Lot Essay
Monté d'une riche ornementation de bronze doré « à la grecque », le vase faisant pendant à notre exemplaire (inv. 89.DJ.31) est aujourd'hui conservé au Getty Museum de Los Angeles. Cette identification repose sur une communication de Mme Gillian Wilson en date du 24 mai 1999, dans laquelle elle reconnaissait vraisemblablement cet exemplaire qui, alors monté sur un socle de marbre, avait été exposé à Reims à la fin du XIXᵉ siècle. Sa provenance remonte aux collections du marquis de Hertford, puis de son fils, Sir Richard Wallace.
Les modèles les plus proches actuellement répertoriés appartenaient à la célèbre collection du marquis de Marigny (1727-1781), frère de Madame de Pompadour, marquis de Vandières, de Marigny et de Ménars. L'inventaire de son hôtel parisien de la place des Victoires mentionne, dans la galerie, « deux vases de granit gris couverts à gorges, anses, mascarons et pieds carrés en bronze doré », estimés 360 livres. Ces objets réapparaissent lors de la vente de sa collection sous le numéro 226, où ils sont décrits avec davantage de précision.
Toutefois, la forme circulaire de ces vases ainsi que la présence, au sommet du couvercle, d'une pomme de pin en amortissement ne permettent pas d'identifier notre exemplaire comme provenant de la collection du marquis de Marigny.
Une paire de vases en granit rose, ornée d'une prise identique en forme de grenade éclatée, figura également dans la collection S. Goldschmidt, dispersée à Paris le 17 mai 1888 (lot 173). Une autre paire de vases, décrite comme présentant « les anses élevées, de forme carrée par le haut, à masques de satyres et guirlandes de chêne », appartenait à la collection Robit, vendue le 11 mai 1801. La vigueur du dessin de ces bronzes n'est pas sans évoquer la production du bronzier François-Nicolas Vassoult, auteur d'une série de vases dans le goût « à la grecque » pour le célèbre collectionneur Blondel de Gagny. (A. Pradère, 'L’hôtel de Blondel de Gagny (1697-1776), place Vendôme, décor intérieur, ameublement et objets d’art', Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art Français, 2024, pp. 72 - 110.)
LA COLLECTION D'AUGUSTIN LAPEYRIÈRE
Né à Cahors le 28 août 1779, Jean-Joseph-Pierre-Augustin de Lapeyrière était le fils de Jean-Louis Lapeyrière, receveur général de la Seine de 1804 à 1810. Sa sœur épousa le futur maréchal Bessières, duc d'Istrie. En 1810, son père lui transmit sa charge, qu'il exerça jusqu'à sa faillite en 1823. Devenu en quelques années l'un des hommes les plus fortunés de son temps, il vit cependant sa situation financière compromise par les spéculations immobilières liées à l'aménagement du quartier de la Nouvelle Athènes, à Paris. Il mourut à Gaillac, dans le Tarn, le 24 novembre 1831.
Son nom demeure attaché à l'une des plus remarquables collections de peintures de son époque, réunissant des œuvres des écoles flamande, espagnole, italienne et française. Constituée en un laps de temps relativement court dans l'hôtel de Rohan-Monbazon, cette prestigieuse collection était complétée par un riche mobilier contemporain ainsi que par de nombreux objets d'art, dont la majeure partie fut dispersée lors des ventes organisées à partir de 1825.
LA COLLECTION DE LA FAMILLE DE VOGÜÉ
La collection de Léonce Melchior de Vogüé (1805-1877) fut constituée à partir de plusieurs héritages familiaux, enrichis par quelques acquisitions ponctuelles. Par son épouse, née Henriette de Machault, il recueillit une part importante de l'ancienne collection de Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville (1701-1794), garde des Sceaux, ministre de la Marine et contrôleur général des Finances sous Louis XV. Par sa mère et surtout par sa grand-tante, la princesse de La Trémoille (1766-1829), il hérita d'une partie des biens du fermier général Perrinet de Jars ainsi que des importantes fortunes des familles Perrinet et Langeron. Enfin, par son père, il conserva plusieurs objets provenant de la succession du maréchal de Villars (1653-1734). L'acquisition de ce vase en 1825 suggère toutefois un achat effectué directement par son père ou par Léonce de Vogüé lui-même.
