettes en marbre blanc, une paire est illustrée dans l'ouvrage de Pierre Verlet, Le mobilier royal français, vol. IV. Paris, 1990, p. 105, aujourd'hui conservée dans une collection privée. Une autre, inscrite du numéro 3365⁄6 a été vendue au sein de la collection de l'ambassadeur Raymond Guest chez Christie’s à Paris, le 22 avril 2013, lot 45. Une quatrième encoignure qui semble semble avoir été identifiée comme faisant partie des six a été vendue chez Christie's à Paris le 22 mai 2019, apportant un éclairage supplémentaire sur la dispersion de cet ensemble royal.
Le mémoire de Riesener, établi pour le second semestre de 1784, apporte des précisions particulièrement éclairantes sur la conception des six étagères d'encoignure :
"Riesener 2° semestre 1784. Appartement de la Reine au château des Thuilleries...
N° 653. (...)
Six encoignures a gradin de bois d'acajou de 3 pieds de haut sur 11 pouces d'équér composé de quatre tablettes de diférent grandeur pour recevoir des vazes de porcelaine, les côte découpé à jour, pour ce 96 l. chacun valent les six la somme de .........576 livres."
Ce mémoire met particulièrement en exergue leur décor, ces « côte découpé à jour », et leur fonction destinées expressément « pour recevoir des vazes de porcelaine ».
Ces deux étagères portent également la marque au feu couronnée au double G du Garde-Meuble royal de la Couronne. Si cette marque a longtemps souffert d'une mauvaise lecture, entre des identifications erronées au château de Compiègne, à l'hôtel de Coigny ou encore au palais des Tuileries, les travaux de Renaud Serrette, inspecteur des collections au Mobilier national, ont permis de démontrer qu'elle a en réalité été appliquée par le Garde-Meuble royal sur certains meubles livrés directement sur place par des artisans, sur des meubles en cours de transfert entre deux affectations, ou encore sur des meubles se trouvant dans ses magasins pour une durée plus longue (R. Serrette, « Le mystère des Doubles G couronnés enfin élucidé », Les études inédites de l'Objet d'art, octobre 2024, p. 70-75).
Ces deux étagères portent également l’inscription ‘3366.6’ à l’encre, correspondant au type de numéro généralement apposé sur les oeuvres lors de leur arrivée au Garde-Meuble, et reporté sur son livre-journal, qui mentionnait toutes les entrées et sorties d'objets de ces entrepôts. Minutieusement tenu depuis le milieu du XVIIe siècle, ce registre s’arrête brutalement en 1784 lorsque Thierry de la Ville d’Avray prend la direction du Garde-Meuble royal et transforme l’ensemble du système d’inventaire. Le dernier meuble d’ébénisterie répertorié de l’année 1784 dans ce journal semble être le numéro ‘3350’, ce qui indique que notre paire d’étagères a été livrée quelques mois plus tard. Il s’agit surtout d'une preuve supplémentaire de sa datation : si ses courbes et contre courbes pouvaient laisser penser à une oeuvre de la période Transition, voire presque du règne de Louis XV, l’emploi unique de l’acajou et l’absence de bronzes confirment une date de création vers 1784.
Cette commande permet de replacer les deux meubles dans le contexte de la production de Riesener à la fin de l'Ancien Régime. Reçu maître en 1768, Jean-Henri Riesener devient rapidement l'un des principaux fournisseurs de la Couronne et de la famille royale. Son exceptionnelle maîtrise de l'acajou, matériau particulièrement apprécié dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, lui permet de concevoir des meubles d'une grande élégance, dont la sobriété apparente repose sur une exécution particulièrement soignée. Ici, l'absence de bronzes dorés et le recours exclusif à l'acajou mettent en valeur la pureté de la silhouette et surtout la remarquable virtuosité des découpes ajourées. La destination de ces gradins est également révélatrice du goût de Marie-Antoinette pour les porcelaines : leurs quatre tablettes, de dimensions différentes, permettaient de présenter des vases de formats variés dans les garde-robes de ses appartements privés aux Tuileries.
La découverte de cette commande constitue ainsi un témoignage particulièrement précieux de la production de Jean-Henri Riesener pour la famille royale, de l'aménagement des appartements de Marie-Antoinette au palais des Tuileries, mais aussi de la vie intime de la Reine à la veille de la Révolution française.
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