Albert Rudomine (1892-1975)
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La Falconetti, interprète du Jeanne d'Arc de Dreyer, 1923

Details
Albert Rudomine (1892-1975)
La Falconetti, interprète du Jeanne d'Arc de Dreyer, 1923
épreuve pigmentaire
cachet du photographe, titré et daté "La Falconnetti, interprète du Jeanne d'Arc de Dreyer 1923 XV" au crayon (image, verso)
image/feuille : 23.3 x 17.3 cm. (9 1⁄8 x 6 ¾ in.)

pigment print
stamped photographer's credit, titled and dated "La Falconnetti, interprète du Jeanne d'Arc de Dreyer 1923 XV" in pencil (image, verso)
Provenance
Collection Roger Therond, Paris
Exhibited
Paris, Maison européenne de la photographie, Une passion française : photographies de la collection Roger Therond, octobre 1999-janvier 2000, n° 181 (reproduit au catalogue d'exposition p. 243 et p. 349)

Brought to you by

Elodie Morel-Bazin
Elodie Morel-Bazin Head of Department, Europe

Lot Essay

« C’est l’interprétation remarquable de Maria Falconetti dans le rôle de la Pucelle d’Orléans qui domine tout le reste dans cette réussite artistique. » C’est en ces termes que le critique américain Mordaunt Hall célébrait, dans les colonnes du New York Times en 1929, la prestation de Renée Falconetti dans La Passion de Jeanne d’Arc de Carl-Theodor Dreyer. Quelques années auparavant, Albert Rudomine avait déjà su saisir, avec une rare acuité, l’intensité psychologique de l’actrice dans ce portrait d’une remarquable modernité.

Né en Russie, Rudomine s’établit définitivement à Paris en 1917, où il exerce d’abord le métier de couturier avant de se consacrer à la photographie. Ses premières œuvres, principalement consacrées aux danseurs et à l’étude du nu – comme en témoignent les épreuves Sans titre (Habib Benglia, nu) (lot 168) et Sans titre (Nu allongé) (lot 166) conservées dans la collection de Roger Therond – révèlent déjà une attention particulière portée à la plasticité du corps et aux effets lumineux. En 1923, année de réalisation de ce portait, il ouvre son propre studio parisien et s’impose rapidement comme l’un des portraitistes les plus recherchés de la scène artistique. Il accueille les grandes figures du théâtre et du cinéma français, parmi lesquelles Sarah Bernhardt, Marcelle Chantal, Suzy Solidor ou Fernand Gravey.

Rudomine privilégie alors le gros plan, affranchi de tout élément anecdotique. Ici, la disparition totale du décor concentre le regard sur le visage de Falconetti, photographiée de profil, dont l’intensité expressive émane particulièrement des yeux. Une lumière latérale, subtilement maîtrisée, modèle les traits avec une profondeur sculpturale, tandis que les noirs d’une grande densité renforcent la puissance dramatique de la composition. Le visage semble émerger de l’ombre comme un bas-relief, annonçant le regard que le photographe portera quelques années plus tard sur les sculptures du musée Rodin, dont il deviendra le photographe attitré.

Cette épreuve réalisée au tirage charbon témoigne également de la singularité du langage plastique de Rudomine. Elle rappelle le vocabulaire des pictorialistes, avec lesquels le photographe partage le goût pour le clair-obscur et le flou des contours. Cette conception picturale de l’image se conjugue avec l’audace d’un cadrage extrêmement resserré, qui inscrit l’image dans les expérimentations de la photographie moderne. Entre héritage pictorialiste et esthétique des avant-gardes, Rudomine livre ici l'un de ses portraits les plus saisissants.

“It is Maria Falconetti’s remarkable interpretation of the Maid of Orléans that rises above everything else in this artistic triumph.” It was in these terms that the American critic Mordaunt Hall, writing in the New York Times in 1929, praised Renée Falconetti’s performance in La Passion de Jeanne d’Arc by Carl Theodor Dreyer. Several years earlier, Albert Rudomine had already captured, with rare acuity, the actress’s psychological intensity in this portrait of remarkable modernity.

Born in Russia, Rudomine settled permanently in Paris in 1917, where he first worked as a fashion designer before turning to photography. His earliest works, devoted primarily to dancers and the study of the nude, as evidenced by the prints Untitled (Habib Benglia, Nude) (lot 168) and Untitled (Reclining Nude) (lot 166) from the Roger Thérond Collection, already reveal a particular sensitivity to the plastic qualities of the body and the effects of light. In 1923, the year this portrait was made, he opened his own Paris studio and quickly established himself as one of the most sought-after portraitists on the artistic scene. He welcomed leading figures of French theater and cinema, including Sarah Bernhardt, Marcelle Chantal, Suzy Solidor, and Fernand Gravey.

Rudomine favored the close-up, freed from all anecdotal detail. Here, the complete absence of setting focuses attention on Falconetti’s face, photographed in profile, whose expressive intensity emanates above all from her eyes. A subtly controlled side light models her features with sculptural depth, while richly dense blacks heighten the dramatic power of the composition. The face appears to emerge from shadow like a bas-relief, foreshadowing the perspective the photographer would bring a few years later to the sculptures of the Rodin Museum, for which he would become the official photographer.

This carbon print also testifies to the singularity of Rudomine’s visual language. It recalls the vocabulary of the Pictorialists, with whom the photographer shared a taste for chiaroscuro and softly blurred contours. This painterly conception of the image is combined with the boldness of an extremely tight crop, placing the work within the experiments of modern photography. Between the legacy of Pictorialism and the aesthetics of the avant-garde, Rudomine delivers here one of his most striking portraits.

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