Lot Essay
Par sa taille majestueuse, l’inventivité de ses bronzes et sa marqueterie virtuose, entre encadrements, jeux de symétries et ses délicats contours de bronzes en satiné, ce bureau plat est sans conteste l’oeuvre d’un grand ébéniste pour une commande prestigieuse. Il évoque immédiatement l’oeuvre et le savoir faire de Pierre IV Migeon, héritier d’une dynastie de talentueux ébénistes établis au Faubourg-Saint Antoine depuis le règne de Louis XIV. Reçu maître en 1729, il hérite de la riche clientèle de l’atelier familial et exécute notamment des commandes pour la duchesse de Bourbon, le duc d’Orléans, la duchesse de Rohan et les Menus-Plaisirs, mais aussi pour le Garde-meuble de la couronne, au nom du Dauphin, de la Dauphine, de Mesdames Adélaïde, Louise, Victoire, Sophie et Madame de Pompadour.
Ce bureau plat est attribuable à Migeon par la virtuosité de sa marqueterie et l’inventivité de ses bronzes. Sa marqueterie évoque celle d’un bureau comparable estampillé du maître, vendu à l’hôtel des ventes de Neuilly le 6 décembre 1988, lot 81, qui arbore un même jeu de placages à fils contrariés, des encadrements à contrastes similaires entre bois de rose et bois de violette, mais aussi de délicats filets de buis, qui rappellent ceux qui contournent élégamment les bronzes de notre bureau.Cette originalité des compositions marquetées, entre frisages, fils contrariés et symétries se retrouve sur un autre bureau plat estampillé Migeon, vendu chez Christie’s à Londres le 4 décembre 1980, lot 145, qui présente sur sa façade de délicats filets dont la tonalité et le veinage se détache subtilement du placage des tiroirs. L’asymétrie des poignées de bronze ainsi que les chutes d’angles de ce bureau se retrouvent par ailleurs sur le nôtre de manière surprenante.
Le bureau dit « de Vergennes », estampillé du maître et conservé au Louvre (OA 6600), arbore une marqueterie à décor en points de diamants aux jeux de symétrie et effets optiques tout aussi fabuleux. L’extravagance, l’inventivité et la manière dont les bronzes s’imposent sur ce bureau contribue également à l’attribution du nôtre. Loin des bronzes d’atelier produits de manière standardisée, les montures de ces deux bureaux ont été réalisées sur mesure et sont admirablement mises en exergue par le placage.
De même, les bronzes des montants de notre bureau, similaires à ceux du bureau précité vendu chez Christie’s le 4 décembre 1980, se retrouvent de manière encore plus frappante sur une commode estampillé Migeon et conservée au Musée Vouland d’Avignon.
Par ailleurs, les scènes de chasse gravées sur la lingotière lui apportent encore davantage d’originalité et d’élégance. Ces types de décors sont particulièrement rares et ont certainement été réalisés sur mesure pour le commanditaire, comme la création de ce bureau plat dans son ensemble.
Ce majestueux bureau plat est donc sans conteste l’ingénieuse création d’un ébéniste de talent ; probablement celui de Pierre IV Migeon, expliquant l’ascension sociale spectaculaire que connut cette dynastie d’ébénistes. Cette fabuleuse destinée se prolongea jusqu’au début du XXe siècle, jusqu’à son ultime descendant, Gustave-Achille Migeon (1861-1930), célèbre conservateur du département des objets d’art du musée du Louvre.
A l'image du prestige de sa commande originelle, ce bureau plat a appartenu dans la première moitié du XXe siècle au célèbre industriel et banquier Arthur Georges Veil-Picard (1854-1944), l’un des plus grands collectionneurs de son temps. Qualifié en 1918 par le marchand René Gimpel de « premier amateur de Paris », il constitua en autodidacte, au fil de près de quarante années, une collection exceptionnelle de peintures et de dessins français du XVIIIe siècle, réunissant notamment des œuvres de Fragonard, Watteau, Hubert Robert et Vigée Le Brun. Son hôtel particulier du 63, rue de Courcelles, dans la plaine Monceau, abritait également un remarquable ensemble de mobilier, de boiseries et de lustres, dispersé lors d’une vente historique en 1970, avant la destruction de la demeure. La collection de peintures et de dessins, demeurée dans la famille, a fait l’objet d’une vente dédiée chez Christie’s à Paris le 25 mars 2026, qui a totalisé plus de 9,4 millions d’euros, consacrant une nouvelle fois la singularité de son goût et l’importance de cet ensemble. Consiqué à son propriétaire durant la seconde guerre mondiale, il a été retrouvé à l'issue du conflit par la section Monuments, Fine Arts and Archives (MFAA), restitué à la France le 17 octobre 1945 puis restitué à la famille Veil-Picard le 16 avril 1946 par la Commission de Récupération Artistique (CRA), et est demeuré dans la famille depuis.
