Bruno Braquehais (1823-1874) et Laure Gouin-Braquehais (1829-1916)
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Nu féminin au coussin bleu, vers 1854-1855

Details
Bruno Braquehais (1823-1874) et Laure Gouin-Braquehais (1829-1916)
Nu féminin au coussin bleu, vers 1854-1855
daguerréotype stéréoscopique colorié, monté sous verre
inscrit ''Pauline Levy'' au crayon (montage, verso)
ensemble : 8.5 x 17.5 cm. (3 3⁄8 x 6 7⁄8 in.)

hand-colored stereoscopic daguerreotype, mounted under glass
inscribed ''Pauline Levy'' in pencil (mount, verso)
Provenance
Galerie Baudoin Lebon, Paris
Collection Roger Therond, Paris (acquis auprès de celle-ci en 1994)
Exhibited
Paris, Maison européenne de la photographie, Une passion française : photographies de la collection Roger Therond, octobre 1999-janvier 2000, n° 134 (reproduit au catalogue d'exposition p. 184 et p. 337)

Brought to you by

Elodie Morel-Bazin
Elodie Morel-Bazin Head of Department, Europe

Lot Essay

Cette plaque s'inscrit dans la riche production de nus réalisée par Bruno Braquehais et son épouse, Laure Gouin.

Formé à l'Institut royal des Sourds-Muets de Paris, Bruno Braquehais exerce d'abord comme lithographe à Caen avant de rejoindre, en 1850, l'atelier parisien du daguerréotypiste Alexis Gouin, spécialiste reconnu du nu académique. Il y fait la connaissance de Laure Gouin, fille du photographe, qu'il épouse en 1856, année où le couple reprend officiellement la direction de l'atelier à la mort de Gouin. Braquehais y développe une production de portraits et de nus, d'abord au daguerréotype puis selon le procédé plus tardif du collodion, souvent présentée en stéréoscopie – un format donnant, une fois observé dans une visionneuse adaptée, une impression de relief. Cette production lui vaut une mention honorable à l'Exposition universelle de 1867. Sa notoriété posthume tient cependant à un tout autre corpus : ses quelque cent cinquante vues de la Commune de Paris en 1871, dont la chute de la colonne Vendôme, qui font de lui l'un des tout premiers photoreporters de l'histoire (voir Lot 340).

Longtemps restée dans l’ombre, Laure Braquehais, formée à la colorisation par sa mère Marie Gouin et initiée à la photographie auprès de son père, ne se limite pas à la mise en couleur des plaques. Elle prend part aux séances de pose, singulièrement aux plus sensuelles, en rupture avec le regard masculin alors dominant : elle est l'une des très rares femmes de son temps, sinon la seule, à avoir dirigé des séances de nu. Elle œuvre également à la prise de vue maniant la chambre de son père qui livre deux vues sur une même plaque, tandis que son mari Bruno réalise deux clichés distincts ensuite réunis, pour former l’image stéréoscopique.

Cette vue témoigne ainsi d’une pratique familiale et collaborative dont les contributions demeurent souvent indissociables mais contrairement à la grande majorité des nus photographiés dans les années 1850, l’image ne semble se référer à aucun modèle pictural identifiable. Bien qu’elle reprenne certains éléments caractéristiques de l'étude d'artiste, seul cadre alors toléré pour légitimer la représentation du nu (accessoires dorés, voilage et drapés), le modèle ne s’allonge pas sur le coussin bleu dans une pose lascive, mais l’utilise comme appui pour s’asseoir, le dos bien droit face à l’objectif. Le visage légèrement détourné, les yeux mi-clos, elle semble contempler une fleur rehaussée d’une vive touche de rouge.

This plate belongs to the rich body of nude studies produced by Bruno Braquehais and his wife, Laure Gouin.

Trained at Paris’s Royal Institution for Deaf-Mutes, Bruno Braquehais initially worked as a lithographer in Caen before joining, in 1850, the Paris studio of the daguerreotypist Alexis Gouin, a recognized specialist in the academic nude. There he met Laure Gouin, the photographer’s daughter, whom he married in 1856, the year the couple officially took over the studio following Gouin’s death. Braquehais developed a practice devoted to portraiture and the nude, first in daguerreotype and later using the collodion process, often presenting his works in stereoscopic form, a format that, when viewed through a stereoscope, creates an illusion of three-dimensionality. This production earned him an honorable mention at the 1867 Exposition Universelle. His posthumous reputation, however, rests on a very different body of work: the approximately one hundred and fifty photographs he made during the Paris Commune of 1871, including the fall of the Vendôme Column, which establish him as one of history’s earliest photojournalists (see Lot 340).

Long overshadowed in historical accounts, Laure Braquehais, trained in hand-coloring by her mother, Marie Gouin, and introduced to photography by her father, was far more than a colorist of photographic plates. She participated actively in posing sessions, particularly the more sensual ones, offering an approach that departed from the predominantly male gaze of the period. She was one of the very few women of her time, perhaps the only one, to direct nude photography sessions. She also contributed directly to the photographic process, operating her father’s camera, which produced two views on a single plate, while her husband Bruno made two separate exposures later combined to form a stereoscopic image.

This photograph thus bears witness to a collaborative family practice whose individual contributions often remain inseparable. Unlike the vast majority of photographic nudes produced during the 1850s, however, the image does not appear to refer to any identifiable pictorial model. Although it incorporates certain characteristic elements of the artist’s study, the only framework then considered acceptable for legitimizing the representation of the nude, including gilded accessories, veils, and drapery, the model is not reclining languidly on the blue cushion. Instead, she uses it as support while sitting upright, facing the camera directly. With her face slightly turned and her eyes half-closed, she appears to contemplate a flower heightened by a vivid touch of red.

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