Lot Essay
UN OBJET DE LUXE POUR UNE VILLE RICHE ET DYNAMIQUE
Wroclaw est située en Silésie, une région historique située au sud-ouest de la Pologne. Au XVIIIe siècle, Wroclaw que l’on appelle alors Breslau est une ville allemande impériale libre sous l’autorité de l’empereur du Saint-Empire, Charles de Habsbourg dit Charles VI (1685-1740).
Idéalement située à la croisée de deux grandes routes commerciales sur la rivière Oder qui facilite les échanges commerciaux entre l’Est et l’Ouest, la ville était un important centre commercial en Europe centrale qui connait à la fin du XVIIe siècle un renouveau économique grâce au commerce, à l’artisanat, l’industrie textile, la brasserie, la métallurgie et aussi l’orfèvrerie. Wroclaw était aussi une ville culturellement dynamique, dont la population est un mélange d’Allemands, de Polonais, de Tchèques et d’une grande communauté juive.
Cette pluralité culturelle et ethnique se traduit sans surprise en orfèvrerie par une forte influence allemande venue de grands centres tels que Augsbourg, Berlin et Dresde, nourrie par les passages des riches marchands mais aussi des grands mécènes tels que Auguste II le Fort et son fils le futur Auguste III qui passent souvent par Wroclaw pour relier Varsovie à Dresde. Ce sont ces mécènes qui permettent de comprendre que cette extraordinaire bouteille de pèlerin ait été fabriquée à Wroclaw.
D’UN OBJET UTILITAIRE À UN OBJET DE BUFFET
La bouteille de pèlerin est héritée des gourdes romaines utilisées comme bouteille d’eau par les pèlerins du XIIe au XVIe siècle qui la rafraîchissaient dans un cours d'eau suspendue par les chaines.
Au XVIIe siècle elle s’agrandit pour devenir un objet ostentatoire placé sur les grands buffets d’orfèvrerie des cours européennes d’héritage germanique.
Les buffets ou plus précisément les ‘pièces buffets’ appelées Büffetzimmer apparaissent à Versailles, Berlin et Dresde comme celle que se fait construire Auguste le Fort pour le mariage de son fils en 1719. Cette salle jouxtait une grande salle à manger de sorte que le « buffet » servait non seulement à la présentation du trésor d’argenterie mais aussi au service de la boisson pour les banquets.
Décorée de miroirs, cette pièce était inspirée des galeries de glaces utilisées depuis la fin du XVIIe siècle pour présenter la porcelaine asiatique ; chandeliers, vases, coupes, cruches, bassins et bouteilles de pèlerin en argent et vermeil hérités de plusieurs générations étaient disposés sur des piédestaux selon une formation triangulaire qui s’élevait jusqu’au plafond.
Ces buffets se retrouvent aussi dans une moindre mesure dans les intérieurs des riches marchands ou notables ou encore des corporations ou guildes. Ainsi cette imposante bouteille dénuée d’armoiries suggère qu’elle a sans doute meubler le buffet d’un riche notable plutôt que celui d’un roi mais sa grande qualité esthétique et technique est une célébration du talent de son orfèvre, Michael Wissmar.
WISSMAR OU LE STYLE HISTORIQUE
Fils de Michael Wissmar orfèvre à Greifswald dans le nord de l’Allemagne en Poméranie, Michael Wissmar (Wissner / Wiessman ou Witzmar) s’installe à Wroclaw oú il travaille pour Hans Jachman le Jeune sur un chef-d'œuvre d'art de la table. Il devient maître le 28 octobre 1715 et épouse Susanna Elisabeth, fille de l'orfèvre Mattheus Jachman le Jeune en novembre 1715. Il décéde en avril 1746, à l'âge de 65 ans. On lui connait plusieurs pièces dont un münzhumpen ou chope à pièces (ancienne collection Max Pringsheim, Wroclaw) ou encore une paire de burettes et leur plateau datés 1737-1745 conservés au Metropolitan Museum, New York (1989.10.1, .2 et .3).
