Lot Essay
LE DESSIN D’UN GRAND ORNEMANISTE
Les merveilleux tourbillonnements rocaille de cette paire de flambeaux, parmi lesquels virevoltent de petites abeilles et papillons, est à l’image de la fantaisie poétique d’un des plus grands ornemanistes du XVIIIe siècle : Juste-Aurèle Meissonnier (1695-1750). Ils évoquent plus précisément un de ses dessins, gravé par Gabriel Huquier et publié dans le Douzième Livre des œuvres de J. A. Meissonnier : Livre de chandeliers de sculpture en argent (1734-1735), aujourd’hui conservé au Victoria & Albert Museum (inv. E.217-1967). Ce modèle, associant coquilles, bouquets de fleurs et un papillon comparable au nôtre, est une parfaite illustration du style pittoresque popularisé par Meissonier durant cette période.
Décliné en trois versions par l’ornemaniste pour rendre compte des angles différents du flambeau, il s’agirait du modèle de la paire de flambeaux de la collection de Mrs. Charles Wrightsman conservée au Metropolitan Museum de New York (inv. 1999.370.1a, b, .2a, b), sur lequel il est possible de retrouver le mouvement exact du dessin, les concrétions fleuries, mais également le petit papillon.
Le même modèle semble avoir été utilisé pour la paire de candélabres en argent commandée par le duc de Kingston à Juste-Aurèle Meissonnier en 1733. Le seul candélabre de cette paire qui subsiste aujourd’hui, conservé au Musée des Arts décoratifs à Paris (inv. 32632), dessiné par Juste-Aurèle Meissonnier et fondu et ciselé par Claude Duvivier, présente le même mouvement en spirale asymétrique enveloppant gracieusement le fût, ainsi que le même papillon de nuit attiré par la lumière. Les armes du duc de Kingston entourées de la devise de l’ordre de la Jarretière sous couronne ducale sur ce candélabre semblent avoir laissé place sur nos flambeaux à une petite ruche autour de laquelle butinent quelques abeilles.
Il est possible d’imaginer que ces abeilles faisaient référence aux bougies qui surmontaient ces flambeaux : les bougies en cire d’abeille, préférées au suif et à l’odeur plus agréable, étaient extrêmement coûteuses. Dans les dîners mondains du milieu du XVIIIe siècle, le nombre de bougies allumées était à l’image du statut du propriétaire ; certains invités commentent régulièrement l’abondance de lumières lors de certains évènements, comme Philip Thicknesse dans Useful Hints to those who male the tour of France (1768), qui décrit la table d’un dîner en 1767 « éclairée par plus de soixante bougies de cire ». Les abeilles peuvent également évoquer la marquise de Pompadour, qui aurait eu des ruches dans l’une de ses résidences, et qui commande en 1755 au peintre François Boucher un ensemble de quatre tableaux en dessus-de-porte pour son château de Crécy, dont l’un représente Sylvie guérissant Philis de la piqûre d’une abeille.
Une autre paire de flambeaux d’après Juste-Aurèle Meissonnier conservée au Metropolitan Museum de New York (inv. 1977.178.1, .2) partage avec les nôtre une ressemblance frappante. Si elle ne présente pas d’abeilles ni papillons, le mouvement des courbes et contre-courbes asymétriques qui traversent le fût, de la base jusqu’aux binets, est remarquablement proche. La partie basse est même quasiment identique : elle présente les mêmes canaux et godrons torses à oves, appliqués des mêmes enroulements de feuilles d’acanthe.
Une girandole à motifs floraux d’après Juste-Aurèle Meissonnier présente enfin un dessin comparable, aujourd’hui conservée au Residenzmuseum de Munich (inv. B.III 10-14).
LA CISELURE D'UN GRAND BRONZIER
Les dessins de Juste-Aurèle Meissonnier servirent de modèle pour de prestigieuses créations de d’argent et de bronze sous le règne de Louis XV, tels que les candélabres du duc de Kingston et les flambeaux du Metropolitan Museum, mais également pour des productions plus communes. Celles-ci, à la ciselure ordinaire et au dessin simplifié, sont beaucoup plus courantes : parmi elles figurent une paire de flambeaux vendue chez Sotheby’s à Paris le 19 novembre 2020, lot 67, et le 14 septembre 2017, lot 56, ainsi qu’une paire de candélabres vendue chez Christie’s à New York le 13 octobre 2026, lot 58. Ces modèles continuent à être reproduits jusqu’au XIXe siècle, comme une paire de style Louis XV vendue à Drouot le 2 octobre 2026, lot 188.
Notre paire se distingue de toutes ces productions ordinaires par une qualité de fonte et une ciselure hors du commun. La fluidité des enroulements rocaille et la finesse de l’osier tressé des ruches ou des vibrations des ailes des insectes ne peuvent être que le fruit d’un savoir-faire exceptionnel. Il est possible de penser au sculpteur, fondeur et ciseleur du Roi Jacques Caffieri (1678-1755), probablement avec l’assistance de son fils Philippe (1714-1774), issus d’une famille de sculpteurs italiens qui inscrit leur pratique à mi-chemin entre les arts décoratifs et la sculpture. Cette ciselure digne de l’orfèvrerie, alliée à cette étonnante profusion de ruches, d’abeilles et de papillons sans équivalent connu, consacre la fabuleuse singularité de cette paire de flambeaux, œuvre conjuguée d’un brillant ornemaniste et d’un bronzier exceptionnel.
