PAIRE D'ÉTAGÈRES D'ENCOIGNURE ROYALE D'ÉPOQUE LOUIS XVI
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COLLECTION PRIVÉE EUROPÉENNE
PAIRE D'ÉTAGÈRES D'ENCOIGNURE ROYALE D'ÉPOQUE LOUIS XVI

ATTRIBUÉE À JOSEPH GENGENBACH DIT CANABAS, VERS 1784, LIVRÉE AU GARDE-MEUBLE DE LA COURONNE

Details
PAIRE D'ÉTAGÈRES D'ENCOIGNURE ROYALE D'ÉPOQUE LOUIS XVI
ATTRIBUÉE À JOSEPH GENGENBACH DIT CANABAS, VERS 1784, LIVRÉE AU GARDE-MEUBLE DE LA COURONNE
En acajou, les montants ajourés et légèrement mouvementés, à quatre étagères, marque au fer de deux 'G' entrelacés surmontés d'une couronne fermée et numéroté à l'encre '3366.6' a dos de chaque
H. 98 cm. (38 ½ in.) ; C. 29,5 cm. (11 ½ in.)
Provenance
Collection Arturo López Willshaw, Neuilly-sur-Seine;
Puis par descendance
Vente Christie's Paris, 4 octobre 2012, lot 338
Collection privée européenne
Further details
A PAIR OF ROYAL LOUIS XVI MAHOGANY ETAGÈRES D'ENCOIGNURE, ATTRIBUTED TO JOSEPH GENGENBACH KNOWN AS CANABAS, CIRCA 1784, DELIVERED TO THE GARDE-MEUBLE DE LA COURONNE

The elegance of their sinuous contours and the virtuosity of their openwork construction suggest that these two corner shelves were made by a master cabinetmaker for a prestigious commission. Several pieces of objective evidence support this conclusion.

First, they bear the crowned double-G brand of the Garde-Meuble royal de la Couronne, the Royal Furniture Repository of the French Crown. Although this mark was long misinterpreted, with incorrect attributions to the Château de Compiègne, the Hôtel de Coigny and even the Palais des Tuileries, research by Renaud Serrette, curator at the Mobilier national, has demonstrated that it was in fact applied by the Royal Furniture Repository to certain pieces delivered directly on site by craftsmen, to furniture being transferred between different locations, or to pieces held in its storerooms for a longer period (R. Serrette, “Le mystère des Doubles G couronnés enfin élucidé”, Les études inédites de l’Objet d’art, October 2024, pp. 70–75).

These two corner shelves also bear the ink inscription “3366.6”, corresponding to the type of number generally applied to pieces upon their arrival at the Garde-Meuble. This number would have been entered in the Livre-Journal du Garde-Meuble de la Couronne, the register recording all objects entering and leaving the repository. Meticulously maintained since the mid-seventeenth century, this register comes to an abrupt end in 1784, when Thierry de la Ville d’Avray took over the management of the Royal Furniture Repository and overhauled its entire inventory system. The last piece of cabinet furniture recorded in the journal for 1784 appears to be number “3350”, suggesting that the present pair of shelves was probably delivered a few months later. Above all, this provides a valuable clue to their date. Although their sinuous curves and counter-curves might suggest a work of the Transition period, or even one dating towards the end of the reign of Louis XV, the exclusive use of mahogany and the absence of gilt-bronze mounts confirm a date of circa 1784.

This commission for the Garde-Meuble de la Couronne, with its remarkably ingenious openwork structure, was therefore almost certainly made to measure by a cabinetmaker of exceptional skill. The undisputed master of mahogany furniture under Louis XVI was Joseph Gengenbach, known as Canabas. A virtually identical pair of corner shelves, stamped by the cabinetmaker, was sold at Christie’s New York on 26 October 1995, lot 217, and subsequently reappeared at Christie’s New York on 20 April 2007, lot 159, and again on 24 November 2009, lot 166. Although other cabinetmakers produced comparable works, including Riesener, whose mahogany pair with a similar silhouette was sold at Christie’s London on 10 June 2004, lot 128, the striking resemblance between the present shelves and the stamped Canabas examples supports their attribution to him.

Granted master status in 1766, Canabas, a German-born cabinetmaker established in the Faubourg Saint-Antoine, soon specialised in the meticulous production of small, finely crafted pieces of furniture, almost all in mahogany. His work is distinguished by impeccable craftsmanship and exceptionally fine-quality mahogany, with its soft tonalities and delicate grain. Archival documents confirm his preference for small, utilitarian pieces of original design, such as these shelves. Some were intended for a new room that, probably under English influence, was becoming increasingly common in domestic interiors: the dining room. One can therefore readily imagine these corner shelves lining the walls of a late eighteenth-century dining room, displaying porcelain and other precious objects.