Bien qu’il ne semble rester que peu de pièces de Wissmar, son talent est évident. Pour cette bouteille il s’inspire directement de l’orfèvrerie d’Augsbourg et Nuremberg du XVIIe siècle. On reconnait en effet ici ces côtes tournantes que l’on retrouve sur les coupes et gobelets dès 1630. Ainsi semble-t-il s’inspirer ici d’un style ancien bien qu’intemporel pour créer une pièce historique digne du trésor d’un roi.
A LUXURY OBJECT FOR A PLURICULTURAL CITY
Wroclaw is located in Silesia, a historic region in the southwest of Poland. In the 18th century, Wroclaw—then known as Breslau—was a free imperial German city under the authority of the Holy Roman Emperor, Charles VI of Habsburg (1685–1740).
Ideally located at the crossroads of two major trade routes on the Oder River, which facilitated commercial exchanges between East and West, the city was an important commercial hub in Central Europe. By the late 17th century, it experienced an economic revival thanks to trade, craftsmanship, the textile industry, brewing, metallurgy, and also goldsmithing. Wroclaw was also a culturally vibrant city, with a population composed of Germans, Poles, Czechs, and a large Jewish community.
This cultural and ethnic diversity naturally found expression in the art of goldsmithing, which was strongly influenced by German cities such as Augsburg, Berlin, and Dresden—enriched by the passage of wealthy merchants and great patrons such as Augustus II the Strong and his son, the future Augustus III, who frequently passed through Wroclaw when traveling between Warsaw and Dresden. These patrons help explain how this extraordinary pilgrim flask came to be made in Wroclaw.
FROM A UTILITARIAN OBJECT TO A DISPLAY PIECE
The pilgrim flask evolved from Roman examples used as water bottles by pilgrims between the 12th and 16th centuries, which they would cool in a stream by hanging them from the chains.
In the 17th century, the bottle became bigger and transformed into an ostentatious object displayed on the grand silver buffets of European courts with Germanic heritage.
The buffets—or more precisely, the “buffet rooms” (Büffetzimmer)—appeared in Versailles, Berlin, and Dresden, such as the one commissioned by Augustus the Strong for his son’s wedding in 1719. This room adjoined a large dining hall so that the “buffet” served both as a showcase for the silver treasury and as a service area for drinks during banquets.
Decorated with mirrors, this room was inspired by the mirrored galleries used since the late 17th century to display Asian porcelain. Chandeliers, vases, cups, ewers, basins, and pilgrim flasks in silver and silver-gilt, inherited from previous generations, were arranged on pedestals in a triangular formation rising up to the ceiling.
Such buffets were also found—though on a smaller scale—in the homes of wealthy merchants, local dignitaries, or guilds. Thus, this imposing bottle, devoid of any coat of arms, suggests that it likely adorned the buffet of a wealthy merchant rather than that of a king. However, its great aesthetic and technical quality stands as a celebration of the talent of its maker, the goldsmith Michael Wissmar.
WISSMAR AND HISTORIC STYLE
The son of Michael Wissmar, a goldsmith from Greifswald in northern Germany (Pomerania), Michael Wissmar (also spelt Wissner / Wiessman / Witzmar) settled in Wroclaw, where he worked for Hans Jachman the Younger on a masterpiece of table silver. He became a master on October 28, 1715, and married Susanna Elisabeth, daughter of the goldsmith Mattheus Jachman the Younger, in November of the same year. He died in April 1746, at the age of 65.
Several works by him are known, including a münzhumpen (coin tankard) from the former Max Pringsheim collection in Wroclaw, and a pair of cruets with their tray, dated 1737–1745, now in the Metropolitan Museum of Art, New York (1989.10.1, .2, and .3).
Although few of Wissmar’s pieces seem to have survived, his talent is evident. For this bottle, he drew direct inspiration from 17th-century Augsburg and Nuremberg silver and the distinctive spiral fluting can be found on cups and goblets as early as 1630. Thus, he appears to have been inspired by an older, yet timeless style to create a historic piece worthy of a king’s treasury.
