PAIRE D'ÉTAGÈRES D'ENCOIGNURE ROYALE D'ÉPOQUE LOUIS XVI
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COLLECTION PRIVÉE EUROPÉENNE
PAIRE D'ÉTAGÈRES D'ENCOIGNURE ROYALE D'ÉPOQUE LOUIS XVI

PAR JEAN-HENRI RIESENER, LIVRÉE EN 1784 À MARIE-ANTOINETTE AU PALAIS DES TUILERIES

細節
PAIRE D'ÉTAGÈRES D'ENCOIGNURE ROYALE D'ÉPOQUE LOUIS XVI
PAR JEAN-HENRI RIESENER, LIVRÉE EN 1784 À MARIE-ANTOINETTE AU PALAIS DES TUILERIES
En acajou, les montants ajourés et légèrement mouvementés, à quatre étagères, marque au fer de deux 'G' entrelacés surmontés d'une couronne fermée et numéroté à l'encre '3366.6' au dos de chaque
H. 98 cm. (38 ½ in.) ; C. 29,5 cm. (11 ½ in.)
來源
Livrée le 8 novembre 1784 pour la garde-robe de l'appartement de Marie-Antoinette au Palais des Tuileries, 1784.
Collection Arturo López Willshaw, Neuilly-sur-Seine;
Puis par descendance ;
Vente Christie's Paris, 4 octobre 2012, lot 338 ;
Collection privée européenne.
出版
P. Verlet, Le mobilier royal français, vol. IV. Paris, 1990, p. 105
更多詳情
A PAIR OF ROYAL LOUIS XVI MAHOGANY ETAGÈRES D'ENCOIGNURE, BY JEAN-HENRI RIESENER, DELIVERED IN 1784 TO MARIE-ANTOINETTE TO THE PALAIS DES TUILERIES

On 8 November 1784, these two corner étagères by Jean-Henri Riesener passed through the doors of the Palais des Tuileries to take their place in the apartments of Queen Marie-Antoinette.

The commission is precisely documented in the archives of the Royal Garde-Meuble. On 21 October 1784, Bonnefoy Du Plan, intendant of the Queen’s Garde-Meuble, placed the following order:

“M. Riesener fera et livrera le 8 du mois d'octobre six encoignures ouvertes avec les tablettes en marbre blanc et six gradins en encoignure suivant les mesures que je luy ai donné, le tout en bois d'acajou, pour les deux garderobbes des petits appartements de la Reine aux Thuileries.”

This commission, which included our two “gradins en encoignures”, was entered into the Queen’s private Garde-Meuble, but was ultimately paid for by the Garde-Meuble de la Couronne and recorded in its Livre-Journal under number 653. Of the six other corner cupboards, which were low, open and fitted with white marble shelves, one pair is illustrated in Pierre Verlet’s Le mobilier royal français, vol. IV, Paris, 1990, p. 105, and is now held in a private collection. Another, bearing the number 3365⁄6, was sold as part of the collection of Ambassador Raymond Guest at Christie’s in Paris on 22 April 2013, lot 45. A fourth corner cupboard, which appears to have been identified as belonging to the original group of six, was sold at Christie’s in Paris on 22 May 2019, providing further insight into the dispersal of this royal ensemble.

Riesener’s account, drawn up for the second half of 1784, provides particularly revealing details about the design of the six corner étagères:

“Riesener 2° semestre 1784. Appartement de la Reine au château des Thuilleries...
N° 653. (...)
Six encoignures a gradin de bois d'acajou de 3 pieds de haut sur 11 pouces d'équér composé de quatre tablettes de diférent grandeur pour recevoir des vazes de porcelaine, les côte découpé à jour, pour ce 96 l. chacun valent les six la somme de .........576 livres
.”

This account draws particular attention to their decoration, described as “côte découpé à jour” (openwork sides), and to their intended purpose, explicitly stated as “pour recevoir des vazes de porcelaine” (to display porcelain vases).

