Lot Essay
La justesse de leur mouvement et la prouesse de leur décor ajouré suggèrent que ces deux encoignures sont l’oeuvre d’un grand ébéniste pour une commande prestigieuse. Plusieurs éléments objectifs permettent de le confirmer.
Elles portent d’abord la marque au feu couronnée au double G du Garde-Meuble royal de la Couronne. Si cette marque a longtemps souffert d’une mauvaise lecture, entre des identifications erronées au château de Compiègne, à l’hôtel de Coigny ou encore au palais des Tuileries, les travaux de Renaud Serrette, inspecteur des collections au Mobilier national, ont permis de démontrer qu’elle a en réalité été appliquée par le Garde-Meuble royal sur certains meubles livrés directement sur place par des artisans, sur des meubles en cours de transfert entre deux affectations, ou encore sur des meubles se trouvant dans ses magasins pour une durée plus longue (R. Serrette, "Le mystère des Doubles G couronnés enfin élucidé", Les études inédites de l'Objet d'art, octobre 2024, p. 70 - 75)
Ces deux étagères portent également l’inscription ‘3366.6’ à l’encre, correspondant au type de numéro généralement apposé sur les oeuvres lors de leur arrivée au Garde-Meuble. Ce nombre était reporté sur le Livre-Journal du Garde-Meuble de la Couronne, document qui mentionne toutes les entrées et sorties d’objets de ces entrepôts. Minutieusement tenu depuis le milieu du XVIIe siècle, ce registre s’arrête brutalement en 1784 lorsque Thierry de la Ville d’Avray prend la direction du Garde-Meuble royal et transforme l’ensemble du système d’inventaire. Le dernier meuble d’ébénisterie répertorié de l’année 1784 dans ce journal semble être le numéro ‘3350’, ce qui indique que notre paire d’étagères a probablement été livrée quelques mois plus tard. Il s’agit surtout d’un précieux indice sur sa datation : si ses courbes et contre courbes pouvaient laisser penser à une oeuvre de la période Transition, voire presque du règne de Louis XV, l’emploi unique de l’acajou et l’absence de bronzes confirment une date de création vers 1784.
Cette commande du Garde-Meuble de la Couronne à la structure ajourée si virtuose a ainsi été très certainement conçue sur mesure, par un ébéniste d’un savoir faire exceptionnel. Or le maître de l’acajou durant le règne de Louis XVI est incontestablement Joseph Gengenbach, dit Cabanas. Une paire d’étagères d’encoignures quasiment identique à la nôtre estampillée de l’ébéniste a été vendue chez Christie’s à New York le 26 octobre 1995, lot 217 puis repassée en vente chez Christie's à New York, le 20 avril 2007, lot 159, puis à nouveau chez Christie’s à New York le 24 novembre 2009, lot 166. Si d’autres ébénistes ont réalisé des oeuvres comparables, tels que Riesener, avec une paire en acajou à la silhouette similaire, vendue chez Christie’s à Londres le 10 juin 2004, lot 128, la ressemblance frappante de nos étagères avec celles estampillées par Canabas permet de confirmer leur attribution. Reçu maître en 1766, l’ébéniste d’origine allemande établi au faubourg Saint-Antoine se spécialise très tôt dans une minutieuse production de meubles menus et soignés, presque tous en acajou. Ils se caractérisent par une ébénisterie impeccable et un acajou d’une qualité exceptionnelle, aux douces tonalités et au grain très fin. Les documents d’archives confirment la prédilection du maître pour les petits meubles utilitaires d’une conception inédite, à l’image de ces étagères. Certains sont conçus pour une pièce nouvelle qui, sans doute sous l’influence de l’Angleterre, commence à devenir d’un usage courant dans les appartements : la salle à manger. Il est ainsi possible d’imaginer ces étagères d’encoignure sur les murs d’une salle à manger de la fin du XVIIIe siècle, destinée à présenter des porcelaines ou autres objets précieux.
Dans la même veine que notre paire d’étagères, et sans doute pour une commande tout aussi prestigieuse, Canabas réalise ainsi une petite encoignure ouverte en acajou aux montants cannelés pour le château de Versailles, frappée de sa célèbre marque au feu et vendue au Palais d’Orsay le 8 décembre 1977, lot 55.
