Lot Essay
Le cabinet sur pied présenté ici est caractéristique des meubles en marqueterie Boulle fabriqués à Vienne et dans le sud de l’Allemagne, vers 1700. En effet, nous pouvons noter une absence de bronze doré au profit du bois doré, l'utilisation de l'étain dans la marqueterie, et une préférence marqué pour les motifs d'arabesques et de fleurs au détriment des figures.
Le goût pour ces meubles marquetés n'a pas tari au fil des siècles. De nouveau en vogue sous Louis XVI puis au XIXe siècle, la marqueterie Boulle continue encore de nos jours à intéresser les collectionneurs, comme en témoignent les acquisitions faites dans les années 2000-2010 par le prince de Liechtenstein Hans-Adam II, pour la collection Liechtenstein à Vienne. Par ailleurs, notre cabinet a été exposé par la galerie Weiller & Cie, lors de l'exposition Antiquaire à Paris, La haute joaillerie à Paris, à l'Hotel Georges V, du 15 au 24 juin 1973.
Un cabinet sur pied d'un modèle très proche est conservé dans la collection Liechtenstein, à Vienne (inv. MO 2300). Réalisé vers 1700-1710, il est attribué à l'ébéniste viennois Johann Reins (1645-1717), spécialiste en marqueterie Boulle. La qualité, la somptuosité et le soin qui ont été apportés à la confection de notre cabinet sur pieds nous permet de le rapprocher du travail de ce célèbre ébéniste viennois. Le piétement du cabinet conservé dans la collection Liechtenstein diffère légèrement du notre : les montants sont ornés de chapiteaux sculptés de bois doré et l'entretoise en X supporte une urne couverte centrale.
D'autres meubles en marqueterie Boulle sont aujourd'hui conservés dans les collections viennoises. Notons une table à jeux et un bureau de la collection Salm, ainsi qu’un bureau de la collection impériale de Vienne, qui ont des pieds en bois dorés sculptés d'acanthe très similaires à ceux de notre cabinet (voir A.W. Vliegenhart, op. cit., fig. 9, 16 et 18). Par ailleurs, la partie inférieure d'un cabinet sur pied en marqueterie Boulle incrustée de laiton, d'étain et d'écaille de tortue, aujourd'hui conservé dans l'aile Léopoldine du Hofburg, est équipée d'un renfort et d'une plaque arrière très similaires à ceux du présent lot. Ce cabinet était anciennement conservé dans la chambre de Marie-Thérèse d'Autriche (1717-1780) au palais de Hofburg. Le savoir-faire de la marqueterie Boulle se diffusa dans tout le Saint Empire Romain Germanique, comme en atteste un cabinet sur pied proche du notre, réalisé à Brno dans le premier quart du XVIIIe siècle et aujourd'hui conservé au musée des arts décoratifs de Prague (A.W. Vliegenhart, op. cit., fig. 394). Au delà du savoir-faire des ébénistes, relevons le travail important des ornemanistes qui créent la forme et la composition de ces superbes cabinets. Leurs dessins, souvent copiés et partagés, permettent la transmission du goût et des modes en Europe. Notons un dessin de cabinet, probablement réalisé en Autriche, vers 1725, aujourd'hui conservé à la Bibliothèque d'art de Charlottenburg, à Berlin (A.W. Vliegenhart, op. cit., fig. 384).
Un autre exemple comparable est un meuble d'appoint avec une plaque arrière et un renfort similaires, vendu chez Artcurial, à Paris, le 21 décembre 2020, lot 3. Il est intéressant de noter que les marqueteries Boulle des exemples de Vienne contiennent traditionnellement de l'écaille de tortue, tandis que la décoration de ce meuble d’appoint est composée d'ébène, d'étain et de placage de laiton. En omettant l'écaille de tortue dans l'incrustation, les fabricants de cette pièce ont obtenu une esthétique distinctement non française, le contraste entre le laiton et l'ébène rappelant les couleurs traditionnelles des Habsbourg, l'or et le noir.
Les meubles viennois en marqueterie Boulle de cette qualité apparaissent rarement sur le marché, l'un des exemples les plus récents étant un cabinet provenant de l'ancienne collection Sydell Miller, vendu chez Christie's, New York, le 10 juin 2021, lot 9. Notons également une paire de torchères vendues chez Christie's, New York, le 19 octobre 2007, lot 226. Une paire de porte torchère similaire est également conservée dans la collection Lichtenstein, à Vienne (inv. MO 2286).
