Lot Essay
Cette garniture de trois vases en porcelaine dure blanc et or associe deux formes de vases d’une extrême rareté : le vase central est l’un des cinq exemplaires connus, les trois autres étant tous conservés dans des collections muséales ou ducales ; la paire latérale semble unique.
La force de cet ensemble réside dans le dialogue entre la forme et le décor or sur fond blanc, dans la relation entre les profils alternés des deux modèles, que souligne la sobriété d’un décor sculpté repris sur les trois vases. Chaque vase est orné de guirlandes appliquées qui garnissent les creux entre les côtes arrondies de la panse ; toutefois, sur le vase central, les campanules retombent depuis l’épaule arrondie, tandis que sur les vases latéraux les fleurs s’élèvent depuis le piédouche. Les couvercles des deux modèles reprennent ce jeu de positif et de négatif : celui du vase central est presque entièrement doré, ceux des vases latéraux sont blancs, leur décor moulé de feuillages simplement cerné d’or. Les piédouches et les bases identiques garantissent que les deux modèles se lisent sans équivoque comme une garniture : trois vases conçus dès l’origine pour être présentés ensemble, de formes et de décors différents mais complémentaires.
LES FORMES
Attribuée à Jean-Claude Duplessis père (1699-1774), la forme du vase central n’est connue que par quatre exemplaires, tous en porcelaine tendre à fond beau bleu. L’un est conservé dans les collections des ducs de Bedford à Woburn Abbey (G. de Bellaigue, 1988, pp. 418-424), un autre, provenant des collections des comtes de Sefton, acquis par le J. Paul Getty Museum à Los Angeles en 1990, un troisième est passé en vente en 2023 à Paris (vente Sotheby’s, 28 juin 2023, lot 450), enfin une version plus simple est conservée à la Wallace Collection, acquise par le 4e marquis de Hertford en 1870 (R. Savill, 1988, pp. 397-400).
Leur style néoclassique affirmé, qualifié de « goût grec », les situe sans ambiguïté dans la production de la manufacture royale des années 1760-1775. La blancheur de la porcelaine tendre et l’aspect de la dorure les situent également autour de 1775. Jean-Claude Duplessis père, orfèvre et bronzier attaché à la manufacture de 1748 jusqu’à sa mort en 1774, conçut alors la plupart des formes. Le style rocaille de ses débuts évolua vers le goût grec, assurément sous l’influence de son fils homonyme, qui lui survécut à la manufacture jusqu’en 1783, et peut-être plus encore sous celle d’Étienne-Maurice Falconet, sculpteur renommé et chef de l’atelier de sculpture de Sèvres jusqu’en 1766. On doit à Duplessis père une importante série de vases d’un esprit proche des nôtres : le vase « à tête de lion » (vers 1765-1769), le vase « chinois » ou « à pied de globe » (vers 1769), le vase « à bande tournante » (vers 1769), le vase « grille » (vers 1773), le vase « du côté du Roi » (vers 1775), le vase « œuf godronné » (vers 1770), le vase « à œuf à côtes et reliefs » (vers 1770) et, bien entendu, les présents modèles.
Un modèle en plâtre des vases latéraux est conservé dans les archives de la manufacture ; Albert Troude le désigne au XIXe siècle comme un vase « à côtes Duplessis » (A. Troude, 1897, pl. 93). Aucun exemplaire autre que la présente paire ne semble toutefois subsister.
UN ACHAT DU DUC DE LEINSTER (?)
La datation de la présente garniture vers 1776 repose sur sa comparaison avec d’autres vases de forme voisine et de décor comparable, notamment les trois vases en porcelaine tendre « à chaîne » ou « à côtes de melon » mentionnés plus haut (tous non marqués), ainsi qu’avec une paire de vases provenant des collections de Boniface de Castellane et d’Anna Gould, vendue chez Christie’s Paris le 6 mars 2017 (vente 14535, lot 52). Bien que non marqué lui aussi, l’un des deux portait un R majuscule incisé, marque attribuée à Roger père, répareur ayant travaillé en porcelaine dure dans un intervalle précis de quatre ans, entre 1773 et 1777 (R. Savill, op. cit. , vol. III, p. 1121). Si aucune marque de répareur n’est visible sur la présente garniture, le style de ces modèles de Duplessis est si caractéristique qu’il est tout à fait cohérent de les supposer réalisés à une date proche.
Si complètes que soient les archives de la manufacture, les années 1760 et 1770 présentent d’importantes lacunes et il s’est révélé impossible d’identifier avec certitude la présente garniture, unique, dans les registres de ventes. Une piste vraisemblable est la mention d’une livraison, le 7 juillet 1776, d’une « Garniture de 5 Vases en or et blanc » à « Mylord Duc de Linster » [le duc de Leinster], pour 2 160 livres. En supposant un décalage dans l’enregistrement, David Peters a pu repérer ce qui pourrait être cette garniture dans le registre des paiements aux répareurs et tourneurs de porcelaine dure, en août et en décembre 1776. Malheureusement, les recherches menées dans les archives de la famille Leinster, auprès de l’actuel duc et de la duchesse, n’ont pas abouti. Le duc de Leinster achète au même moment auprès de la manufacture de Sèvres un grand service en porcelaine à décor de trophées et guirlandes.