These two étagères also bear the crowned double G brand of the Royal Garde-Meuble de la Couronne. Although this mark was long subject to misinterpretation, with various erroneous attributions to the Château de Compiègne, the Hôtel de Coigny and even the Palais des Tuileries, research by Renaud Serrette, curator at the Mobilier national, has demonstrated that it was in fact applied by the Royal Garde-Meuble to certain pieces of furniture delivered directly to their destination by craftsmen, to pieces being transferred between two locations, or to furniture held in its warehouses for longer periods (R. Serrette, ‘Le mystère des Doubles G couronnés enfin élucidé’, Les études inédites de l’Objet d’art, October 2024, pp. 70–75).

The two étagères also bear the ink inscription ‘3366.6’, corresponding to the type of inventory number generally applied to objects upon their arrival at the Garde-Meuble and subsequently entered in its journal, which recorded all incoming and outgoing items from its warehouses. Meticulously maintained since the mid-seventeenth century, this register came to an abrupt end in 1784, when Thierry de la Ville d’Avray took over the direction of the Royal Garde-Meuble and completely overhauled its inventory system. The last piece of cabinet furniture recorded in the journal for 1784 appears to bear the number ‘3350’, indicating that our pair of étagères was delivered some months later. Above all, this provides further evidence for their dating. While their sinuous curves might suggest a Transitional-period work, or even one dating almost from the reign of Louis XV, the exclusive use of mahogany and the absence of gilt-bronze mounts confirm a date of execution around 1784.

This commission places the two pieces within the context of Riesener’s production at the end of the Ancien Régime. Received as a master cabinetmaker in 1768, Jean-Henri Riesener rapidly became one of the principal suppliers to the Crown and the royal family. His exceptional mastery of mahogany, a material particularly favoured during the final decades of the eighteenth century, enabled him to create furniture of great elegance, whose apparent restraint belies an exceptionally refined execution. Here, the absence of gilt-bronze mounts and the exclusive use of mahogany emphasise the purity of the silhouette and, above all, the remarkable virtuosity of the openwork carving.
The intended function of these étagères is equally revealing of Marie-Antoinette’s taste for porcelain: their four shelves, each of a different size, were designed to accommodate vases of varying dimensions in the garderobes of her private apartments at the Tuileries.
The discovery of this commission thus provides particularly valuable evidence of Jean-Henri Riesener’s production for the royal family, the furnishing of Marie-Antoinette’s apartments at the Palais des Tuileries, and, more broadly, the private life of the Queen on the eve of the French Revolution.

榮譽呈獻

Hippolyte de la Féronnière
Hippolyte de la Féronnière Head of European Furniture Department

拍品專文

Le 8 novembre 1784, ces deux étagères d'encoignure de Jean-Henri Riesener franchissent les portes du palais des Tuileries pour rejoindre les appartements de la Reine Marie-Antoinette.

La commande est précisément documentée dans les archives du Garde-Meuble royal. Bonnefoy Du Plan, intendant du Garde-Meuble de la Reine, passe le 21 octobre 1784 la commande suivante : « M. Riesener fera et livrera le 8 du mois de novembre six encoignures ouvertes avec les tablettes en marbre blanc et six gradins en encoignure suivant les mesures que je luy ai donné, le tout en bois d'acajou, pour les deux garderobbes des petits appartements de la Reine aux Thuileries. ».

Cette commande, parmi laquelle figurent nos deux "gradins en encoignures" est intégrée au Garde-Meuble privé de la Reine, mais est finalement réglée par le Garde-Meuble de la Couronne et figure ainsi dans son Livre-Journal, sous le numéro 653. Parmi les six autres encoignures, basses, ouvertes et munies de tablettes en marbre blanc, une paire est illustrée dans l'ouvrage de Pierre Verlet, Le mobilier royal français, vol. IV. Paris, 1990, p. 105, aujourd'hui conservée dans une collection privée. Une autre, inscrite du numéro 3365⁄6 a été vendue au sein de la collection de l'ambassadeur Raymond Guest chez Christie’s à Paris, le 22 avril 2013, lot 45. Une quatrième encoignure qui semble semble avoir été identifiée comme faisant partie des six a été vendue chez Christie's à Paris le 22 mai 2019, apportant un éclairage supplémentaire sur la dispersion de cet ensemble royal.

