Lot Essay
Dans les royaumes akan, les récipients appelés kuduo constituaient des objets de prestige réservés aux rois et aux dignitaires de cour. Ils renfermaient poudre et pépites d’or, ainsi que divers biens dotés d’une valeur à la fois matérielle et symbolique. Véritables réceptacles du kra, la force vitale de leur propriétaire, ils occupaient une place essentielle dans les rituels destinés à honorer et à préserver l’intégrité spirituelle de l’individu. Le couvercle, au-delà de sa fonction pratique, participe pleinement de cette dimension symbolique en évoquant la protection et la préservation de l’âme.
Les kuduo apparaissent dans les régions forestières du Ghana dès le XVe siècle et présentent des formes qui témoignent des influences nord-africaines, sans doute liées aux échanges issus du commerce transsaharien de l’or. L’exemplaire considéré, pourvu d’un couvercle, est un récipient en laiton, obtenu par fonte à la cire perdue puis repris au martelage. Sa silhouette et la richesse de son iconographie témoignent de la diversité des traditions esthétiques mobilisées par les artisans akan dans l’élaboration des arts de cour. Les bords sont ornés de motifs de cordage et concentriques, les pieds font écho au corps cylindrique, tandis que l’anse zoomorphe se distingue par un modelé d’une grande finesse.
La qualité remarquable et la rareté de cette œuvre expliquent sans doute sa présence, dès 1930, dans l’exposition organisée à la Galerie Pigalle, événement marquant dans l’émergence du regard occidental porté sur les arts dits « primitifs ». Cinq ans plus tard, elle est présentée dans l’exposition African Negro Art au Museum of Modern Art, l’une des manifestations les plus fréquentées de l’institution à l’époque et l’une des premières, aux États-Unis, à reconnaître les sculptures africaines comme des œuvres d’art à part entière, plutôt que comme de simples objets ethnographiques. Nombre de ces pièces, à l’instar de celle-ci, sont aujourd’hui considérées, à juste titre, comme des icônes de l’art africain. Dans ce contexte de redécouverte et de valorisation par les avant-gardes européennes, il n’est pas surprenant qu’André Derain ait été l’un des premiers acquéreurs.
Pour un exemplaire analogue, voir celui conservé au Royal Museum for Central Africa de Tervuren (inv. n° EO.1963.17.5).
In the Akan kingdoms, vessels known as Kuduo were prestigious objects reserved for kings and court dignitaries. They contained gold dust and nuggets, as well as various items endowed with both material and symbolic value. True receptacles of the Kra, the vital force of their owner, they held an essential place in rituals intended to honor and preserve the individual’s spiritual integrity. Beyond its practical function, the lid fully participates in this symbolic dimension, evoking the protection and safeguarding of the soul.
Kuduo appear in the forest regions of Ghana as early as the 15th century and display forms that reflect North African influences, likely linked to exchanges stemming from the trans-Saharan gold trade. The present example, fitted with a lid, is a brass vessel produced using the lost-wax casting technique and subsequently refined by hammering. Its silhouette and the richness of its iconography testify to the diversity of aesthetic traditions mobilized by Akan artisans in the creation of courtly arts. The rims are adorned with rope-like and concentric motifs; the feet echo the cylindrical body, while the zoomorphic handle stands out for its remarkably refined modeling.
The exceptional quality and rarity of this work likely explain its inclusion, as early as 1930, in the exhibition held at the Galerie Pigalle - an event that marked a turning point in the emergence of the Western gaze upon so-called “primitive” arts. Five years later, it was presented in the exhibition African Negro Art at the Museum of Modern Art, one of the institution’s most widely attended exhibitions at the time and among the first in the United States to recognize African sculptures as works of art in their own right, rather than merely ethnographic objects. Many such pieces, including this one, are now rightly regarded as icons of African art. Within this context of rediscovery and appreciation by the European avant-garde, it comes as no surprise that André Derain was among its earliest collectors.
For a comparable example, see the piece held at the Royal Museum for Central Africa in Tervuren (inv. no. EO.1963.17.5).
Les kuduo apparaissent dans les régions forestières du Ghana dès le XVe siècle et présentent des formes qui témoignent des influences nord-africaines, sans doute liées aux échanges issus du commerce transsaharien de l’or. L’exemplaire considéré, pourvu d’un couvercle, est un récipient en laiton, obtenu par fonte à la cire perdue puis repris au martelage. Sa silhouette et la richesse de son iconographie témoignent de la diversité des traditions esthétiques mobilisées par les artisans akan dans l’élaboration des arts de cour. Les bords sont ornés de motifs de cordage et concentriques, les pieds font écho au corps cylindrique, tandis que l’anse zoomorphe se distingue par un modelé d’une grande finesse.
La qualité remarquable et la rareté de cette œuvre expliquent sans doute sa présence, dès 1930, dans l’exposition organisée à la Galerie Pigalle, événement marquant dans l’émergence du regard occidental porté sur les arts dits « primitifs ». Cinq ans plus tard, elle est présentée dans l’exposition African Negro Art au Museum of Modern Art, l’une des manifestations les plus fréquentées de l’institution à l’époque et l’une des premières, aux États-Unis, à reconnaître les sculptures africaines comme des œuvres d’art à part entière, plutôt que comme de simples objets ethnographiques. Nombre de ces pièces, à l’instar de celle-ci, sont aujourd’hui considérées, à juste titre, comme des icônes de l’art africain. Dans ce contexte de redécouverte et de valorisation par les avant-gardes européennes, il n’est pas surprenant qu’André Derain ait été l’un des premiers acquéreurs.
Pour un exemplaire analogue, voir celui conservé au Royal Museum for Central Africa de Tervuren (inv. n° EO.1963.17.5).
In the Akan kingdoms, vessels known as Kuduo were prestigious objects reserved for kings and court dignitaries. They contained gold dust and nuggets, as well as various items endowed with both material and symbolic value. True receptacles of the Kra, the vital force of their owner, they held an essential place in rituals intended to honor and preserve the individual’s spiritual integrity. Beyond its practical function, the lid fully participates in this symbolic dimension, evoking the protection and safeguarding of the soul.
Kuduo appear in the forest regions of Ghana as early as the 15th century and display forms that reflect North African influences, likely linked to exchanges stemming from the trans-Saharan gold trade. The present example, fitted with a lid, is a brass vessel produced using the lost-wax casting technique and subsequently refined by hammering. Its silhouette and the richness of its iconography testify to the diversity of aesthetic traditions mobilized by Akan artisans in the creation of courtly arts. The rims are adorned with rope-like and concentric motifs; the feet echo the cylindrical body, while the zoomorphic handle stands out for its remarkably refined modeling.
The exceptional quality and rarity of this work likely explain its inclusion, as early as 1930, in the exhibition held at the Galerie Pigalle - an event that marked a turning point in the emergence of the Western gaze upon so-called “primitive” arts. Five years later, it was presented in the exhibition African Negro Art at the Museum of Modern Art, one of the institution’s most widely attended exhibitions at the time and among the first in the United States to recognize African sculptures as works of art in their own right, rather than merely ethnographic objects. Many such pieces, including this one, are now rightly regarded as icons of African art. Within this context of rediscovery and appreciation by the European avant-garde, it comes as no surprise that André Derain was among its earliest collectors.
For a comparable example, see the piece held at the Royal Museum for Central Africa in Tervuren (inv. no. EO.1963.17.5).
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