L'HÔTEL DE LA RUE FABERT
Alors que l'acquisition du terrain est réalisée en mai et juin 1866, l'hôtel est inauguré dès 1868. Discret et harmonieux, l'hôtel de Vogüé ne se distingue guère par son architecture extérieure. Caractéristique de la sobriété que l'on qualifierait aujourd'hui d'haussmannienne, l'édifice, à l'instar des autres réalisations de Joseph-Michel Lesoufaché (1804-1887) sur les deux rives de la Seine, s'intègre avec élégance dans le tissu urbain parisien. La sculpture de façade y est réduite au strict minimum ; seules quelques guirlandes de feuillage surmontant les fenêtres de l'étage noble viennent animer l'élévation.
Si l'architecture extérieure est sobre et discrète, le décor intérieur, également conçu par Lesoufaché, se révèle beaucoup plus somptueux. Il nous est connu grâce à un important ensemble photographique permettant d'appréhender les volumes, les décors et les boiseries. L'architecture et le décor de l'hôtel illustrent pleinement le talent de l'architecte ainsi que sa parfaite connaissance de l'art français des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, acquise notamment au cours de ses années passées à Versailles et à Dampierre.
Ainsi, dès le franchissement du seuil, le visiteur découvrait un univers bien éloigné de la sobriété de la façade. Avec son décor de marbres polychromes, la cage d'escalier de style Louis XIV constituait l'un des éléments les plus spectaculaires de la demeure.
LE DESTIN DES COLLECTIONS DE VOGÜÉ
Respectant la volonté de son épouse, décédée plusieurs années auparavant alors que l'hôtel de la rue Fabert n'était encore qu'un projet en devenir, Léonce de Vogüé légua l'intégralité de sa collection à son petit-fils Louis de Vogüé (1868-1948), afin d'en prévenir toute dispersion. Son testament en témoigne :
« Toute cette collection, provenant de sa famille [Machault] et de la mienne, et en particulier celle des meubles de Boulle et porcelaines montées, aura d'autant plus d'intérêt qu'elle restera réunie. »
Dans ses mémoires, Louis de Vogüé évoque les souvenirs de son enfance rue Fabert :
« Les grands salons garnis et meublés en damas rouge ne s'ouvraient que dans les grandes occasions, ou pour montrer aux visiteurs la collection de meubles du chancelier de Machault ou le portrait du grand-père Perrinet de Jars par La Tour » (Louis A.-M., Marquis de Vogüé, Une Famille vivaroise. Du Vivarais au Berry, Reims, 1948).
Quelques années après le décès de Louis de Vogüé, la collection fut partagée et l'hôtel démoli en 1961. De nombreuses œuvres provenant de la rue Fabert réapparurent alors progressivement sur le marché de l'art ou rejoignirent des collections publiques, à l'image de l'armoire de Gérard ou du bronze de Susini.
Les modèles les plus proches actuellement répertoriés appartenaient à la célèbre collection du marquis de Marigny (1727-1781), frère de Madame de Pompadour, marquis de Vandières, de Marigny et de Ménars. L'inventaire de son hôtel parisien de la place des Victoires mentionne, dans la galerie, « deux vases de granit gris couverts à gorges, anses, mascarons et pieds carrés en bronze doré », estimés 360 livres. Ces objets réapparaissent lors de la vente de sa collection sous le numéro 226, où ils sont décrits avec davantage de précision.
Toutefois, la forme circulaire de ces vases ainsi que la présence, au sommet du couvercle, d'une pomme de pin en amortissement ne permettent pas d'identifier notre exemplaire comme provenant de la collection du marquis de Marigny.
Une paire de vases en granit rose, ornée d'une prise identique en forme de grenade éclatée, figura également dans la collection S. Goldschmidt, dispersée à Paris le 17 mai 1888 (lot 173). Une autre paire de vases, décrite comme présentant « les anses élevées, de forme carrée par le haut, à masques de satyres et guirlandes de chêne », appartenait à la collection Robit, vendue le 11 mai 1801. La vigueur du dessin de ces bronzes n'est pas sans évoquer la production du bronzier François-Nicolas Vassoult, auteur d'une série de vases dans le goût « à la grecque » pour le célèbre collectionneur Blondel de Gagny. (A. Pradère, 'L’hôtel de Blondel de Gagny (1697-1776), place Vendôme, décor intérieur, ameublement et objets d’art', Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art Français, 2024, pp. 72 - 110.)
LA COLLECTION D'AUGUSTIN LAPEYRIÈRE
Né à Cahors le 28 août 1779, Jean-Joseph-Pierre-Augustin de Lapeyrière était le fils de Jean-Louis Lapeyrière, receveur général de la Seine de 1804 à 1810. Sa sœur épousa le futur maréchal Bessières, duc d'Istrie. En 1810, son père lui transmit sa charge, qu'il exerça jusqu'à sa faillite en 1823. Devenu en quelques années l'un des hommes les plus fortunés de son temps, il vit cependant sa situation financière compromise par les spéculations immobilières liées à l'aménagement du quartier de la Nouvelle Athènes, à Paris. Il mourut à Gaillac, dans le Tarn, le 24 novembre 1831.
