SUITE DE QUATRE TAPISSSERIES DE LA MANUFACTURE ROYALE DES GOBELINS D'ÉPOQUE LOUIS XV
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PROVENANT DES COLLECTIONS DU DUC DE CHOISEUL-PRASLIN (1712-1785)
SUITE DE QUATRE TAPISSSERIES DE LA MANUFACTURE ROYALE DES GOBELINS D'ÉPOQUE LOUIS XV

ATELIER DE MICHEL AUDRAN, D'APRÈS DES CARTONS DE CHARLES ANTOINE COYPEL, ISSUE DE LA TENTURE DES SCÈNES D'OPÉRA, DE TRAGÉDIE ET DE COMÉDIE, 1764 - 1765

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SUITE DE QUATRE TAPISSSERIES DE LA MANUFACTURE ROYALE DES GOBELINS D'ÉPOQUE LOUIS XV
ATELIER DE MICHEL AUDRAN, D'APRÈS DES CARTONS DE CHARLES ANTOINE COYPEL, ISSUE DE LA TENTURE DES SCÈNES D'OPÉRA, DE TRAGÉDIE ET DE COMÉDIE, 1764 - 1765
En laine et soie, l'une représentant Renaud endormi, tiré de Armide de Jean-Baptiste Lully, figurant Armide prête à assassiner Renaud assoupi tandis qu'un amour tente de le protéger signée et datée 'Audran 1765' en bas à droite, l'une représentant la scène Roxane et Atalide tirée de Bajazet de Racine, figurant Atalide en larmes devant une lettre que lui remet Roxane, annonçant que son amant Bajazet doit être exécuté, l'une représentant Psyché abandonnée par l'Amour, tirée de Pysché de Molière, Corneille et Quinault figurant Psyché faisant ses adieux à Cupidon s'élevant dans les airs, signée et datée 'Audran 1765' en bas à droite, la dernière représentant Athalie interrogeant Joas, tirée de Athalie de Racine, figurant Athalie, reine de Juda, assise sur son trône, interrogeant son petit-fils et hériter légitime le jeune Joas, qu’elle ne reconnaît pas, signée et datée 'Audran 1765' en bas à droite, les quatre portières ceintes d'alentours ornés de cartouches, fleurons et guirlandes de fleurs, les bords inférieurs et supérieurs centrés d'un masque féminin rayonnant
Renaud endormi : H. 334 cm. (131 ½ in.) ; L. 167 cm. (65 ¾ in.)
Roxane et Atalide : H. 327 cm. (128 ¾ in.) ; L. 200 cm. (78 ¾ in.)
Psyché abandonnée par l'Amour : H. 324 cm. (127 ½ in.) ; 212 cm. (83 ½ in.)
Athalie interrogeant Joas : H. 327 cm. (128 ¾ in.) ; L. 163 cm. (64 in.)
Provenance
Livrées au duc César-Gabriel de Choiseul Praslin (1712 - 1785) en 1766 ;
Transmis par descendance au duc Renaud-César de Choiseul-Praslin (1735 - 1791), 1785 - 1791 ;
Certainement transmis par descendance au duc Antoine-César de Choiseul-Praslin (1756 - 1808), 1791 - 1808 ;
En dépôt à la Manufacture des Gobelins entre 1850 et 1871 ;
Collection de Jules-Emile Péan, château des Boulayes, sa vente, Hôtel Drouot, Paris, 23 juin 1898 ;
Collection de M.D Marquereau-Vail, acquis de la vente précédente ;
Galerie Charpentier, Paris, 20 mai 1951, lot 135 ;
Collection privée, Italie
Literature
M. Fenaille, Etat general des tapisseries de la manufacture des Gobelins depuis son origine jusqu’à nos jours, 1600-1900. Vol. IV, Paris, 1904 pp. 157.

