PAIRE D'APPLIQUES DU DÉBUT DE L'ÉPOQUE LOUIS XVI
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COLLECTION PRIVÉE PARISIENNE
PAIRE D'APPLIQUES DU DÉBUT DE L'ÉPOQUE LOUIS XVI

VERS 1775-1780

Details
PAIRE D'APPLIQUES DU DÉBUT DE L'ÉPOQUE LOUIS XVI
VERS 1775-1780
En bronze ciselé et doré, à trois bras de lumière cannelés et appliqués de feuilles d'acanthe, les binets et bobèches bordés de godrons et ornés de feuillages et d'oves, les branches soutenues par un visage masculin coiffé d'une couronne de plumes, au centre d'un médaillon à bordure godronnée et surmonté d'un noeud de ruban
H. 28 cm. (11 in.) ; L. 34 cm. (13 1⁄3 in.)
Provenance
Collection Jean Bloch, sa vente Palais Galliera, 13 juin 1961, lot 81 (partie de lot) ;
Vente Lasseron & associés, Paris, 22 décembre 2006, lot 224 ;
Collection privée parisienne.
Literature
Bibliographie comparative :
Connaissance des Arts, Le XVIIe siècle, Paris 1958 , p.118 fig. 5.
Cat. Exp. Paris, Musée des Arts Décoratifs, Louis XIV, Fastes et décors, 1960, n°202-203
H. et P. Pröschel, Vergoldeten Bronzen, Volume II, Munich, 1986, p. 60, 1. 9. 1. Et 1. 9. 3
J. N. Ronfort, André-Charles Boulle, un nouveau style pour l’Europe, Frankfort 2009, p 270
Further details
A PAIR OF EARLY LOUIS XVI GILT BRONZE THREE-BRANCH WALL-LIGHTS, CIRCA 1775-1780

By virtue of their original composition and the exceptional finesse of their chasing, this pair of two-light wall appliques, made circa 1775, is almost a masterpiece of goldsmith’s work. Their design was first devised by the goldsmiths to King Louis XIV, such as Claude Ballin and Nicolas Delaunay, who supplied silver chandeliers and wall lights for Versailles. Of these magnificent works, sent to the melting pot in 1689 to finance the War of the League of Augsburg, only drawings, engravings and descriptions survive.

The Musée Carnavalet preserves a closely comparable pair of two-light wall appliques, dated circa 1700 and acquired through the Henriette Bouvier bequest. They were exhibited at the Musée des Arts Décoratifs in Paris in 1960 (Louis XIV, Fastes et décors, nos. 202–203) and illustrated in Connaissance des Arts, Le XVIIe siècle, Paris, 1958, p. 118, fig. 5. Unlike the present appliques, with their elegantly curved arms and Louis XVI ribbon bow, consistent with their date, the Carnavalet examples have rectangular-section arms and a stylised bow more characteristic of the Régence period. This type of backplate, featuring a bearded mask, exists in several variants: some have a border decorated with gadroons, while others incorporate a single light arm, as seen on the closely related pair from the Brémont d’Ars collection, also dated circa 1700 and illustrated in Hans Ottomeyer and Peter Pröschel, Vergoldete Bronzen, vol. II, p. 60, fig. 9.1. Another very similar single-arm pair was sold at Sotheby’s in Paris on 15 November 2023, lot 25. Finally, a pair of single-arm wall lights with masks surmounted by ribbon bows, possibly those mentioned in the Donjeux sale of 1793 and described as being “after a design by Boulle”, was at Belton House in 1911.

The silverwork designs underlying these appliques were themselves inspired by drawings by Boulle or Domenico Cucci. The quality of the casting, the delicately chased curls of the beard, the interplay of burnished and matte surfaces across the gadrooned border, and the boutrollé ground are particularly evocative of André-Charles Boulle’s chasing. It is impossible not to recall Boulle’s Four Ages of Man chandelier, with its female masks personifying Spring; his chandelier made for Frederick II of Prussia, now at Sanssouci Palace, with its satyr masks; or the three-light wall appliques with female masks attributed to him and preserved at the Louvre (OA 10515 2). Four appliques comparable to the latter, and even closer in design to the present pair, are recorded in the 1715 inventory of Boulle’s workshop, valued at 600 livres and identified as a commission for the Duchess of Berry, one of Boulle’s most important clients. They may be identified with pieces listed in the posthumous inventory of the duchess, daughter of the Régent and granddaughter of Louis XIV, in the document entitled Meubles du château de la Muette provenans de la succession de feüe Madame la duchesse de Berry, réservés pour le Roy et achetés par sa Majesté, dès le mois de septembre 1719: “Four fine plaques of copper, gilded with ground gold, each with three branches, chased with ornaments and foliage, with a head of Apollo in the centre.”

This pair exemplifies the revival of Boulle’s work under Louis XVI, closely associated with the rise of Neoclassicism. This renewed enthusiasm, known as the Boulle revival, brought a fresh direction to the production of Parisian bronze mounts and furniture in the second half of the eighteenth century. The master’s designs were not simply copied, however, but reinterpreted according to contemporary taste and the creative vision of individual craftsmen. Just as Étienne Levasseur’s meubles d’appui represent the cabinetmaker’s highly personal adaptation of the marquetry cabinets on stands created by André-Charles Boulle around 1700, these two appliques display distinctive features characteristic of their own period. The rigid rectangular-section arms of the Régence examples give way here to supple, graceful branches, while the stylised interlace formerly crowning the backplate is replaced by an elegant bow that admirably reproduces the folds of fabric. Embodying all the nobility and virtuosity of Boulle’s design, these appliques are further distinguished by the refined delicacy of the Louis XVI style.

