FRANCE, FIN DU XVIE SIÈCLE
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COLLECTION PRIVÉE, EUROPE
FRANCE, FIN DU XVIE SIÈCLE

Tête dite de Renée de Bourdeille, dame d'Aubeterre (1562⁄63-1596)

Details
FRANCE, FIN DU XVIE SIÈCLE
Tête dite de Renée de Bourdeille, dame d'Aubeterre (1562⁄63-1596)
tête en marbre, issue d'un monument funéraire, sur un socle moderne en métal
H. tête : 27 cm (10 5⁄8 in.), H. totale : 44 cm (17 3⁄8 in.)
Provenance
Monument funéraire de Renée et David Bouchard, Aubeterre-sur-Dronne, Charente, vers 1595.
Collection particulière, "chez un honnête habitant", Aubeterre-sur-Dronne, durant les premières décennies du XIXe siècle.
John Bolle (1807-1856), acquis par l'intermédiaire de l'abbé Chevrou, curé d'Aubeterre de 1823 à 1827.
M. Métraud, directeur d'école à Aubeterre, où elle a servi de modèle de dessin aux élèves.
Par tradition, collection Johanny Benoît Peytel (1844-1924).
Galerie Brimo de Laroussilhe ;
D'où acquis par Patrick Esclafer de La Rode (1944-2015) en 1982, par l'intermédiaire de Roger Vivier, styliste et propriétaire du château d’Aubeterre ;
Vente par le précédent à Périgord Enchères, Périgueux, 22 juin 2008, lot 12 ;
Acquis lors de cette vente, collection particulière, Europe ;
Par descendance au propriétaire actuel.
Literature
Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1888.
Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1897, p. 51.
Bulletins et mémoires de la Société archéologique et historique de Charente, 1917, p. XCIV-XCIII.
Bulletins et mémoires de la Société archéologique et historique de Charente, 1985 et 1886, vol. 141-142, pp. 7-10 et p. 87.
« Compte-rendu des réunions mensuelles », in. Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord, vol. CXIII, 1986, p. 181.
Gazette Drouot, n°24, 20 juin 2008, p. 157.

Bibliographie comparative :
P. de Bourdeille, Œuvres complètes, avec variantes et fragments inédits, Paris, éd. Ludovic Lalanne, 1864-1896.
Further Details
A MARBLE HEAD REPRESENTING RENÉE DE BOURDEILLE, DAME D'AUBETERRE (1562⁄63-1596), FRENCH, LATE 16TH CENTURY

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Hippolyte de la Féronnière
Hippolyte de la Féronnière Head of European Furniture Department

Lot Essay

« Passant, je te voy tout pensif, comme un qui veut sçavoir de qui est ce sépulchre, et quel noble corps il peut enclorre. Je te le vais dire pour t’en oster d’esmoy » (Passant, je te vois tout pensif, comme quelqu’un qui veut savoir de qui est ce sépulcre et quel noble corps il peut contenir. Je vais te le dire pour t’en ôter le doute.)
Cet extrait, tiré du tombeau poétique que Pierre de Bourdeille dit Brantôme consacra à sa nièce Renée Bouchard, témoigne de l’affection profonde que l’écrivain et historien portait au modèle de notre portrait sculpté.

Renée Bouchard, née Bourdeille (1562⁄63–1596) était fille d’André de Bourdeille, sénéchal du Périgord et Jacquette de Montbron, dame d’honneur de Catherine de Médicis et de Louise de Lorraine. Elle épouse le 16 février 1579 David Bouchard, vicomte d’Aubeterre et baron de Pauléon, nommé sénéchal du Périgord en 1582 par le roi Henri III. Assassiné en 1593, sa veuve décède trois ans plus tard.

Le présent fragment, représentant la tête en marbre de Renée, provient du monument funéraire érigé à Aubeterre-sur-Dronne, sans doute à la suite du décès de son époux en 1593, ou du sien en 1596. La localisation originelle de ce monument demeure incertaine. Si la chapelle des Mimines fut longtemps considérée comme sa destination première, cette hypothèse paraît peu vraisemblable, l’édifice n’ayant été construit qu’en 1617. Une seconde proposition, plus cohérente, situe le monument dans le couvent des Cordeliers, fondé au XIIIe siècle et lieu d’inhumation traditionnel des membres de la maison d’Aubeterre jusqu’à la Réforme (Bulletins et mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente, séance du 8 janvier 1986). Le couvent, dévasté par les protestants en 1562, fut par la suite rétabli par David Bouchard et rendu à la communauté des Cordeliers, avant de disparaître définitivement en 1764. Enfin, une dernière hypothèse suggère que les orants auraient pu être placés dans la chapelle du château d’Aubeterre, dont la fondation, bien que d’époque incertaine, semble remonter à la fin du XVIe siècle (Bulletins et mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente, 1985-1986, vol. 141-142).

