Joan Miró (1893-1983)
Joan Miró (1893-1983)
Joan Miró (1893-1983)
Joan Miró (1893-1983)
3 More
Provenant d’une collection distinguée, États-Unis
Joan Miró (1893-1983)

Personnages dans la nuit

Details
Joan Miró (1893-1983)
Personnages dans la nuit
signé 'Miró' (en bas à droite); signé, daté et inscrit 'Joan Miró Personnages dans la nuit X Barcelone, 23-11-1942' (au revers)
fusain, pastel et confiture de fraise sur papier
49.5 x 64.1 cm.
Executé le 23 novembre 1942

signed 'Miró' (lower right); signed, dated and titled 'Joan Miró Personnages dans la nuit X Barcelone, 23-11-1942' (on the reverse)
charcoal, pastel and strawberry jam on paper
19 1⁄2 x 25 1⁄4 in.
Executed on 23 November 1942
Provenance
Pierre Matisse Gallery, New York.
Charlotte Mack, San Francisco.
Andre Emmerich Gallery, New York.
Felix Landau Gallery, Los Angeles.
Collection Stone, Los Angeles (acquis auprès de celle-ci vers 1950 et jusqu'à au moins 1990).
Manny Silverman Gallery, Los Angeles.
Collection particulière (acquis auprès de celle-ci en janvier 1993); sa vente, Christie's, New York, 1 novembre 2011, lot 42.
Acquis au cours de cette vente par le propriétaire actuel.
Literature
M. Daniel et M. Gale, éd., Joan Miró, The Ladder of Escape, cat. exp., Tate Modern, Londres, 2011, p. 232, no. 70 (illustré en couleurs p. 96).
J. Dupin et A. Lelong-Mainaud, Joan Miró: Catalogue Raisonné, Drawings, 1938-1959, Paris, 2010, vol. II, p. 119, no. 1022 (illustré en couleurs).
Exhibited
Los Angeles County Museum of Art, 1959 (en prêt).

Brought to you by

20/21st Century Evening Sale - Paris
20/21st Century Evening Sale - Paris General Enquires

Lot Essay

La présente œuvre, Personnages dans la nuit, compte parmi les plus remarquables œuvres sur papier exécutées au cours de l’année 1942. Son inspiration malicieuse se déploie dans le trio grotesque de figures, qui peuvent être interprétées aussi bien comme des personnages récurrents du répertoire de Miró que comme des figures types appartenant à la galerie de personnages, plus directement inspirée par la situation politique, qui peuplera sa série de lithographies barcelonaises de 1944.

Miró acheva la vingt-troisième et dernière œuvre de sa célèbre série de gouaches sur papier, qu’il avait appelée les Constellations, dans la maison familiale de Mont-roig, en Catalogne, le 12 septembre 1941. Il exécuta la présente œuvre l’année suivante, alors qu’il s’engageait dans une nouvelle séquence de recherches et d’expérimentations réalisées à la fois à Palma de Majorque et à Barcelone. Cet esprit d’expérimentation est particulièrement manifeste dans la présente œuvre, avec l’ajout ludique de confiture de fraises parmi les matériaux plus habituels qu’il employait. Tout au long de cette année, Miró tenta de laisser derrière lui les angoisses et les épreuves des deux années précédentes, au cours desquelles lui et sa famille ont entrepris une véritable odyssée pour atteindre un refuge sûr, tandis que l’Europe sombrait dans l’obscurité et le désespoir.

Miró s’installa à Palma de Majorque en novembre 1941, refuge où vivaient les parents de son épouse Pilar, et, quelques semaines plus tard, commença un nouveau groupe d’œuvres sur papier. Miró écrivit à son ami E. C. Ricart le 15 février 1942 : « J’ai jugé préférable de passer quelque temps ici, à Palma. Je consacre presque tout mon temps au travail, je ne vois presque personne et, de cette manière, j’échappe au risque d’être englouti par la terrible tragédie qui frappe le monde entier » (cité in C. Lanchner, Miró, cat. exp., The Museum of Modern Art, New York, 1993, p. 336). Seules deux œuvres pouvant être qualifiées de peintures de chevalet sont répertoriées dans le catalogue raisonné de Jacques Dupin et Ariane Lelong-Mainaud pour l’année 1942, auxquelles s’ajoute un seul tableau à l’huile sur toile pour l’année suivante. Ce n’est qu’en 1944 que Miró reprit la peinture de manière plus soutenue.