In a similar vein, and probably for an equally prestigious commission, Canabas made a small open mahogany corner cabinet with fluted uprights for the Château de Versailles. Bearing his celebrated brand, it was sold at the Palais d’Orsay on 8 December 1977, lot 55.

Brought to you by

Hippolyte de la Féronnière
Hippolyte de la Féronnière Head of European Furniture Department

Lot Essay

La justesse de leur mouvement et la prouesse de leur décor ajouré suggèrent que ces deux encoignures sont l’oeuvre d’un grand ébéniste pour une commande prestigieuse. Plusieurs éléments objectifs permettent de le confirmer.

Elles portent d’abord la marque au feu couronnée au double G du Garde-Meuble royal de la Couronne. Si cette marque a longtemps souffert d’une mauvaise lecture, entre des identifications erronées au château de Compiègne, à l’hôtel de Coigny ou encore au palais des Tuileries, les travaux de Renaud Serrette, inspecteur des collections au Mobilier national, ont permis de démontrer qu’elle a en réalité été appliquée par le Garde-Meuble royal sur certains meubles livrés directement sur place par des artisans, sur des meubles en cours de transfert entre deux affectations, ou encore sur des meubles se trouvant dans ses magasins pour une durée plus longue (R. Serrette, "Le mystère des Doubles G couronnés enfin élucidé", Les études inédites de l'Objet d'art, octobre 2024, p. 70 - 75)

Ces deux étagères portent également l’inscription ‘3366.6’ à l’encre, correspondant au type de numéro généralement apposé sur les oeuvres lors de leur arrivée au Garde-Meuble. Ce nombre était reporté sur le Livre-Journal du Garde-Meuble de la Couronne, document qui mentionne toutes les entrées et sorties d’objets de ces entrepôts. Minutieusement tenu depuis le milieu du XVIIe siècle, ce registre s’arrête brutalement en 1784 lorsque Thierry de la Ville d’Avray prend la direction du Garde-Meuble royal et transforme l’ensemble du système d’inventaire. Le dernier meuble d’ébénisterie répertorié de l’année 1784 dans ce journal semble être le numéro ‘3350’, ce qui indique que notre paire d’étagères a probablement été livrée quelques mois plus tard. Il s’agit surtout d’un précieux indice sur sa datation : si ses courbes et contre courbes pouvaient laisser penser à une oeuvre de la période Transition, voire presque du règne de Louis XV, l’emploi unique de l’acajou et l’absence de bronzes confirment une date de création vers 1784.

Cette commande du Garde-Meuble de la Couronne à la structure ajourée si virtuose a ainsi été très certainement conçue sur mesure, par un ébéniste d’un savoir faire exceptionnel. Or le maître de l’acajou durant le règne de Louis XVI est incontestablement Joseph Gengenbach, dit Cabanas. Une paire d’étagères d’encoignures quasiment identique à la nôtre estampillée de l’ébéniste a été vendue chez Christie’s à New York le 26 octobre 1995, lot 217 puis repassée en vente chez Christie's à New York, le 20 avril 2007, lot 159, puis à nouveau chez Christie’s à New York le 24 novembre 2009, lot 166. Si d’autres ébénistes ont réalisé des oeuvres comparables, tels que Riesener, avec une paire en acajou à la silhouette similaire, vendue chez Christie’s à Londres le 10 juin 2004, lot 128, la ressemblance frappante de nos étagères avec celles estampillées par Canabas permet de confirmer leur attribution. Reçu maître en 1766, l’ébéniste d’origine allemande établi au faubourg Saint-Antoine se spécialise très tôt dans une minutieuse production de meubles menus et soignés, presque tous en acajou. Ils se caractérisent par une ébénisterie impeccable et un acajou d’une qualité exceptionnelle, aux douces tonalités et au grain très fin. Les documents d’archives confirment la prédilection du maître pour les petits meubles utilitaires d’une conception inédite, à l’image de ces étagères. Certains sont conçus pour une pièce nouvelle qui, sans doute sous l’influence de l’Angleterre, commence à devenir d’un usage courant dans les appartements : la salle à manger. Il est ainsi possible d’imaginer ces étagères d’encoignure sur les murs d’une salle à manger de la fin du XVIIIe siècle, destinée à présenter des porcelaines ou autres objets précieux.

Dans la même veine que notre paire d’étagères, et sans doute pour une commande tout aussi prestigieuse, Canabas réalise ainsi une petite encoignure ouverte en acajou aux montants cannelés pour le château de Versailles, frappée de sa célèbre marque au feu et vendue au Palais d’Orsay le 8 décembre 1977, lot 55.

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