LA MARQUETERIE BOULLE, UN SAVOIR-FAIRE PRISÉS À LA COUR DES HABSBOURG
La cour des Habsbourg à Vienne, tout comme la cour des Bourbon à Versailles, apprécie particulièrement la qualité des meubles ornés de marqueterie dite « Boulle », de par l’inventivité dont font preuve les ébénistes, ainsi que l’usage de matériaux précieux et exotique. Née en France, la marqueterie de type « Boulle » est issue du nom de l’ébéniste André-Charles Boulle (1642-1732) qui a démocratisé et porté à son plus haut niveau cet art de la marqueterie de métal et d’écaille. Ainsi, elle est admirée et recherchée dans toute l'Europe, devenant rapidement l'une des tendances les plus emblématiques associées à l'art de la fabrication de meubles à l'époque Baroque. Outre la France, des œuvres magistrales de style Boulle furent créées à Anvers et dans les ateliers des cours d'Augsbourg, de Munich et de Vienne, où elles étaient fabriquées par des artisans flamands et allemands. Dans le Saint-Empire Romain Germanique, les dessins conçus par les ornemanistes Jean Bérain (1640-1711) et Daniel Marot (v.1661-1752) ont été adaptés et diffusés par un petit nombre d'artistes locaux, tels que Paul Decker l'Ancien (1677-1713), qui a créé une version typiquement germanique du style dit « arabesque », plus luxuriante et plus végétale que son homologue français. Le travail de Decker a été particulièrement influent dans la partie sud de l'Empire.
L'une des plus importantes commandes documentées de mobilier en marqueterie Boulle réalisées à Vienne est celle mentionnée par Marie Christine, princesse de Salm (1655-1744), dans des lettres adressées à Léopold Ier, empereur du Saint-Empire romain germanique (1640-1705), en 1697 et 1698. Ce groupe comprenait des torchères, des miroirs et d'autres meubles qui furent offerts à Ludwig Otto, prince de Salm (1674-1738), soit par Joseph Ier, soit par son père Léopold Ier, après le couronnement du premier comme roi des Romains en 1690. Il est également possible que les pièces de ce groupe aient été offertes par Léopold Ier à son fils, qui les a à son tour offertes en cadeau à son tuteur, le prince de Salm, qui les a utilisées pour décorer sa résidence récemment rénovée à Anholt. Les inventaires suggèrent qu'en 1700, le groupe s'est agrandi et que d'autres pièces décorées de marqueterie Boulle produites dans les ateliers viennois ont été ajoutées. Dans son ouvrage intitulé Boulle Möbel der Fürsten Salm, Adriaan W. Vliegenhart établit un lien clair entre les pièces de la collection Salm et celles conservées à la Hofburg et dans d'autres collections aristocratiques en Autriche, telles que la collection Harach au château de Rohrau, qui ont longtemps été considérées comme étant de fabrication viennoise (H. Kreisel, op. cit.).
The cabinet shown here is typical of Boulle marquetry furniture made in Vienna and southern Germany around 1700. Indeed, we can note the absence of gilded bronze in favour of gilded wood, the use of pewter in the marquetry, and a marked preference for arabesque and floral motifs over figures.
The taste for these marquetry pieces has not waned over the centuries. Back in vogue under Louis XVI and then in the 19th century, Boulle marquetry continues to attract collectors today, as evidenced by the acquisitions made in the 2000s by Prince Hans-Adam II of Liechtenstein for the Liechtenstein Collection in Vienna. In addition, our cabinet was exhibited by the Weiller & Cie gallery at the Antiquaire exhibition in Paris, La haute joaillerie à Paris, at the Hotel Georges V, from 15 to 24 June 1973.
A cabinet on legs of a very similar design is kept in the Liechtenstein Collection in Vienna (inv. MO 2300). Made around 1700-1710, it is attributed to the Viennese cabinetmaker Johann Reins (1645-1717), a specialist in Boulle marquetry. The quality, sumptuousness and care that went into the making of our cabinet on legs allows us to compare it to the work of this famous Viennese cabinetmaker. The base of the cabinet in the Liechtenstein collection differs slightly from ours: the uprights are decorated with carved gilded wood capitals and the X-shaped crossbar supports a central covered urn.