L’ensemble du monument funéraire devait comprendre les effigies agenouillées des époux en orants, accompagnées de leurs armes familiales. La statue de Renée, aujourd’hui réduite à cette tête et quelques fragments conservés à Aubeterre, fut gravement endommagée lors des troubles révolutionnaires. Quant à la statue de David, après avoir été déplacée dans l’église souterraine Saint-Jean avant 1855, elle fut par la suite installée dans la chapelle du couvent des Mimines en 1958, l’une de ses localisations initiales présumées.

La redécouverte et l’identification de la tête de Renée de Bourdeille au XIXe siècle sont liées au travail conjoint de John Bolle (1807-1856) et Pierre-Amédée Brouillet (1826-1901). Bibliothécaire et co-fondateur de la Société archéologique et historique de la Charente, Bolle identifia les seigneurs d’Aubeterre pour un ouvrage resté inédit, Histoire de la ville et Seigneurs d’Aubeterre, et commanda à Brouillet, sculpteur, journaliste et archéologue, des dessins documentaires. Parmi ses esquisses, Brouillet reproduisit le corps du monument funéraire de Renée, titré "fragment" car dépourvu de sa tête. Il est probable qu’il reconstitua ensuite le corps avec la tête conservée chez Bolle afin de réaliser un portrait fidèle de la défunte. Cette collaboration permit d’identifier avec certitude le monument de Renée. Un article de 1888 de la Société archéologique et historique de la Charente indique que la tête était alors conservée dans le cabinet de "M. B…e", probablement les descendants de Bolle, et qu’auparavant elle avait servi de "poids de tournebroche chez un honnête habitant" d’Aubeterre pendant près de trente ans.

La découverte d’un contrat daté de 1630, passé par Hippolyte Bouchard, fille de Renée de Bourdeille, pour la réalisation d’un monument funéraire aujourd’hui disparu, destiné à son mari François d’Esparbès de Lussan (v. 1571-1628) et à elle-même auprès d’un sculpteur anversois nommé Van Canfort, a longtemps alimenté une confusion historiographique. En l’absence de contrat ou d’attribution connue pour les effigies de Renée et de David Bouchard, certains ont supposé que ces sculptures correspondaient à la commande d’Hippolyte, alors qu’il s’agit en réalité de deux projets funéraires distincts. L’étude stylistique et l’analyse des costumes, notamment la large fraise portée par Renée, confirment que son monument est antérieur à celui de sa fille.

Cette étude stylistique rend intéressant de rappeler que Mathieu Jacquet, dit Grenoble, futur célèbre sculpteur d’Henri IV, gravitait dans l’entourage des seigneurs d’Aubeterre. En 1597, l’année suivant le décès de Renée Bouchard, il reçut la commande par Jean-Paul d’Esparbès de Lussan du tombeau de sa mère, Louise de Saint-Félix, vicomtesse d’Aubeterre et grand-mère par alliance d’Hippolyte d’Esparbès de Lussan, née Bouchard (E.-J. Ciprut, Mathieu Jacquet. Sculpteur d'Henri IV, Paris, 1967). Cette commande témoigne de la tendance familiale à des projets funéraires ambitieux. Il est donc plausible qu’Hippolyte d’Esparbès de Lussan, de la même manière que pour la commande du tombeau de son mari en 1630, ait suivi le modèle de son beau-père pour passer commande du tombeau de ses propres parents, Renée et David Bouchard. À défaut de tout contrat attestant l’existence du monument de Renée de Bourdeille et compte tenu de la qualité exceptionnelle de cette tête en marbre, il demeure tentant de suggérer qu’une confusion d’identification vieille de deux siècles pourrait exister entre Renée Bouchard et Louise de Saint-Félix, et que la présente tête pourrait être de la main de Jacquet. Cependant, cette hypothèse paraît peu probable si l’on se réfère aux armes des Bouchard d’Aubeterre, entourées du collier de l’ordre du Saint-Esprit, placées sur un prie-Dieu qui accompagnait les orants, illustrées par Brouillet et aujourd’hui disparues.

En dépit des incertitudes concernant l'origine de cette tête, ce fragment de l’histoire des seigneurs d’Aubeterre témoigne d’une maîtrise exceptionnelle de la sculpture funéraire tardive du XVIe siècle. Le modelé subtil du visage, le soin apporté aux détails de la fraise et la noblesse de l’expression confèrent au portrait une vivacité et une dignité sociale remarquables, illustrant pleinement la grande beauté de Renée telle que célébrée par son oncle Brantôme.


“Passer-by, I see you deep in thought, as one who wishes to know whose tomb this is, and what noble body it may enclose. I shall tell you, to spare you the trouble of wondering.”
This excerpt, taken from the poetic epitaph that Pierre de Bourdeille, known as Brantôme, dedicated to his niece Renée Bouchard, bears witness to the profound affection that the writer and historian felt for the model who inspired this sculpted portrait.
Renée Bouchard, born Bourdeille (1562⁄63–1596), was the daughter of André de Bourdeille, Seneschal of Périgord, and Jacquette de Montbron, lady-in-waiting to Catherine de Medici and Louise of Lorraine. On 16 February 1579, she married David Bouchard, Viscount of Aubeterre and Baron of Pauléon, who was appointed Seneschal of Périgord in 1582 by King Henry III. Assassinated in 1593, his widow passed away three years later.