Brought to you by

Hippolyte de la Féronnière
Hippolyte de la Féronnière Head of European Furniture Department

Lot Essay

Par l’originalité de sa composition et l’exceptionnelle finesse de sa ciselure, cette paire d’appliques à deux lumières réalisée vers 1775 est presque un chef-d’oeuvre d’orfèvrerie. Leur modèle a précisément été inventé par les orfèvres du roi Louis XIV, comme Claude Ballin ou Nicolas Delaunay, qui ont livré pour Versailles des lustres et bras de lumière en argent. De ces pièces merveilleuses, envoyées à la fonte en 1689 pour financer la guerre de la ligue d’Augsbourg, on n’en connait que des dessins, des gravures et des descriptions.

Le musée Carnavalet conserve une paire d’appliques à deux lumières très comparable, datées vers 1700, provenant du legs Henriette Bouvier, exposée au musée des Arts décoratifs en 1960 à Paris (Louis XIV, Fastes et décors, n°202-203) et illustrée dans Connaissance des Arts, Le XVIIe siècle, Paris, 1958 , p.118 fig. 5. A la différence de nos appliques aux élégants bras de lumière arrondis et au noeud de ruban Louis XVI, cohérentes avec leur datation, celles du Musée Carnavalet présentent des bras de section rectangulaire et un noeud stylisé davantage caractéristique de l'époque Régence. Ce modèle de plaque, à tête de visage barbu, existe en plusieurs variantes : certaines ont une bordure ornée de godrons, d’autres possèdent un bras de lumière, comme la paire d’appliques très comparable de la collection de Bremont d’Ars, datée vers 1700 comme celle de Carnavalet, illustrée dans Hans Ottomeyer et Peter Pröschel, Vergoldeten Bronzen, Volume II, p. 60, 1. 9. 1. Une autre paire très similaire, à un bras de lumière, a été vendue chez Sotheby’s à Paris le 15 novembre 2023, lot 25. Enfin, une paire de bras à masques à une branche, sommée d’un noeud de rubans, peut-être celle mentionnée dans la vente Donjeux en 1793 et décrite comme d’"un modèle de Boulle", se trouvait en 1911 à Belton house.

Les modèles d’orfèvrerie à l’origine de ces appliques s’inspirent eux-mêmes de dessins de Boulle ou Domenico Cucci. La qualité de la fonte, la finesse des boucles de la barbe, les jeux de bruni et d’amati sur la bordure de godrons et le fond "boutrollé" évoquent d’ailleurs tout particulièrement la ciselure d’André-Charles Boulle. Il est impossible d’ignorer le lustre des quatre âges de Boulle aux masques féminins, allégories du Printemps, son lustre réalisé pour Frédéric II de Prusse, aujourd’hui au Château de Sans-Souci, aux têtes de satyres, ou encore les appliques à trois bras de lumière à masques féminins conservées au Louvre (OA 10515 2) qui lui sont attribuées. Quatre appliques comparables à ces dernières, au modèle plus proches des nôtres encore, sont mentionnées dans l’inventaire de 1715 de l’atelier de Boulle, estimés à 600 livres et désignés comme une commande de la duchesse de Berry, grande cliente de Boulle. Elles ont pu être identifiées dans l’inventaire après décès de la duchesse, fille du Régent et petite fille de Louis XIV, décrites dans l’état des "meubles du château de la Muette provenans de la succession de feüe Madame la duchesse de Berry, réservés pour le Roy et achetés par sa Majesté, dès le mois de septembre 1719" : "Quatre belles plaques de cuivre doré d’or moulu à trois branches chacune, ciselées d’ornemens et feuilles, ayant dans le milieu une tête d’Apollon."

Cette paire illustre la renaissance que connait l’œuvre de Boulle sous le règne de Louis XVI, directement liée à l’essor du néoclassicisme. Ce vif regain d’intérêt, appelé 'Boulle revival", entraîne une nouvelle orientation dans la production de bronzes et de mobilier parisien dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les modèles du maître ne sont cependant pas totalement copiés, mais réinterprétés selon les goûts de l'époque et la choix créatifs des artisans. De même que les meubles d'appui d'Etienne Levasseur sont une adaptation très personnelle de l'ébeniste des cabinets sur piètement en marqueterie réalisés par André-Charles Boulle vers 1700, ces deux appliques revêtent des caractéristiques singulières propres à leur époque. Aux rigides bras de lumière de section rectangulaire d'époque Régence se substituent ainsi de souples et gracieuses branches, tandis qu'à la place de l'entrelac stylisé qui surmonte l'applique, trône ici un élégant noeud imitant admirablement tout le plissé d'un tissu. Incarnant toute la noblesse et la virtuosité du modèle de Boulle, ces deux appliques y ajoutent l'élégante délicatesse du style Louis XVI.

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