Wroclaw est située en Silésie, une région historique située au sud-ouest de la Pologne. Au XVIIIe siècle, Wroclaw que l’on appelle alors Breslau est une ville allemande impériale libre sous l’autorité de l’empereur du Saint-Empire, Charles de Habsbourg dit Charles VI (1685-1740).
Idéalement située à la croisée de deux grandes routes commerciales sur la rivière Oder qui facilite les échanges commerciaux entre l’Est et l’Ouest, la ville était un important centre commercial en Europe centrale qui connait à la fin du XVIIe siècle un renouveau économique grâce au commerce, à l’artisanat, l’industrie textile, la brasserie, la métallurgie et aussi l’orfèvrerie. Wroclaw était aussi une ville culturellement dynamique, dont la population est un mélange d’Allemands, de Polonais, de Tchèques et d’une grande communauté juive.
Cette pluralité culturelle et ethnique se traduit sans surprise en orfèvrerie par une forte influence allemande venue de grands centres tels que Augsbourg, Berlin et Dresde, nourrie par les passages des riches marchands mais aussi des grands mécènes tels que Auguste II le Fort et son fils le futur Auguste III qui passent souvent par Wroclaw pour relier Varsovie à Dresde. Ce sont ces mécènes qui permettent de comprendre que cette extraordinaire bouteille de pèlerin ait été fabriquée à Wroclaw.
D’UN OBJET UTILITAIRE À UN OBJET DE BUFFET
La bouteille de pèlerin est héritée des gourdes romaines utilisées comme bouteille d’eau par les pèlerins du XIIe au XVIe siècle qui la rafraîchissaient dans un cours d'eau suspendue par les chaines.
Au XVIIe siècle elle s’agrandit pour devenir un objet ostentatoire placé sur les grands buffets d’orfèvrerie des cours européennes d’héritage germanique.
Les buffets ou plus précisément les ‘pièces buffets’ appelées Büffetzimmer apparaissent à Versailles, Berlin et Dresde comme celle que se fait construire Auguste le Fort pour le mariage de son fils en 1719. Cette salle jouxtait une grande salle à manger de sorte que le « buffet » servait non seulement à la présentation du trésor d’argenterie mais aussi au service de la boisson pour les banquets.
Décorée de miroirs, cette pièce était inspirée des galeries de glaces utilisées depuis la fin du XVIIe siècle pour présenter la porcelaine asiatique ; chandeliers, vases, coupes, cruches, bassins et bouteilles de pèlerin en argent et vermeil hérités de plusieurs générations étaient disposés sur des piédestaux selon une formation triangulaire qui s’élevait jusqu’au plafond.
Ces buffets se retrouvent aussi dans une moindre mesure dans les intérieurs des riches marchands ou notables ou encore des corporations ou guildes. Ainsi cette imposante bouteille dénuée d’armoiries suggère qu’elle a sans doute meubler le buffet d’un riche notable plutôt que celui d’un roi mais sa grande qualité esthétique et technique est une célébration du talent de son orfèvre, Michael Wissmar.
WISSMAR OU LE STYLE HISTORIQUE
Fils de Michael Wissmar orfèvre à Greifswald dans le nord de l’Allemagne en Poméranie, Michael Wissmar (Wissner / Wiessman ou Witzmar) s’installe à Wroclaw oú il travaille pour Hans Jachman le Jeune sur un chef-d'œuvre d'art de la table. Il devient maître le 28 octobre 1715 et épouse Susanna Elisabeth, fille de l'orfèvre Mattheus Jachman le Jeune en novembre 1715. Il décéde en avril 1746, à l'âge de 65 ans. On lui connait plusieurs pièces dont un münzhumpen ou chope à pièces (ancienne collection Max Pringsheim, Wroclaw) ou encore une paire de burettes et leur plateau datés 1737-1745 conservés au Metropolitan Museum, New York (1989.10.1, .2 et .3).
