Jacques Henri Lartigue (1894-1986)
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Jacques Henri Lartigue (1894-1986)

Guitty, Biarritz, 1905

Details
Jacques Henri Lartigue (1894-1986)
Guitty, Biarritz, 1905
tirage argentique
signé des initiales et daté ''J. H. L. 1905'' au crayon et diverses annotations à l'encre et au crayon (image, verso)
image/feuille : 10 x 6.5 cm. (4 x 2 ½ in.)
D'autres tirages de cette image se trouvent dans l'album 1905 du photographe, conservé à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont (3lrt3, p. 74 et p. 75).

gelatin silver print
signed with initials and dated ''J. H. L. 1905'' in pencil and variously annotated in ink and pencil (image, verso)
Other prints of this image appear in the photographer’s album 1905, held at the Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont (3lrt3, p. 74 and p. 75).
Provenance
Collection Roger Therond, Paris (acquis directement auprès du photographe)
Literature
Jacques-Henri Lartigue, Aperture, Millerton, 1976, p. 47
J. Damade, Jacques Henri Lartigue, Centre National de la Photographie, Paris, 1983, n° 22, n. p.
J. H. Lartigue, Rivages, Contrejour, Paris, 1990, p. 14
R. Avedon, S. Rice et J. Szarkowski, Jacques-Henri Lartigue : Le choix du bonheur, La Manufacture, Besançon, 1992, p. 184
V. Goldberg, Jacques Henri Lartigue Photographe, Nathan, Paris, 1998, p. 49
O. Ribeton, C. Caujolle et G. d'Arcangues, Jacques Henri Lartigue au Pays Basque, Atlantica, Biarritz, 2002, p. 19
M. d'Astier, Q. Bajac et A. Sayag, Lartigue : L'album d'une vie : 1894-1986, Centre Pompidou / Seuil, Paris, 2003, p. 59
M. d'Astier et F. Rodari, Un mundo flotante : fotografías Jacques Henri Lartigue (1864-1986), Fundación "La Caixa", Barcelone, 2010, pp. 52-53 et p. 234
M. Le Gaillard, Lartigue : l'élégance photographique, Somogy éditions d'Arts, Paris, 2016, p. 67
Exhibited
Paris, Maison européenne de la photographie, Une passion française : photographies de la collection Roger Therond, octobre 1999-janvier 2000, n° 218 (reproduit au catalogue d'exposition sur la couverture, p. 279 et p. 359)
Paris, Fondation Henri Cartier-Bresson (mai-juillet) et Barcelone, Fundación "la Caixa" (septembre-février), Les choix d'Henri Cartier-Bresson, 2003-2004, n° 48 (reproduit au catalogue d'exposition p. 48)

Brought to you by

Elodie Morel-Bazin
Elodie Morel-Bazin Head of Department, Europe

Lot Essay

« La plage, c'est l'endroit le plus immense de la terre. On peut y courir sans limite et personne ne vous crie de faire attention. Rien n’empêche plus mes yeux de voler, de voguer sans fin. » – Jacques Henri Lartigue, journal intime.

Lartigue a onze ans. Son père lui a offert quelques années plus tôt son premier appareil. Il photographie Guitty – Marguerite Bourcart, cousine de Monsieur Folletête, secrétaire de son père – sur la plage de la Barre de l’Adour. L'image qui en résulte est déjà, pleinement, du Lartigue : silhouette lancée vers l'horizon, robe soulevée par la vitesse, corps légèrement décentré comme si l'objectif peinait à la rattraper. Rien d'une pose. Tout d'un instant.

Pour saisir ce moment, Lartigue utilise son Bloc-Notes Gaumont – un petit appareil à plaques, compact, capable de réaliser des instantanés au 1/100e de seconde. C'est précisément cette liberté technique qui rend possible une image pareille : dans le premier lustre du siècle, photographier le mouvement à cette vitesse est une prouesse. Paradoxalement, les contraintes de l'appareil – format réduit, plaques uniques – nourrissent une liberté formelle que les photographes professionnels de l'époque, enchaînés à leurs trépieds, ne s'autorisent pas.

Ce tirage contact, format intime par excellence, n’est pas conçu pour être exposé. Un agrandissement figure d'ailleurs dans l'album 1902-1905 conservé à la Donation Jacques Henri Lartigue (ministère de la Culture) – témoignage de la pratique diariste du photographe, qui construisait, album après album, un atlas personnel du bonheur. Cette échelle réduite n'est pas une contrainte : c'est une confidence.

Issu d'une famille bourgeoise parisienne qui fait de Biarritz l'une de ses destinations estivales, Lartigue reviendra sur cette côte atlantique tout au long de sa vie – d'abord avec ses parents, puis avec ses compagnes, dont Renée Perle dans les années 1930. La station balnéaire, ancien rendez-vous de villégiature de l'impératrice Eugénie devenu temple du loisir élégant, est pour lui un territoire familier où se forgent les souvenirs heureux.

La robe qui se soulève, la liberté du geste, l'immensité de l'Atlantique derrière une silhouette qui court : tout ici est déjà le grand thème de son œuvre – la joie, la vitesse, l'instant arraché au temps. Il n'avait que onze ans, et il savait déjà tout cela.

“The beach is the most immense place on earth. You can run there without limits and no one shouts at you to be careful. Nothing prevents my eyes any longer from flying, from wandering endlessly.” – Jacques Henri Lartigue, diary.

Lartigue is eleven years old. A few years earlier, his father had given him his first camera. He photographs Guitty, Marguerite Bourcart, cousin of Monsieur Folletête, his father’s secretary, on the beach at La Barre de l’Adour. The resulting image is already, unmistakably, Lartigue: a silhouette rushing toward the horizon, a dress lifted by speed, a body slightly off-center as though the lens were struggling to keep pace. Nothing posed. Everything instantaneous.

To capture this moment, Lartigue uses his Gaumont Bloc-Notes, a small plate camera, compact and capable of producing snapshots at 1/100th of a second. It is precisely this technical freedom that makes such an image possible: in the first decade of the century, photographing movement at such a speed was a feat. Paradoxically, the constraints of the camera, its reduced format and single plates, foster a formal freedom that professional photographers of the period, bound to their tripods, did not allow themselves.

This contact print, the intimate format par excellence, was not intended for exhibition. An enlarged version appears in the 1902-1905 album preserved at the Donation Jacques Henri Lartigue (French Ministry of Culture), bearing witness to the photographer’s diaristic practice, through which he constructed, album after album, a personal atlas of happiness. This reduced scale is not a constraint: it is a confidence.

Born into a Parisian bourgeois family that made Biarritz one of its summer destinations, Lartigue would return to this Atlantic coast throughout his life, first with his parents, then with his companions, including Renée Perle in the 1930s. The seaside resort, once a favored retreat of Empress Eugénie and later a temple of elegant leisure, was for him a familiar territory where happy memories were formed.

The dress lifting in the wind, the freedom of the gesture, the vastness of the Atlantic behind a running silhouette: everything here already embodies the great theme of his work, joy, speed, the instant wrested from time. He was only eleven years old, and he already knew all of this.

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