Bibliographie comparative :
G. Geffroy, Les Modèles et les tapisseries des Gobelins, III, Paris, 1975, pl. 266.
F. Dassas, Fastes de la cour de France au XVIIIe siècle, Volume 2, cat. exp. (Tokyo (Japon), Metropolitan Art Museum, 24 janvier - 6 avril 2008; Kobe (Japon), musée municipal, 26 avril - 6 juillet 2008), The Asahi Shimbun, 2008, n°38.
J. Vittet, Les Gobelins au siècle des Lumières : un âge d'or de la manufacture royale, Paris, 2014, p. 204, fig. 140.
Further details
A SUITE OF FOUR LOUIS XV TAPESTRIES, ROYAL GOBELINS MANUFACTURE, WORKSHOP OF MICHEL AUDRAN, AFTER THE DESIGNS BY CHARLES ANTOINE COYPEL, TENTURE DES SCÈNES D'OPÉRA, DE TRAGÉDIE ET DE COMÉDIE 1764 - 1765

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Hippolyte de la Féronnière
Hippolyte de la Féronnière Head of European Furniture Department

Lot Essay

Ces quatre tapisseries appartiennent à la célèbre série des Scènes d’opéra, de tragédie et de comédie, conçue d’après les cartons du peintre Charles-Antoine Coypel (1694-1752) pour la manufacture royale des Gobelins. Exécutée en six tentures au cours du XVIIIe siècle, cette série associe les grands épisodes du théâtre français à un décor d’apparat particulièrement spectaculaire.
La première tenture, comprenant seulement quatre tapisseries, également connue sous le nom de Tenture de Dresde, a été réalisée pour la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe en 1748. Offerte en 1747 à l’occasion de son mariage avec le Dauphin et destinée au cabinet de la reine de Pologne à Dresde, elle constitue un présent dynastique à portée diplomatique. En transposant en tapisserie des scènes tirées des grands auteurs français des XVIIe et XVIIIe siècles, elle affirme le prestige du répertoire dramatique et lyrique français et contribue à sa diffusion auprès de la cour de Saxe, faisant des arts décoratifs un vecteur du rayonnement culturel de la France en Europe.

Cette tenture est à nouveau tissuée pour d'autres commanditaires. Ces quatre tapisseries, qui représentent Atalide et Roxane, d’après Bajazet de Racine, Psyché abandonnée par l’Amour, d’après Psyché de Molière, Athalie interroge Joas, d’après Athalie de Racine, et Renaud endormi, d’après Armide de Lully et Quinault, appartiennent à la troisième tenture, commandée pour César Gabriel de Choiseul, duc de Praslin (1712-1785), secrétaire d’État aux Affaires étrangères de France. Tissées dans l’atelier de haute lisse de Michel Audran entre 1764 et 1765, elles formaient, avec Cléopâtre avalant le poison et Alcide ramenant Alceste des Enfers auprès de son époux Admète, aujourd’hui conservées au musée du Louvre, une tenture de six pièces.

Les cartons de Coypel, peintre de théâtre

C’est Charles-Antoine Coypel lui-même qui choisit les thèmes et les sujets de la tenture originale, qu’il décrit d’ailleurs précisément dans une lettre adressée à Lenormant de Tournehem, directeur général des Bâtiments du Roi, le 24 août 1749. Issu d’une prestigieuse dynastie de peintres, il connaît une brillante carrière à la cour : Premier peintre du duc d’Orléans en 1722, Premier peintre du roi et directeur de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1747, il est également garde des tableaux et dessins de la Couronne. À l’instar de son grand-père Noël et de son père Antoine, il collabore activement avec les Gobelins, mais il est le seul auteur des Histoires de Don Quichotte, des Fragments d’opéra et des Scènes d’opéra, de tragédie et de comédie.

Ce choix n'est pas fortuit. Coypel est autant homme de théâtre que peintre. Entre 1717 et 1747, il écrit plus de quarante pièces, dont Les Folies de Cardenio, représentée aux Tuileries en présence du roi. Cette passion pour la scène nourrit directement sa peinture. Dans ses Réflexions sur l’Art de Peindre en le comparant à l’Art de bien dire, publiées en 1749, il établit un parallèle entre la gestuelle et la mimique des acteurs et l’efficacité expressive des attitudes et des visages dans la peinture. Ses compositions pour les Gobelins sont ainsi conçues comme de véritables scènes de théâtre : les protagonistes sont isolés et fortement mis en valeur, leurs gestes sont amplifiés, tandis que les décors prennent l’apparence de véritables coulisses. Dans Atalide et Roxane, les lourdes tentures écartées de part et d’autre de la composition évoquent explicitement un rideau de scène.Le répertoire choisi par Coypel lui permettait en outre de conjuguer ce goût du théâtre à son intérêt pour les sujets orientaux. Dans Atalide et Roxane, le contexte du sérail permettait au peintre d’introduire costumes, étoffes, tapis et accessoires exotiques, témoignant d’un intérêt pour l’Orient très présent dans l’art et la mode de son temps.

