Lot Essay
Par l’originalité de sa composition et l’exceptionnelle finesse de sa ciselure, cette paire d’appliques à deux lumières réalisée vers 1775 est presque un chef-d’oeuvre d’orfèvrerie. Leur modèle a précisément été inventé par les orfèvres du roi Louis XIV, comme Claude Ballin ou Nicolas Delaunay, qui ont livré pour Versailles des lustres et bras de lumière en argent. De ces pièces merveilleuses, envoyées à la fonte en 1689 pour financer la guerre de la ligue d’Augsbourg, on n’en connait que des dessins, des gravures et des descriptions.
Le musée Carnavalet conserve une paire d’appliques à deux lumières très comparable, datées vers 1700, provenant du legs Henriette Bouvier, exposée au musée des Arts décoratifs en 1960 à Paris (Louis XIV, Fastes et décors, n°202-203) et illustrée dans Connaissance des Arts, Le XVIIe siècle, Paris, 1958 , p.118 fig. 5. A la différence de nos appliques aux élégants bras de lumière arrondis et au noeud de ruban Louis XVI, cohérentes avec leur datation, celles du Musée Carnavalet présentent des bras de section rectangulaire et un noeud stylisé davantage caractéristique de l'époque Régence. Ce modèle de plaque, à tête de visage barbu, existe en plusieurs variantes : certaines ont une bordure ornée de godrons, d’autres possèdent un bras de lumière, comme la paire d’appliques très comparable de la collection de Bremont d’Ars, datée vers 1700 comme celle de Carnavalet, illustrée dans Hans Ottomeyer et Peter Pröschel, Vergoldeten Bronzen, Volume II, p. 60, 1. 9. 1. Une autre paire très similaire, à un bras de lumière, a été vendue chez Sotheby’s à Paris le 15 novembre 2023, lot 25. Enfin, une paire de bras à masques à une branche, sommée d’un noeud de rubans, peut-être celle mentionnée dans la vente Donjeux en 1793 et décrite comme d’"un modèle de Boulle", se trouvait en 1911 à Belton house.
Les modèles d’orfèvrerie à l’origine de ces appliques s’inspirent eux-mêmes de dessins de Boulle ou Domenico Cucci. La qualité de la fonte, la finesse des boucles de la barbe, les jeux de bruni et d’amati sur la bordure de godrons et le fond "boutrollé" évoquent d’ailleurs tout particulièrement la ciselure d’André-Charles Boulle. Il est impossible d’ignorer le lustre des quatre âges de Boulle aux masques féminins, allégories du Printemps, son lustre réalisé pour Frédéric II de Prusse, aujourd’hui au Château de Sans-Souci, aux têtes de satyres, ou encore les appliques à trois bras de lumière à masques féminins conservées au Louvre (OA 10515 2) qui lui sont attribuées. Quatre appliques comparables à ces dernières, au modèle plus proches des nôtres encore, sont mentionnées dans l’inventaire de 1715 de l’atelier de Boulle, estimés à 600 livres et désignés comme une commande de la duchesse de Berry, grande cliente de Boulle. Elles ont pu être identifiées dans l’inventaire après décès de la duchesse, fille du Régent et petite fille de Louis XIV, décrites dans l’état des "meubles du château de la Muette provenans de la succession de feüe Madame la duchesse de Berry, réservés pour le Roy et achetés par sa Majesté, dès le mois de septembre 1719" : "Quatre belles plaques de cuivre doré d’or moulu à trois branches chacune, ciselées d’ornemens et feuilles, ayant dans le milieu une tête d’Apollon."
Cette paire illustre la renaissance que connait l’œuvre de Boulle sous le règne de Louis XVI, directement liée à l’essor du néoclassicisme. Ce vif regain d’intérêt, appelé 'Boulle revival", entraîne une nouvelle orientation dans la production de bronzes et de mobilier parisien dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les modèles du maître ne sont cependant pas totalement copiés, mais réinterprétés selon les goûts de l'époque et la choix créatifs des artisans. De même que les meubles d'appui d'Etienne Levasseur sont une adaptation très personnelle de l'ébeniste des cabinets sur piètement en marqueterie réalisés par André-Charles Boulle vers 1700, ces deux appliques revêtent des caractéristiques singulières propres à leur époque. Aux rigides bras de lumière de section rectangulaire d'époque Régence se substituent ainsi de souples et gracieuses branches, tandis qu'à la place de l'entrelac stylisé qui surmonte l'applique, trône ici un élégant noeud imitant admirablement tout le plissé d'un tissu. Incarnant toute la noblesse et la virtuosité du modèle de Boulle, ces deux appliques y ajoutent l'élégante délicatesse du style Louis XVI.