Le mémoire de Riesener, établi pour le second semestre de 1784, apporte des précisions particulièrement éclairantes sur la conception des six étagères d'encoignure :

"Riesener 2° semestre 1784. Appartement de la Reine au château des Thuilleries...
N° 653. (...)

Six encoignures a gradin de bois d'acajou de 3 pieds de haut sur 11 pouces d'équér composé de quatre tablettes de diférent grandeur pour recevoir des vazes de porcelaine, les côte découpé à jour, pour ce 96 l. chacun valent les six la somme de .........576 livres."

Ce mémoire met particulièrement en exergue leur décor, ces « côte découpé à jour », et leur fonction destinées expressément « pour recevoir des vazes de porcelaine ».

Ces deux étagères portent également la marque au feu couronnée au double G du Garde-Meuble royal de la Couronne. Si cette marque a longtemps souffert d'une mauvaise lecture, entre des identifications erronées au château de Compiègne, à l'hôtel de Coigny ou encore au palais des Tuileries, les travaux de Renaud Serrette, inspecteur des collections au Mobilier national, ont permis de démontrer qu'elle a en réalité été appliquée par le Garde-Meuble royal sur certains meubles livrés directement sur place par des artisans, sur des meubles en cours de transfert entre deux affectations, ou encore sur des meubles se trouvant dans ses magasins pour une durée plus longue (R. Serrette, « Le mystère des Doubles G couronnés enfin élucidé », Les études inédites de l'Objet d'art, octobre 2024, p. 70-75).

Ces deux étagères portent également l’inscription ‘3366.6’ à l’encre, correspondant au type de numéro généralement apposé sur les oeuvres lors de leur arrivée au Garde-Meuble, et reporté sur son livre-journal, qui mentionnait toutes les entrées et sorties d'objets de ces entrepôts. Minutieusement tenu depuis le milieu du XVIIe siècle, ce registre s’arrête brutalement en 1784 lorsque Thierry de la Ville d’Avray prend la direction du Garde-Meuble royal et transforme l’ensemble du système d’inventaire. Le dernier meuble d’ébénisterie répertorié de l’année 1784 dans ce journal semble être le numéro ‘3350’, ce qui indique que notre paire d’étagères a été livrée quelques mois plus tard. Il s’agit surtout d'une preuve supplémentaire de sa datation : si ses courbes et contre courbes pouvaient laisser penser à une oeuvre de la période Transition, voire presque du règne de Louis XV, l’emploi unique de l’acajou et l’absence de bronzes confirment une date de création vers 1784.

Cette commande permet de replacer les deux meubles dans le contexte de la production de Riesener à la fin de l'Ancien Régime. Reçu maître en 1768, Jean-Henri Riesener devient rapidement l'un des principaux fournisseurs de la Couronne et de la famille royale. Son exceptionnelle maîtrise de l'acajou, matériau particulièrement apprécié dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, lui permet de concevoir des meubles d'une grande élégance, dont la sobriété apparente repose sur une exécution particulièrement soignée. Ici, l'absence de bronzes dorés et le recours exclusif à l'acajou mettent en valeur la pureté de la silhouette et surtout la remarquable virtuosité des découpes ajourées. La destination de ces gradins est également révélatrice du goût de Marie-Antoinette pour les porcelaines : leurs quatre tablettes, de dimensions différentes, permettaient de présenter des vases de formats variés dans les garde-robes de ses appartements privés aux Tuileries.
La découverte de cette commande constitue ainsi un témoignage particulièrement précieux de la production de Jean-Henri Riesener pour la famille royale, de l'aménagement des appartements de Marie-Antoinette au palais des Tuileries, mais aussi de la vie intime de la Reine à la veille de la Révolution française.

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