Elles portent d’abord la marque au feu couronnée au double G du Garde-Meuble royal de la Couronne. Si cette marque a longtemps souffert d’une mauvaise lecture, entre des identifications erronées au château de Compiègne, à l’hôtel de Coigny ou encore au palais des Tuileries, les travaux de Renaud Serrette, inspecteur des collections au Mobilier national, ont permis de démontrer qu’elle a en réalité été appliquée par le Garde-Meuble royal sur certains meubles livrés directement sur place par des artisans, sur des meubles en cours de transfert entre deux affectations, ou encore sur des meubles se trouvant dans ses magasins pour une durée plus longue (R. Serrette, "Le mystère des Doubles G couronnés enfin élucidé", Les études inédites de l'Objet d'art, octobre 2024, p. 70 - 75)
Ces deux étagères portent également l’inscription ‘3366.6’ à l’encre, correspondant au type de numéro généralement apposé sur les oeuvres lors de leur arrivée au Garde-Meuble. Ce nombre était reporté sur le Livre-Journal du Garde-Meuble de la Couronne, document qui mentionne toutes les entrées et sorties d’objets de ces entrepôts. Minutieusement tenu depuis le milieu du XVIIe siècle, ce registre s’arrête brutalement en 1784 lorsque Thierry de la Ville d’Avray prend la direction du Garde-Meuble royal et transforme l’ensemble du système d’inventaire. Le dernier meuble d’ébénisterie répertorié de l’année 1784 dans ce journal semble être le numéro ‘3350’, ce qui indique que notre paire d’étagères a probablement été livrée quelques mois plus tard. Il s’agit surtout d’un précieux indice sur sa datation : si ses courbes et contre courbes pouvaient laisser penser à une oeuvre de la période Transition, voire presque du règne de Louis XV, l’emploi unique de l’acajou et l’absence de bronzes confirment une date de création vers 1784.
Cette commande du Garde-Meuble de la Couronne à la structure ajourée si virtuose a ainsi été très certainement conçue sur mesure, par un ébéniste d’un savoir faire exceptionnel. Or le maître de l’acajou durant le règne de Louis XVI est incontestablement Joseph Gengenbach, dit Cabanas. Une paire d’étagères d’encoignures quasiment identique à la nôtre estampillée de l’ébéniste a été vendue chez Christie’s à New York le 26 octobre 1995, lot 217 puis repassée en vente chez Christie's à New York, le 20 avril 2007, lot 159, puis à nouveau chez Christie’s à New York le 24 novembre 2009, lot 166. Si d’autres ébénistes ont réalisé des oeuvres comparables, tels que Riesener, avec une paire en acajou à la silhouette similaire, vendue chez Christie’s à Londres le 10 juin 2004, lot 128, la ressemblance frappante de nos étagères avec celles estampillées par Canabas permet de confirmer leur attribution. Reçu maître en 1766, l’ébéniste d’origine allemande établi au faubourg Saint-Antoine se spécialise très tôt dans une minutieuse production de meubles menus et soignés, presque tous en acajou. Ils se caractérisent par une ébénisterie impeccable et un acajou d’une qualité exceptionnelle, aux douces tonalités et au grain très fin. Les documents d’archives confirment la prédilection du maître pour les petits meubles utilitaires d’une conception inédite, à l’image de ces étagères. Certains sont conçus pour une pièce nouvelle qui, sans doute sous l’influence de l’Angleterre, commence à devenir d’un usage courant dans les appartements : la salle à manger. Il est ainsi possible d’imaginer ces étagères d’encoignure sur les murs d’une salle à manger de la fin du XVIIIe siècle, destinée à présenter des porcelaines ou autres objets précieux.
Dans la même veine que notre paire d’étagères, et sans doute pour une commande tout aussi prestigieuse, Canabas réalise ainsi une petite encoignure ouverte en acajou aux montants cannelés pour le château de Versailles, frappée de sa célèbre marque au feu et vendue au Palais d’Orsay le 8 décembre 1977, lot 55.
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