Les quatre scènes réunies ici offrent un remarquable éventail de la dramaturgie de Coypel. Dans Atalide et Roxane, tiré de la troisième scène du quatrième acte du Bajazet de Racine, Roxane vient de remettre à sa rivale la lettre d’Amurat ordonnant l’exécution de Bajazet. Atalide, découvrant ainsi la condamnation de celui qu’elle aime, s’évanouit dans les bras de l’esclave Zatime. Coypel saisit l’instant de cette révélation : Roxane domine la scène, le bras tendu et le regard chargé de colère, tandis qu’Atalide, pâle et languissante, abandonne son poids à Zatime. Le dispositif, organisé autour des deux femmes et encadré par les lourds rideaux de soie, accentue le caractère théâtral et presque scénique de l’épisode.
Psyché abandonnée par l’Amour constitue le quatrième sujet choisi par Coypel. Inspirée de la troisième scène du quatrième acte de la Psyché de Molière, la composition représente le moment où l’Amour abandonne Psyché et où le palais disparaît, laissant place au désert. Le spectaculaire changement de décor permet à Coypel de traduire visuellement le basculement de la scène et l’abandon de l’héroïne.

Dans Athalie interroge Joas, Coypel représente un autre moment de tension dramatique, tiré de la tragédie de Racine. Cette composition n’avait pas été conçue spécifiquement pour la première tenture : Coypel avait peint Athalie interroge Joas en 1741, puis en réalise une seconde version pour Louis XV en 1747. À la mort de Coypel en 1752, c’est Clément Belle qui est chargé de reprendre cette composition pour la nouvelle tenture, en l’adaptant au format vertical imposé par la commande. Une version de Clément Belle datée de 1764 est aujourd’hui conservée au musée des Beaux-Arts de Chartres.

Il en est de même pour Renaud endormi. Le sujet provient de l’Armide de Lully et Quinault et avait déjà été conçu par Coypel pour les Fragments d’opéra, vers 1738-1741. Pour la tenture du duc de Praslin, Clément Belle reprend la partie centrale de cette composition et l’adapte à nouveau au format de la série. Coypel y avait représenté le moment où Armide, venue tuer Renaud endormi, se trouve désarmée par la vue de celui qu’elle aime. La violence dramatique se transforme ainsi en scène galante : le poignard, la beauté du héros endormi et l’attitude hésitante d’Armide concentrent toute la tension de l’épisode. Le modèle de Coypel est conservé au musée d’Art et d’Histoire de Neuchâtel et le carton au musée des Beaux-Arts de Nantes ; aucune version de Renaud endormi par Belle n’a toutefois été identifiée.

La conservation exceptionnelle d’une grande partie des modèles et cartons permet aujourd’hui de mesurer le soin apporté à cette entreprise. Le modèle et le carton de Psyché abandonnée par l’Amour sont respectivement conservés à Lille et Boulogne-sur-Mer ; ceux d’Atalide et Roxane à Lille et Dole ; Athalie par Belle est conservée à Chartres, tandis que les modèles et cartons de Cléopâtre et d’Alceste sont aujourd’hui dispersés entre le Louvre, Grenoble et Nevers.

À ces compositions s’ajoute l’alentour, élément essentiel de l’identité visuelle de la tenture. Les scènes sont inscrites dans un vaste cadre ovale simulant le bois sculpté et doré, surmonté d’une gloire et d’une tête dorée, et accompagné de volutes, fleurs et masque féminin. Une fausse boiserie à losanges et rosettes dorés sur fond de treillage bleu entoure le médaillon, tandis que guirlandes et festons de fleurs complètent l’ensemble. Pour notre troisième édition, cet alentour est lui-même modifié : le peintre Louis Tessier orne de fleurs le masque féminin de la partie inférieure et Maurice Jacques modifie l’allégorie de la Gloire. Les cartons correspondants sont conservés au Mobilier National (inv. GOB 195⁄19 ; GOB 195⁄10). Les alentours des deux autres tapisseries de cette même série, initialement destinées au duc de Praslin dans la même commande mais qu'il n'a finalement pas gardées et qui sont aujourd'hui conservées au Louvre, portent en outre les armes de France. Celles-ci auraient été rajoutées quelques années plus tard, à partir de 1769, pour les associer à trois tapisseries nouvellement tissées de la quatrième tenture.