Other Boulle marquetry furniture is now preserved in the Viennese collections. These include a gaming table and a desk from the Salm collection, as well as a desk from the Imperial Collection in Vienna, which have gilded wooden legs carved with acanthus leaves very similar to those on our cabinet (see A.W. Vliegenhart, op. cit., figs. 9, 16 and 18). Furthermore, the lower part of a cabinet on legs in Boulle marquetry inlaid with brass, pewter and tortoiseshell, now preserved in the Leopoldine wing of the Hofburg, is fitted with a reinforcement and a back plate very similar to those of the present lot. This cabinet was formerly kept in the bedroom of Maria Theresa of Austria (1717-1780) at the Hofburg Palace. The art of Boulle marquetry spread throughout the Holy Roman Empire, as evidenced by a cabinet similar to ours, made in Brno in the first quarter of the 18th century and now kept at the Museum of Decorative Arts in Prague (A.W. Vliegenhart, op. cit., fig. 394). Beyond the expertise of the cabinetmakers, we should also note the important work of the ornamentalists who created the form and composition of these superb cabinets. Their designs, often copied and shared, enabled the transmission of taste and fashion throughout Europe. Of particular note is a design for a cabinet, probably made in Austria around 1725, now preserved at the Charlottenburg Art Library in Berlin (A.W. Vliegenhart, op. cit., fig. 384).
Another comparable example is a side cabinet with a similar back panel and reinforcement, sold at Artcurial in Paris on 21 December 2020, lot 3. It is interesting to note that the Boulle marquetry of the Vienna examples traditionally contains tortoiseshell, while the decoration of this occasional piece is composed of ebony, pewter and brass veneer. By omitting tortoiseshell from the inlay, the makers of this piece achieved a distinctly non-French aesthetic, with the contrast between brass and ebony recalling the traditional Habsburg colours of gold and black.
Viennese Boulle marquetry furniture of this quality rarely appears on the market, one of the most recent examples being a cabinet from the former Sydell Miller collection, sold at Christie's, New York, on 10 June 2021, lot 9. Also noteworthy is a pair of torchères sold at Christie's, New York, on 19 October 2007, lot 226. A similar pair of torchères is also preserved in the Lichtenstein Collection in Vienna (inv. MO 2286).
BOULLE MARQUETRY, A SKILL PRIZED AT THE COURT OF THE HABSBURGS
The Habsburg court in Vienna, like the Bourbon court in Versailles, particularly appreciated the quality of furniture decorated with “Boulle” marquetry, due to the inventiveness of the cabinetmakers and the use of precious and exotic materials. Originating in France, Boulle marquetry takes its name from the cabinetmaker André-Charles Boulle (1642-1732), who popularized and elevated this art of metal and tortoiseshell marquetry to its highest level. It was admired and sought after throughout Europe, quickly becoming one of the most iconic trends associated with the art of furniture making in the Baroque period. Outside France, masterful works in the Boulle style were created in Antwerp and in the workshops of the courts of Augsburg, Munich, and Vienna, where they were made by Flemish and German craftsmen. In the Holy Roman Empire, designs by ornamentalists Jean Bérain (1640-1711) and Daniel Marot (c.1661-1752) were adapted and disseminated by a small number of local artists, such as Paul Decker the Elder (1677-1713), who created a typically Germanic version of the so-called “arabesque” style, more luxuriant and vegetal than its French counterpart. Decker's work was particularly influential in the southern part of the Empire.
One of the most important documented orders for Boulle marquetry furniture made in Vienna is that mentioned by Marie Christine, Princess of Salm (1655-1744), in letters addressed to Leopold I, Holy Roman Emperor (1640-1705), in 1697 and 1698. This group included candelabra, mirrors, and other pieces of furniture that were given to Ludwig Otto, Prince of Salm (1674-1738), either by Joseph I or by his father Leopold I, after the former was crowned King of the Romans in 1690. It is also possible that the pieces in this group were given by Leopold I to his son, who in turn gave them as a gift to his guardian, the Prince of Salm, who used them to decorate his newly renovated residence in Anholt. Inventories suggest that in 1700 the group was expanded and other pieces decorated with Boulle marquetry produced in the Viennese workshops were added. In his book Boulle Möbel der Fürsten Salm, Adriaan W. Vliegenhart establishes a clear link between the pieces in the Salm collection and those preserved in the Hofburg and other aristocratic collections in Austria, such as the Harach collection at Rohrau Castle, which have long been considered to be of Viennese manufacture (H. Kreisel, op. cit.).