Son nom demeure attaché à l'une des plus remarquables collections de peintures de son époque, réunissant des œuvres des écoles flamande, espagnole, italienne et française. Constituée en un laps de temps relativement court dans l'hôtel de Rohan-Monbazon, cette prestigieuse collection était complétée par un riche mobilier contemporain ainsi que par de nombreux objets d'art, dont la majeure partie fut dispersée lors des ventes organisées à partir de 1825.
LA COLLECTION DE LA FAMILLE DE VOGÜÉ
La collection de Léonce Melchior de Vogüé (1805-1877) fut constituée à partir de plusieurs héritages familiaux, enrichis par quelques acquisitions ponctuelles. Par son épouse, née Henriette de Machault, il recueillit une part importante de l'ancienne collection de Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville (1701-1794), garde des Sceaux, ministre de la Marine et contrôleur général des Finances sous Louis XV. Par sa mère et surtout par sa grand-tante, la princesse de La Trémoille (1766-1829), il hérita d'une partie des biens du fermier général Perrinet de Jars ainsi que des importantes fortunes des familles Perrinet et Langeron. Enfin, par son père, il conserva plusieurs objets provenant de la succession du maréchal de Villars (1653-1734). L'acquisition de ce vase en 1825 suggère toutefois un achat effectué directement par son père ou par Léonce de Vogüé lui-même.
L'HÔTEL DE LA RUE FABERT
Alors que l'acquisition du terrain est réalisée en mai et juin 1866, l'hôtel est inauguré dès 1868. Discret et harmonieux, l'hôtel de Vogüé ne se distingue guère par son architecture extérieure. Caractéristique de la sobriété que l'on qualifierait aujourd'hui d'haussmannienne, l'édifice, à l'instar des autres réalisations de Joseph-Michel Lesoufaché (1804-1887) sur les deux rives de la Seine, s'intègre avec élégance dans le tissu urbain parisien. La sculpture de façade y est réduite au strict minimum ; seules quelques guirlandes de feuillage surmontant les fenêtres de l'étage noble viennent animer l'élévation.
Si l'architecture extérieure est sobre et discrète, le décor intérieur, également conçu par Lesoufaché, se révèle beaucoup plus somptueux. Il nous est connu grâce à un important ensemble photographique permettant d'appréhender les volumes, les décors et les boiseries. L'architecture et le décor de l'hôtel illustrent pleinement le talent de l'architecte ainsi que sa parfaite connaissance de l'art français des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, acquise notamment au cours de ses années passées à Versailles et à Dampierre.
Ainsi, dès le franchissement du seuil, le visiteur découvrait un univers bien éloigné de la sobriété de la façade. Avec son décor de marbres polychromes, la cage d'escalier de style Louis XIV constituait l'un des éléments les plus spectaculaires de la demeure.
LE DESTIN DES COLLECTIONS DE VOGÜÉ
Respectant la volonté de son épouse, décédée plusieurs années auparavant alors que l'hôtel de la rue Fabert n'était encore qu'un projet en devenir, Léonce de Vogüé légua l'intégralité de sa collection à son petit-fils Louis de Vogüé (1868-1948), afin d'en prévenir toute dispersion. Son testament en témoigne :
« Toute cette collection, provenant de sa famille [Machault] et de la mienne, et en particulier celle des meubles de Boulle et porcelaines montées, aura d'autant plus d'intérêt qu'elle restera réunie. »
Dans ses mémoires, Louis de Vogüé évoque les souvenirs de son enfance rue Fabert :
« Les grands salons garnis et meublés en damas rouge ne s'ouvraient que dans les grandes occasions, ou pour montrer aux visiteurs la collection de meubles du chancelier de Machault ou le portrait du grand-père Perrinet de Jars par La Tour » (Louis A.-M., Marquis de Vogüé, Une Famille vivaroise. Du Vivarais au Berry, Reims, 1948).
Quelques années après le décès de Louis de Vogüé, la collection fut partagée et l'hôtel démoli en 1961. De nombreuses œuvres provenant de la rue Fabert réapparurent alors progressivement sur le marché de l'art ou rejoignirent des collections publiques, à l'image de l'armoire de Gérard ou du bronze de Susini.
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