Une commande sur mesure pour le duc de Choiseul-Praslin

La première édition, dite Tenture de Dresde, avait été commandée en 1748 par la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe pour être offerte à sa mère, reine de Pologne, tandis que la deuxième édition, composée des quatre mêmes sujets, avait été tissée par Audran et Cozette de 1761 à 1764 pour M. de Mazade, trésorier général des États de Languedoc, pour sa demeure de la rue des Capucines. Le fait que nos quatre tapisseries soient signées de l’atelier de Michel Audran et datées ‘1765’ les rattachent à la troisième tenture, commandée aux Gobelins le 10 décembre 1763 pour le duc de Choiseul-Praslin.

Le duc demande six tapisseries destinées à son hôtel parisien rue de Sèvres, dont les dimensions et l’orientation par rapport à la lumière sont soigneusement précisées. Il s’agit ainsi d’une commande pensée pour un espace précis, et non de la simple acquisition d’une tenture déjà constituée. Les dimensions prévues pour les différents emplacements témoignent du souci d’adapter les compositions à l’architecture des appartements du duc.

La tenture reprend les quatre sujets de la première tenture — Atalide et Roxane, Psyché abandonnée par l’Amour, Cléopâtre avalant le poison et Alcide ramenant Alceste des Enfers auprès de son époux Admète — auxquels sont ajoutés Athalie interroge Joas et Renaud endormi. Cette sélection nouvelle explique l’intervention de Clément Belle, chargé de reprendre les deux compositions de Coypel après sa mort et de les adapter au nouveau format. Le duc de Praslin dispose ainsi d’un ensemble de six scènes réunissant Racine, Corneille, Molière et l’opéra de Lully et Quinault, dans un décor unifié spécialement adapté à sa demeure.
Le tissage est entrepris dans l’atelier de haute lisse de Michel Audran en avril 1764 et achevé dès juillet 1765. Afin d’accélérer la production, les scènes de Cléopâtre, Alceste et Psyché sont tissées séparément de leurs alentours, confiés à Pierre-François Cozette ; les bordures sont ensuite réunies aux tableaux par le rentrayeur Vavoque. Cette organisation témoigne du caractère hautement spécialisé de la manufacture et de la division du travail nécessaire à l’exécution d’une tenture de cette importance.

Une quatrième tenture de cette série des Scènes d’Opéra est formée à partir des deux pièces restituées par Praslin et de trois nouvelles tapisseries, avant d’être offerte par Louis XVI au garde des sceaux Lamoignon de Basville en 1787. La cinquième édition, de cinq pièces, est offerte par Louis XVI à Gustave III de Suède en 1784 et est aujourd’hui conservée au palais royal de Stockholm. Enfin, une sixième édition est tissée entre 1767 et 1787 et offerte à Cambacérès en 1808 ; elle est aujourd’hui dispersée, notamment avec Atalide et Roxane, datée de 1776, conservée au Rijksmuseum.

Une provenance romanesque

La livraison de ces quatre tapisseries connaît toutefois un changement inattendu. En octobre 1765, le directeur des Gobelins, Soufflot, informe le marquis de Marigny que le duc de Praslin a changé de résidence et que ses nouveaux appartements ne permettaient plus d’accueillir la tenturecomprenant six tapisseries dans son intégralité. Celle-ci est finalement livrée dans sa nouvelle résidence, l'hôtel de Belle-Isle rue de Bourbon, le 27 décembre 1766 en l'échange de quatre tapisseries de l’Histoire de Don Quichotte, qui lui avaient été livrées quelques mois auparavant. Il ne retire alors que cinq des six pièces : Alcide ramenant Alceste des Enfers auprès de son époux Admète resta dans les magasins de la Manufacture. Deux ans plus tard, en 1768, Praslin restitue également Cléopâtre avalant le poison. Les deux pièces figurent dans l’inventaire des Gobelins du 1er janvier 1769 et sont aujourd’hui conservées au Louvre (inv. OA 9390 et inv. OA 9389) .