Le goût pour ces meubles marquetés n'a pas tari au fil des siècles. De nouveau en vogue sous Louis XVI puis au XIXe siècle, la marqueterie Boulle continue encore de nos jours à intéresser les collectionneurs, comme en témoignent les acquisitions faites dans les années 2000-2010 par le prince de Liechtenstein Hans-Adam II, pour la collection Liechtenstein à Vienne. Par ailleurs, notre cabinet a été exposé par la galerie Weiller & Cie, lors de l'exposition Antiquaire à Paris, La haute joaillerie à Paris, à l'Hotel Georges V, du 15 au 24 juin 1973.
Un cabinet sur pied d'un modèle très proche est conservé dans la collection Liechtenstein, à Vienne (inv. MO 2300). Réalisé vers 1700-1710, il est attribué à l'ébéniste viennois Johann Reins (1645-1717), spécialiste en marqueterie Boulle. La qualité, la somptuosité et le soin qui ont été apportés à la confection de notre cabinet sur pieds nous permet de le rapprocher du travail de ce célèbre ébéniste viennois. Le piétement du cabinet conservé dans la collection Liechtenstein diffère légèrement du notre : les montants sont ornés de chapiteaux sculptés de bois doré et l'entretoise en X supporte une urne couverte centrale.
D'autres meubles en marqueterie Boulle sont aujourd'hui conservés dans les collections viennoises. Notons une table à jeux et un bureau de la collection Salm, ainsi qu’un bureau de la collection impériale de Vienne, qui ont des pieds en bois dorés sculptés d'acanthe très similaires à ceux de notre cabinet (voir A.W. Vliegenhart, op. cit., fig. 9, 16 et 18). Par ailleurs, la partie inférieure d'un cabinet sur pied en marqueterie Boulle incrustée de laiton, d'étain et d'écaille de tortue, aujourd'hui conservé dans l'aile Léopoldine du Hofburg, est équipée d'un renfort et d'une plaque arrière très similaires à ceux du présent lot. Ce cabinet était anciennement conservé dans la chambre de Marie-Thérèse d'Autriche (1717-1780) au palais de Hofburg. Le savoir-faire de la marqueterie Boulle se diffusa dans tout le Saint Empire Romain Germanique, comme en atteste un cabinet sur pied proche du notre, réalisé à Brno dans le premier quart du XVIIIe siècle et aujourd'hui conservé au musée des arts décoratifs de Prague (A.W. Vliegenhart, op. cit., fig. 394). Au delà du savoir-faire des ébénistes, relevons le travail important des ornemanistes qui créent la forme et la composition de ces superbes cabinets. Leurs dessins, souvent copiés et partagés, permettent la transmission du goût et des modes en Europe. Notons un dessin de cabinet, probablement réalisé en Autriche, vers 1725, aujourd'hui conservé à la Bibliothèque d'art de Charlottenburg, à Berlin (A.W. Vliegenhart, op. cit., fig. 384).
Un autre exemple comparable est un meuble d'appoint avec une plaque arrière et un renfort similaires, vendu chez Artcurial, à Paris, le 21 décembre 2020, lot 3. Il est intéressant de noter que les marqueteries Boulle des exemples de Vienne contiennent traditionnellement de l'écaille de tortue, tandis que la décoration de ce meuble d’appoint est composée d'ébène, d'étain et de placage de laiton. En omettant l'écaille de tortue dans l'incrustation, les fabricants de cette pièce ont obtenu une esthétique distinctement non française, le contraste entre le laiton et l'ébène rappelant les couleurs traditionnelles des Habsbourg, l'or et le noir.
Les meubles viennois en marqueterie Boulle de cette qualité apparaissent rarement sur le marché, l'un des exemples les plus récents étant un cabinet provenant de l'ancienne collection Sydell Miller, vendu chez Christie's, New York, le 10 juin 2021, lot 9. Notons également une paire de torchères vendues chez Christie's, New York, le 19 octobre 2007, lot 226. Une paire de porte torchère similaire est également conservée dans la collection Lichtenstein, à Vienne (inv. MO 2286).