Le musée Carnavalet conserve une paire d’appliques à deux lumières très comparable, datées vers 1700, provenant du legs Henriette Bouvier, exposée au musée des Arts décoratifs en 1960 à Paris (Louis XIV, Fastes et décors, n°202-203) et illustrée dans Connaissance des Arts, Le XVIIe siècle, Paris, 1958 , p.118 fig. 5. A la différence de nos appliques aux élégants bras de lumière arrondis et au noeud de ruban Louis XVI, cohérentes avec leur datation, celles du Musée Carnavalet présentent des bras de section rectangulaire et un noeud stylisé davantage caractéristique de l'époque Régence. Ce modèle de plaque, à tête de visage barbu, existe en plusieurs variantes : certaines ont une bordure ornée de godrons, d’autres possèdent un bras de lumière, comme la paire d’appliques très comparable de la collection de Bremont d’Ars, datée vers 1700 comme celle de Carnavalet, illustrée dans Hans Ottomeyer et Peter Pröschel, Vergoldeten Bronzen, Volume II, p. 60, 1. 9. 1. Une autre paire très similaire, à un bras de lumière, a été vendue chez Sotheby’s à Paris le 15 novembre 2023, lot 25. Enfin, une paire de bras à masques à une branche, sommée d’un noeud de rubans, peut-être celle mentionnée dans la vente Donjeux en 1793 et décrite comme d’"un modèle de Boulle", se trouvait en 1911 à Belton house.
Les modèles d’orfèvrerie à l’origine de ces appliques s’inspirent eux-mêmes de dessins de Boulle ou Domenico Cucci. La qualité de la fonte, la finesse des boucles de la barbe, les jeux de bruni et d’amati sur la bordure de godrons et le fond "boutrollé" évoquent d’ailleurs tout particulièrement la ciselure d’André-Charles Boulle. Il est impossible d’ignorer le lustre des quatre âges de Boulle aux masques féminins, allégories du Printemps, son lustre réalisé pour Frédéric II de Prusse, aujourd’hui au Château de Sans-Souci, aux têtes de satyres, ou encore les appliques à trois bras de lumière à masques féminins conservées au Louvre (OA 10515 2) qui lui sont attribuées. Quatre appliques comparables à ces dernières, au modèle plus proches des nôtres encore, sont mentionnées dans l’inventaire de 1715 de l’atelier de Boulle, estimés à 600 livres et désignés comme une commande de la duchesse de Berry, grande cliente de Boulle. Elles ont pu être identifiées dans l’inventaire après décès de la duchesse, fille du Régent et petite fille de Louis XIV, décrites dans l’état des "meubles du château de la Muette provenans de la succession de feüe Madame la duchesse de Berry, réservés pour le Roy et achetés par sa Majesté, dès le mois de septembre 1719" : "Quatre belles plaques de cuivre doré d’or moulu à trois branches chacune, ciselées d’ornemens et feuilles, ayant dans le milieu une tête d’Apollon."
Cette paire illustre la renaissance que connait l’œuvre de Boulle sous le règne de Louis XVI, directement liée à l’essor du néoclassicisme. Ce vif regain d’intérêt, appelé 'Boulle revival", entraîne une nouvelle orientation dans la production de bronzes et de mobilier parisien dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les modèles du maître ne sont cependant pas totalement copiés, mais réinterprétés selon les goûts de l'époque et la choix créatifs des artisans. De même que les meubles d'appui d'Etienne Levasseur sont une adaptation très personnelle de l'ébeniste des cabinets sur piètement en marqueterie réalisés par André-Charles Boulle vers 1700, ces deux appliques revêtent des caractéristiques singulières propres à leur époque. Aux rigides bras de lumière de section rectangulaire d'époque Régence se substituent ainsi de souples et gracieuses branches, tandis qu'à la place de l'entrelac stylisé qui surmonte l'applique, trône ici un élégant noeud imitant admirablement tout le plissé d'un tissu. Incarnant toute la noblesse et la virtuosité du modèle de Boulle, ces deux appliques y ajoutent l'élégante délicatesse du style Louis XVI.
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