Lorsqu'il reçoit ces tapisseries, César-Gabriel de Choiseul-Chevigny, duc de Praslin (1712-1785) mène une brillante carrière au service de Louis XV. Alors secrétaire d’État aux Affaires étrangères depuis 1761 et jusqu'en 1766, après avoir été ambassadeur à Vienne. Il s'est rendu notamment célèbre pour avoir joué un rôle majeur dans la diplomatie française durant la guerre de Sept Ans et pour avoir participé à la négociation du traité de Paris de 1763, qui a mit fin au conflit. Nommé ensuite secrétaire d’État à la Marine en 1766, il contribue à la réorganisation de la flotte royale, avant de quitter le pouvoir en 1770. Amateur d’art soucieux de la magnificence de ses résidences, il acquiert en 1764 le château de Vaux-le-Vicomte, puis, l’année suivante, l’hôtel de Belle-Isle, à Paris, dont les somptueux décors comprenaient notamment des boiseries sculptées aux arabesques raffinées, aujourd’hui conservées en partie au Metropolitan Museum of Art de New York. Son portrait par Alexandre Roslin, exposé au Salon de 1763, ainsi que le buste sculpté par Jean-Antoine Houdon en 1780, témoignent de la place qu’il occupait parmi les grandes figures politiques et mondaines de son temps.

Après leur livraison au duc de Praslin, les quatre tapisseries semblent être demeurées dans les collections de la famille jusqu’au XIXe siècle. Elles sont d’abord mentionnées dans un inventaire dressé en 1791 à la mort du deuxième duc de Choiseul-Praslin, Renaud-César, (1735 - 1791), qui en aurait hérité de la mort de son père en 1785 jusqu’à la sienne. Un inventaire de 1808, établi à la mort du troisième duc, Antoine-César de Choiseul-Praslin (1756 - 1808), mentionne, dans la salle de billard de l'hôtel de la rue de Grenelle, « quatre pièces de tapisserie des Gobelins, à sujet historique, encadrées de baguettes dorées ». Si cette description ne permet pas à elle seule une identification absolument certaine, le nombre de pièces et leur provenance laissent penser qu’il s’agit certainement de ces quatre tapisseries.

Les travaux de Maurice Fenaille permettent de retracer l’histoire romanesque que connaissent ces quatre tapisseries presque un siècle plus tard, en 1893. Un certain vicomte Saulty sollicite les Gobelins pour récupérer ces quatre tapisseries qui auraient été déposées à la manufacture par son père entre 1850 et 1860, sous la direction d’Adrien-Léon Lecordaire. Ces tapisseries, alors en dépôt à la Manufacture, avaient en réalité été dérobées aux Gobelins pendant la Commune de 1871. Quelques années, plus tard, elles réapparaissent lors de la vente de la collection du célèbre médecin et chirurgien Jules-Emile Péan, organisée à l’Hôtel Drouot le 29 juin 1898. Une annotation manuscrite portée sur le catalogue de la vente précise qu’elles provenaient du château des Boulayes, près de Châtres en Seine-et-Marne, résidence où Péan aimait séjourner pour chasser. La présence de ces quatre tapisseries est ensuite attestée en 1900 dans la collection de D. Marquereau-Vail, avant leur réapparition sur le marché parisien lors de la vente de la Galerie Charpentier du 30 mai 1951, lot 135.

La réunion actuelle de ces quatre tapisseries revêt ainsi une importance toute particulière. Elles constituent le groupe le plus important de la troisième tenture des Scènes d’opéra, de tragédie et de comédie, conçue pour le duc de Choiseul-Praslin et achevée aux Gobelins en 1765. Deux autres pièces de la même commande ont rejoint les collections du Louvre, tandis que les autres tentures sont aujourd’hui dispersées entre collections publiques et privées. Leur unité, conservée malgré leur destin mouvementé, consacre aujourd’hui leur rareté exceptionnelle.


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