LA MARQUETERIE BOULLE, UN SAVOIR-FAIRE PRISÉS À LA COUR DES HABSBOURG
La cour des Habsbourg à Vienne, tout comme la cour des Bourbon à Versailles, apprécie particulièrement la qualité des meubles ornés de marqueterie dite « Boulle », de par l’inventivité dont font preuve les ébénistes, ainsi que l’usage de matériaux précieux et exotique. Née en France, la marqueterie de type « Boulle » est issue du nom de l’ébéniste André-Charles Boulle (1642-1732) qui a démocratisé et porté à son plus haut niveau cet art de la marqueterie de métal et d’écaille. Ainsi, elle est admirée et recherchée dans toute l'Europe, devenant rapidement l'une des tendances les plus emblématiques associées à l'art de la fabrication de meubles à l'époque Baroque. Outre la France, des œuvres magistrales de style Boulle furent créées à Anvers et dans les ateliers des cours d'Augsbourg, de Munich et de Vienne, où elles étaient fabriquées par des artisans flamands et allemands. Dans le Saint-Empire Romain Germanique, les dessins conçus par les ornemanistes Jean Bérain (1640-1711) et Daniel Marot (v.1661-1752) ont été adaptés et diffusés par un petit nombre d'artistes locaux, tels que Paul Decker l'Ancien (1677-1713), qui a créé une version typiquement germanique du style dit « arabesque », plus luxuriante et plus végétale que son homologue français. Le travail de Decker a été particulièrement influent dans la partie sud de l'Empire.
L'une des plus importantes commandes documentées de mobilier en marqueterie Boulle réalisées à Vienne est celle mentionnée par Marie Christine, princesse de Salm (1655-1744), dans des lettres adressées à Léopold Ier, empereur du Saint-Empire romain germanique (1640-1705), en 1697 et 1698. Ce groupe comprenait des torchères, des miroirs et d'autres meubles qui furent offerts à Ludwig Otto, prince de Salm (1674-1738), soit par Joseph Ier, soit par son père Léopold Ier, après le couronnement du premier comme roi des Romains en 1690. Il est également possible que les pièces de ce groupe aient été offertes par Léopold Ier à son fils, qui les a à son tour offertes en cadeau à son tuteur, le prince de Salm, qui les a utilisées pour décorer sa résidence récemment rénovée à Anholt. Les inventaires suggèrent qu'en 1700, le groupe s'est agrandi et que d'autres pièces décorées de marqueterie Boulle produites dans les ateliers viennois ont été ajoutées. Dans son ouvrage intitulé Boulle Möbel der Fürsten Salm, Adriaan W. Vliegenhart établit un lien clair entre les pièces de la collection Salm et celles conservées à la Hofburg et dans d'autres collections aristocratiques en Autriche, telles que la collection Harach au château de Rohrau, qui ont longtemps été considérées comme étant de fabrication viennoise (H. Kreisel, op. cit.).
The cabinet shown here is typical of Boulle marquetry furniture made in Vienna and southern Germany around 1700. Indeed, we can note the absence of gilded bronze in favour of gilded wood, the use of pewter in the marquetry, and a marked preference for arabesque and floral motifs over figures.
The taste for these marquetry pieces has not waned over the centuries. Back in vogue under Louis XVI and then in the 19th century, Boulle marquetry continues to attract collectors today, as evidenced by the acquisitions made in the 2000s by Prince Hans-Adam II of Liechtenstein for the Liechtenstein Collection in Vienna. In addition, our cabinet was exhibited by the Weiller & Cie gallery at the Antiquaire exhibition in Paris, La haute joaillerie à Paris, at the Hotel Georges V, from 15 to 24 June 1973.
A cabinet on legs of a very similar design is kept in the Liechtenstein Collection in Vienna (inv. MO 2300). Made around 1700-1710, it is attributed to the Viennese cabinetmaker Johann Reins (1645-1717), a specialist in Boulle marquetry. The quality, sumptuousness and care that went into the making of our cabinet on legs allows us to compare it to the work of this famous Viennese cabinetmaker. The base of the cabinet in the Liechtenstein collection differs slightly from ours: the uprights are decorated with carved gilded wood capitals and the X-shaped crossbar supports a central covered urn.