Miró constata que le travail sur papier convenait particulièrement bien à son existence nomade et « furtive » ; de plus, la toile était difficile à trouver et coûteuse à acheter. Les visionnaires Constellations lui avaient également fourni une vaste réserve d’images visuelles et lui avaient ouvert un large éventail de techniques qu’il devait assimiler et prolonger, sans reproduire mécaniquement l’apparence de cette série qui allait bientôt devenir célèbre et qui fut exposée pour la première fois à New York en 1945, quelques mois avant la fin de la guerre en Europe.
Jacques Dupin a décrit ainsi cette nouvelle explosion d’activité : « En 1942, les Constellations furent suivies d’un grand nombre d’aquarelles, de gouaches et de dessins, caractérisés par une grande liberté d’invention et une merveilleuse aisance. Dans cette évolution de son art, qui devait aboutir à la création de son style définitif, le retour en Espagne après cinq années d’absence - et tout particulièrement à Majorque - fut sans doute déterminant. Ce sont des recherches entreprises sans idée préconçue, des créations effervescentes dans lesquelles l’artiste perfectionna un vaste répertoire de formes, de signes et de formules, mettant en œuvre tous les matériaux et instruments compatibles avec le papier. L’objectif de toutes ces recherches est de déterminer la relation entre le dessin et les matériaux, la relation entre la ligne et l’espace » (in Miró, Paris, 2004, pp. 257-260).


The present work, Personnages dans la nuit, ranks among the finest of the works on paper executed over the course of 1942. Its mischievous inspiration plays out in the grotesque trio of figures who can be read both as stock characters from Miró's repertory or as stock characters of the more politically inspired dramatis personnaae who populate his Barcelona series of lithographs from 1944.

Miró completed the twenty-third and last of his landmark series of gouaches on paper he had come to call the Constellations at his family home in Montroig, Catalonia, on 12 September 1941. He executed the present work during the following year, as he settled down into a new sequence of exploratory and experimental works executed in both Palma de Mallorca and Barcelona. This prevailing spirit of experimentation is very evident in the present work with the playful addition of strawberry jam among the more usual roster of media used. Throughout the year Miró attempted to put behind him the anxieties and tribulations of the past two years, in which he and his family had undertaken a veritable odyssey to reach the safe haven of home, as Europe descended into darkness and hopelessness all around him.

Miró moved to Palma de Mallorca, in November 1941, a safe-haven where his wife Pilar's parents lived, and within a few weeks he commenced a new group of works on paper. Miró wrote to his friend E.C. Ricart on 15 February 1942: "I considered it convenient for me to spend some time here in Palma I spend almost all of my time working I see almost no one, and in this way escape without being engulfed by the terrible tragedy of the entire world" (quoted in C. Lanchner, Miró, exh, cat., The Museum of Modern Art, New York, 1993, p. 336). Only two works that could be called easel paintings are recorded in Jacques Dupin and Ariane Lelong-Mainaud's catalogue raisonné for the year 1942, with only one further oil on canvas included for the following year. It was not until 1944 that Miró took up painting again on a more concerted basis.

Miró found that working on paper best suited his nomadic and "furtive" existence, and besides, canvas was hard to come by and expensive to purchase. Moreover, the visionary Constellations had provided Miró with a vast reservoir of visual imagery, and they had opened up to him a wide range of techniques that he needed to mull over and carry forward, without mechanically repeating the actual look of this soon-to-become-celebrated series, which were first exhibited in New York in 1945, a few months before the end of the war in Europe. Jacques Dupin has described this burst of renewed activity: "In 1942 [the Constellations] were followed by a large number of watercolors, gouaches and drawings, characterized by freedom of invention and a marvelous effortlessness. In this evolution of his art, which was to end in the creation of his definitive style, renewed contact with Spain after five years of absence with Majorca most especially - was doubtless crucial. They are explorations undertaken with no preconceived idea - effervescent creations in which the artist perfected a vast repertory of forms, signs, and formulas, bringing into play all the materials and instruments compatible with paper. The object of all these explorations is to determine the relationship between drawing and the materials, the relationship between line and space” (in Miró, Paris, 2004, pp. 257-260).

More from 20th/21st Century: Paris Evening Sale including Thinking Italian

View All
View All