Bien qu’il ne semble rester que peu de pièces de Wissmar, son talent est évident. Pour cette bouteille il s’inspire directement de l’orfèvrerie d’Augsbourg et Nuremberg du XVIIe siècle. On reconnait en effet ici ces côtes tournantes que l’on retrouve sur les coupes et gobelets dès 1630. Ainsi semble-t-il s’inspirer ici d’un style ancien bien qu’intemporel pour créer une pièce historique digne du trésor d’un roi.
A LUXURY OBJECT FOR A PLURICULTURAL CITY
Wroclaw is located in Silesia, a historic region in the southwest of Poland. In the 18th century, Wroclaw—then known as Breslau—was a free imperial German city under the authority of the Holy Roman Emperor, Charles VI of Habsburg (1685–1740).
Ideally located at the crossroads of two major trade routes on the Oder River, which facilitated commercial exchanges between East and West, the city was an important commercial hub in Central Europe. By the late 17th century, it experienced an economic revival thanks to trade, craftsmanship, the textile industry, brewing, metallurgy, and also goldsmithing. Wroclaw was also a culturally vibrant city, with a population composed of Germans, Poles, Czechs, and a large Jewish community.
This cultural and ethnic diversity naturally found expression in the art of goldsmithing, which was strongly influenced by German cities such as Augsburg, Berlin, and Dresden—enriched by the passage of wealthy merchants and great patrons such as Augustus II the Strong and his son, the future Augustus III, who frequently passed through Wroclaw when traveling between Warsaw and Dresden. These patrons help explain how this extraordinary pilgrim flask came to be made in Wroclaw.
FROM A UTILITARIAN OBJECT TO A DISPLAY PIECE
The pilgrim flask evolved from Roman examples used as water bottles by pilgrims between the 12th and 16th centuries, which they would cool in a stream by hanging them from the chains.
In the 17th century, the bottle became bigger and transformed into an ostentatious object displayed on the grand silver buffets of European courts with Germanic heritage.
The buffets—or more precisely, the “buffet rooms” (Büffetzimmer)—appeared in Versailles, Berlin, and Dresden, such as the one commissioned by Augustus the Strong for his son’s wedding in 1719. This room adjoined a large dining hall so that the “buffet” served both as a showcase for the silver treasury and as a service area for drinks during banquets.
Decorated with mirrors, this room was inspired by the mirrored galleries used since the late 17th century to display Asian porcelain. Chandeliers, vases, cups, ewers, basins, and pilgrim flasks in silver and silver-gilt, inherited from previous generations, were arranged on pedestals in a triangular formation rising up to the ceiling.
Such buffets were also found—though on a smaller scale—in the homes of wealthy merchants, local dignitaries, or guilds. Thus, this imposing bottle, devoid of any coat of arms, suggests that it likely adorned the buffet of a wealthy merchant rather than that of a king. However, its great aesthetic and technical quality stands as a celebration of the talent of its maker, the goldsmith Michael Wissmar.
WISSMAR AND HISTORIC STYLE
The son of Michael Wissmar, a goldsmith from Greifswald in northern Germany (Pomerania), Michael Wissmar (also spelt Wissner / Wiessman / Witzmar) settled in Wroclaw, where he worked for Hans Jachman the Younger on a masterpiece of table silver. He became a master on October 28, 1715, and married Susanna Elisabeth, daughter of the goldsmith Mattheus Jachman the Younger, in November of the same year. He died in April 1746, at the age of 65.
Several works by him are known, including a münzhumpen (coin tankard) from the former Max Pringsheim collection in Wroclaw, and a pair of cruets with their tray, dated 1737–1745, now in the Metropolitan Museum of Art, New York (1989.10.1, .2, and .3).
Although few of Wissmar’s pieces seem to have survived, his talent is evident. For this bottle, he drew direct inspiration from 17th-century Augsburg and Nuremberg silver and the distinctive spiral fluting can be found on cups and goblets as early as 1630. Thus, he appears to have been inspired by an older, yet timeless style to create a historic piece worthy of a king’s treasury.
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