La force de cet ensemble réside dans le dialogue entre la forme et le décor or sur fond blanc, dans la relation entre les profils alternés des deux modèles, que souligne la sobriété d’un décor sculpté repris sur les trois vases. Chaque vase est orné de guirlandes appliquées qui garnissent les creux entre les côtes arrondies de la panse ; toutefois, sur le vase central, les campanules retombent depuis l’épaule arrondie, tandis que sur les vases latéraux les fleurs s’élèvent depuis le piédouche. Les couvercles des deux modèles reprennent ce jeu de positif et de négatif : celui du vase central est presque entièrement doré, ceux des vases latéraux sont blancs, leur décor moulé de feuillages simplement cerné d’or. Les piédouches et les bases identiques garantissent que les deux modèles se lisent sans équivoque comme une garniture : trois vases conçus dès l’origine pour être présentés ensemble, de formes et de décors différents mais complémentaires.
LES FORMES
Attribuée à Jean-Claude Duplessis père (1699-1774), la forme du vase central n’est connue que par quatre exemplaires, tous en porcelaine tendre à fond beau bleu. L’un est conservé dans les collections des ducs de Bedford à Woburn Abbey (G. de Bellaigue, 1988, pp. 418-424), un autre, provenant des collections des comtes de Sefton, acquis par le J. Paul Getty Museum à Los Angeles en 1990, un troisième est passé en vente en 2023 à Paris (vente Sotheby’s, 28 juin 2023, lot 450), enfin une version plus simple est conservée à la Wallace Collection, acquise par le 4e marquis de Hertford en 1870 (R. Savill, 1988, pp. 397-400).
Leur style néoclassique affirmé, qualifié de « goût grec », les situe sans ambiguïté dans la production de la manufacture royale des années 1760-1775. La blancheur de la porcelaine tendre et l’aspect de la dorure les situent également autour de 1775. Jean-Claude Duplessis père, orfèvre et bronzier attaché à la manufacture de 1748 jusqu’à sa mort en 1774, conçut alors la plupart des formes. Le style rocaille de ses débuts évolua vers le goût grec, assurément sous l’influence de son fils homonyme, qui lui survécut à la manufacture jusqu’en 1783, et peut-être plus encore sous celle d’Étienne-Maurice Falconet, sculpteur renommé et chef de l’atelier de sculpture de Sèvres jusqu’en 1766. On doit à Duplessis père une importante série de vases d’un esprit proche des nôtres : le vase « à tête de lion » (vers 1765-1769), le vase « chinois » ou « à pied de globe » (vers 1769), le vase « à bande tournante » (vers 1769), le vase « grille » (vers 1773), le vase « du côté du Roi » (vers 1775), le vase « œuf godronné » (vers 1770), le vase « à œuf à côtes et reliefs » (vers 1770) et, bien entendu, les présents modèles.
Un modèle en plâtre des vases latéraux est conservé dans les archives de la manufacture ; Albert Troude le désigne au XIXe siècle comme un vase « à côtes Duplessis » (A. Troude, 1897, pl. 93). Aucun exemplaire autre que la présente paire ne semble toutefois subsister.
UN ACHAT DU DUC DE LEINSTER (?)
La datation de la présente garniture vers 1776 repose sur sa comparaison avec d’autres vases de forme voisine et de décor comparable, notamment les trois vases en porcelaine tendre « à chaîne » ou « à côtes de melon » mentionnés plus haut (tous non marqués), ainsi qu’avec une paire de vases provenant des collections de Boniface de Castellane et d’Anna Gould, vendue chez Christie’s Paris le 6 mars 2017 (vente 14535, lot 52). Bien que non marqué lui aussi, l’un des deux portait un R majuscule incisé, marque attribuée à Roger père, répareur ayant travaillé en porcelaine dure dans un intervalle précis de quatre ans, entre 1773 et 1777 (R. Savill, op. cit. , vol. III, p. 1121). Si aucune marque de répareur n’est visible sur la présente garniture, le style de ces modèles de Duplessis est si caractéristique qu’il est tout à fait cohérent de les supposer réalisés à une date proche.
Si complètes que soient les archives de la manufacture, les années 1760 et 1770 présentent d’importantes lacunes et il s’est révélé impossible d’identifier avec certitude la présente garniture, unique, dans les registres de ventes. Une piste vraisemblable est la mention d’une livraison, le 7 juillet 1776, d’une « Garniture de 5 Vases en or et blanc » à « Mylord Duc de Linster » [le duc de Leinster], pour 2 160 livres. En supposant un décalage dans l’enregistrement, David Peters a pu repérer ce qui pourrait être cette garniture dans le registre des paiements aux répareurs et tourneurs de porcelaine dure, en août et en décembre 1776. Malheureusement, les recherches menées dans les archives de la famille Leinster, auprès de l’actuel duc et de la duchesse, n’ont pas abouti. Le duc de Leinster achète au même moment auprès de la manufacture de Sèvres un grand service en porcelaine à décor de trophées et guirlandes.
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