Ce bureau plat est attribuable à Migeon par la virtuosité de sa marqueterie et l’inventivité de ses bronzes. Sa marqueterie évoque celle d’un bureau comparable estampillé du maître, vendu à l’hôtel des ventes de Neuilly le 6 décembre 1988, lot 81, qui arbore un même jeu de placages à fils contrariés, des encadrements à contrastes similaires entre bois de rose et bois de violette, mais aussi de délicats filets de buis, qui rappellent ceux qui contournent élégamment les bronzes de notre bureau.Cette originalité des compositions marquetées, entre frisages, fils contrariés et symétries se retrouve sur un autre bureau plat estampillé Migeon, vendu chez Christie’s à Londres le 4 décembre 1980, lot 145, qui présente sur sa façade de délicats filets dont la tonalité et le veinage se détache subtilement du placage des tiroirs. L’asymétrie des poignées de bronze ainsi que les chutes d’angles de ce bureau se retrouvent par ailleurs sur le nôtre de manière surprenante.
Le bureau dit « de Vergennes », estampillé du maître et conservé au Louvre (OA 6600), arbore une marqueterie à décor en points de diamants aux jeux de symétrie et effets optiques tout aussi fabuleux. L’extravagance, l’inventivité et la manière dont les bronzes s’imposent sur ce bureau contribue également à l’attribution du nôtre. Loin des bronzes d’atelier produits de manière standardisée, les montures de ces deux bureaux ont été réalisées sur mesure et sont admirablement mises en exergue par le placage.
De même, les bronzes des montants de notre bureau, similaires à ceux du bureau précité vendu chez Christie’s le 4 décembre 1980, se retrouvent de manière encore plus frappante sur une commode estampillé Migeon et conservée au Musée Vouland d’Avignon.
Par ailleurs, les scènes de chasse gravées sur la lingotière lui apportent encore davantage d’originalité et d’élégance. Ces types de décors sont particulièrement rares et ont certainement été réalisés sur mesure pour le commanditaire, comme la création de ce bureau plat dans son ensemble.
Ce majestueux bureau plat est donc sans conteste l’ingénieuse création d’un ébéniste de talent ; probablement celui de Pierre IV Migeon, expliquant l’ascension sociale spectaculaire que connut cette dynastie d’ébénistes. Cette fabuleuse destinée se prolongea jusqu’au début du XXe siècle, jusqu’à son ultime descendant, Gustave-Achille Migeon (1861-1930), célèbre conservateur du département des objets d’art du musée du Louvre.
A l'image du prestige de sa commande originelle, ce bureau plat a appartenu dans la première moitié du XXe siècle au célèbre industriel et banquier Arthur Georges Veil-Picard (1854-1944), l’un des plus grands collectionneurs de son temps. Qualifié en 1918 par le marchand René Gimpel de « premier amateur de Paris », il constitua en autodidacte, au fil de près de quarante années, une collection exceptionnelle de peintures et de dessins français du XVIIIe siècle, réunissant notamment des œuvres de Fragonard, Watteau, Hubert Robert et Vigée Le Brun. Son hôtel particulier du 63, rue de Courcelles, dans la plaine Monceau, abritait également un remarquable ensemble de mobilier, de boiseries et de lustres, dispersé lors d’une vente historique en 1970, avant la destruction de la demeure. La collection de peintures et de dessins, demeurée dans la famille, a fait l’objet d’une vente dédiée chez Christie’s à Paris le 25 mars 2026, qui a totalisé plus de 9,4 millions d’euros, consacrant une nouvelle fois la singularité de son goût et l’importance de cet ensemble. Consiqué à son propriétaire durant la seconde guerre mondiale, il a été retrouvé à l'issue du conflit par la section Monuments, Fine Arts and Archives (MFAA), restitué à la France le 17 octobre 1945 puis restitué à la famille Veil-Picard le 16 avril 1946 par la Commission de Récupération Artistique (CRA), et est demeuré dans la famille depuis.
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