Les merveilleux tourbillonnements rocaille de cette paire de flambeaux, parmi lesquels virevoltent de petites abeilles et papillons, est à l’image de la fantaisie poétique d’un des plus grands ornemanistes du XVIIIe siècle : Juste-Aurèle Meissonnier (1695-1750). Ils évoquent plus précisément un de ses dessins, gravé par Gabriel Huquier et publié dans le Douzième Livre des œuvres de J. A. Meissonnier : Livre de chandeliers de sculpture en argent (1734-1735), aujourd’hui conservé au Victoria & Albert Museum (inv. E.217-1967). Ce modèle, associant coquilles, bouquets de fleurs et un papillon comparable au nôtre, est une parfaite illustration du style pittoresque popularisé par Meissonier durant cette période.
Décliné en trois versions par l’ornemaniste pour rendre compte des angles différents du flambeau, il s’agirait du modèle de la paire de flambeaux de la collection de Mrs. Charles Wrightsman conservée au Metropolitan Museum de New York (inv. 1999.370.1a, b, .2a, b), sur lequel il est possible de retrouver le mouvement exact du dessin, les concrétions fleuries, mais également le petit papillon.
Le même modèle semble avoir été utilisé pour la paire de candélabres en argent commandée par le duc de Kingston à Juste-Aurèle Meissonnier en 1733. Le seul candélabre de cette paire qui subsiste aujourd’hui, conservé au Musée des Arts décoratifs à Paris (inv. 32632), dessiné par Juste-Aurèle Meissonnier et fondu et ciselé par Claude Duvivier, présente le même mouvement en spirale asymétrique enveloppant gracieusement le fût, ainsi que le même papillon de nuit attiré par la lumière. Les armes du duc de Kingston entourées de la devise de l’ordre de la Jarretière sous couronne ducale sur ce candélabre semblent avoir laissé place sur nos flambeaux à une petite ruche autour de laquelle butinent quelques abeilles.
Il est possible d’imaginer que ces abeilles faisaient référence aux bougies qui surmontaient ces flambeaux : les bougies en cire d’abeille, préférées au suif et à l’odeur plus agréable, étaient extrêmement coûteuses. Dans les dîners mondains du milieu du XVIIIe siècle, le nombre de bougies allumées était à l’image du statut du propriétaire ; certains invités commentent régulièrement l’abondance de lumières lors de certains évènements, comme Philip Thicknesse dans Useful Hints to those who male the tour of France (1768), qui décrit la table d’un dîner en 1767 « éclairée par plus de soixante bougies de cire ». Les abeilles peuvent également évoquer la marquise de Pompadour, qui aurait eu des ruches dans l’une de ses résidences, et qui commande en 1755 au peintre François Boucher un ensemble de quatre tableaux en dessus-de-porte pour son château de Crécy, dont l’un représente Sylvie guérissant Philis de la piqûre d’une abeille.
Une autre paire de flambeaux d’après Juste-Aurèle Meissonnier conservée au Metropolitan Museum de New York (inv. 1977.178.1, .2) partage avec les nôtre une ressemblance frappante. Si elle ne présente pas d’abeilles ni papillons, le mouvement des courbes et contre-courbes asymétriques qui traversent le fût, de la base jusqu’aux binets, est remarquablement proche. La partie basse est même quasiment identique : elle présente les mêmes canaux et godrons torses à oves, appliqués des mêmes enroulements de feuilles d’acanthe.
Une girandole à motifs floraux d’après Juste-Aurèle Meissonnier présente enfin un dessin comparable, aujourd’hui conservée au Residenzmuseum de Munich (inv. B.III 10-14).
LA CISELURE D'UN GRAND BRONZIER
Les dessins de Juste-Aurèle Meissonnier servirent de modèle pour de prestigieuses créations de d’argent et de bronze sous le règne de Louis XV, tels que les candélabres du duc de Kingston et les flambeaux du Metropolitan Museum, mais également pour des productions plus communes. Celles-ci, à la ciselure ordinaire et au dessin simplifié, sont beaucoup plus courantes : parmi elles figurent une paire de flambeaux vendue chez Sotheby’s à Paris le 19 novembre 2020, lot 67, et le 14 septembre 2017, lot 56, ainsi qu’une paire de candélabres vendue chez Christie’s à New York le 13 octobre 2026, lot 58. Ces modèles continuent à être reproduits jusqu’au XIXe siècle, comme une paire de style Louis XV vendue à Drouot le 2 octobre 2026, lot 188.
Notre paire se distingue de toutes ces productions ordinaires par une qualité de fonte et une ciselure hors du commun. La fluidité des enroulements rocaille et la finesse de l’osier tressé des ruches ou des vibrations des ailes des insectes ne peuvent être que le fruit d’un savoir-faire exceptionnel. Il est possible de penser au sculpteur, fondeur et ciseleur du Roi Jacques Caffieri (1678-1755), probablement avec l’assistance de son fils Philippe (1714-1774), issus d’une famille de sculpteurs italiens qui inscrit leur pratique à mi-chemin entre les arts décoratifs et la sculpture. Cette ciselure digne de l’orfèvrerie, alliée à cette étonnante profusion de ruches, d’abeilles et de papillons sans équivalent connu, consacre la fabuleuse singularité de cette paire de flambeaux, œuvre conjuguée d’un brillant ornemaniste et d’un bronzier exceptionnel.
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