The present fragment, representing the marble head of Renée, comes from the funerary monument erected at Aubeterre-sur-Dronne, most likely following her husband’s death in 1593 or her own in 1596. The monument’s original location remains uncertain. Although the Chapel of the Mimines was long considered its first destination, this hypothesis seems unlikely, as the building was not constructed until 1617. A more convincing theory places the monument in the Convent of the Cordeliers, founded in the 13th century and traditionally used as the burial place for members of the Aubeterre family until the Reformation (Bulletins et mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente, session of 8 January 1986). The convent, devastated by Protestants in 1562, was later restored by David Bouchard and returned to the Cordelier community before disappearing completely in 1764. Finally, a third hypothesis suggests that the praying figures may have been placed in the chapel of Aubeterre Castle, whose foundation, though uncertain in date, appears to go back to the late 16th century (Bulletins et mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente, 1985–1986, vol. 141–142).

The complete funerary monument likely featured kneeling effigies of the couple in prayer, accompanied by their family coats of arms. The statue of Renée, now reduced to this head and a few fragments preserved at Aubeterre, was severely damaged during the revolutionary upheavals. As for David’s statue, it was moved to the underground church of Saint-Jean before 1855, then moved to the chapel of the Mimines convent in 1958, one of its presumed original locations.

The rediscovery and identification of Renée de Bourdeille’s head in the 19th century were due to the joint work of John Bolle (1807–1856) and Pierre-Amédée Brouillet (1826–1901). Bolle, librarian and co-founder of the Société archéologique et historique de la Charente, identified the Lords of Aubeterre for an unpublished work, Histoire de la ville et Seigneurs d’Aubeterre, and commissioned documentary drawings from Brouillet, a sculptor, journalist, and archaeologist. Among his sketches, Brouillet reproduced the body of Renée’s funerary monument, labelled “fragment” since it lacked a head. It is likely that he later reassembled the body with the head kept by Bolle to create a faithful portrait of the deceased. This collaboration made it possible to identify Renée’s monument with certainty. An 1888 article by the Société archéologique et historique de la Charente notes that the head was then kept in the cabinet of “M. B…e” (probably Bolle’s descendants), and that it had previously served for nearly thirty years as a “spit weight in the home of an honest inhabitant” of Aubeterre.
The discovery of a contract dated 1630, signed by Hippolyte Bouchard, daughter of Renée de Bourdeille, for the creation of a now-lost funerary monument dedicated to her husband François d’Esparbès de Lussan (c. 1571–1628) and herself, commissioned from an Antwerp sculptor named Van Canfort, long fueled historiographical confusion. In the absence of a known contract or attribution for the effigies of Renée and David Bouchard, some assumed these sculptures were part of Hippolyte’s commission, though in fact they correspond to two distinct funerary projects. Stylistic study and costume analysis, particularly the broad neck ruff worn by Renée, confirm that her monument predates her daughter’s.

This stylistic analysis also invites comparison with Mathieu Jacquet, known as “Grenoble,” who would later become the renowned sculptor of Henry IV and was associated with the circle of the Lords of Aubeterre. In 1597, the year following Renée Bouchard’s death, he was commissioned by Jean-Paul d’Esparbès de Lussan to create the tomb of his mother, Louise de Saint-Félix, Viscountess of Aubeterre and grandmother by marriage of Hippolyte d’Esparbès de Lussan, born Bouchard (E.-J. Ciprut, Mathieu Jacquet. Sculpteur d’Henri IV, Paris, 1967). This commission reflects the family’s penchant for ambitious funerary projects. It is therefore plausible that Hippolyte d’Esparbès de Lussan, just as she later commissioned her husband’s tomb in 1630, may have followed her father-in-law’s example by commissioning the tomb of her own parents, Renée and David Bouchard. In the absence of any surviving contract attesting to the existence of Renée de Bourdeille’s monument, and given the exceptional quality of this marble head, it remains tempting to suggest that a two-century-old misidentification might exist between Renée Bouchard and Louise de Saint-Félix, and that the present head could in fact be by Jacquet’s hand. However, this hypothesis seems unlikely when one considers the Bouchard d’Aubeterre coat of arms, surrounded by the collar of the Order of the Holy Spirit, depicted by Brouillet (now lost), which was placed on a marble prayer desk accompanying the praying figures.

Despite the uncertainties surrounding the origin of this head, this fragment of the history of the Lords of Aubeterre bears witness to the remarkable mastery of late 16th century funerary sculpture. The subtle modelling of the face, the careful rendering of the neck ruff, and the nobility of the expression endow the portrait with striking vitality and social dignity, fully reflecting the great beauty of Renée as celebrated by her uncle Brantôme.

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