Other Boulle marquetry furniture is now preserved in the Viennese collections. These include a gaming table and a desk from the Salm collection, as well as a desk from the Imperial Collection in Vienna, which have gilded wooden legs carved with acanthus leaves very similar to those on our cabinet (see A.W. Vliegenhart, op. cit., figs. 9, 16 and 18). Furthermore, the lower part of a cabinet on legs in Boulle marquetry inlaid with brass, pewter and tortoiseshell, now preserved in the Leopoldine wing of the Hofburg, is fitted with a reinforcement and a back plate very similar to those of the present lot. This cabinet was formerly kept in the bedroom of Maria Theresa of Austria (1717-1780) at the Hofburg Palace. The art of Boulle marquetry spread throughout the Holy Roman Empire, as evidenced by a cabinet similar to ours, made in Brno in the first quarter of the 18th century and now kept at the Museum of Decorative Arts in Prague (A.W. Vliegenhart, op. cit., fig. 394). Beyond the expertise of the cabinetmakers, we should also note the important work of the ornamentalists who created the form and composition of these superb cabinets. Their designs, often copied and shared, enabled the transmission of taste and fashion throughout Europe. Of particular note is a design for a cabinet, probably made in Austria around 1725, now preserved at the Charlottenburg Art Library in Berlin (A.W. Vliegenhart, op. cit., fig. 384).
Another comparable example is a side cabinet with a similar back panel and reinforcement, sold at Artcurial in Paris on 21 December 2020, lot 3. It is interesting to note that the Boulle marquetry of the Vienna examples traditionally contains tortoiseshell, while the decoration of this occasional piece is composed of ebony, pewter and brass veneer. By omitting tortoiseshell from the inlay, the makers of this piece achieved a distinctly non-French aesthetic, with the contrast between brass and ebony recalling the traditional Habsburg colours of gold and black.
Viennese Boulle marquetry furniture of this quality rarely appears on the market, one of the most recent examples being a cabinet from the former Sydell Miller collection, sold at Christie's, New York, on 10 June 2021, lot 9. Also noteworthy is a pair of torchères sold at Christie's, New York, on 19 October 2007, lot 226. A similar pair of torchères is also preserved in the Lichtenstein Collection in Vienna (inv. MO 2286).
BOULLE MARQUETRY, A SKILL PRIZED AT THE COURT OF THE HABSBURGS
The Habsburg court in Vienna, like the Bourbon court in Versailles, particularly appreciated the quality of furniture decorated with “Boulle” marquetry, due to the inventiveness of the cabinetmakers and the use of precious and exotic materials. Originating in France, Boulle marquetry takes its name from the cabinetmaker André-Charles Boulle (1642-1732), who popularized and elevated this art of metal and tortoiseshell marquetry to its highest level. It was admired and sought after throughout Europe, quickly becoming one of the most iconic trends associated with the art of furniture making in the Baroque period. Outside France, masterful works in the Boulle style were created in Antwerp and in the workshops of the courts of Augsburg, Munich, and Vienna, where they were made by Flemish and German craftsmen. In the Holy Roman Empire, designs by ornamentalists Jean Bérain (1640-1711) and Daniel Marot (c.1661-1752) were adapted and disseminated by a small number of local artists, such as Paul Decker the Elder (1677-1713), who created a typically Germanic version of the so-called “arabesque” style, more luxuriant and vegetal than its French counterpart. Decker's work was particularly influential in the southern part of the Empire.
One of the most important documented orders for Boulle marquetry furniture made in Vienna is that mentioned by Marie Christine, Princess of Salm (1655-1744), in letters addressed to Leopold I, Holy Roman Emperor (1640-1705), in 1697 and 1698. This group included candelabra, mirrors, and other pieces of furniture that were given to Ludwig Otto, Prince of Salm (1674-1738), either by Joseph I or by his father Leopold I, after the former was crowned King of the Romans in 1690. It is also possible that the pieces in this group were given by Leopold I to his son, who in turn gave them as a gift to his guardian, the Prince of Salm, who used them to decorate his newly renovated residence in Anholt. Inventories suggest that in 1700 the group was expanded and other pieces decorated with Boulle marquetry produced in the Viennese workshops were added. In his book Boulle Möbel der Fürsten Salm, Adriaan W. Vliegenhart establishes a clear link between the pieces in the Salm collection and those preserved in the Hofburg and other aristocratic collections in Austria, such as the Harach collection at Rohrau Castle, which have long been considered to be of Viennese manufacture (H. Kreisel, op. cit.).
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
